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Accueil du site > Actualités > Europe > La Course à l’Est (2/2)

La Course à l’Est (2/2)

Dans cette partie, nous avons suivi les ambitions frustrées allemandes « d’hégémonie douce ». Cet article reprend le feuilleton au moment de la crise diplomatique autour de l’Irak et décrit l’effondrement de l’Europe politique.

II- Les PECO, la Russie et les Etats-Unis reprennent la main : l’UE devient une zone de libre-échange (ZLE) de luxe, où leur influence réciproque trouve à s’exercer : l’Allemagne s’affranchit de la simple concurrence envers les Etats-Unis en reprenant son indépendance vis-à-vis de Washington au premier trimestre 2003, après le cavalier refus des Etats-Unis d’envoyer un contingent allemand en Afghanistan, et une fois l’élargissement du 1er mai 2004 acquis au Sommet de Copenhague de 2002. Selon certains analystes, ce serait même la chancellerie qui aurait inspiré l’opposition de la France à l’attaque préventive de l’Irak. L’Allemagne marque sa divergence sur l’intervention privée de l’accord de l’ONU, suivant un Jacques Chirac en tête de file, bientôt rejoint par la Chine et la Russie.

« L’hégémonie douce » prend l’eau, au bénéfice des PECO qui se dégagent des obligations de la PESC, et de la Russie, qui dispose d’un nouvel argument à faire valoir : sa tête de pont Kaliningrad, exclave russe donnant sur la Mer baltique et frontalière de la Pologne et de la Lituanie. Celle-ci est la plaque tournante de trafics criminels sur lesquels Moscou ferme les yeux, consciente de l’affaiblissement de l’UE qu’il engendre. Kaliningrad est également le prétexte invoqué par la Russie pour se garantir à terme des dérogations à l’espace Schengen, après les facilités de transit qu’il a obtenues en face à face avec la Lituanie (cette dernière attendait une réaction de l’UE face aux pressions russes pour obtenir un droit de passage via la Bielorussie).

http://www.diploweb.com/cartes/qi7.html

Malgré cela, l’Allemagne pense pouvoir faire de nouveau jouer la politique du deutschmark, ce qui n’est pas garanti face au retour de la conception de « la maison commune européenne » gorbatchévienne, que Moscou met progressivement au goût du jour sous couvert de l’éventualité de l’adhésion de la Russie à l’UE. Cette adhésion n’a en fait pas pour fonction d’être réaliste, mais de rappeler la place de la sphère russe dans la zone. Quoi qu’il en soit, la position allemande à l’Est semble en réalité plus fragile que prévu, et ses contentieux latents avec la Russie sont exacerbés par son concurrent dans la course aux marchés russes : Washington, qui rappelle aux PECO leurs appréhensions envers l’ogre russe. A ce jeu, ce sont les Etats-Unis les plus forts, ainsi qu’en témoignent les diverses « Révolutions colorées », orchestrées outre-Atlantique avec un scénario parfaitement rodé désormais (Révolution orange en Ukraine en 2004, rose en Géorgie en 2003, Kirghizstan et Liban en 2005). Que dire des prisons secrètes de la CIA en Roumanie (qui rejoint l’UE le premier janvier 2007) ?

La crise irakienne de 2002-2003 révèle avec acuité les divergences de vue qui existent en Europe sur la politique européenne de sécurité commune (PESC). Certes, l’Allemagne a favorisé l’adhésion des PECO à l’OTAN, mais elle n’entendait pas vider la PESC de toute sa fonction d’outil militaire de règlement de conflit hors UE, notamment les troubles nationalistes issus de la fonte du glacis soviétique (en particulier dans les Balkans, mais aussi en Tchétchénie et chez les anciens satellites souhaitant s’extraire du giron russe). La France voit cette structure comme l’aboutissement tardif mais ferme de la PED (politique européenne de défense), qui doit aboutir à une UE qui parle et agit d’une même voix au niveau international. Les PECO, eux, ne la conçoivent que comme un instrument de sécurité intérieure, l’OTAN étant le traité militaire central en Europe, et ce domaine échappant à l’UE. En réalité, cet échange de vues clarifie la conception qu’ont les PECO de leurs besoins et leur volonté de ne pas se risquer à doubler le volet de sécurité extérieure, ce qui est logique au vu de leur absence d’ambition de puissance. Finalement, bien qu’ayant été davantage des objets de convoitises que des acteurs, les PECO semblent avoir relativement bien servi leurs intérêts (obtention d’une ZLE de luxe et d’aides communautaires), mais restent fragiles dans leurs relations bilatérales face à la Russie et aux Etats Unis. Ils comptent donc sur l’UE, au sein des institutions de laquelle ils ont négocié une place importante, pour mener des négociations collectives contre les grandes puissances sur les sujets les plus cruciaux. Mine de rien, les dirigeants de l’UE s’avèrent de coriaces négociateurs, grâce notamment à des personnages emblématiques tels que Romano Prodi qui a su se démarquer des directives du président du Conseil italien S. Berlusconi, acte d’indépendance exemplaire. Peut-être la perte de leur rôle d’enjeu dessert-elle les PECO, mais ils ont conquis une place de choix dans un marché intégré, et une adhésion à l’OTAN après avoir prouvé au premier trimestre 2003 leur motivation à rejoindre l’organisation.

Aujourd’hui la France et les Etats-Unis sont toujours brouillés, malgré un certain dégel des relations. Jacques Chirac drague ouvertement Moscou, qui dispose des hydrocarbures indispensables pour mener une prétendue « guerre de civilisation » contre les pays arabo- musulmans (terminologie qui cache en réalité les considérations bien plus prosaïques des deux camps, réfugiés derrière des façades idéologiques).

Outre la décoration du président russe, qui a habilement renationalisé une bonne partie de son gaz, on peut remarquerd’une part la faiblesse des protestations lors de l’assassinat sauvage d’une journaliste pro tchétchène ; d’autre part, depuis peu les Soviétiques sont davantage encore que les Américains présentés comme les libérateurs de l’Europe occupée par les nazis ; enfin en mai 2005 d’une statue gigantesque du général de Gaulle a été dévoilée en Russie.

Conclusion : les stratégies de « cavalier seul » française et allemande ont ruiné presque tout espoir de voir se développer une diplomatie européenne, voire une Europe politique. Il ne reste par conséquent qu’une Europe économique, laissant aux anciennes superpuissances toute latitude pour développer leur influence au sein de l’UE. Ce qui peut expliquer pourquoi l’UE est actuellement le meilleur cheval de Troie pour mettre à bas les modèles rhénans en les tapant à leur talon d’Achille : le domaine social, et en utilisant comme arme le dumping (fiscal, comme au Luxembourg ou en Angleterre, social à l’Est). En échange, les PECO espèrent redevenir des puissances régionales. Quant à l’Europe politique, elle est actuellement au plus mal. Les rejets français et hollandais du traité constitutionnel n’ont rien arrangé.

Peut-on régénérer l’UE politique ? Difficilement : le lien entre adhésion économique et sociale et adhésion politique est rompu. Un directoire des grands, souhaité par N. Sarkozy et plus couramment appelé « noyau dur », aurait probablement trouvé un bel appui dans les « collaborations renforcées » prévues par le traité constitutionnel.

Tout est à refaire. Une chance ou une calamité ? Une nouvelle Union européenne est-elle envisageable sur la base de la luttes contre le dumping (économique, social, environnemental, fiscal, juridique et judiciaire) ? L’avenir nous le dira.

PS : Cet article est une synthèse d’articles tirés de http://www.diploweb.com/

Johan est l’auteur d’un mémoire (2005) : « L’élargissement de l’UE aux PECO, rigidités juridiques et réalités géopolitiques, économiques et sociales. »


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13 réactions à cet article    


  • T.B. T.B. 23 novembre 2006 18:48

    Dommage qu’on arrive pas à grossir le tabeau en vert. Je suppose qu’il s’agit du niveau de vie par habitant, du PIB ? Plus le vert est foncé plus le PIB est elevé ? Merci l’auteur s’il peut envoyer un lien, ça m’intéresse.


    • Johan Johan 23 novembre 2006 19:40

      A T.B.,

      C’est le cas, en effet. Je ne parviens pas à retrouver cette carte sur Wikipedia, alors voici un lien équivalent :

      http://www.diploweb.com/cartes/europepib2001verluise.htm

      Et, plus coloré mais aussi petit, expression en standard de pouvoir d’achat :

      http://europa.eu/abc/keyfigures/qualityoflife/wealthy/index_fr.htm#chart10


    • T.B. T.B. 23 novembre 2006 20:59

      Merci l’auteur. Dommage de ne pas connaître ceux de la Suisse, la Norvège et l’Islande. A mon avis, autant qu’aux USA, voire plus. Pour l’ex-Yougoslavie ça ne doit pas être folichon (sauf pour la Slovénie qui a réussi à se défendre pour ne pas s’engager dans le conflit). Reconstruire, après ce conflit religieux exarcerbé en sous main par les orthodoxes serbes (d’autres fous dangereux) , peut apporter les fonds des nouveaux investisseurs, faut voir et malheureusement en France (je ne sais pas si tu l’as toi aussi constaté) il y a une rétention d’information concernant les chiffres qui est épouvantable.

      Les français se bercent de beaux discours et ne réagissent à aucun chiffre, ne les exigent pas. J’ai remarqué que dans le journal Le Monde, que je n’achète plus, les journalistes savent écrire (je parle de la forme et non du fond)... mais pas compter. Tout le temps des erreurs. Mais alors vraiment. Quant à l’INSEE je ne lui fait tout simplement pas confiance. L’INED oui, pour le moment je constate que du travail est fait et à jour, surtout avec la démographe Michelle Tribalat, aussi honnête que brillante.

      J’essaierai de retrouver le tableau vert (c’est celui là qui m’intéresse) sur Wikipédia. Merci


    • Depi Depi 24 novembre 2006 08:25

      Islande : PIB (2005) : 9,96 milliards d’euros (France : 1710,0 milliards d’euros en 2005) PIB par habitant (2005) : 33 612 € (France : 27 272,1 en 2005)

      Norvège : PIB (2005) : 1 904 milliardsNOK (238 milliards €) (France : 1710 milliards €) PIB par habitant (2005) : 412 000 NOK (52 600 €) (France : 27 271€)

      Suisse : PIB (2005) : 287,2 milliards d’euros. (France : 1710,0 milliards d’euros en 2005) PIB/habitant (2005) : 28 170 euros. (France : 27 272,1 euros en 2005)

      Etats-Unis : PIB (2005) : 12420,9 milliards de dollars. (France : 2107,2 milliards de dollars) PIB/habitant : 41 430 euros à peu près (calcul à la main avec le nombre d’habitants de 2006 et PIB 2005) (France : 27 272,1 euros en 2005)


    • T.B. T.B. 24 novembre 2006 18:28

      Merci Dépi

      Je suis allé sut ton lien. Horreur ! Les chiffres sont donnés par le gouvernement français. Je vais direct sur la Suisse et voit immédiatement une erreur ... de calcul !!!

      le PIB / hab de la Suisse est égal à 38 732 euos et non 28 170.

      282,2 Milliards d’euros divisé par 7,415 millions d’habitants = 38 732. Décidémment les français ne savent pas compter.

      http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/suisse_447/presentation-suisse_1286/donnees-generales_2320.html


      • Depi Depi 27 novembre 2006 10:06

        Pour la Suisse en naviguant sur le web on trouve des chiffres allant de 28000 à 38000 donc bon à partir de là difficile de voir où sont les vrais chiffres.

        Et puis bon c’est un site diplomatique rapide où il y a tous les chiffres qu’on cherche, c’est assez complet. Après je n’ai pas garanti que tout était exact ! :)


      • T.B. T.B. 27 novembre 2006 12:12

        Je ne t’en veux pas Depi. Il se trouve, sans prétention, que je connais plutôt bien le sujet et que les chiffres donnés par le gvt français, indiquant un PIB/hab sensiblement égal à celui des suisses m’a immédiatement « choqué ».

        ECONOMIE DE LA SUISSE sur Wikipédia : " Malgré l’absence de ressources naturelles, l’économie suisse figure parmi les plus prospères et les plus développées du monde. Orienté vers les services, comme les banques et les assurances, et la mécanique de précision, le pays produit surtout des biens à forte valeur ajoutée. Le niveau de vie est l’un des plus élevés d’Europe. De plus, sa stabilité et sa neutralité ont attiré bon nombre de capitaux étrangers et d’organisations internationales comme l’ONU.

        Après plusieurs années de croissance nulle ou faible, une reprise s’est fait ressentir en 2004 avec une hausse de 1,7% et un PIB dépassant les 435 milliards de francs suisses. Pour 2006, les prévisions de croissance sont de 3.5%, amorce une véritable reprise économique soutenue. Le taux de chômage reste particulièrement bas (environ 3.0% en juillet 2006) et l’inflation relativement faible. Mais, suivant les cantons, ce taux est variable comme à Genève où il est d’environ 7%. "

        435 milliads de Francs Suisses = 273,6 milliards d’euros (1 euro = 1,59 FS en octobre 2006)

        Population de la Suisse : 7,46 millions

        273 600 / 7,46 = 36 675

        On retombe sur des valeurs avoisinant les 37 000 euros par habitant. Franchement ... une erreur de ce type, commise par le très officiel gouvernement français, est impardonnable.


      • Jean-Pascal SCHAEFER (---.---.164.224) 26 novembre 2006 17:18

        Il est très clair que le « non » au référendum a affaibli gravement l’Europe. Aujourd’hui, ZLE signifie en fait que l’Europe est devenu le supermarché du monde, dans lequel, grâce à l’OMC, les produits du monde entier entrent et circulent de plus en plus librement.

        Vous rappelez-vous ce qui s’était passé quand le Danemark avait refusé par référendum d’approuver Maastricht ? On avait patienté un peu, et fait revoter. Et la fois suivante, le « oui » était passé.

        De mémoire, il s’est passé la même chose avec l’Irlande qui avait refusé le désastreux traité de Nice.

        Je ne vais pas refaire l’histoire du traité constitutionnel. Mais maintenant, la plupart de ceux qui ont lu le texte ont compris que ce qui a été rejeté étaient les parties déjà opérationnelles (la deuxième et la troisième), relatives aux échanges économiques, alors que la première, innovante et pertinente sur le plan institutionnel, a été négligée.

        Afin de ratifier le traité, nous avons désormais deux possibilités :
        - la ratification par le Congrès, qui est sûre de marcher dans la foulée de la présidentielle (mais qui présente le risque de prendre les Français à rebrousse-poil) ;
        - la nouvelle présentation d’un référendum limité à la première partie de traité. Un peu pervers, certes, mais plus facile à faire passer.

        Nous pouvons tout aussi bien laisser filer le temps, ou espérer le fameux « plan B » évoqué par M. Fabius.

        Sans aucun doute, le traité constitutionnel reste à améliorer (la constitution des Etats-Unis d’Amérique ou celle de la Ve République Française sont autrement plus digestes). Pour autant, je suis convaincu qu’il est nécessaire d’agir maintenant, et de faire un pas dans la direction du renforcement de l’UE.


        • Zamenhof (---.---.42.200) 27 novembre 2006 20:41

          Les néerlandais qui avaient voté NON à 61% n’ont pas du tout l’intention de changer d’avis ! ils en sont selon un sondage récent à 64% !

          Et je suis persuadé que les français sont dans le même sens.

          5et n’oublions pas, que les grecs, les suédois les tchèques, auxquels on n’avait pas demandé leur avis, auraient voté NON, d’après les sondages, si on leur avait donné cette liberté.


        • Forest Ent Forest Ent 28 novembre 2006 01:12

          Résumé très intéressant.

          Serait-il excessif de reformuler cela en disant que certains pays européens ont voulu utiliser l’UE comme un outil de politique étrangère, et que cela s’est retourné contre elle et eux ?


          • Johan Johan 29 novembre 2006 16:12

            A Forest Ent,

            Non, c’est un bon résumé du résumé :D

            La question qui demeure : cela va t il leur servir de leçon, ou au contraire renforcer leur cynisme ?


          • Pascal (---.---.208.195) 27 décembre 2006 10:06

            Johan,

            A la lecture de votre article, les observations suivantes me viennent à l’esprit :

            - il faut sortir davantage du prisme de la guerre froide.

            - vous parlez de « grandes puissances » mais vous ne les nommez pas. Comme si cette notion allait de soi. Or, désolé pour eux mais ni la France, ni le Royaume-Uni ni l’Allemagne ne peuvent être catalogués comme « grandes puissances » même si des élans nostalgiques leur font parfois croire le contraire. Ce manque de réalisme nuit à leurs intérêts et à la construction européenne.

            - la Russie n’est certainement pas une grande puissance non plus. Elle rêve de redevenir un pôle mondial comme elle l’a été pendant environ 70 ans. Ses ressources énergétiques lui font croire en ce rêve. Mais, en l’absence de piliers solides (économie forte, mentalités modernes, stabilité politique et état de droit) à cette puissance recouvrée, les lendemains pourraient bien déchanter. D’ailleurs, on le voit : la Russie n’a pas de capacité constructive, positive. A défaut, elle exerce une capacité de nuisance pour se rappeler à notre existence. Le statut est pour elle une question fondamentale, un fin en soi (cfr. OMC, G7+1 ou G8, 2 sommets UE-Russie par an,...). « Pour quoi faire ? » est une question secondaire.

            - l’Europe n’est pas la cause d’un nombre important de chômeurs en France. L’immobilisme excessif de Paris est plutôt à blâmer. Des crises se multiplieront à l’avenir si la relève n’est pas prise au niveau européen, le seul à même à pouvoir exercer un contre-pouvoir face à la toute-puissance des grosses entreprises.

            - il ne faut pas exagérer le rôle des USA dans les « révolutions colorées ». Certes, ils défendent leurs intérêts. C’est légitime. Il ne faut toutefois pas perdre de vue les rancoeurs nées de l’expérience soviétique de ces pays. En exagérant à peine, il suffit à Washington de leur tendre les bras.

            - Enfin, « absence d’ambition de puissance des PECO » ? C’est oublier un peu le rôle que joue la Pologne et quelle conception ses leaders, à tort sans doute, ont d’elle et de sa place en Europe.

            Voilà, je m’en retourne travailler. Bien à vous.

            Pascal Moscou

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