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L’Europe, une chance pour la Pologne

La Pologne, depuis de lustres, est coincée entre le monde germanique et la Russie. Elle en a beaucoup souffert et ne doit son existence à personne si ce n'est à sa volonté farouche d'exister.

Dépecée par le traité germano-soviétique en 1939, reconstituée mais déplacée à l'ouest en 1945, sous tutelle soviétique de 1945 à 1990, la Pologne a été à la tête de la révolte des pays de l'Est contre cette domination soviétique. Ce qu'a parfaitement reconnu l'Allemagne, par la place qu'elle lui a faite lors du 20ème anniversaire de la chute du mur (cf dominos).

Si la frontière Oder-Neisse, définie par la conférence de Postdam en 1945, a été reconnue par la RDA dès 1950, il a fallu attendre 1990 pour qu'elle le soit aussi par la RFA. C'était une condition à l'acceptation de l'unification allemande.

Depuis plus de 20 ans, pour la première fois dans son histoire, la Pologne connaît la démocratie, l'indépendance et la paix sans menace aux frontières ! Mais on sait ce que valent les engagements : promesses verbales et chiffons de papier. On n'est jamais trop prudent.

Aussitôt l'indépendance retrouvée, la Pologne a cherché des appuis extérieurs pour assurer ses frontières entre les deux « géants », Allemagne et Russie. Elle signe des accords avec la France (29/09/90) et avec l'Allemagne (14/11/90) et à l'initiative de Hans Dietrich Genscher, Allemagne, France, Pologne mettent sur pied le « triangle de Weimar » en 1991 pour engager une coopération à 3 qui a abouti à l'adhésion de la Pologne d'abord à l'Otan en 1999 et à l'Ue en 2004 ensuite.

Par cette adhésion à l'Otan, la Pologne recherche l'important parapluie militaire étasunien. Cette adhésion désirée, absolument indispensable à ses yeux, peut expliquer l'alignement sur les États-Unis au moment de la guerre en Irak, alignement qui lui a valu, alors, les paroles condescendantes et peu diplomatiques de Chirac en 2003.

Le ferment anticommuniste et la volonté d'éloigner les conflits entre la France et l'Allemagne sont à l'origine du projet européen à l'ouest. L'adhésion de la Pologne à l'Otan vise à s'assurer la puissante alliance militaire étasunienne face au voisin russe. L'intégration à l'UE garantit à la Pologne, la sécurité politique extérieure, la pérennité de ses frontières qui ne repose plus sur une contrat bilatéral avec telle ou telle puissance européenne mais sur un engagement collectif avec l'Ue et toutes ses composantes. Une nouvelle querelle de frontières entre membres de l'Ue est désormais difficilement concevable.

La normalisation des relations européennes de la Pologne par son intégration peut être une voie pour les États européens des Balkans ou de l'ancienne Yougoslavie.

Le monde change. La puissance des États-Unis n'est plus tout à fait la même, leur préoccupation essentielle n'est plus l'ogre soviétique en Europe mais la Chine et plus généralement l'Asie. Et l'Ue vient encore de démontrer avec l'intervention en Libye qu'elle est toujours tributaire des moyens militaires des États-Unis. D'où la volonté d'associer ces deux entités : Otan et Ue.

Désormais, la Pologne occupe sa place, toute sa place au sein de l'Ue. Elle a traversé, jusqu'ici presque sans encombre la crise économique. Au moment où certains doutent, elle continue à penser à adopter l'euro. Depuis le 1er juillet, elle préside l'UE et peut profiter de l'occasion pour favoriser une avancée de la politique de défense. Dès décembre 2010, avant même d'avoir entamé sa présidence, les ministres des Affaires étrangères et de la défense des trois pays du triangle de Weimar (Allemagne, France et Pologne) ont adressé un appel Catherine Ashton. Pour la Pologne, une politique européenne autonome ne doit pas être concurrente mais complémentaire de la politique atlantique.

Le moment est probablement favorable à une telle initiative :

  • La disparition du « danger communiste » et la montée de la Chine et des États émergents changent les priorités des États-Unis et rendent le parapluie plus aléatoire.

  • La question des restrictions budgétaires accentue le fait qu'aucun des pays européens, notamment le Royaume-Uni et la France, ne peut plus jouer le rôle de puissance militaire autonome.

  • La France et le Royaume-Uni ont éprouvé et montré leur incapacité à mener avec leurs seules forces propres l'aventure libyenne.

Si le moment paraît favorable pour l'initiative polonaise, encore faudrait-il qu'existe une politique étrangère et de défense « européenne ». Ce n'est pas le cas. On l'a bien vu au moment de la guerre en Irak, on vient encore de le voir avec les différentes appréciations sur l'intervention en Libye. Au delà, le tropisme des États européens continentaux et méditerranéens n'est pas obligatoirement le même.

La création du poste de haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité n'a pas suffi à définir une politique européenne. Et Lady Ashton n'en est pas la seule responsable.

Il serait temps que ces questions soient enfin débattues. Sur la place publique.

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11 réactions à cet article    


  • pingveno 1er août 2011 10:31

    Pour avoir écouté la radio polonaise à l’époque en 2003 (car elle diffusait alors en espéranto) je peux vous dire que ce pays était beaucoup plus excité à l’idée de rentrer dans l’OTAN que dans l’Union Européenne.
    L’adhésion des « ex-pays de l’Est » était avant tout souhaitée par Washington, pour qui la lettre de soumission de la « nouvelle Europe » au moment du conflit irakien était tout sauf une surprise : c’était une contrepartie bien naturelle. Car ce n’est pas son entrée dans l’UE qui a permis à la Pologne de se relever des années staliniennes, c’est bien l’arrivée massive de capitaux américains au lendemain de la chute du rideau de fer.
    Enfin, regardez pour qui la démocratie polonaise a voté après l’euphorie de l’ère Walesa : dans un premier temps retour au communisme, et quelques années plus tard, un parti ultra-catholique pas très éloigné de l’extrème-droite. Demandez-vous donc si c’est ce genre de politique que vous voulez pour l’Europe.


    • Paul ORIOL 1er août 2011 12:03

      Bonjour,
      Je suis d’accord avec l’ensemble de vos remarques. Je pense que l’adhésion à l’Union européenne est une adhésion par défaut. Que les États-Unis, par l’Otan, étaient la seule force qui pouvait assurer la défense des frontières polonaises. Mais l’Ue ajoute un plus, la reconnaissance multilatérale de la Pologne d’aujourd’hui et de ses frontières. La « normalisation » de la Pologne
      Je voulais attirer l’attention sur l’extrême brièveté de la démocratie, de la paix, de la sécurité ... de la Pologne. Situation bien différente de celle de la France et d’autres pays occidentaux.
      Quant aux résultats des élections..., la vieille démocratie française ne fait guère mieux. Mais là on aborde la question de l’organisation de la démocratie à l’échelle nationale et... européenne : c’est une autre histoire.
      Et ni la France actuelle, ni l’Ue actuelle, ne sont celles auxquelles j’aspire.


      • Neos 3 août 2011 14:32

        @ Paul Oriol

        Merci pour votre papier.

        En tant que 4e Etat d’Europe centrale (après la Slovénie, la Rep tchèque et la Hongrie) à prendre la Présidence tournante du Conseil de l’UE jusqu’à la fin de l’année, la Pologne a en effet une carte à jouer pour trouver sa place dans l’UE.

        Avec ses 38 millions d’hts, la Pologne pèse dans l’Union. Même si, comme l’indique avec raison l’un des commentateurs, elle a toujours priorisé une adhésion à l’OTAN avant d’aller + loin dans l’intégration européenne, synonyme de protection assurée face au puissant voisin russe, la Pologne commence à comprendre l’intérêt majeur d’avoir rejoint l’UE.

        Plus grand pays agricole d’Europe centrale, la Pologne perçoit depuis 2004-05 des subventions massives au titre de la politique de cohésion régionale (fonds structurels FEDER....) et du soutien européen à la modernisation et au développement de son agriculture (essentiellement FEOGA). Si l’on faisait une enquête d’opinion sur l’apport de l’UE en Pologne, je ne serais pas étonné de constater que la plupart des Polonais voient l’UE d’un très bon oeil... et n’aient pas vraiment de critique à porter à la politique régionale et à la PAC.

        D’un point de vue politique, la Pologne a un réel rôle à jouer dans l’équilibre entre les Etats membres dans l’UE. Alors que la France et l’Allemagne tendent à vouloir décider de tout pour les 27, elle pourrait s’inviter dans cette cour des grands pendant ces prochains mois et s’imposer comme l’Etat incontournable d’Europe central qu’il faut consulter avant les autres en vue de présenter un projet de décision dans l’UE.

        On verra ces prochains mois si le Premier ministre polonais souhaite saisir cette opportunité pour installer son pays parmi les grands décideurs de l’UE.


      • Piotrek Piotrek 1er août 2011 14:14

        Oui c’est vrai c’est une chance, beaucoup de sociétés y sont déjà délocalisées ou implantées à outrance, faut bien simplifier la vie des succursales

        Mais le vrai gros morceau c’est la PAC ! (Le gros morceau dont la France est le principal bénéficiaire, comme quoi tout n’est pas mauvais dans l’Europe)

        Adieu les petites exploitations diversifiées familiales (donc
        « bio » par nature) et bonjour la grande monoculture industrielle moderne ! Les polonais vont enfin pouvoir jouir du label européen « Fait comme autrefois » qu’ils vont pouvoir fièrement coller sur ces modernes emballages sous vide.
        Les fermiers, grâce à la déferlante de pognon de la PAC, désormais biznessmen vont investir dans le matériel produit dans les autres pays d’Europe pour se moderniser. Cette façon de créer la richesse à partir de rien (en fait. enrichir certains grâce à l’argent des contribuables), abracadabra ca c’est l’Europe !

        Autrement, comme vous dites, la Pologne est une toute jeune démocratie qui se cherche, quant à la vision dichotomique Russie - USA, elle s’efface lentement (prise de conscience du fiasco Irakien, réaction posée lors de mort du président sur le sol russe, opposition interne forte au bouclier anti-missiles)


          • Paul ORIOL 1er août 2011 15:10

            Bonjour,
            Êtes vous bien sûr que ce sont les petites propriétés, par essence « bio » qui profitent en France de la Pac ?
            Paul


            • Piotrek Piotrek 1er août 2011 16:36

              "Êtes vous bien sûr que ce sont les petites propriétés, par essence « bio » qui profitent en France de la Pac ?"

              Non, sûrement pas. Si vous avez interprété ce que j’ai dit de cette manière : désolé j’étais ironique en parlant du cas de la Pologne.

              Quant au « bio » polonais, il ne s’agit pas vraiment d’un label avec ses règles. C’est la nature même de la petite exploitation diversifiée qui explique le bio : quelques vaches produisent le fumier, qui fertilise une parcelle, qui servira à nourrir le cochon familial.

              La modernisation qu’apporte la PAC motive le producteur à passer vers une monoculture rationnalisée avec économie d’échelle : que des vaches (avec l’achat d’une alimentation industrielle pour le bétail, peut être plus de risques sanitaires ?) ou que de la production céréalière (avec l’achat d’engrais industriels)
              Les exploitations se concentrent, la famille ne produit plus, ce sont des ouvriers agricoles.

              C’est un peu simpliste comme explication, mais c’est ce que la PAC est en train de remettre en cause.

              En dehors de cet inconvénient, d’un point de vue géopolitique, la Pologne comme vous le dites, pense encore avec le fantôme de l’URSS, d’ou sa précipitation de rentrer dans l’OTAN. Mais la nouvelle génération est là pour faire réfléchir les anciens sur le nouvel état du monde (déceptions face aux USA, disparition de la menace communiste)

              Quant à l’UE, mon impression est que la Pologne ne la considère pas comme un projet de défense et de stabilité politique à ce moment même, c’est un accord purement économique. Puisqu’on parle de fantômes, on peut penser à la méfiance des polonais face à des accords qui ne sont pas inscrits dans le marbre : Yalta. Il n’y a pas pour l’instant d’armée européenne, point.

              Le risque, si il existe, n’est pas directement lié à l’entrée de la Pologne dans l’UE : dans quelques années, une fois la Pologne intégrée, le véritable risque sera l’extension de l’UE aux anciens pays de l’URSS que la Pologne devrait approuver de facto. Moscou ne verra pas cela d’un très bon oeuil.


            • foufouille foufouille 1er août 2011 15:26

              ca les interressent plus de ramasser les asperges pour 3.45/h
              les soustraitant chinois, une chance
              la centrale de flamanville aussi, pas payes mais heureux


              • foufouille foufouille 1er août 2011 15:27

                du coup les allemands importent du roumain pour leurs asperges


              • anty 1er août 2011 15:47

                Les polonais grâce à une politique plutôt libéral à réussi de passer le cap de la dernière crise et caracole actuellement avec plus4,5% d’expansion économique contre 1.7 % pour la France

                C’est encore un pays pauvre (au niveau du Portugal ) mais qui a un potentiel important pour réussir aussi bien que la France d’ici quelques années


                • chuppa 2 août 2011 09:41

                  A ne pas oublier : l’engagement et le sacrifice des soldats polonais aux côtés des alliés durant la seconde guerre mondiale. (Pilotes dans la RAF, et corps d’armée) . Pour ma part, j’admire les compétences multiples et joyeuses des artisans polonais avec qui j’ai pu collaborer sur des chantiers. Ils savent bosser et ..... boire  :)

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