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La crise est-elle soluble dans la démocratie ?

« Il ne peut y avoir d’issue en Grèce qu’avec un pouvoir militaire. »

http://www.liberation.fr/politiques/01012393328-on-est-dans-l-imbecillite-politique-collective

C’est avec cette phrase, étrangement peu relayée dans les médias, que Michel Rocard a fait parler de lui dernièrement.

Ne connaissant pas personnellement l’intéressé, je n’ai pas pu lui demander pourquoi il avait tenu un tel discours, ni s’il était conscient de la gravité de cette déclaration.

Parce qu’en effet, prétendre que seul un pouvoir militaire peut mettre fin à la crise en Grèce, cela revient à dire que la démocratie a échoué dans son projet d'élaborer et de mettre en place une société moderne. Serait-il préférable alors d’y substituer une dictature militaire ?

Avouons-le clairement, si un tel commentaire était venu d’un parti moins consensuel que le PS, il aurait soulevé des tollés d’indignation. Imaginez Marine Le Pen appeler à la dictature militaire en Grèce, et on aurait crié au retour des chemises brunes ; Mélenchon aurait très probablement été comparé à Mao et même à l’UMP, ils n’auraient jamais osé bousculer ainsi la démocratie, de peur de passer pour de dangereux putschistes.

 

Alors quoi ? Qu’est-ce qui lui a pris à ce bon vieux Rocard ? pourtant europhile convaincu et politicien reconnu pour ses analyses fines et subtiles.

Peut-être pouvons-nous mettre cette déclaration sur le compte de son grand âge et d’une perte temporaire de retenue accompagnée d’une déficience évidente du sens des responsabilités ; mais si ce n’était pas le cas ? Si cette déclaration avait été faite sciemment, non seulement avec la sincérité qu’ont les vieux quand ils s’expriment sans avoir à prendre de pincettes ou à se soucier du politiquement correct, mais avec la conscience de la gravité de ses paroles et des conséquences politiques qu’elles pourraient entraîner. Dans ce cas, il faudrait nous demander pourquoi Michel Rocard a fait une telle déclaration ; en d’autres termes : « À qui profite le crime ? »

Hypothèse 1 : il n’a pas retourné sa veste.

Après tout, cet auguste politicien est socialiste depuis 1949. Il semble peu probable qu’à l’instar de certains Charasse, Krouchner ou Bruni, il ait vu ses convictions politiques évoluer dernièrement. S’il n’a pas été saisi de démence passagère, il est donc probable qu’il ait fait cette déclaration pour favoriser le PS d’une façon ou d’une autre, mais laquelle ?

Veut-il faire peur aux électeurs ? En justifiant un putsch en Grèce, il signifie clairement aux Français que s’ils n’acceptent pas une certaine rigueur budgétaire maintenant, il leur faudra s’accommoder aux bruits des bottes, au salut au drapeau et à la Marseillaise diffusée sur toutes les radios plus tard. Cela ramènera peut-être quelques ouailles tentées par l’extrême gauche dans le giron social-démocrate.

Hypothèse 2 : il bosse pour Sarko.

Ce ne serait pas le premier (mais j’espère, le dernier) à virer de bord pour un poste prestigieux dans une administration quelconque offerte par l’UMP, au nom de l’ouverture. Dans ce cas, cette déclaration pourrait être prise comme un ballon-sonde permettant de tester la docilité des Français avant de leur imposer un régime autoritaire légalisé par un état d’urgence de circonstance. Comme les personnalités de l’UMP sont beaucoup trop controversées pour faire de telles déclarations sans que des barricades soient montées dans Paris, Nicolas Sarkozy lui a peut-être demandé de réciter cette phrase pour éprouver l’apathie des médias et du peuple français. Cette hypothèse paraît cependant peu probable, s’il avait eu besoin qu’un ‘socialiste’ lui rende un tel service, le candidat-président aurait très bien pu demander à Krouchner.

Pour conclure, quelles que soient les raisons qui ont poussé ce vieillard à faire une telle déclaration, il ne faut pas oublier la gravité de la situation : En France, la démocratie est désormais remise en cause comme modèle social idéal.

En envisageant la dernière hypothèse, celle selon laquelle Michel Rocard ne fait qu’un constat objectif et appelle à la fin de la démocratie parce que ce système se révèle incapable d’assurer la gestion d’un pays en crise, j’aurais préféré qu’en tant que personnalité de gauche, il propose une mesure plus joyeuse. À la place d’un putsch de généraux, il aurait pu parler d’une révolution citoyenne avec abolition des privilèges et formation d’une Constituante.

L’UMP a tenté de récupérer Jaures, ce n’est pas une raison pour que le PS essaie de récupérer Napoléon.




par Cedric Citharel (son site) mardi 6 mars 2012 - 3 réactions
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  • Par jaja (---.---.---.129) 6 mars 2012 10:53
    jaja

    Rocard ne vire pas de bord aujourd’hui. Il y a longtemps que c’est fait... Cependant je ne lis pas sa déclaration de la même façon que vous...

    Rocard constate qu’on ne pourra imposer au peuple grec une baisse de 25% de ses revenus par des moyens démocratiques. Jamais les Grecs n’accepteront cette potion amère infligée par des politiciens à la solde de la bourgeoisie grecque.

    Rocard en tire donc une conclusion fort logique : ou on annule la dette (ou une grande partie de la dette) ou si l’on veut imposer le paiement de celle-ci par la force alors le fascisme et l’armée sont nécessaires pour imposer la rigueur extrême au peuple contre sa volonté.

    La conclusion logique pour l’extrême gauche grecque qui est la seule à lutter dans la rue contre la politique de rigueur de la droite et la fausse gauche socialiste, toutes deux au gouvernement ; c’est de se préparer à résister à un coup d’état militaire si jamais cette option est retenue par la Bourgeoisie grecque et ses mentors de l’UE.

    Et cela pose en conséquence la question de l’armement des organisations du peuple....

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