C'est l'année de tous les dangers, pour l'Euro, l'Europe, La Grèce, l'Espagne et même la France ou l'Italie (et bien d'autres). Il ne fait aucun doute que pour l'instant, l'échec de la #frenchrevolution est patent. Le fait que la France ne soit pas encore dans la ligne de mire des agences de notation et ne soit pas sous la pression d'une rigueur à pas forcés explique le manque de mobilisation jusqu'ici. L'élection présidentielle n'y est pas favorable non plus avec son marché des illusions mais on n'y échappera pas et on peut estimer que les thèmes de la protestation ne changeront guère désormais, se situant dans le prolongement des événements récents. Les problèmes sont bien posés si les solutions en sont encore floues.

Certes, on peut se gausser du réformisme affiché, du caractère petit-bourgeois des chômeurs diplômés et des blogueurs qui font le gros des troupes. On est bien loin du schéma d'une "révolution prolétarienne" mais d'une part les révolutions partent toujours de revendications très partielles, d'autre part elles ont toujours besoin du soutien de la classe moyenne. Enfin, il ne s'agit pas d'attendre le paradis d'un grand soir définitif, seulement de sortir de la crise, de faire un peu plus de place aux jeunes générations et d'adapter nos démocraties vieillissantes aux bouleversements de fond en comble de nos sociétés depuis l'avènement du numérique. Les symptômes de l'inadaptation du système actuel aux nouvelles réalités sont innombrables. Il faudra en sortir avec de nouvelles protections sociales (un revenu garanti, un droit effectif au logement), une nouvelle organisation du travail (travail autonome, travail choisi, relocalisation), une nouvelle classe politique, une nouvelle démocratie, une nouvelle Europe, un nouvel Euro.

Il faut mesurer tout ce qui sépare le temps où l'on pouvait rêver d'une révolution, voire la prévoir en appelant à l'intervention des peuples, et la situation actuelle d'une révolution qui a déjà commencé, dont on voit mieux les contours et les perspectives. Evidemment, il suffit d'organiser des élections pour revenir à l'ordre, sauf que la crise ne va pas s'arrêter pour autant, s'approchant au contraire dangereusement du moment où les Etats auront grillé toutes leurs cartouches. De quoi maintenir la protestation à haut niveau, multipliant les chances d'étendre le mouvement et de déboucher sur de véritables conquêtes sociales et démocratiques. Il peut se passer beaucoup de choses, on peut connaître bien des revers. Cela prendra sans doute des années (on ne crée pas un nouveau monde en un jour) mais le plus important, c'est qu'on en a déjà le cadre, au moins l'esquisse d'une nouvelle révolution européenne sinon mondiale.

L'occupation des places a montré à la fois la richesse des débats et les limites des propositions qui en sont sorti, c'est ce qui rend d'autant plus urgent d'en travailler la matière, et, à partir de ces nouveaux cahiers de doléances construire des réponses politiques. C'est donc le moment des programmes et de la propagande où l'on a besoin de matériel militant et d'argumentaires. Il y a en effet deux nécessités qui obligent à se mêler de nos affaires : à la fois de changer de système de production et de résister aux tendances autoritaires.

On a sans doute trop rapidement remisé aux oubliettes la loi sur le contrôle d'internet qui a déclenché, pas pour rien, le mouvement espagnol. La liberté et la gratuité d'internet vont de pair selon les deux sens du mot anglais "free" et la gratuité des logiciels libres, entre autre, modifie tout le système de rémunération. Je suis persuadé que dans la conjoncture actuelle, il faudrait revendiquer tout aussi clairement la légalisation du cannabis et la fin de la guerre à la jeunesse qui est faite au nom d'une lutte contre la drogue notoirement arbitraire, inefficace et contre-productive, facteur de développement des mafias et de la violence. Si la lutte contre des inégalités insupportables doit rester au premier plan, il faut y joindre la préservation et l'extension de nos libertés concrètes trop facilement bradées, aussi bien par les populistes que les néolibéraux. C'est un enjeu crucial. Il ne faut pas laisser les revendications libertaires aux anarchistes extrémistes dont la violence est groupusculaire et démobilisatrice.

Ce serait sûrement le moment d'essayer de populariser le caractère indissociable de la lutte contre les inégalités et les lois liberticides : "les peuples ne devraient pas avoir peur de leurs gouvernements" qui, en plus, sont incapables de prendre des mesures courageuses dans un domaine comme dans l'autre. La mise au rencart des partis est le geste essentiel des occupations permettant de surmonter nos divisions et la compromission des élus. Il ne s'agit donc pas de construire de nouveaux partis mais il faudrait sûrement constituer des organes de propagande et de communication, des ateliers de graphistes pour propager les thèmes les plus porteurs et leur donner plus de cohérence avec une orientation plus écologiste et libertaire où se combinent libéralisation d'internet et des drogues avec la libération du travail (travail choisi grâce au revenu garanti) et une relocalisation qui soit une véritable réappropriation de nos vies et un renouveau de la démocratie, sans oublier l'urgence de passer aux énergies renouvelables, ce qui devrait occuper pas mal de monde, annonçant enfin le passage de l'ère de l'énergie à l'ère de l'information qui commence à peine et qui pourrait être une ère de libertés, mais qu'il faudra conquérir pied à pied...