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Accueil du site > Actualités > Europe > Le coup d’état de la BCE en Italie

Le coup d’état de la BCE en Italie

En ce début août 2011, les marchés financiers sont au bord de l'implosion, les pays les plus endettés de la zone Euro sont attaqués et la BCE en profite pour administrer à ces pays désignés comme du club méditerranée une cure de cheval sous la forme d'une injonction à procéder au plus vite aux réformes visant à imposer une plus grande flexibilité du marché du travail, une baisse des prestations sociales, tout cela bien sûr sans passer par la voie parlementaire c'est à dire sans en référer au peuple mais en procédant en urgence par décrets.

Trichet et son successeur Draghi prennent la plume pour prévenir Berlusconi. Cette lettre est longtemps restée un mystère, il en fut longtemps question sans réelles preuves de son existence avant que le journal italien le Corriere della Sera, la semaine denière, par des chemins de traverse ne trouve les moyens de se la procurer. Sa teneur dépasse ce que l'on avait pu imaginer de plus humiliant pour le peuple italien, carrément dépouillé de sa souveraineté.

Voici le texte intégral de cette lettre de la BCE (ou plutôt de cette missive), adressée au Premier Ministre italien, voici le genre de diktat que risque de recevoir le nouveau Président français, peu après sa prise de fonction à l'Elysée au printemps prochain.

« Cher Premier ministre,

Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a discuté le 4 août de la situation de l’Italie sur les marchés obligataires. Le conseil considère qu’une démarche rapide de la part des autorités italiennes est essentielle pour restaurer la confiance des investisseurs.

Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernements du 21 juillet 2011 a conclu que « les pays de la zone euro réaffirment solennellement leur détermination inflexible à honorer pleinement leur propre signature souveraine et tout leur engagement à des conditions fiscales soutenables et des réformes structurelles ». Le Conseil considère que l’Italie doit d’urgence rétablir sa signature souveraine et son engagement à une condition fiscale soutenable et des réformes structurelles. Le gouvernement italien a décidé d’établir un budget pour 2014 et, à cet effet, a récemment introduit une réforme fiscale. Ce sont des pas importants, mais ils ne sont pas suffisants.

A l’heure actuelle, nous considérons les mesures suivantes comme essentielles :

1) Nous constatons un besoin de mesures significatives pour stimuler la croissance potentielle. Certaines décisions récentes prises par le gouvernement vont dans ce sens ; d’autres sont en discussion avec les partenaires sociaux. Cependant, plus doit être fait et il est essentiel d’avancer d’une façon décisive. Les défis clés consistent à augmenter en particulier la concurrence, en particulier dans les services, afin d’améliorer la qualité des services publics et d’élaborer des systèmes régulateurs et fiscaux plus appropriés pour soutenir la compétitivité des entreprises et l’efficacité du marché du travail.

a) Une stratégie de réforme profonde et crédible, comprenant la libéralisation des services publics locaux et des services professionnels est requise. Cela devra s’appliquer en particulier pour l’offre des services locaux grâce à des privatisations à grande échelle ;

b) Il existe également le besoin d’une réforme supplémentaire du système de conventions collectives permettant des accords salariaux par entreprise afin d’adapter les salaires et les conditions de travail aux besoins spécifiques et d’augmenter leur pertinence par rapport à d’autres niveau de négociations. L’accord du 28 juin entre les organisations syndicales principales et les associations patronales vont dans cette direction ;

c) Un passage en revue en profondeur des règles concernant l’embauche et les licenciements devrait se faire en conjonction avec la création d’un système d’assurance chômage et un ensemble actif de politiques de travail capables de faciliter l’allocation des ressources vers des sociétés et des secteurs plus compétitifs.

2) Le gouvernement doit prendre des mesures immédiates et courageuses pour garantir la solidité des finances publiques.

Des mesures fiscales correctives supplémentaires sont nécessaires. Nous considérons comme essentiel pour les autorités italiennes d’avancer la date d’adoption des mesures décidé en juillet 2011 d’au moins d’un an. Le but devrait être d’obtenir un meilleur déficit que celui planifié pour 2011, un endettement net pour 2012 de 1% et un budget équilibré en 2012, pour l’essentiel par une réduction des dépenses. Il est possible d’intervenir encore plus sur le système des retraites, en durcissant les conditions d’éligibilité pour les retraites seniors et en alignant rapidement l’âge de la retraite pour femmes du secteur privé à celui établi pour les employés du secteur public permettant ainsi des économies dès 2012. En plus, le gouvernement devrait sérieusement envisager la réductions des coûts des employés du secteur public en renforçant les règles de remplacement et si nécessaire, en réduisant les salaires.

Une clause plafonnant automatiquement le déficit devrait être introduite, affirmant que tout dérapage s’éloignant des objectifs en matière de déficit sera automatiquement compensé par des coupes horizontales dans les dépenses discrétionnaires.

L’emprunt, y compris la dette commerciale et les dépenses des collectivités régionales et locales devra être soumis à un contrôle strict, conforme avec les principes de la réforme en cours des relations fiscales intergouvernementales. Étant donné la gravité de la situation actuelle des marchés, nous considérons comme essentiel que toutes les actions mentionnées dans la première et la deuxième section ci-dessus soient adoptées au plus vite par décrets-lois, suivi d’une ratification parlementaire fin septembre 2011. Une réforme constitutionnelle durcissant la législation fiscale serait également approprié.

3. Nous encourageons le gouvernement à prendre immédiatement des mesures afin de garantir une réforme majeurs de l’administration publique afin d’améliorer l’efficacité administrative et un esprit plus amical envers les entreprises [business friendliness]. Dans les entités publiques, l’utilisation d’indicateurs de performance devrait être systématique (en particulier dans la santé, l’éducation et le système judiciaire). Il existe un grand besoin d’un engagement fort pour abolir ou consolider des niveaux administratifs intermédiaires (notamment les provinces). Des actions destinées à réaliser des économies d’échelle dans les services publics devraient être renforcées. »

Nous faisons confiance au gouvernement pour prendre toutes les actions appropriées.

Mario Draghi, Jean-Claude Trichet »


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13 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 5 octobre 2011 11:49

    Mais à quoi sert la BCE ???

    A dicter et à plomber les politiques des états européens ???

    A quand une reforme de pour permettre au pays de ne plus être dépend des banques pour emprunter , cette fameuse loi de 1973 signée par Pompidou nous mènera en France comme pour la Grèce , l’Italie et bientôt l’Espagne au bord du gouffre financier ce qui induira des révoltes voir même un conflit armé ....

    Rien de mieux qu’une bonne guerre pour relancer l’économie n’est-ce pas messieurs les banquiers bien au chaux dans vos banques en attendant que le monde s’entre déchirent pour en récolter les fruits de la reconstruction ......

    Réduisez les dépenses publiques via à vis des administrations pour mieux enfoncer le pays dans la récession mais qui sont ces imbéciles qui n’ont jamais appris l’histoire ou plutôt qui veulent reproduire la crise de 1929 en fabriquant une crise basée sur une gestion incontrôlable des marchés financiers.

    Courage c’est bientôt le tour de la France ......

    Philippe

    • GLANDU 5 octobre 2011 12:06

      le brésil va aider l’ue...parait il
      donc l’ue va emprunter au brésil. A quel taux SVP et qui va payer pour recapitaliser les banques ?
      MERCI


      • Scual 5 octobre 2011 12:37

        Le problème n’est pas la BCE mais ceux qui obéissent.


        • Aldous Aldous 5 octobre 2011 13:44

          Le coup d’état est en cours sur toute l’Eurozone depuis l’adoption du Mécanisme Européen de Stabilité qui est en fait une sangsue destinée à vider les états de leurs trésor public.


          • Catherine Segurane Catherine Segurane 5 octobre 2011 18:26

            Même analyse.


            Il faut faire tourner cette lettre au maximum.

            Si on ne se défend pas, c’en est fini de la démocratie.


          • Guzecha Guzecha 5 octobre 2011 17:06

            A gerber, cette missive... 


            • Razzara Razzara 5 octobre 2011 17:36

              Ci-dessous la copie d’un courriel reçu ce jour, du bonheur :

               Subject : Culture, coupes budgétaires, public et chef d’opéra révolutionnaire

               *Silvio Berlusconi renversé par Giuseppe Verdi ???*

              Le 12 mars dernier, l’Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti.

              Nabucco de Verdi est une œuvre autant musicale que politique : elle évoque l’épisode de l’esclavage des juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui du Chœur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui dans les années 1840 -époque où l’opéra fut écrit - était opprimé par l’empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu’à la création de l’Italie unifiée.

              Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.

              Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…

              Riccardo Muti, le chef d’orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez.

              Auparavant, c’est le silence du public qui régnait.

              Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent :

              « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».

               Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques certains demandant « Muti, sénateur à vie ».

              Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière. », raconte-t-il.

              Mais le sentiment patriotique s’était déjà réveillé dans le public. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M.Berlusconi, et voilà ce qui s’est produit :

              Après que les appels pour un « bis » du « Va Pensiero » se soient tus, on entend dans le public : « Longue vie à l’Italie ! »

              Le chef d’orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d’accord avec ça, « Longue vie à l’Italie » mais... > [applaudissements] Muti : Je n’ai plus 30 ans et j’ai vécu ma vie, mais en tant qu’Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j’ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j’acquiesce à votre demande de bis pour le « Va Pensiero » à nouveau. Ce n’est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait « O mon pays, beau et perdu », j’ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l’histoire de l’Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment « belle et perdue ».

              [Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

              Muti : Depuis que règne par ici un « climat italien », moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Chœur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble. C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves.

              « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »

              « Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens. »

              Voici une vidéo de ce moment plein d’émotion :

              http://www.youtube.com/embed/G_gmtO6JnRs

              Razzara


              • Lisa SION 2 Lisa SION 2 6 octobre 2011 07:38

                Bonjour Razzara,

                autant votre description d’un moment rare, fort bien rédigée, est passionnante presque haletante, autant la scène en vidéo me rebute. En fait, le plus émouvant dans ce moment, est qu’il témoigne de l’incapacité au temps à effacer les défauts des hommes, toujours les mêmes après des siècles.

                @ l’auteur, merci pour la copie gratuite que je conserve en coffre fort, car c’est la règle d’or et au cours où il est, j’achète. 


                • Sat is Fay 5 octobre 2011 21:53

                  Cette lettre de Trichet est un véritable torche cul !! privatisez et ne laissez rien aux gens, mieux vaut pas que ce fumier passe par la vindicte populaire...


                  • Le taulier Le taulier 5 octobre 2011 22:44

                    N’importe quoi ! Les Italiens font plus confiance en la BCE qu’en leurs propres politiciens

                    Il n’y a pas de coup d’état puisque le gouvernement italien est d’accord avec ce que demande Trichet. Seulement comme Berlusconi est toujours en campagne électorale il préfère présenter les mauvaises nouvelles comme étant imposés de l’étranger.

                    Et puis franchement si les Italiens ne sont d’accord ils peuvent toujours quitter l’UE, cette option est prévue dans le traité de Lisbonne.


                    • Tall 5 octobre 2011 22:50

                      Mais il n’y aura pas de taxe sur le bunga-bunga .. smiley


                    • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 5 octobre 2011 23:15


                      Jeux de dupes...

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