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La fin programmée du modèle allemand

Le "modéle allemand" est une référence forte aussi bien au niveau économique qu’au plan énergétique avec la déjà ancienne « sortie du nucléaire », qui n’existe toujours pas dans les faits puisque 16% de l’électricité allemande est encore issue du nucléaire.

Le niveau économique est marqué, quoiqu’en disent les journalistes allemands, par l’ultralibéralisme, parce que parallèlement à un capitalisme industriel encore fort, l’orientation néo libérale se retrouve dans le domaine financier et bancaire. Les Banques allemandes sont ainsi notoirement fragilisées, entre autres parce qu’elles détiennent de la dette grecque [la Grèce va inéluctablement vers le gros défaut de paiement].

Notons au passage que la « prospérité de l’économie allemande » a été accompagnée de l’écrasement des salaires et de la restriction de la demande intérieure, qui ne sont pas les seuls facteurs de la réussite économique notamment à l’exportation. Et que cela ne s’est pas non plus traduit par un essor sur l’emploi. Eléments qui montrent déjà certaines limitations de ce modèle allemand.

Comme chez la plupart des autres principaux pays européens, la croissance s’est éteinte en Allemagne. Il y a, comme ailleurs, une tendance vers la récession.

Comme cela s’est produit longtemps pour le Japon, les importants excédents commerciaux sauvent encore l’Allemagne. Cette année l’excédent commercial extérieur va atteindre les 210 milliards d’euros, plus de 6% du PIB qui sont une limite supérieure [dont on se fatiguera pas à chercher les motivations] fixée par Bruxelles.

Mais la structure même de ces échanges commerciaux porte en elle-même les signes d’une contraction future. Une bonne part va en effet vers des pays européens en crise et les échanges avec la Chine sont largement déficitaires. Ce déficit était déjà de 25,3 milliards d’euros en 2008, date que l’on peut considérer comme un tournant puisque la Chine s’est hissée à peu près à ce moment là au rang de véritable partenaire industriel pour l’Allemagne et d’autres pays comme le notre.

En liaison avec les questionnements très tardifs qui s’expriment aujourd’hui sur les accords passés par l’EDF et la Chine sur le nucléaire, on s’aperçoit que cette nouvelle maturité industrielle s’est constituée à travers des transferts de technologies, des achats de machines et d’installations industrielles, notamment à l’Allemagne, des investissements dans des secteurs ciblés à l’étranger comme celui de la production des machines en Allemagne, l’industrie automobile …

Ainsi dans le domaine du nucléaire il est certain que si nous n’investissons pas suffisamment dans la recherche et les projets nous serons dépassés par la Chine, entre autres. Dans les conditions actuelles, avec les restrictions et atermoiements sur le projet ASTRID particulièrement, nous n’avons aucune chance de nous placer sur la IVème génération de réacteurs nucléaires.

Pour en venir au domaine de l’énergie, on constate actuellement que le secteur industriel allemand du solaire et de l’éolien, tant vanté, est en train de vaciller sous la concurrence chinoise [A titre d’exemple, depuis 2011, six fabricants de panneaux solaires allemands ont entamé une procédure d’insolvabilité dont l’ex-fleuron de l’industrie solaire allemande Q-Cells qui vient de se faire racheter par le groupe sud-coréen Hanwha.].

Le scénario actuel de la sortie du nucléaire en Allemagne, zéro nucléaire en 2035, est encore plus irréaliste et suicidaire que le scénario Négawatts... Suicidaire parce que l’on voit mal un secteur industriel subsister sous l’assaut d’une telle concurrence, avec un coût de l’énergie en augmentation à partir d’une base déjà très forte.

 D’une manière immédiate l’arrêt de réacteurs nucléaires en Allemagne a été compensé par le charbon et le gaz naturel .

D’ores et déjà l’arrêt d’une part du nucléaire et donc la part augmentée de renouvelable intermittent, génère des instabilités sur le réseau qui sont de plus en plus souvent critiques [cela se répercute aussi dans les exportations. Ainsi la Pologne s’inquiète des conséquences des exportations allemandes de courant au point d’envisager de les couper par moments].

Pour diminuer les risques d’écroulement du réseau les allemands ont ainsi du faire appel à leur nucléaire en soutien ! C’est ainsi qu’un compensateur de phase [agissant sur le cos φ] a été installé en février 2012 dans le bâtiment turbine de la centrale nucléaire de Biblis.

Il faut ici relever un élément assez méconnu qui tient au fait que le nucléaire est utilisé en base pour la production électrique, mais a aussi un rôle important de stabilisateur au sommet de la pyramide de production de courant dans l'adaptation production/demande. En France, la centrale de Fessenheim a aussi cette responsabilité de réaction instantannée à des instabilités du réseau électrique.

Toute chose égale par ailleurs, l'arrêt de Fessenheim augmenterait les risques d'écroulement du réseau. D'autant plus que l'investissement Photovoltaïque accéléré en Alsace annoncé par Delphine Batho, Ministre de l'écologie, dont on peut sérieusement douter de la compétence en la matière, va accentuer les instabilités sur le réseau.

Le réseau électrique allemand divisé entre quatre distributeurs n’est plus adapté à l’évolution de la production électrique où la part de l’intermittent devient trop importante, surtout dans des situations transitoires.

Déjà, pour fluidifier les échanges sur l’axe nord sud, l’Allemagne doit renforcer ou construire, pour la moitié, de l’ordre de 6000 kms de lignes électriques, dont trois lignes Haute Tension à courant continu.

Le coût estimé pour ce début de mise à niveau du réseau électrique est de l’ordre de 20 milliards d’euros. Et il y a déjà beaucoup de retard dans les travaux. En fait,seule l’installation complète des « smart grids » pourrait conduire à la maitrise totale du réseau. Encore quelques dizaines de milliards d’euros sans doute.

Par ailleurs le surcoût financier du renouvelable sur le MWh, estimé pour 2013 et en constante augmentation, est de 53 euros [Sources : Rapport de Monitoring du Gouvernement Fédéral 2012, Étude vbw]

Or le prix du MWh pour les consommateurs, qui supportent les plus lourdes charges, est déjà de l’ordre du double du prix EDF et le prix pour l'Industrie est déjà un des plus hauts d'Europe.

Cette orientation condamne donc toute industrie confrontée à la concurrence étrangère.

Dans ses grandes lignes le plan de sortie du nucléaire prévoit :

Plus de nucléaire en 2035

économies d’énergies 25%

Importations 20 % dont 66% d’ENR

* Charbon + Gaz à 10%

* triplement des ENR

L’objectif de réduire en 2050 la consommation à 25% de moins qu’en 2008 semble complètement irréaliste. En France, la seule demande des consommateurs particuliers fait augmenter la demande alors que la part propre de l’Industrie diminue. Ne parlons même pas d’investissements du type voiture électrique, ferroutage…

Le poste importations serait très élevé alors que le prix du courant à l’exportation est une variable non maitrisée et qui va augmenter nécessairement. Laissons de côté les 2/3 de renouvelables quand on importe du courant à la France, à la Pologne et à la Tchéquie

Quant à cette proportion d’ENR, 55% de la production électrique 2008 soit une proportion de 73 % en 2050, elle nécessite non seulement une transformation complète du réseau en Allemagne, mais aussi dans toute l’Europe et suivant un plan concerté qui n’existe pas puisqu’il n’y pas de planification de ce type au niveau européen.

Visiblement la variable d’ajustement porte sur le Charbon et le Gaz.

Mais il n’est plus à démontrer que toute sortie du nucléaire ne peut se faire sans augmenter considérablement la consommation de Gaz naturel ou bientôt de Gaz de schistes, puisque la demande très forte de Gaz naturel va naturellement conduire, par le biais d’une augmentation du prix rédhibitoire, à l’exploitation des Gaz de schistes partout où c’est possible. Sauf en France. C’est ce que démontre l’arrêt provisoire du nucléaire au Japon.


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7 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 27 février 2013 11:36

    Bonjour
    La situation de l’Allemagne est bien instable et fragile et elle a sans doute mangé son pain blanc
    Elle n’a pas seulement sacrifié la demande, elle possède un réseau de transports souvent en mauvais état, que les crédits publics ont trop longtemps délaissé.
    Pour ce qui est de Astrid, ce projet renoue avec les risques connus de l’ex-Phoenix, à cause du sodium...


    • jef88 jef88 27 février 2013 11:45

      Le modèle truc ! le modèle machin !
      arrêtez les conneries !!
      le pragmatisme, l’adaptation avec pour objectif le progrès .......
      cela n’inspire personne ?????


      • JMBerniolles 27 février 2013 20:09

        je ne pense pas que cet article puisse être vu comme une apologie des modéles !


        Mais vous avez raison, l’humanité est condamnée à l’adaptation et au progrès..

        On comprend que c’est mal parti !

      • Hermes Hermes 27 février 2013 16:45

        Terrains pas cher à Fukushima ou Tchernobyl. Pas de facilités de paiement de plus de 5 ans pour éviter de tomber en défaut de payeur.


        • christian 28 février 2013 01:55

          A l’auteur, je vous suggère de vous faire embaucher comme manutentionnaire du nucléaire dans la centrale la plus proche de chez vous, pas besoin de diplome, pas besoin d’expérience, on vous demandera d’être dur à la tache, ah oui dites que vous êtes roumain, polonais, turc, chinois, c’est plus facile.
          Ah oui pas la centrale, mais demandez au sous traitant, pour les trouver vous faites le tour des petits hotels proche de la centrale et au petit matin vous accosterez la camionnette qui vent chercher la chair à radiations pour la journée à la centrale. Si vous vous montrez volontaire vous serez embauchez très vite.
          Par ces temps de chômage, il est navrant de voir que si peu de français se portent candidats au nettoyage radioactif des centrales.
          Allez au boulot et revenez nous dire comment ça va bien dans nos centrales.
          Pour parler il faut de l’expérience terrain il n’y a que ça de vrai le reste c’est au mieux de la littérature au pire de la propagande.


          • JMBerniolles 28 février 2013 09:23
            Vous vous écartez du sujet de l’article, pour un petit couplet anti nucléaire.

            Avec au passage beaucoup de mépris pour les « manutentionnaires » comme vous dites.

            Et une ignorance décomplexée des réalités du nucléaire.
            Dans une centrale, les personnes les plus exposées aux radiations [dans le cadre de limites de doses biologiques dont l’expérience a montré qu’elles étaient pertinentes] sont des techniciens. 

            Idem pour les opérations de démantèlement. Les décontamineurs par exemple, pour l’instant essentiellement rassemblés dans une filiale d’Areva [mais il est certain que le marché du démantèlement commence à attirer des convoitises, Véolia], sont des gens qualifiés qui savent ce qu’ils font.

            Il y a des dégradations dans ce secteur comme dans d’autres et pour les mêmes motifs.
            C’est le système qu’il faut mettre en cause et pas le domaine où les activités se dégradent.

            Le sujet était : L’Allemagne elle-même peut-elle vraiment se passer du nucléaire [chez elle et chez les autres puisque le plan prévoit, en 2050, 20% d’importation d’électricité] ?

            Et plus généralement est-elle à l’abri du déclin industriel et général qui gagnent les pays dans le système néo libéral appelé à tort Europe ?

            Je pense que la réponse est non. A moins que l’on m’oppose des arguments sérieux qui m’amène à revoir cette idée.




            • pierrot pierrot 28 février 2013 17:25

              Il semble difficile pour l’Allemagne de respecter son engagement de supprimer l’énergie nucléaire d’ici 2022.

              Cela passe par le développement des centrales thermiques à charbon, lignite et gaz russe, l’exploitation des gaz et huiles de schistes et marginalement par l’éolien terrestre, off shore et le solaire.
              Les Allemands sont des personnes réalistes et beaucoup s’inquiètent du prix élevé de l’électricité qui favorise la délocalisation en Europe de l’Est des industries énergivores (sidérurgie, automobiles, chimiques, aluminium, cimenteries etc..

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