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La France sera-t-elle le dernier pays à s’intéresser au Groenland ?

Barroso, Merkel, Pelosi. Autant de personnalités politiques à s’être rendues au Groenland cette année. Les enjeux sont considérables : changement climatique, ressources énergétiques, situation géostratégique.


Le Groenland, territoire de l’Arctique grand comme quatre fois la France, est devenu le nouvel endroit à la mode. Les politiques du monde entier s’y pressent pour observer les conséquences du réchauffement climatique. Nancy Pelosi, numéro 3 des États-Unis, en mai, José Manuel Barroso en juin et Angela Merkel à la mi-août. La chancelière allemande était accompagnée d’une centaine de personnes. C’est dire les enjeux.

Les Français s’y sont un temps intéressés à un haut niveau. Hubert Védrine, alors ministre des Affaires étrangères, avait été au Groenland en 1998 et 2000. Depuis, presque rien.

Les choses pourraient changer avec les développements récents. Les différentes expéditions de l’été, relayées en une des quotidiens, ont permis de sensibiliser le grand public aux nouveaux enjeux de la région. Russes, Canadiens, Danois, Américains : tous veulent leur part du « gâteau arctique ».

Le Groenland, dont le statut d’autonomie vis-à-vis du Danemark va être renforcé, est à mi-chemin entre Amérique et Europe. Politiquement rattaché au vieux continent, les Groenlandais se tournent désormais vers l’ouest et regardent de plus en plus vers les Etats-Unis. Les compagnies américaines viennent investir au Groenland - Alcoa pour l’aluminium, Exxon et Chevron pour le pétrole - sans compter les milliardaires comme Bill Gates ou Warren Buffett qui dépensent leurs dollars pour skier l’été à Apussuit, le « nouveau Aspen » selon la presse.

La calotte glaciaire du Groenland recouvre les 4/5 du territoire. Sa fonte aurait des conséquences dramatiques, comme l’élévation du niveau de la mer. Déjà, le réchauffement climatique a contraint les chasseurs et pêcheurs groenlandais à modifier leur mode de vie.

Le Danemark, qui accueillera le prochain sommet mondial de l’environnement en 2009, a intégré le Groenland dans sa « diplomatie du climat ». Les visites de délégations étrangères et de médias se succèdent. L’année 2007 aura été celle de tous les records : Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des Représentants, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Angela Merkel, chancelière fédérale allemande, mais également des députés et sénateurs américains, un groupe du Parlement européen, et ce n’est qu’un début. Sans compter un rassemblement œcuménique cette semaine auquel participe une centaine de personnes, dont le Patriarche de Constantinople.

Le Groenland a connu de profondes mutations depuis une trentaine d’années. Colonie danoise jusqu’en 1953, ce territoire a acquis un statut d’autonomie interne en 1979. Vingt-cinq ans plus tard, les Premiers Ministres danois et groenlandais, Anders Fogh Rasmussen et Hans Enoksen, ont mis en place une commission mixte devant élaborer une proposition de loi qui permettrait au Groenland de bénéficier d’une autonomie renforcée. La dernière réunion de la commission était prévue les 12 et 13 septembre prochains, mais des désaccords au sein du groupe de travail pour les affaires économiques retardent la suite du processus. Les ressources énergétiques sont là encore au centre du débat.

Territoire rattaché au Danemark depuis le XVIIIe siècle, le Groenland est vaste de 2 166 086 km² - un cinquième est libre de glace - et compte environ 57 000 habitants, dont 89 % sont inuits et 10 % danois.

Depuis l’autonomie de 1979, le Groenland a connu trois chefs de l’exécutif, tous issus du parti social-démocrate Siumut. Jonathan Motzfeldt, Lars Emil Johansen et Hans Enoksen caractérisent à eux trois les différentes voies que pourrait prendre le Groenland : des relations extérieures tournées vers l’Europe ou l’Amérique, à moins que ce ne soit le choix du repli identitaire.

On le sait peu, mais le Groenland a fait parti de la construction européenne. Après avoir intégré le Marché commun en 1973 avec le Danemark, malgré une population hostile, le Groenland en est sorti en 1985 par référendum. C’est un cas unique à ce jour. L’accord de partenariat entre l’Union européenne et le Groenland, établi pour la période 2007-2013, est une avancée significative dans les relations entre les deux partenaires, qui va désormais au-delà d’un simple accord de pêche. Une aide de l’Europe d’un montant annuel de 25 millions d’euros y est adjointe.

L’économie groenlandaise repose essentiellement sur la pêche. Le budget est à 60 % couvert par la subvention annuelle du Danemark qui s’élève à 3,2 milliards de couronnes danoises, soit environ 429,6 millions d’euros. Le tourisme se développe, mais le pays manque d’infrastructures de transport et d’hôtellerie. La situation économique du Groenland est pourtant en passe d’évoluer de façon considérable. Le gouvernement groenlandais a annoncé l’octroi de licences d’exploration à quatre grandes compagnies pétrolières : Exxon, Chevron, Husky et DONG. Le groupe Alcoa a signé un investissement de près de 2 milliards d’euros pour la construction d’une usine d’aluminium - cette somme représente près de cinq fois la subvention annuelle allouée par les Danois au Groenland. Autant dire que l’intérêt économique des Américains pour le Groenland réveille les velléités groenlandaises de se séparer de la tutelle danoise. Un quotidien danois titrait au printemps dernier sur « le Groenland (qui) regarde vers l’ouest ». Au même moment était inaugurée la première liaison aérienne directe entre le Groenland et les Etats-Unis.

Au Groenland, un consensus existe entre les partis sur la question de l’indépendance du territoire, seuls les moyens d’y parvenir divergent. Véritable laboratoire des enjeux auxquels le monde doit faire face - changement climatique, matières premières, questions de défense et de sécurité, diversité culturelle et linguistique - le Groenland cherche à renforcer sa visibilité sur la scène internationale. Les dirigeants du pays ont multiplié ces dernières années les voyages à l’étranger. Bruxelles, Paris, Pékin, Londres, Tokyo, Washington : autant de villes visitées pour attirer avant tout les investissements susceptibles d’aider le Groenland dans sa quête d’indépendance vis-à-vis du Danemark. Pour les observateurs avertis, tant danois que groenlandais, le processus d’accession à l’indépendance pourrait encore prendre une vingtaine d’années. La question est alors de savoir si le Groenland ne risque pas, en se détachant du Danemark, d’être dépendant des Etats-Unis.

Une chose est sûre : le développement du pays risque de ne pas profiter à la population locale. Les richesses potentielles en pétrole, gaz et minéraux dépassent de très loin les capacités démographiques du pays et les Groenlandais pourraient se retrouver en minorité face à l’afflux programmé de mains-d’œuvre étrangères, ce qui les contraindrait à modifier leur mode de vie. Une autre conséquence du réchauffement climatique.

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8 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 6 septembre 2007 10:37

    bel article sur le groenland qui risque de redevenir le pays vert qu’il fut lorsque les vikings le découvrirent à une époque où la température était plus douce ( haut moyen âge )


    • ripouette ripouette 6 septembre 2007 12:58

      On s’en fout du Groenland, on tient des pays entier en Afrique grâce à Elf, Total et notre jolie armée française alors pourquoi aller s’emmerder dans un coin paumé où il caille toute l’année.


      • Radix Radix 6 septembre 2007 13:11

        Bonjour

        Il manque toutefois un argument à l’article : sur quelle prétention territoriale justifier l’implication de la France dans cette foire d’empoigne.

        St Pierre et Miquelon... ? C’est mince !

        Et pour faire quoi ? Y forer des puits de pétrole ou exploiter des mines histoire de polluer un peu plus, pour finalement arriver seulement un tout petit peu plus tard à l’épuisement des ressources.

        Radix


        • Le Mouël 6 septembre 2007 14:27

          Excellent article, très synthétique... Il est temps, en effet, que les politiques français se réveillent et considèrent les enjeux de ce pays « émergeant ». La France, par les recherches menées par ses scientifiques depuis 90 ans devrait y avoir une place particulière. « Sujumut ! » : « En avant » !


          • Vilain petit canard Vilain petit canard 6 septembre 2007 14:37

            La France ne s’occupe pas du Groenland, parce qu’elle ne s’occupe de rien, elle s’est autocentrée sur elle-même depuis des années. A part le réveil inattendu de Chirac à propos de l’Irak. Et cette tendance n’est pas près de s’inverser. Alors oui, nous serons les derniers à nous y intéresser.

            A moins qu’on y découvre une colonie de fous pédophiles irresponsables menaçant d’immigrer chez nous en apportant la grippe aviaire... ?


            • LE CHAT LE CHAT 6 septembre 2007 18:23

              avec notre super armée , faudra se contenter d’envahir le groland ! smiley


              • Yannick Harrel Yannick Harrel 7 septembre 2007 01:31

                Bonjour,

                Article effectivement très intéressant et rappelant la singularité de ce territoire.

                Seul bémol : le fait que vous considérez comme acquis à terme l’indépendance de cette île. Je suis beaucoup plus sceptique que vous car la course pour les richesses de l’Arctique ont aiguisé les appétits les plus divers. On a bien entendu parlé de la Russie et de son exploit à 4 000 mètres de profondeur en vue de délimiter la dorsale Lomonossov, mais le Danemark n’est pas en reste, et une expédition lancée mi-août était tout autant à vocation scientifique que politique.

                D’ailleurs si j’en crois une dépêche de l’AFP : « Pour le Danemark, les Iles Féroé (autre territoire danois) et le Groenland, il y a cinq régions intéressantes (susceptibles de faire l’objet de revendications, ndlr), dont le pôle Nord lui-même », écrit le ministère danois sur son site internet. Le Danemark ayant ratifié la convention sur le droit de la mer en 2004, celle-ci lui donne droit de porter jusqu’à 350 milles des lignes de base l’autorisation de profiter des ressources sous-marines.

                Croyez-moi : que l’on découvre la présence de riches zones d’hydrocarbures et le Groenland pourra remiser son indépendance aux calendes Grecques.

                Cordialement


                • Internaute Internaute 9 septembre 2007 08:43

                  Article inquiétant qui montre en deux point la futilité et le manque de maturité politique des décideurs occidentaux.

                  1 / On s’inquiète de ne pas voir nos brillants politiciens se ballader au groëland alors que les autres y sont allés s’y faire photographier. Qu’est-ce qu’un politicien autre que danois irait foutre là-bas ? Ils y vont comme ils allaient au Papagayo à Saint-Tropez il y a vingt ans. Ces politiciens sont des minables de la star-ac, pas autre chose. Sarkozy s’honore de ne pas y mettre les pieds.

                  2 / Le Groënland est entrain de prendre son indépendance et les danois ne font rien. Les 57.000 esquimaux qui habitent le groënland ne représentent rien et n’ont aucun droit particulier sur ce quasi continent. Cependant, les politiciens droit-de-l’hommiste culpabilisent un maximum malgré que cette petite population soit tenue à bout de bras par le contribuable danois (60% du budget). Alors qu’ils devraient intégrer définitivement le groënland comme n’importe quel département du pays, ils sont entrain de le laisser filer au moment où l’on pressent la découverte de grandes richesses. Les danois sont nuls en politique et nos propres erreurs ne leur servent à rien. Cela me fait penser au gaz algérien. Aprés avoir développé l’Algérie, prospecté et trouvé du gaz, construit toutes les infrastructure et les ports nécessaires, on a tout donné aux algériens qui n’ont rien fait du tout et en plus on s’est engagé à leur acheter notre gaz plus cher que le cours mondial.

                  En poussant à l’indépendance et au « droit » des peuples à je ne sais pas trop quoi, les droits-de-l’hommistes sont entrain de jeter en pâture les 57.000 esquimaux dans les griffes d’Exxon ou d’autres intérêts moins avouables. Dans vingt ans les femmes esquimaux serviront de putes aux ouvriers de l’Exxon dans les bases américaines de la côte.

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