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La Franco-Germanie

Le président Toucourt à Toulon est retourné faire un discours, un discours lui aussi retourné. En effet, il a opéré un virage sans ambigüité par rapport au discours vertueux et ambitieux de Toulon I : finis la moralisation du capitalisme et les garde-fous destinés aux financiers sans scrupules. Place au laisser-aller et tous derrière le triple A de l’Allemagne : « A-A-A la queue leu leu ! » Ce qui est nouveau dans notre pays, c’est qu’un président de la République fait corriger ses discours par la chancelière allemande désormais.

Je ne délire pas, cela a été dit dans la presse parlée et écrite : il y a eu « échange » de discours. Traduisez : Merkel a un droit de regard sur les discours de notre président. Enfin quand je dis « notre » président, c’est aller vite en besogne : le président des riches, des exilés suisses et des intérêts allemands.

Le discours supervisé par « la Boche » – comme l’appelle Sarkozy – cela donne ceci :

« Discipline, discipline discipline ! »

C’est bien joli, mon petit Nicolas mais cela fait un peu le cancre de la classe qui vient donner des leçons à tous ses camarades en se rangeant du côté de la maîtresse. Pour le dire de manière plus politiquement correct, je cite Marielle de Sarnez : « c’est une évidence qu’il faut davantage de discipline de la part des États européens, mais pourquoi Nicolas Sarkozy ne l’a-t-il fait et fait respecter, depuis qu’il est élu ? » (Hervé Morin propose, lui, par exemple, de passer à la semaine des 37 heures) Cela fait des années que la France renie allègrement ses engagements et s'assied sur le Traité de Maastricht. Dans ces conditions, la confiance de l'Allemagne à notre égard est émoussée. Aujourd'hui, le président indiscipliné vient nous dire que c'est notre faute et qu'il nous faut travailler plus.

« Travail, travail, travail ! »

Il faut un certain culot pour scander un tel slogan en France, qui n’est pas l’Allemagne, où le chômage est exponentiel en particulier pour les jeunes et les séniors. Alors, bon, c’est l’occasion de tirer sur les 35 heures que Sarkozy pouvait revoir par la voie légale, ce qu’il n’a pas fait. Comme quoi entre ce qu’on clame et ce qu’on fait il y a toujours un fossé.

Quant à travailler plus longtemps, Sarkozy a reproché aux socialistes la retraite à 60 ans. Mais rappelons qu’en 1993, il disait dans le poste de télévision qu’il avait voté pour cette loi, avec une expression du genre « bien entendu » ou « cela va de soi ». Il faut avoir un certain culot quand même pour prendre les électeurs à ce point pour des cons à qui il dit en fin de compte « Souffrance, souffrance et encore souffrance ! »

Vers un Anschluss ?

Finalement, ce qui gêne est moins le discours que ce qui n’est jamais suivi d’effets dans la réalité de l’action politique. Point de moralisation du système, point d’obstacle sur la route des spéculateurs. Point de travail. Point de discipline, si ce n’est une prétendue règle d’or qu’on veut faire adopter précipitamment avant les élections pour faire oublier les errements de sa mandature et faire croire à sa détermination à lutter contre les déficits.

Angela Merkel veut imposer un système de sanctions plus dures voire automatiques. Mais un contrôle a priori est exclu. Cela serait impensable : imaginez que c'est le système dit de tutelle qui s'appliquait aux collectivités avant la Décentralisation ! Ce sera donc un contrôle a posteriori, c'est-à-dire par le juge européen. Sera-t-il plus efficace que celui qui existe déjà et qui a démontré son inefficacité ?

Le transfert de souveraineté souhaité se fait donc sous la botte d’une Allemagne qui profite à plein d’un contexte qui lui est très favorable pour imposer ses vues à toute l’Europe. C’est encore Marine Le Pen qui risque de récolter des électeurs qu’elle conduira à l’impasse et au désespoir, vu qu’elle ne peut absolument pas être élue à supposer qu’elle passe le cap du premier tour. Pas plus que Mélenchon, elle ne représente une alternative crédible. Seul Bayrou l’incarne.

Il y avait une solution européenne à la crise de la dette et de l’Euro. Le MoDem ne cesse de le marteler et n’est pour l’instant pas très écouté. Mais Sarkozy lui a préféré la solution allemande. Ou plutôt la solution d’Angela Merkel de laquelle François Bayrou se démarque, lui, en citant en modèle Gerhard Schröder. François Bayrou a d’ailleurs réagi avec vigueur au discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Toulon, qui constitue selon lui « la fin de l’Europe communautaire » et « le renoncement pur et simple aux principes de la construction européenne« . (lien)

Quelle direction prend le couple Sarkozy-Merkel ? Laisser les financiers étouffer les peuples en difficultés sous des sommes extravagantes d’intérêts, paralyser la BCE ? On voudrait faire crever des pays européens qu’on ne s’y prendrait pas autrement. En réalité, je crois que l’Allemagne s’est lancée dans une opération punitive ! Comme une revanche sur un vieux traité de Versailles…Mais avec Sarkozy, va-t-on vers une forme d’Anschluss ?

Le plan de sortie en 5 points de Bayrou

– « sécuriser la dette des Etats de la zone euro » grâce à « l’engagement de la Banque centrale européenne » ;

- « garantir le refinancement de la dette des Etats en difficultés à des taux raisonnables » ;

- « négocier en échange avec ces Etats les décisions nécessaires pour leur redressement » ;

- modifier les institutions européennes avec notamment « l’élection d’un président, un jour au suffrage universel » ;

- retrouver « les principes de la méthode communautaire » où « les minorités sont respectées »

Extrait de l’article « François Bayrou critique la politique européenne du « condominium » franco-allemand » (Le Monde 30 novembre 2011)

Il existe également une solution qui repose sur la confiance et le patriotisme et qui s'appelle l'emprunt national. Les Français achètent des bons du Trésor à un taux fiscal attractif et financent ainsi le remmboursement de la dette et de ses intérêts. Mais comme je l'ai dit, cela repose sur la confiance. Seulement voilà, ni Sarkozy l'élève girouette et rès indiscipliné ni le PS qui annonce de folles promesses de dépenses qu'il ne respectera pas, ne sont à même d'établir cette confiance...

par Taverne (son site) samedi 3 décembre 2011 - 28 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par goc (xxx.xxx.xxx.14) 3 décembre 2011 11:18
    goc

    On croit vivre dans un monde parallèle, ou plus exactement, il apparait que nos politiciens vivent eux, dans un monde parallèle

    d’abord mettons les choses au point
    1 - en 2012-2013, ni le nain ni la grosse berta ne sont sur d’être encore au pouvoir, donc leur décisions, n’ont d’importance que le temps de leur "règne"
    2 - quel que soit l’état de la crise européenne, notre situation ne dépend que d’un seul critère : l’effondrement attendu des USA ou une guerre totale déjà programmée.
    3 - Mémémérkel oublie de préciser que son économie n’est pas plus florissante que cela et dépend a 100% du reste de l’Europe : si les autres grand pays de la CEE s’effondrent, elle suivra comme un bouchon flottant dans le caniveau et emporté jusqu’à la bouche d’égout.

    Bref, restons indifférent à tout cela mais vigilant, et surtout n’oublions pas qu’a final, c’est encore nous qui décidons

  • Par Viktor (xxx.xxx.xxx.238) 3 décembre 2011 11:29
    Viktor

    La "Franco-Germanie" n’est qu’un début, quand l’euro ne vaudra plus grand chose, on aura droit à un fusionnement USA-UE (le MEDEF en parle déjà) et on adoptera le dollar... C’est dans le but d’ajouter des étoiles supplémentaires sur son drapeau que les USA ont construit l’UE.

    D’ailleurs cette option est manquante dans le sondage de AV.

  • Par Peachy Carnehan (xxx.xxx.xxx.135) 3 décembre 2011 11:48
    Peachy Carnehan

    Salut Goc.

    « ...et surtout n’oublions pas qu’au final, c’est encore nous qui décidons. »

    Oui, mais si Joe Dalton Sarkozy va jusqu’au bout de sa logique de transfert de souveraineté vers Bruxelles ou le Bundestag, plus personne en France ne décidera de quoi que ce soit.

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