La crise grecque révèle la véritable idéologie de l'Union Européenne : méfiance vis à vis des peuples et rejet de la démocratie. Bienvenue dans l'ère post-démocratique.

Divine surprise
La surprise de Sarkozy et de Merkel face à l'annonce d'un référendum en Grèce illustre parfaitement les rouages profonds du système européen, qui mènent les pays de l'Union vers un régime nouveau qui s'affranchit progressivement des règles et des mécanismes démocratiques.
Le couple franco-allemand est engoncé dans son rôle de moteur, la Commission dans son rêve impérial, la BCE dans son orthodoxie monétaire et tous ces gens ignorent superbement les gouvernements des "petits" pays et méprisent arrogamment les peuples depuis que ces peuples ne soutiennent plus leurs projets mirifiques.
L'aveuglement et l'arrogance dont ils ont fait preuve depuis le début de la crise grecque aura connu un paroxysme d'outrecuidance et de mépris à l'annonce -sommes toutes naturelle en démocratie- de la consultation du peuple.
En se montrant de la sorte outré de ce qu'on organise une consultation démocratique, les responsables politiques ont pris le risque non seulement de radicaliser encore d'avantage l'opinion grecque - laquelle ne s'est pas encore prononcée - mais aussi de scandaliser les autres peuples européens qui ont déjà été échaudés par la façon dont cette union traite le suffrage universel, en faisant revoter citoyens et parlementaires jusqu'à ce qu'ils prennent la décision attendue.
Un reférendum habituel
Car en fait, la surprise aurait été que le premier ministre grec ne fasse pas ratifier ce nouvel accord par un vote du peuple ou de ses représentants comme cela est toujours le cas dans les pays démocratiques. Et Papandréou avait clairement fait comprendre que sa préférence allait à la consultation populaire plutôt qu'à un vote des parlementaires.
Mais visiblement, pour les dirigeants franco-allemands, et exercice démocratique ne devrait être qu'une formalité administrative comme cela se passe dans un Bundestag aux ordres ou notre parlement godillot.
La gouvernance par l'indifférence
C'était méconnaitre la situation réelle en Grèce où, contrairement à la France, les médias sont encore largement indépendants du pouvoir et où les précédents serrages de ceinture ont provoqués une dizaine de grève générales très suivies, où les émeutes incessantes depuis des mois ont fait plusieurs morts, où l'on assiste à des immolations de citoyens désespérés.
L'aveuglement de Sarkozy n'est pas sans rappeler l'attitude de MAM qui proposait il y a peu à Ben Ali le "savoir faire français" en matière de répression.
Sans doute M. Sarkozy devrai-t-il proposer à M. Papandréou le savoir faire français en matière de propagande ou celui de l'UMP en matière de mise au pas des parlementaires ?
Car ce que M. Sarkozy a choisi d'ignorer c'est que M. Papandréou avait aussi à faire face à une fronde des parlementaires et même des ministres dont certains l'accusaient ouvertement de haute trahison suite à la mise sous tutelle du gouvernement grec qu'implique le fameux accord négocié par les couples franco-allemand.
Une tutelle qui ne passe pas
Imaginez-vous que les ministres français se voient attribuer un "contrôleur permanent" allemand qui vérifie et avalise les actions de la France ?
C'est pourtant ce qu'on impose aux Grecs et cela ne pouvaient tomber à un plus mauvais moment :
Ce WE, la Grèce fêtait le 28 octobre 1940, le jour du "Non" à l'ultimatum de Mussolini.
De plus, ces débordements n'ont pas eu lieu qu'à Athènes. Partout en Grèce les festivités nationales ont été interrompues par des manifestations populaires. En Béotie, deux députés PS ont failli être lynchés par la foule.
L'armée ebranlée ?
Lâchés par le parlement, ses ministres, conspué par le peuple, Papandréou se méfie aussi de l'armée. Il est vraissemblablement qu'elle a grondé à l'annonce de la perte de souveraineté du pays que l'accord implique.
Ainsi, avant l'annonce du référendum, Papandréou a pris soin de limoger tous l'état major et de faire une purge dans le commandement de la marine.
Consulter le peuple n'est donc pas une divine surprise pour quiconque s'intéresse à ce qui se passe en ce moment en Grèce.
Et cette décisions est tout sauf irresponsable et tous les commentateurs confortablement installés à Bruxelles, Paris ou Berlin font preuve d'une grande légèreté en découvrant la situation aujourd'hui et la situation quasi-insurrectionnelle du pays.

Une Europe décrédibilisée
Une leçon de gouvernance est à tirer de cette dérive : on ne peut longuement ignorer le peuple ; celui-ci fini toujours par se rappeler à votre bon souvenir.
A entendre les réactions du personnel politique Franco-Allemand, on comprends donc que pour l'UE, le peuple est devenu un adversaire, qu'il préfère ignorer et qu'il vaux mieux le tenir écarté le plus possible des décisions et orchestrer savamment toute consultation directe de sorte qu'elle soit assurée d'obtenir le résultat politique prévu d'avance.
En un mot, l'UE est entrée de plein pied dans l'ère post-démocratique.
Une ère dont les Grecs semblent déterminés à sortir en premier, en arrachant ce référendum au bout de dizaines de grèves nationales et de manifestations.
Gageons qu'après les insanités dont on les a abreuvés du sommes de la bien-pensance européenne, les Grecs s'empresseront de suivre l'exemple salutaire des Islandais qui ont effacé leur dette le 9 avril dernier lors d'un référendum obtenu de haute lutte.
Les prochains à passer par cette épreuve de force seront sans doute les Italiens.
Comment dit-on référendum en italien ?

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