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Accueil du site > Actualités > Europe > La problématique de l’Europe puissance

La problématique de l’Europe puissance

Dans un article précédent, je traitais de l’adhésion de la Turquie au sein de l’Union européenne (mais dans un premier temps, à l’extérieur d’un « noyau dur » européen) et de son opportunité (d’ici une dizaine d’années) dans le cadre d’une « Europe puissance ».

Mais qu’entend-on par « Europe puissance » ?
Tout d’abord, comment considérer la puissance ?

Pour faire très succinct, la puissance, en tant que telle, reste un potentiel d’actions qui peut provoquer ou inhiber les actions des acteurs sur lesquels elle s’exerce. Elle peut être positive en orientant des évolutions et aménageant des volontés déterminées. C’est aussi une façon d’organiser ses moyens au service de ses convictions.

Mais parler de « puissance » au sujet de l’entité européenne ne paraît d’emblée pas très juste, tant celle-ci est originale. En effet, la construction européenne n’a pas de précédent historique. Elle n’est pas le produit de la force ou de la domination. Elle résulte de la libre volonté des gouvernants et des peuples décidés à mettre leur union au service de la paix et du droit.

En fait, la fondation des communautés européennes marque la création d’une « Communauté de droit ». Dépourvues logiquement des symboles de la puissance étatique, les communautés ne disposent que du droit, puissant facteur centripète, pour imposer à leurs États membres la réalisation d’un projet d’intégration inédit par son ambition.
Enfin, l’Europe n’évolue pas vers une forme politique préconçue qu’il s’agirait d’imposer. Le débat sur la meilleure organisation possible n’est pas clos, comme l’a montré celui sur le traité « constitutionnel » européen.

En réalité, l’expérimentation joue un grand rôle dans la définition du système politique européen, de sorte que, là encore, les précédents historiques sont de peu d’utilité.

Ainsi - et c’est malheureux - l’élargissement décidé par le Conseil européen de Copenhague, en 2002, à dix nouveaux membres (Pologne, République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Malte et Chypre), que nous vivons depuis deux années, n’a en rien été devancé par un approfondissement de l’Union ni par une clarification de ses objectifs.

Néanmoins, et les partisans du « non » à la constitution l’ont souvent oublié, cet élargissement marquait la réconciliation « géographique » avec l’entrée en 2007 de la Roumanie et de la Bulgarie. Encore manque-t-il, notamment pour des raisons judiciaires et d’instabilité, les États des Balkans.

Mais la survie immédiate de l’Union passe par la réforme de ses institutions, ce que n’a pas permis le « non » au traité constitutionnel en 2005. Un traité qui, loin d’être exemplaire, constituait pourtant un premier pas essentiel.

Il fut élaboré par la Convention, et signé en juin 2004 par l’ensemble des Etats membres. Rappelons que son projet fut présenté pour la première fois au Conseil européen de Thessalonique les 21-22 juin 2003 par Valéry Giscard d’Estaing, et qu’il exprimait de manière cohérente la double nature, partiellement inter-étatique et partiellement fédérale, de cette unité politique en devenir.
Il s’était heurté, en décembre 2003, à la fermeté de l’Espagne et de la Pologne.

C’était un rappel des intérêts étatiques, qui a été remarquable lors de la crise irakienne de 2003, et qu’on retrouve actuellement dans les prolongements des campagnes référendaires, en raison d’une crise sociale et économique grave.

En 2003, l’Europe s’est divisée ouvertement, avec le soutien, voire l’impulsion de Washington. D’un côté la France, l’Allemagne et la Belgique, que le secrétaire d’État américain à la défense Donald Rumsfeld a qualifiées de « vieille Europe », de l’autre, l’allié de toujours, le Royaume-Uni, avec l’Espagne, l’Italie et les PECO, nouveaux adhérents de l’Union européenne mais aussi de l’OTAN, qualifiés ensemble de « nouvelle Europe ».

Le premier ministre espagnol de l’époque, José Maria Aznar, était cohérent avec lui-même, puisque proche idéologiquement de G. W. Bush et se jugeant marginalisé par la France et l’Allemagne. Ainsi il s’opposa à son opinion publique, tout comme le fit Silvio Berlusconi, le président du Conseil italien, parce que se sentant isolé de ses partenaires européens qui éprouvaient pour le moins bien des réserves à son égard.

Quant aux pays adhérents, ils ne faisaient que suivre ceux qu’ils considèraient comme leur protecteur ultime. Le traumatisme subi par l’occupation et l’influence soviétique a suffi très logiquement à les rallier au camp anglo-américain. Un désaccord de leur part sur le sujet aurait été perçu par Washington comme de l’ingratitude, alors même que les trois pays baltes , la Slovaquie et la Slovénie devaient adhérer à l’OTAN onze mois plus tard. Comment pouvait-on, par ailleurs, leur reprocher de ne pas souscrire à une politique commune qui n’existait pas, alors que de surcroît, ils ne faisaient pas encore partie du club ?

Mais pourtant, aller contre l’intérêt communautaire, et ceci encore aujourd’hui (soit deux ans plus tard !), semble irrationnel, tant les interdépendances entre États sont profondes dans l’Union européenne.

Aucun pays membre ne peut prétendre peser seul sur les affaires du monde. Il n’existe actuellement aucun pôle s’approchant, même de loin, de la puissance américaine (pourtant bien mal en point et s’apprêtant peut-être à affronter une très grave crise financière dans un futur très proche) et la crédibilité de l’Organisation des Nations Unies pour les grandes affaires internationales a toujours été faible, et semble aujourd’hui quasi-nulle.

Ce constat n’est pas positif, il signifie une gestion monopolistique des conflits mondiaux.

Sans, bien entendu, souhaiter l’affirmation d’une Europe hégémonique ou même colonialiste, une « Europe puissance » permettrait une alternative à la seule vision états-unienne du monde.

Car même si ces deux pôles font partie de la même sphère occidentale, leur manière de voir les choses est souvent bien différente. Il n’est sans doute pas faux de dire que le refus européen de se construire en tant que puissance annonce à la fois son déclin diplomatique, démocratique et culturel, et un déséquilibre plus marqué encore des relations internationales .

Concrètement, aujourd’hui, l’Union européenne doit faire face à "l’hyperpuissance" américaine comme à d’autres puissances comme la Chine, l’Inde, le Japon, le Brésil, et bien sûr la Russie.

Qui plus est, elle doit être capable de gérer à la fois les nouveaux enjeux mondiaux et ses propres crises internes (comme l’ultralibéralisme non régulé, les crises économiques, le terrorisme, l’émergence de nouvelles puissances, la crise économique, le déclin démographique alarmant, mais aussi et surtout le déclin démocratique et l’augmentation de la xénophobie et de la peur de « l’autre »).

Face à de tels défis, une pléiade d’États est moins efficiente qu’une union constructive.

Mais ne pouvant naître sans l’aval populaire, les gouvernants doivent combattre le désintérêt des citoyens européens face à la vie politique, démocratiser les institutions communautaires et réaliser des politiques communes accessibles, visibles, et au nom d’un seul peuple.

Cette "Europe puissance", qui rompt avec l’idée d’une " Europe espace", permettrait alors la sauvegarde des valeurs européennes -qui sont bien réelles et qui le seront toujours plus, leur pérennisation, ainsi que la création d’un vaste espace démocratique.

Au-delà, elle permettrait un nouvel équilibre mondial, plus juste, qui répondrait aux souhaits des pères fondateurs de l’Europe, c’est-à-dire, une Union politique prospère et pacifique, porteuse d’un nouveau modèle plus égalitaire et solidaire.

Car « nous ne pouvons pas accepter la dégénérescence ». Or, l’UE a généré une grande déception. L’étroite coordination des politiques économiques et budgétaires est inexistante. Les États se sont dessaisis de prérogatives importantes, sans qu’on en ait reconstitué les mécanismes à l’échelle de l’Union, parce que celle-ci n’est pas un État. En outre, rien ne limite la course compétitive aux baisses d’impôts, ce qui appauvrit les États et ne permet pas de mettre fin aux paradis fiscaux internes à l’UE, fait économiquement nuisible et moralement scandaleux.

Le déficit économique de l’Union est important. Sous l’angle social - lié à l’économie - l’UE n’est pas capable de se doter d’un authentique programme de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, notamment à cause d’une trop faible ou d’une mauvaise intégration.

Les mesures suggérées aux États membres - et non décidées - vont parfois dans le bon sens mais sont timides, lentes et tout à fait insuffisantes. La logorrhée communautaire masque l’impuissance, alors qu’un État européen pourrait mieux résorber exclusion et pauvreté. Le déficit social de l’Union est important.

Le traité constitutionnel apportait quelques aspects positifs en la matière, mais il semble qu’ils n’aient pas été bien perçus, et que certaines idées « nationalistes » aient plus convaincu.

Dans les domaines de la sécurité intérieure, la coopération des vingt-cinq reste faible, et le choc majeur des attentats du 11 septembre 2001, du 11 mars 2004, et du 7 juillet 2005, après avoir fait sortir les États membres de leur torpeur, a de nouveau fait place à une absence de politique commune réellement efficace, qui ne porterait pas atteinte aux droits les plus élémentaires.

Le deuxième pilier de l’UE n’est qu’une banale coopération internationale. Là encore, la fusion des piliers par l’adoption du traité constitutionnel était extrêmement positive.

Dans les domaines de la sécurité extérieure, la coopération des vingt-cinq est aussi faible. L’incapacité de l’Union à exister sur la scène internationale est évidente, l’Europe est sans politique extérieure ni défense commune - ou presque.

Le déficit politique de l’UE est important. Dans de nombreux domaines, l’Union n’est qu’un faux-semblant ; la simple coopération inter-étatique, qui est très souvent la règle, condamne presque toujours à l’impuissance.

Quant aux secteurs dans lesquels des mécanismes supranationaux sont en œuvre, ils ont conduit à faire de l’UE un grand marché.
Même si cela n’est pas sans intérêt, ce n’est pas ce que les citoyens européens attendent avant tout de l’Europe. Là encore, la « Constitution » semblait résorber quelques défauts.

Les institutions de l’Union européenne sont incompréhensibles pour les citoyens, le traité de Nice a approfondi le fossé entre l’UE et l’opinion publique, et la « Constitution » permettait d’aller plus loin (même si cela n’était pas suffisant).

Les citoyens européens sont victimes d’un grave déni : ils vivent dans des États dont les attributions ont été assez largement démantelées, et dans une Union qui ne les a que très partiellement récupérées et qui n’a pas été dotée d’un gouvernement. Ainsi que l’écrivait J.-P. Fitoussi il y a deux ans : « En l’absence, pour l’instant, d’un projet politique cohérent, l’Europe apparaît comme un lieu vide de la souveraineté, un gouvernement par des règles, plutôt qu’un gouvernement par des choix ». Cela est toujours vrai.

Les Européens ont été dessaisis de choisir leur avenir, chacun dans son État, et on les a privés d’un droit réel et entier à choisir leur destin collectif. C’est de cette tragédie qu’il faut sortir.

La mondialisation a déjà tellement interpénétré les économies et les sociétés des États membres que le retour en arrière, proposé par les « souverainistes » (et même par la plupart des membres de la majorité parlementaire et gouvernementale actuelle en France), n’est qu’une illusion, à moins de choisir un mal plus profond que celui auquel ils disent s’attaquer.

Seule une lucide et courageuse marche en avant s’impose pour construire une UE qui soit non seulement commerciale et monétaire, mais aussi économique et sociale, donc pleinement politique.

Il faut organiser une « Europe puissance », une communauté volontariste et ambitieuse, de destins pour le bien des Européens et dans l’intérêt de l’humanité (sans aucune pensée expansionniste, évidemment).

Et si cela n’est pas possible à 25, il faut affirmer le droit des peuples lucides à créer un noyau fédéral, un « noyau dur » (cf. mon autre article sur le sujet).

Le traité constitutionnel européen, bien qu’imparfait, permettait de commencer cette lucide marche en avant.

Il a été refusé en France et aux Pays-Bas, il faut néanmoins continuer cette construction européenne, vers la constitution d’un véritable pôle politique, vers celle d’une véritable puissance alternative.


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19 réactions à cet article    


  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 24 février 2006 12:28

    Je suis d’accord avec votre vision de l’Europe puissance tout en restant pragmatique sur les moyens de la construire.

    Mais le fait est que le refus par la France d’une de ces étapes tout à fait indispensable (le TCE), conséquence entre autres d’une véritable trahison politique en pleine bataille de certains responsables socialistes qui sont toujours, via la synthèse du Mans, au pouvoir dans ce parti, laisse mal augurer d’uen poursuite ou d’une reprise de cette construction sur une voie sociale-libérale ; comme on le voit au refus par le PS, au cointraire des autres parrtis socio-démocrates de voter la nouvelle mouture de la circulaire sur les services, qui pourtant satisfait la quasi-totalité" de leurs exigences est significatif de l’abandon, tant qu’ils seront dans l’opposition, de toute volonté réelle de poursuivre cette construction..

    Le problème poltique majeur en France est de faire capoter cette alliance sociale-démocrate et sociale-nationaliste qui constitue le PS (au profit réel de ce dernier) , par tous les moyens politiques de déligimation possible du courant archéo-nationaliste, y compris par l’alliance entre les socio-libéraux et les centriste de l’UDF dont les vues sur l’Europe sont tout à fait compatibles, comme le démontre la politique européenne actuelle de l’Allemagne.

    Tant qu’une telle scission du PS (en cela Rocard a raison) ne sera pas intervenue, aucun espoir de construire l’Europe dont vous rêvez n’est possible à partir de la France. Il reste à souhaiter que le PS au gouvernement fera dans les faits cette scission, mais j’ai de bonnes raisons de douter que, s’il l’a fait, ce sera sur des bases claires, compte tenu de sa base électorale (fonctionnaires). Reste à espérer que la France sera plus ou moins inscitée à la faire par les autres pays et partis socio-démocrates européens..Espoir bien mince néamoins.

    Le référendum sur sur le TCE


    • Antoine (---.---.16.169) 24 février 2006 13:43

      Sur cette page, des éléments intéressants

      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=7335


      • Antoine (---.---.16.169) 24 février 2006 15:10

        un destin....pour moi c’est la vraie question et je suis d’accord avec vous sur ce point...mais nous n’en sommes pas encore privé, il est encore possible de choisir, d’en dessiner le profil et pas uniquement par une vision libérale.


        • machinchose (---.---.129.40) 24 février 2006 16:14

          belle analyse qui mériterait un beau débat. On notera que le succès est davanage au rendez vous pour ces débats sans fins insuportables lorsqu’il s’agit de turquie... Quand on quitte le domaine du fantsme, de la peur, des religions et des pratiques sexuelles les gens ont un peu de mal à s’interesser. Mais mettez en avant la peur, la haine et vous aurez des armées de débattant acharnés qui oublierons le fond aussi vite qu’il n’auront pas lu votre article pour ressortir à l’infinie les même phrases militantes avant de se répondre les uns les autres sans se lire les même arguments insuportables et les même révoltes frelatées...

          Je suis assez neuf sur agoravox mais je remarque que les articles les plus interessant ne sont pas toujours les plus commentés et qu’à plus de 50 commentaires la plupart du temps c’est une ribambelle de décharge haineuse dans un sens puis dans l’autre...

          tout ça pour dire que je suis impressionné par ceux qui calmement prennent le parti de reflechir et dont l’engagement est réel (n’en déplaise à quelques hystériques pour lesquels on resiste uniquement quand on crache)


          • olivier (---.---.206.200) 26 février 2006 12:42

            Je suis d’accord avec vous.

            Je suis nouveau sur ce blog, que je trouve très intéressant, mais mon constat est le même.

            Ceci dit, je crois en la sélection naturelle : d’ici peu, beaucoup de gens peu intéressés et peu intéressants iront voir ailleurs.

            C’est pour celà qu’il faut continuer à lire, à s’exprimer sur ce blog (et les autres) car je crois que cet espace d’expression libre pourra faire avancer les politiques, les médias, les opinions ... et pourquoi l’Europe et sa construction.

            J’arrête là, car ce n’est pas le sujet, mais j’en avais trop envie. olivier


          • Stéphane (---.---.242.26) 24 février 2006 17:38

            J’ai bien aimé l’article pour son intention et ses convictions profondément européennes, mais je crois qu’il faut arrêter de nous resservir la campagne du printemps dernier au lieu de se concentrer sur des propositions d’avenir. Je cite :

            « Mais la survie immédiate de l’Union passe par la réforme de ses institutions, ce que n’a pas permis le « non » au traité constitutionnel en 2005. Un traité qui, loin d’être exemplaire, constituait pourtant un premier pas essentiel. »

            Ceci est extrêmement discutable, l’essentiel n’étant pas le premier pas, mais le deuxième, etc...

            Autre citation : "Et si cela n’est pas possible à 25, il faut affirmer le droit des peuples lucides à créer un noyau fédéral, un « noyau dur » (cf. mon autre article sur le sujet).

            Le traité constitutionnel européen, bien qu’imparfait, permettait de commencer cette lucide marche en avant."

            Là encore, tout à fait d’accord sur les intentions mais on aurait tort de faire confiance au projet du printemps dernier pour aller dans cette voie. Il faut encourager chacun des 25 membres à clarifier et publier sa vision du projet européen, sans cela on est condamnés à des compromis, des « oui » mous sans convictions. Les non francais et néerlandais ont ouvert la possibilité d’une telle clarification. A nous maintenant de transformer l’essai.

            Visitez : http://www.newropeans.org/ fr


            • Vieux bob (---.---.190.36) 24 février 2006 20:32

              J’ai voté « non », je l’avoue, j’ai même fait campagne pour le non dans un blog perso : j’ai pensé, peut-être à tort, que la Constitution était fondée sur l’absolu des lois économiques et du taux de croissance, la protection sociale venant en second plan.

              Je rève d’une économie basée sur la croissance d’un taux de solidarité, le développement du P.N.B. étant un OUTIL provisoirement indispensable qui ne sera pas éternel !


              • machinchose (---.---.129.40) 25 février 2006 00:57

                bon vous avez gagné. Et maintenant on en fait quoi ? franchement il n’y a pas des jours ou vous regrettez ? (je dis ça sans méchanceté, je m’interroge sincèrement)


                • Aldoo (---.---.242.91) 25 février 2006 13:18

                  J’ai en gros la même vision que l’auteur de l’article. Mais comme le fait remarquer Sylvain Reboul, la grande question est comment arriver à cela ? Pourrait-on commencer par savoir qui partage aussi cette vision ? Sommes nous majoritaires, ou seulement une poignée d’illuminés ? Si nous sommes majoritaires, pourquoi cette opinion n’est-elle jamais celle qui a le droit de cité dans les discours « officiels » ? Est-ce seulement dans l’intérêt de ceux qui seraient actuellement en mesure de pousser les choses dans ce sens là de bouger leur petit doigt ?

                  Pour ce qui est du TECE, j’ai failli tourner comme le vieux Bob, et j’ai reviré au dernier momment en pensant qu’objectivement un petit pas dans le bon sens était mieux que rien, d’autant plus qu’il a été si chèrement obtenu (difficiles tractations avec la Pologne et l’Espagne entre 2003 et 2005).

                  Maintenant, que faudrait-il faire pour réussir ce petit pas ? (ou un plus gros ?) Nicolas S. propose de faire revoter les Français sur la partie I du traité. Une telle option est séduisante pour qui n’y réfléchit pas : qui, en France, était contre cette première partie ? Maintenant, un traité étant un traité, c’est à dire un compromis international, nous n’avons pas le droit d’accepter la première partie sans accepter le reste. Si nous le faisions, nos partenaires ne le verraient pas de cet oeil. Alors quelle autre solution ?


                  • olivier (---.---.206.200) 26 février 2006 14:48

                    Tout à fait, combien sommes-nous, convaincus d’une Europe puissance ?

                    Combien sommes-nous à vouloir une Europe politique, qui serait tout ou partie supranationale ?

                    Combien sommes-nous à vouloir d’une Europe Sociale ?

                    Toutes ces questions auraient peut-être due être posée avant de « plancher » sur la rédaction d’un texte ? Mais comme à leurs habitudes, les politiques n’en ont-ils pas fait qu’à leur idée ?

                    Ceci dit, ce n’est pas parcequ’une bataille a été perdue qu’il ne faut plus se battre. Il faut donner une suite positive à cet échec et repartir vers plus de démocratie en Europe ou c’est la victoire des ultra libéraux.

                    olivier


                  • Jean (---.---.162.16) 25 février 2006 18:32

                    Je me permet de signaler un ouvrage d’Etienne Balibar, « L’Europe, l’Amérique, La guerre », La découverte, 2003, Paris.

                    Il développe un point de vue intéressant quant à la dimension de l’Europe avec une alternative quant aux implications sur le phénomène de la mondialisation : « son propos s’articule autour de quatre propositions : sécurité collective dans un » ordre public international « , relance du désarmement universel progressif et contrôlé, primat de la politique locale sur l’exploitation globale des » nouveaux conflits « , construction de l’ensemble euro-méditerranéen comme exemple de réduction des » fractures " de civilisation. L’Europe n’a pas de frontières assignables, elle est elle-même une frontière géopolitique. Elle n’a pas d’avenir comme « grande puissance », mais - à l’instar d’autres régions du monde - comme force de traduction et de médiation, vouée à disparaître dans ses propres effets."


                    • (---.---.115.51) 26 février 2006 00:01

                      Le soldat inconnu dans l’Otan Henri Bentegeat :« Il ne faut pas opposer l’Otan et l’UE »Le reste.Oubliez ! L’Otan on peut expliquer par le commentaire de « Jean » : "> La problématique de l’Europe puissance par Jean (IP:xxx.x49.162.16) le 25 février 2006 Je me permet de signaler un ouvrage d’Etienne Balibar« (Edition Merve »Verlag« ). Le Secretaire General de l’Otan les jours apres les evenements 9/11 etait un ancien membre d’une association fameuse anti-nucleaire & anti-americaine dans le sens plus ou moins de Etienne(?) Balibar et ses publications nombreuses dans l’Edition italo-allemande Merve »Verlag". Et ce Secretaire de l’Otan etait faible et sans l’esprit du corps de l’Otan comme le 5 etoiles soldat Collin Powell, qui etait contre un engagement militaire en Irak. Avec un Pugwash SecGen Robertson de l’Otan il etait assez facile pour Bush de manipuler l’Otan. L’ Arabesque amusante sans importance militaire du 9/11 etait alors - ABRA KADABRA - un cas pour l’Otan. L’Otan est en fait une alliance purement politique. L’Otan n’est pas une alliance militaire comme Bentegeat pretend.


                      • Alexandre Santos (---.---.183.195) 26 février 2006 17:07

                        « Ceci dit, je crois en la sélection naturelle : d’ici peu, beaucoup de gens peu intéressés et peu intéressants iront voir ailleurs. »

                        Le problème est que à chaque référendum les positions populistes seront de nouveau populaires. Le référendum sur le TCE était un bon exemple. Il n’avait rien à voir avec la Turquie, mais cette question a été exploitée sans vergogne par certains apôtres de la peur.

                        Les gens « peu intéressés et peu intéressants » devront eux aussi voter, si jamais vous voulez transformer ces discussions sur l’avenir de l’UE en autre chose que des discours académiques.

                        Il faut au contraire aller chercher les gens et essayer de les intéresser à ces questions, pour qu’ils ne soient pas facilement distraits au moment du vote par des positions extrémistes.


                        • olivier (---.---.69.213) 27 février 2006 10:48

                          Il est clair que ce medium peut aider à la compréhension que ce soit sur l’Union Européenne ou sur tout autre sujet, mais il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

                          Je m’explique : lors de CE fameux référendum, les politiques et les media en général ont bien joués leur rôle en explicant ce traité constitutif, je pense (peut-être à tort) qu’une grande majorité a bien compris de quoi il en retournait. Cependant, les politiques opposés à ce traité, ont sortis de leurs manches des arguments pour la plupart qui n’avaient rien à voir avec ce traité ( l’adhésion de la turquie, la directive Bolkenstein, les traités antérieurs déjà ratifiés ) qui ont été facilement reçus par les électeurs qui ont pesés sur leurs votes.

                          Même s’il y a eu un contre argument valable, la personne en face est restée sur son idée. Le coup de grace a été le « plan B ».

                          Ceci dit, oui il faut continuer à s’exprimer (même avec des fautes d’orthographe), oui il faut espérer qu’il y ait plus de personnes qui finissent par se sentir concernées par les sujets.

                          Mais maintenant, « le non » a gagner, pour le bien de tous, il ne faut pas baisser les bras et imaginer un cadre pour cette Union Européenne.


                        • wwww.jean-brice.fr (---.---.20.237) 27 février 2006 08:45

                          L’Europe puissance est une vue de l’esprit d’une oligarchie qui ne peut nous mener qu’à des echecs, comme le référendum le prouve : l’EUROPE N’EST PAS UNE NATION, et ne sera jamais une nation. La nation est incontournable en Europe, on le voit actuellement : au mieux, on peut viser une confédération ... Cela ne veut pas dire qu’elle ne doit pas songer à sa sécurité.


                          • Nicolas Cadène (---.---.124.167) 27 février 2006 11:11

                            Pour le moment, on ne parle pas de « nation » mais de « fédération d’Etats nations ».


                          • www.jean-brice.fr (---.---.171.239) 13 mars 2006 09:26

                            C’est une façon d’éluder le problème, car le fédéralisme ne peut pas marcher dans ce continent : les particularismes sont trop importants. La seule manière de faire l’Europe est la monnaie, mais non par une monnaie unique qui est de plus en plus rejetée par les PEUPLES...


                            • Senatus populusque (Courouve) Courouve 10 mai 2006 22:29

                              Ce n’est pas la proposition, émise en 2004 et renouvelée hier par Alain Lamassoure (chargé des questions européennes à l’UMP), soit taxer les SMS et les e-mails pour financer le budget de l’Union, qui va réconcilier les européens avec la construction européenne


                              • Goofmanu 28 juin 2007 09:51

                                Je reste toujours sceptique lorsque je lis des analyses sur l’Europe reposant sur des idées anciennes de la construction des Etats, Nations, et autres entités. La spécificité de l’Europe est sa singularité. Elle est une construction nouvelle : dans sa forme bien sûr mais aussi dans le temps. Je pense qu’il faut se détacher de cette vision de l’Etat fondé sur la Nation (vision allemande) ou de celle de la Nation découlant de l’Etat (vision française). Les mots Nation et Etat ne peuvent plus aujourd’hui être compris de la même manière que ce qu’il l’étaient jusqu’au milieu du 20° siècle. Si il doit y avoir un jour une « nation » européenne elle sera sans doute à l’image de l’Union : originale et unique. Laissons le temps au temps. Les citoyens de l’UE sont aujourd’hui bien plus conscients qu’auparavant de faire partie de quelque chose de plus grand que leur pays. Le problème est que pour la plupart ce « quelque chose » est encore flou. Cela ne durera pas. Pour ce qui est de la puissance de l’Europe, c’est encore un faux débat fondé sur une vision classique de la puissance. Faut-il encore d’ailleurs se poser ce genre de question ? L’Europe a sa place sur la scène internationale, c’est indiscutable. Elle défend ses intérêts et au résultat on ne peut qu’être globalement satisfait d’un point de vue relatif. Certes dans l’absolu il reste encore à faire, mais encore une fois l’Europe est jeune il lui faut du temps. Alors se demander si l’Europe est une puissance me paraît vain. Nous continuons de penser le monde à travers le prisme de l’Histoire et de conflits entre pays alors que le monde est autrement plus complexe. L’idée de puissance n’a plus vraiment de sens aujourd’hui. L’important est de pouvoir faire valoir ses intérêts. Alors certes l’influence joue un rôle prépondérant dans la poursuite de cet objectif, pour autant peut-on parler d’un besoin de puissance ? D’autant que la plupart du temps l’Europe est opposée, en terme de puissance, aux Etats-Unis, ce qui relève du non sens : comment comparer deux entités si différentes dans leur formes, leurs histoires, leurs objectifs, leurs cultures, leurs moyens économiques ou militaires, leurs politiques, leurs géographie .... L’Europe n’a pas pour vocation de se mesurer aux Etats-Unis ni d’être mesurée à l’aune de l’Amérique. La question de la puissance européenne me parait donc fort peu utile.

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