Défrichant un nouveau poste, sans envergure personnelle mais avec une solide dose d’écoute et de consensus, Herman Van Rompuy a fait ses preuves dans la gestion de la crise financière depuis deux ans. Il est pourtant le symbole du terrible déficit démocratique des institutions européennes. Bien malgré lui.
« L’immobilisme est en marche, rien ne pourra l’arrêter ! ». Cette formule d’Edgar Faure lancée à propos du radical corrézien Henri Queuille (chef du gouvernement sous la IVe République), dont s’est réclamé le candidat François Hollande le 27 février 2012 sur TF1, pourrait aller parfaitement à Herman Van Rompuy.
Reconduction
Nommé le 19 novembre 2009 par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union Européenne pour inaugurer la nouvelle fonction de Président du Conseil européen (issue du Traité de Lisbonne), l’ancien Premier Ministre belge Herman Van Rompuy (64 ans) vient d’être reconduit pour un second mandat de deux ans et demi. : « C’est un privilège de servir l’Europe dans des périodes si décisives. C’est aussi une grande responsabilité. ».
La décision a été prise dès le début du nouveau Sommet de Bruxelles, ce jeudi 1er mars 2012 dans la soirée avant de s’attaquer à la signature du nouveau Traité européen.
Herman Van Rompuy a été par ailleurs désigné pour présider toutes les réunions du groupe de la zone euro (dix-sept des vingt-huit pays de l’Union Européenne). En principe, il y a quatre sommets européens et deux sommets de la zone euro par an mais les derniers mois ont montré une accélération des "sommets de crise" et "sommets de la dernière chance".
Un drôle de bonhomme
Lorsqu’il s’occupait de la vie politique belge, Herman Van Rompuy était régulièrement caricaturé en professeur Tournesol. Un savant capable de sourire de lui-même, grand amateur de haïkus : « La concision du haïku m’offre l’opportunité d’en revenir à l’essentiel de la parole en disant bien des choses en si peu d’espace. ». Comme cette autodérision toute personnelle qui pourrait s’appliquer à beaucoup de monde : « Cheveux dans le vent, le vent rattrape les années, partis les cheveux… ».
Au prix d’une crise politique en Belgique qui a surpassé le record mondial, la France et l’Allemagne s’étaient mis d’accord pour nommer cette personnalité peu médiatique, peu connue du grand public, sans leadership, et donc, ne faisant de l’ombre à aucun chef d’État ou de gouvernement, mais rompu à la diplomatie et aux discussions les plus difficiles. Parmi les personnalités écartées, il y a eu le Premier Ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker ainsi que l’ancien Premier Ministre britannique Tony Blair, tous les deux des personnalités un peu trop encombrantes.
L’air à la fois austère et distrait, vivant probablement sur une autre planète, tout en mystère, il a montré pourtant des qualités exceptionnelles de négociateur et de stratège pour faire aboutir des projets bien concrets : « J’ai utilisé les qualités dont dispose un homme politique belge : la capacité d’écoute, le respect de l’autre et le sens du compromis. ». Une culture du consensus qui manque beaucoup à la classe politique française.
Un élaborateur de solutions collectives
Alors, immobilisme ? Peut-être pas, donc, mais plutôt continuité dans la discrétion d’un travail consciencieux.
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la crise des dettes souveraines qui a ballotté l’Union Européenne et la Grèce depuis mai 2010 (quasiment depuis le début de son mandat) a d’abord été gérée par lui et pas par le couple franco-allemand. Au contraire, c’est lui qui a cherché à réconcilier Angela Merkel et Nicolas Sarkozy dont les relations étaient à l’origine très tendues. C’est lui aussi qui a dû faire accepter aux autres pays ce nouveau leadership franco-allemand.


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