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Accueil du site > Actualités > Europe > L’Irlande n’a pas revoté !

L’Irlande n’a pas revoté !

Les Irlandais viennent-ils de s’exprimer sur le Traité de Lisbonne ou sur un « plan B » ?

L’Irlande vient donc d’approuver le Traité de Lisbonne par environ 67% des voix, après l’avoir rejeté une première fois. Deux interprétations de ce scrutin fleurissent, selon la ligne de fracture qui commence à être classique : pour les ouitistes il s’agit d’un retournement de l’opinion publique irlandaise, revenue à ses fondamentaux proeuropéens dans le contexte de la crise et devant l’exemple de l’Islande. En effet, les Irlandais ont toujours fortement voté oui aux référendums européens auparavant. Pour les nonistes, on a mis la tête du peuple irlandais sous l’eau en lui expliquant que son vote non n’était pas accepté, et qu’on le ferait revoter jusqu’à ce qu’il fasse ce qu’on attend de lui, ou gare

Ces deux interprétations couvrent à peu près le champ des réactions, alors qu’elles sont manifestement inexactes. Les Irlandais ont voté différemment parce que le texte politique proposé n’était plus le même : ils ont obtenu des clauses d’opt out. Quelles sont ces différences ?

Lors du premier référendum, eurobaromètre a réalisé un sondage sortie des urnes sur la motivation du vote.

Il en ressort que les raisons du vote non sont, dans l’ordre, les suivantes : 22%, pas une compréhension suffisante du Traité, 12%, protection de l’identité irlandaise, 6%, protéger la neutralité militaire irlandaise, 6% pas confiance dans les hommes politiques, 6 % perte du commissaire irlandais, 6% pour protéger le système fiscal irlandais, 5% pour voter contre une Europe unifiée, et ensuite dans le désordre protéger les petits Etats contre les grands, empêcher l’Europe d’intervenir d’une seule voix sur les questions mondiales, protéger l’interdiction de l’avortement et du mariage homosexuel en Irlande.

En conséquence, la conférence des chefs d’Etat a adopté une déclaration d’interprétation valant garantie, qui sera annexée à la version écrite du traité, et qui précise comment certains points du traité doivent être interprétés s’agissant de l’Irlande.

Ainsi, est réaffirmé, ce qui est absolument exact, que rien dans le Traité de Lisbonne ne concerne l’avortement ou le mariage homosexuel, que le traité ne modifie pas les compétences de l’Europe sur la fiscalité. Ils indiquent également que la participation à l’Europe de la défense est purement volontaire et ne menace pas la neutralité irlandaise. De façon informelle, la promesse du maintien du commissaire irlandais est donnée par ailleurs.

Les irlandais ont donc obtenu leur plan B

Ils ont l’assurance de pouvoir continuer à interdire l’avortement et le mariage homosexuel. Leur neutralité exigeante, qui allait jusqu’à voir le premier ministre de Valera et le Président Hyde présenter leurs condoléances au peuple allemand pour la mort d’Adolf Hitler n’est pas remise en cause. De telles traditions méritaient effectivement protection.

Ils conservent également le pouvoir de bloquer toute harmonisation fiscale et donc de conserver la politique de dumping par les impôts qui leur a permis de nourrir leur croissance aux dépens du reste des pays membres, ainsi que leur commissaire.

Un vote oui des Irlandais dans ces conditions n’est donc pas surprenant et ne doit ni à un retour à de plus saines idées, ni à un écrasement sous la botte des antidémocrates.

Mais alors pourquoi les français n’ont-ils pas su négocier leur plan B ? Tout simplement parce qu’il est aisé d’exempter les irlandais de la solidarité commune, d’un point de vue pratique. Mais les demandes du peuple français étaient inaccessibles, puisqu’il réclamait au contraire une plus grande cohésion européenne, une Europe sociale qui s’impose à tous, et, notons l’incompatibilité, l’extension à tous du droit à avorter et la fin du dumping fiscal.

Sauf manigances tchéco-britanniques, c’est la fin d’un cycle institutionnel en ce qui concerne l’Europe à 27. Pour aller plus loin, on ne pourra de longtemps reposer sur autre chose qu’un noyau d’Etats volontaires et sur la légitimité croissante du jeu politique au niveau européen.


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11 réactions à cet article    


  • Manfred Manfred 6 octobre 2009 10:33

    « L’Irlande vient donc d’approuver le Traité de Lisbonne par environ 55% des voix, après l’avoir rejeté une première fois. »

    Il s’agit bien plus de 67.13% d’approbation que de 55%...

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/10/03/le-oui-l-emporterait-au-referendum-irlandais_1248697_3214.html


    • Sauvons l'Europe Sauvons l’Europe 6 octobre 2009 12:07

      Oups ! La coquille de la mort ! Euh, c’était pour voir si tout le monde suivait...


      • Fergus Fergus 6 octobre 2009 13:09

        Il n’y aura pas de manigances tchéco-britanniques : la Cour constitutionnelle tchèque se prononcera au pire en début d’année 2010 sur l’appel que Vaclav Klaus entend déposer pour invalider le vote des parlementaires. Les législatives britanniques (mai 2010), et éventuellement l’organisation d’un référendum par David Cameron (pas avant l’été 2010), arriveront par conséquent trop tard pour que le Traité de Lisbonne soit invalidé.

        Question hors sujet :
        Où se situe le mur peint figurant sur la photo, Dublin ou Derry ?
        Je ne l’ai jamais vu en Irlande et il ne figure pas dans le superbe livre illustré intitulé « Irlande du Nord : les murs témoignent » (Editions Skol Vreizh) 


        • Lapa Lapa 6 octobre 2009 13:21

          article intéressant mais trois passages malheureux :

          1/ le oui l’a emporté à 67,5%
          2/ l’intérêt de placer Hitler dans la rhétorique c’est assez limite
          3/ quand vous écrivez : "Mais les demandes du peuple français étaient inaccessibles, puisqu’il réclamait au contraire une plus grande cohésion européenne, une Europe sociale qui s’impose à tous, et, notons l’incompatibilité, l’extension à tous du droit à avorter et la fin du dumping fiscal." Vous prenez simplement vos rêves pour des réalités avec une simplification qui fait sourire.


          • Sauvons l'Europe Sauvons l’Europe 6 octobre 2009 13:40

            Le mur est à Dublin, mais alors où ??

            Sur Klaus et Cameron, j’y crois effectivement fort peu. Ce n’est que du battage d’estrade et Cameron serait sans doute très emmerdé d’avoir à respecter sa promesse de campagne. Il passe son temps à réaffirmer que c’est seulement si les pays n’ont pas fini de ratifier Lisbonne d’ici là.

            Hitler : ma foi, un peu de mauvaise foi ne nuit. Mais c’est d’avantage le s dirigeants irlandais qui étaient visés. Il faut reconnaître que si les irlandais ont beaucoup bénéficié de l’Europe, leur solidarité en retour est faible, disons. C’était manière de dire la même chose que, mais sans y insister plus que ça :
            http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-referendum-irlandais-une-lecon-62722

            Enfin tirer la leçon d’un scrutin aussi foutraque que celui sur le TCE est nécessairement une simplification à gros traits. Je suis néanmoins assez convaincu que les nonistes proeurope et les ouitistes pour une Europe plus sociale sont majoritaire lors de ce vote en France, le débat public ayant plutôt porté sur la contribution du TCE à cet objectif. Or par nature, l’harmonisation impose les mêmes normes à d’autres pays.


            • Fergus Fergus 6 octobre 2009 14:31

              Pour ce qui est d’Hitler, tel que je connais les Irlandais, il s’agissait probablement d’une provocation de mauvais goût de la part de Hyde et De Valera en direction des Anglais.


            • Sauvons l'Europe Sauvons l’Europe 6 octobre 2009 21:10

              Bien entendu qu’il s’agissait de se piffrer les anglais. Le procédé n’en manque pas moins d’élégance et son caractère gratuit ne fait que le souligner. M’accuser de réduction ad hitlerum est un peu rapide tout de même.

              Ps : joli avatar. S’agit-il d’une réduction ad bona ?


            • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 6 octobre 2009 16:51

              Excellent ! La baudruche des nonistes français qui prétendait recouvrir le vote non irlandais sous les fleurs de motifs nobles et généreux se dégonfle. Article d’anthologie...


              • Yannick Harrel Yannick Harrel 6 octobre 2009 17:01

                Bonjour,

                Il y a étrangement un chiffre très rarement mis en exergue : les 42% d’abstention. Et cette absentation galopante concernant les élections ou questions soumises à référendum portant sur l’Europe devrait inquiéter conséquemment sur le désamour croissant entre les peuples et l’oligarchie Bruxelloise.

                La vraie victoire c’est celle de l’Irlande qui a fait plier Bruxelles sur le respect de ses principes identitaires et la conservation de son attractivité fiscale (non sans être bien heureuse de bénéficier de plusieurs milliards d’euros, 120 ai-je lu, d’aides de la part de l’UE à travers la BCE).

                Pour résumer, c’est une victoire à la Pyrrhus pour l’UE.

                Cordialement


                • Paul Muad Dib 6 octobre 2009 18:04

                  sur alterinfo, il y a en page europe un article+video sur des urnes qui se balladent a Cork en Irlande la nuit sans protections, bizarre en tous les cas..

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