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La magie noire de l’Eurosystem

D’aucuns pourraient se poser la question de savoir comment il se fait que des pays surendettés comme les pays du sud de l’Europe arrivent à survivre avec des déficits de leurs balances des paiements aussi gigantesques, sans encourir de sanction budgétaire, autre qu’une réprimande de la Commission européenne en ce qui concerne a nécessité absolue de maîtriser leurs déficits et de pratiquer des politiques d’austérité de façon à ne pas compromettre le financement du budget public par les marchés financiers.

Avant l’introduction de la monnaie unique, lorsqu’un pays de l’Union européenne se trouvait dans une définition de déficit prolongé de sa balance des paiements, il encourait une sanction de change de façon à rétablir l’équilibre entre les flux entrants et les flux sortants sur la base d’une égalisation des prix avec ses voisins commerciaux. Aujourd’hui ce mécanisme de compensation monétaire a été remplacé par le système de régularisation des comptes nationaux entre les banques centrales et leur maison mère européenne qu’est la BCE, sous la forme d’opérations d’égalisation des balances de paiements passant par une allocation de monnaie banque centrale depuis la BCE vers une des « banques correspondantes » (BdF, Bundesbank, etc) qui collectionnent les dettes et les créances des comptes nationaux avec l’étranger (current and capital accounts) pour s’en servir comme collatéral dans le refinancement des dettes banques centrales nationales avec la BCE. Par exemple si l’Italie enregistre un déficit commercial avec l’Allemagne, les banques commerciales italiennes créditent les comptes des importateurs italiens en émettant des prêts dont les créances correspondantes sont transmises à la banque centrale italienne qui va financer le solde négatif avec les banques allemandes par l’échange des dettes italiennes contre de la monnaie banque centrale émise par la Bundesbank qui va créditer le compte de la banque centrale italienne d’un montant correspondant. Sur la base de ses dettes rachetées par la BCE, la banque centrale italienne peut alors refinancer les banques commerciales italiennes qui émettent les crédits qui servent aux importateurs italiens à acheter les machines allemandes. Idem pour le cas français, espagnol ou portugais, ceteris paribus.

Ainsi les déficits commerciaux des pays européens déficitaires sont indirectement financés par la banque centrale européenne, pour le plus grand bonheur des exportateurs allemands qui entretiennent leur position dominante à l’intérieur de l’UE, grâce à l’émission de prêts par la BCE en contrepartie de créances vis-à-vis des importateurs européens qui pratiquement ne sont jamais remboursées. Tout se passe comme si le banquier central européen faisait fonctionner à plein régime la planche à billets pour financer à perte les importations de pays placés sous la tutelle budgétaire européenne qui les fait vivre sous perfusion budgétaire, tandis qu’elle entretient une situation de déficit structurel grave à l’intérieur de la zone euro. Plus grave encore, cette mise en parenthèse du fonctionnement normal des marchés qui devraient automatiquement corriger les écarts de prix des actifs européens par une réévaluation des taux de change et l’exigence de politique de recréation de capacités productives, ne peut que faire perdurer une situation de chômage endémique dans des pays qui vivent des subsides étrangers. Au lieu de générer de la richesse nationale issue d’industries nationales sacrifiées sur l’autel de la globalisation des actifs, les PIGS se soumettent à l’imperium allemand qui impose sa suprématie industrielle à ses voisins vassalisés par la dette bancaire.

En l’occurrence, il s’agit bien d’un choix politique délibéré de sacrifier des activités productives au profit du développement des services et de la fonction publique qui ne viennent pas compenser la perte de substance économique, même si l’augmentation des dépenses publiques financées par la dette peut faire un temps illusion en entretenant la fiction comptable de la croissance. L’Allemagne et la finance anglo-saxonne ont fait valoir la théorie des avantages comparatifs pour persuader les pays dont les industries étaient jugées moins compétitives de les sacrifier, soit en les délocalisant dans des pays à moindre coût social, soit en les sacrifiant pour les remplacer par activités de service jugées plus rentables compte tenu des atouts touristiques de pays qui par la suite ont qualifiés de pays « club Med ». Le gonflement des effectifs de la fonction publique devait aider à faire passer la pilule en absorbant le surplus de main-d’œuvre jeté sur le marché au nom du développement de zones jugés plus compétitives, les pays BRICS, sur le plan économique et social. La globalisation des actifs nationaux devait profiter aux banques par leur financiarisation qui permet de créer de la valeur par des activités spéculatives s’appuyant les fluctuations du cours des titres représentatifs des entreprises globalisées en fonction des cycles économiques. Même en période de récession, quand les prix des actifs s’effondrent, la banque reste gagnante en prenant des positions vendeuses, par exemple sur des indices actions ou des ETF représentatifs de l’activité économique d’un pays donné, qui prennent de la valeur avec la baisse des actifs sous-jacents, comme c’est le cas pour des options à la baisse ou des instruments à terme sur des actions.

Ainsi nous nous retrouvons dans une situation similaire à celle de l’Union soviétique où la banque centrale russe créait de la monnaie en fonction des besoins en monnaie crédit exprimés par les banques centrales des républiques périphériques, sur la base de leurs estimations macro des flux d’échange et de paiement entre les républiques composant l’URSS dont la spécialisation économique était décidée par les organismes de planification centrale, quelles que soient par ailleurs les conséquences sociales de cette répartition des rôles entre les régions spécialisées dans les productions à forte valeur ajoutée et celles héritant de fonctions moins nobles, comme le tourisme ou les industries d’extraction minière par exemple. Naturellement lorsque l’URSS a été démembrée, les pays dont la main-d’œuvre était relativement sous-employée se sont retrouvés avec une hyperinflation nécessitant la dévaluation de leur nouvelle monnaie qui avait succédé à l’ancien rouble dont l’émission avait été arrêtée par la banque centrale russe.

La zone euro connaît des frictions croissantes entre les pays structurellement excédentaires et leurs voisins déficitaires qui ne savent pas comment sortir d’une situation de chômage endémique que ne vient plus compenser l’augmentation artificielle du prix de leurs actifs (cf. Bulle immobilière) et la création d’emplois publics. Les jeunes sont invités à prendre le chemin de l’exode en suivant la trace du capital productif transféré dans les pays émergents qui reproduisent les mêmes schémas de développement qu’en Europe, mais avec un potentiel plus prometteur sur le plan de la demande tirée par le crédit bancaire et la standardisation des formations comme des comportements de consommation entre des pays harmonisés par l’application de gouvernance économique et sociale commune.

Pour sortir de ce cercle vicieux, il est impératif de stopper la planche à billets de la BCE qui joue le rôle de prêteur de dernier ressort, malgré et contrairement aux dispositions des traités européens, en entretenant artificiellement la position dominante des exportateurs des pays du Nord de l’Europe dont la demande est subventionnée dans les pays du Sud structurellement déficitaires, faute d’avoir pu conserver leurs activités productives de richesse autre que financières. Comme le dit Charles Gave, on ne peut compenser la fuite des capitaux productifs par l’injonction massive de capitaux spéculatifs alimentant les bulles financières au profit du rentier et du banquier mettant à rançon les classes laborieuses et les classes moyennes privées de leur outil de travail, ainsi que les entrepreneurs écrasés par les politiques de rigueur budgétaire nécessitées par le remboursement de la dette publique.

Le rétablissement de la valeur des actifs nationaux nécessite de reconstituer la base productive et de définanciariser l’économie en privant les banques de leur monopole de création monétaire sous la forme de prêts à intérêts sur la base du principe des « réserves fractionnelles ». Les grandes entreprises ont commencé à monter la voie en créant leur propre banque, lorsque les institutionnels de la finance ne pouvaient plus répondre à la demande d’émission de moyens de financement, sous la forme de crédits ou d’instruments de trésorerie. L’Etat devrait reprendre son privilège d’émission monétaire en émettant de la monnaie en fonction des besoins correspondants au plein emploi de sa population remise au travail par le financement de projets productifs et la libération des forces vives allégées de la pression fiscale d’un Etat qui perpétue sa dette plus qu’il ne la diminue en coupant dans ses dépenses. Actuellement la monnaie émise par les banques sert à financer les dépenses largement improductives de l’Etat, comme le paiement des fonctionnaires, aux effectifs devenus tellement pléthoriques qu’ils atteignent en France la moitié de la population active. Le choix de société consistant à privilégier le financement de la fonction publique et de la dette au détriment des entrepreneurs et des activités productives est à terme proprement suicidaire, même si la circulation du capital entre les zones économiques par la duplication des marchés servis par des actifs globalisés a pu un temps entretenir l’illusion que l’oisiveté des uns pouvait être entretenue par le travail sous-rémunéré des autres, avec la complaisance cupide des banquiers gagnants sur tous les tableaux, dès lors qu’il s’agit de transformer la richesse privée en titres de dette transférables comme moyens de financement.

Le rafistolage régulier de la réglementation bancaire est une maigre compensation à ce manque de réformes structurelles attaquant à la racine le mal économique et social qui ronge les sociétés européennes, même si la vanité du régulateur se trouve flattée par le recours à ses compétences de banquier dont il est le seul à maîtriser le langage hermétique. Les multiples scandales récents, comme celui ayant trait à la fixation des taux LIBOR, Euribor, Tibor, par le cartel des banques commerciales, ont de nouveau mis en évidence l’existence de circuit de financement parallèles qui servent aux banques à générer les ressources de financement qui assurent la permanence de leur système de financement de l’économie. Face à la désagrégation du rôle d’intermédiation joué par les banques, il est impératif pour les forces vives de la Nation de reprendre le contrôle des moyens de financement qui ont été trop légèrement abandonnés aux mains de financiers secondés par des politiques qui pratiquent une politique de rapace qui ne peut engendrer que de la misère et de l’aliénation sociale, faute des moyens nécessaires pour que la personne humaine retrouve sa dignité dans la maîtrise de son destin.


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4 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 19 février 2013 11:56

    A ceux qui croient que les « valeurs » monétaires ont quelque chose de rationnel et de mathématiques : VOUS VOUS TROMPEZ !
    les cours sont le résultat à la fois de « combines » des banques centrales et de spéculations juteuses ...
    la rêgle du jeu ? augmenter les profits du cercle oligarchique ..........


    • lambda 20 février 2013 10:51

      @ démosthène

      Il faut en effet relayer et dénoncer le Marché Transatlantique qui va faire de l’Europe dès le 1er janvier 2015 une colonie américaine avec leurs lois qui s’imposeront à nous

      Ce traité déjà signé dans le dos du peuple avec la complicité des médias qui se son t bien gardés d’informer sur cette trahison des élus européens

      De toute façon l’Europe n’a été instituée que pour être détruite et passer dans le giron américain

      L’Europe rejoindra l’Alena sans que la majorité des citoyens n’ait eu le temps de comprendre qu’ils allaient se retrouver esclaves dans le bloc transatlantique dominé par les multinationales qui seront les véritables dirigeants

      http://actuwiki.fr/dossier/4795


    • Aldous Aldous 19 février 2013 15:57

      Réfléchir aux défauts du système de l’intérieur du système ne mène a rien.


      Le système est construit pour permettre aux cartel bancaire de prélever la plus-value des activités commerciales et industrielles.

      (Todd l’a enfin compris, c’est bien. un peu tard, vu qu’il a appelé a voter Hollande, mais mieux vaux tard que jamais...)

      Bref, comme il n’y a plus de croissance le système ne produit de quoi payer les intérêts. le cartel se sert sur la bête en dépeçant l’industrie et les états.

      Pourquoi ? Ils sont fou ?

      Non c’est un coup d’état. Ils veulent instaurer un régime mondial a leur botte et pour ça il faut transférer les actifs des états nations au nouvel état fédéral continental, qui est un des blocs du gouvernement mondial. 

      Une bonne famine et les gens feront sauter les états nations... indignez vous bande de naïfs ! nous dit Essel.

      Et ensuite l’oligarchie viendra nous sauver du problème qu’ils ont créé en instaurant la gouvernance mondiale.

      Merci qui ?

      Merci les ultra-riches !

      Au passage 2 ou 3 milliards d’humains sont priés de disparaitre.


      • Luxum Luxum 19 février 2013 19:03

        Réfléchir aux défauts du système de l’intérieur du système ne mène a rien.

        Et pourtant il convient d’adopter alternativement une position d’outsider et d’insider pour considérer le tableau complet d’un système.

        Le système est construit pour permettre aux cartel bancaire de prélever la plus-value des activités commerciales et industrielles.

        Bref, comme il n’y a plus de croissance le système ne produit de quoi payer les intérêts. le cartel se sert sur la bête en dépeçant l’industrie et les états.

        C’est partir du principe que le cartel bancaire a anticipé le pic de production énergétique. Je sais qu’il se comporte comme si c’était le cas mais en considérant la citation qui suit il est permit de douter ou bien d’affirmer que cette prise de conscience est récente.

        « En 1972, le Club de Rome publiait The Limits to Growt, remettant en question la durabilité de la croissance démographique et économique. Selon ce livre, à l’heure actuelle, nous devrions assister à la baisse de la production alimentaire, du nombre d’habitants sur Terre, de la quantité d’énergie disponible et de l’espérance de vie. Aucune de ces évolutions n’a commencé à se produire et rien n’annonce qu’elles vont survenir. Donc le Club de Rome s’est trompé... »

        ExxonMobil (= Rockefeller), 2002

        Non c’est un coup d’état. Ils veulent instaurer un régime mondial a leur botte et pour ça il faut transférer les actifs des états nations au nouvel état fédéral continental, qui est un des blocs du gouvernement mondial.

        On a comprit quel forme prendra ce gouvernement mondial et la façon dont les oligarques comptent y parvenir. Toutefois il reste une question à laquelle aucune réponse satisfaisante n’a été apporté : « Pourquoi ? »

        Une bonne famine et les gens feront sauter les états nations... indignez vous bande de naïfs ! nous dit Essel.

        Affirmation gratuite et non-étayée. Et Hessel n’est pas vraiment un opposant à un gouvernement mondial. Quant à la famine, tout ce que je peux affirmer c’est que d’ici 20 ans la production de nourriture par tête aura grandement diminuée mais de là à parler de famine...

        Au passage 2 ou 3 milliards d’humains sont priés de disparaitre.

        Sans commentaire... Pas d’explication donc affirmation sans fondement et à ne pas prendre en compte.

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Auteur de l'article

Nicolas Jaisson


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