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Accueil du site > Actualités > Europe > Le lobbying à Bruxelles : une menace pour la démocratie ?

Le lobbying à Bruxelles : une menace pour la démocratie ?

On estime actuellement que 3000 groupes d’intérêts employant jusqu’à 10 000 personnes font du lobbying d’une manière ou d’une autre à Bruxelles. Les fédérations commerciales européennes représenteraient un tiers de ces groupes, les bureaux de consultants un cinquième, les entreprises individuellement, ONG et syndicats (patronaux ou d’employés) chacun environ 10%, les représentations régionales et les organisations internationales 5% chacune, et enfin les think tank, 1% .

Cette variété d’acteurs du lobbying peut être grossièrement scindée en deux catégories en fonction des intérêts défendus : des intérêts qu’on peut qualifier de « civiques », (causes environnementales, régionales, sociales et communautaires, intérêts des consommateurs), et des intérêts liés aux producteurs (qu’il s’agisse du secteur marchand en général, d’une profession en particulier ou des intérêts des travailleurs).

L’Acte unique européen, signé en 1986, et la mise en œuvre du programme annexé au Livre blanc sur la gouvernance européenne de 2001 ont provoqué une forte intensification du lobbying auprès de la Commission. En effet, à mesure que celle-ci acquérait de nouvelles compétences dans des domaines assez techniques, tels que l’environnement, les consommateurs ou, dans une moindre mesure, les affaires sociales, elle avait besoin de plus en plus d’informations et de données techniques, afin de faire correctement son travail, ce qui l’a rendue plus perméable aux services des groupes d’intérêts qui disposaient de l’expertise nécessaire. Mais ceux-ci n’ont pas négligé pour autant le Parlement. En effet, à mesure que s’étendait le champ d’application de la procédure de co-décision, il devenait de plus en plus nécessaire de convaincre les parlementaires de ses idées. Les activités de lobbying auprès des institutions européennes sont donc devenues de plus en plus importantes. Faut-il pour autant s’en inquiéter ?

Les lobbyistes à l’assaut de la forteresse Europe : une menace pour la démocratie ?

Les institutions européennes sont, pour beaucoup, une forteresse peuplée d’eurocrates, assaillie par une multitude de lobbyistes, qui parviendraient à « corrompre » ces derniers.
Peut-être convient-il de remettre en question cette vision quelque peu caricaturale et simpliste des choses (particulièrement ancrée dans l’imaginaire collectif français), à la lumière des spécificités du système institutionnel européen.

L’Europe est aujourd’hui une démocratie imparfaite : la Commission n’est pas élue, et l’autre branche de l’exécutif, le Conseil, ne l’est qu’indirectement. Le Parlement européen, quant à lui, est élu avec une très faible participation, n’a pas l’initiative des lois, et est composé de groupes politiques qui sont loin d’être européens dans leur fonctionnement (à l’exception des Verts). Dans ce contexte, l’intervention de la société civile ne peut-elle pas être un gage de représentativité des institutions et de l’Europe en général ?
La Commission européenne a le monopole de l’initiative des lois. Or, cet organe fonctionne en vase clos, et a besoin d’informations de la société civile pour nourrir ses réflexions et éviter de produire des normes en décalage avec celle-ci. De fait, le lobbying au niveau européen est une pratique institutionnalisée et reconnue (qui n’est aucunement tabou, comme c’est le cas en France).
Dès 1992, dans sa communication : « Un dialogue ouvert et structuré entre les groupes d’intérêt » (COM93, JO C 63), la Commission reconnaît ouvertement l’utilité de ce processus d’influence réciproque : « La Commission a toujours été ouverte aux idées du monde extérieur (...) ce dialogue s’est révélé fructueux pour la Commission comme pour les intéressés. Les fonctionnaires reconnaissent la nécessité de cet apport extérieur bien accueilli par eux (...) La Commission est réputée très facile d’accès aux groupes d’intérêt qui peuvent alimenter la Commission en avis techniques ».
De même, dans le Livre blanc sur la gouvernance européenne (COM(2001)428) on trouve les affirmations suivantes : « Les consultations aident la Commission et les autres institutions à arbitrer entre les revendications et les priorités concurrentes [...] La participation (ne consiste pas à institutionnaliser la protestation) cela revient plutôt à mieux élaborer les politiques en consultant en amont. [...] L’amélioration de la consultation apporte un plus à la prise de décision par les institutions mais ne la remplace pas ». En effet, ce sont bien, ultimement, les fonctionnaires qui tranchent. Le lobbying permet simplement d’exposer les points de vue des différents « stakeholders » qui seront touchés par la mise en place de telle ou telle directive. Les informations techniques fournies par les opérateurs privés permettent d’augmenter la qualité de la législation européenne.
Enfin, il convient peut-être de souligner que tous les types d’intérêts sont représentés, et non pas uniquement de grosses multinationales ou l’industrie chimique, comme on l’entend souvent. Les sans-abri ont, par exemple, une représentation active à Bruxelles au sein de la « Fédération européenne des sans-abri ». Les ONG sont d’ailleurs souvent les meilleurs lobbyistes, c’est-à-dire ceux qui se font le mieux entendre par rapport au budget dont ils disposent, grâce notamment au soutien des médias et de l’opinion publique. Les manifestations telles celle organisée par WWF devant le Conseil pour influencer sa position sur REACH sont des outils efficaces, et dont ne se privent pas les ONG.

code de conduite du lobbyiste au Parlement européen
Dans le cadre de leurs relations avec le Parlement, les personnes figurant au registre prévu à l’article 9, paragraphe 2 :

a) doivent respecter les dispositions de l’article 9 et de la présente annexe ;
b) doivent déclarer aux députés, à leur personnel ou aux fonctionnaires de l’institution l’intérêt ou les intérêts qu’elles représentent ;
c) doivent s’abstenir de toute démarche en vue d’obtenir malhonnêtement des informations ;
d) ne peuvent se réclamer d’aucune relation officielle avec le Parlement dans quelque rapport que ce soit avec des tiers ;
e) ne peuvent distribuer, à des fins lucratives, à des tiers, des copies de documents obtenus auprès du Parlement ;
f) doivent se conformer strictement aux dispositions de l’annexe I, article 2, deuxième alinéa (Disposition relatives à la déclaration des intérêts financiers des députés) ;
g) doivent s’assurer que toute assistance fournie dans le cadre des dispositions de l’annexe I, article 2 est déclarée dans le registre prévu à cet effet ;
h) doivent se conformer, en cas de recrutement d’anciens fonctionnaires des institutions aux dispositions du statut des fonctionnaires ;
i) doivent se conformer à toute règle arrêtée par le Parlement sur les droits et responsabilités des anciens députés ;
j) pour éviter d’éventuels conflits d’intérêts, doivent obtenir l’accord préalable du ou des députés intéressés en ce qui concerne tout lien contractuel avec un assistant ou toute embauche d’un assistant et s’assurer ensuite que cela est déclaré dans le registre vise à l’article 9, paragraphe 2.

Tout manquement au présent code de conduite pourra entraîner le retrait du laissez-passer délivré aux personnes intéressées et, le cas échéant, à leur entreprise.
Enjeux actuels : comment réguler les activités des lobbyistes ?

Le débat actuellement ne se situe pas au niveau de l’existence légitime ou non du lobbying. Le lobbying est un fait, il s’agit à présent de savoir comment il convient d’en réguler ses activités.
L’Union européenne à cet égard se distingue fortement des États-Unis, par une approche sensiblement moins contraignante et moins stricte que celle en vigueur Outre-Atlantique : les activités de lobbying aux États-Unis sont encadrées par le « Lobbying Disclosure Act », qui oblige tout lobbyiste à s’enregistrer auprès des autorités compétentes, à communiquer la liste de ses clients, ainsi que les thèmes sur lesquels ils travaille et l’argent qu’il reçoit pour le travail qu’il réalise. L’Union européenne n’a pas retenu une approche juridiquement contraignante, loin s’en faut, mais a préféré opter pour l’autorégulation. En effet, l’activité des lobbyistes à Bruxelles n’est encadrée que par un code de conduite volontaire adopté par les associations européennes de praticiens des « Public Affairs » (SEAP, «  society of european public affairs professionals », et PAP, « Public affairs practitioners »). Ce code de conduite, qui a été révisé fin 2004, est un ensemble de bonnes pratiques auxquelles les praticiens adhèrent volontairement (il s’agit par exemple de systématiquement se présenter par son nom et la compagnie pour laquelle on travaille lors de communications téléphoniques). Des sanctions, allant de la dénonciation orale à l’exclusion de l’association, sont également prévues pour les professionnels qui ne respecteraient pas ces normes. Le Parlement européen, quant à lui, a repris bon nombre de ces bonnes pratiques dans un code de conduite des lobbyistes annexé à son règlement intérieur (article 3 annexe 9 du règlement intérieur). Aujourd’hui, tout lobbyiste qui se rend régulièrement au Parlement européen pour y obtenir des informations se doit de se faire enregistrer et de souscrire à ce code de conduite, en échange de quoi il reçoit un pass spécial portant la mention « public affairs ». Par ailleurs, tout député doit aujourd’hui faire une déclaration précise de l’ensemble de ses activités professionnelles, et doit refuser tout cadeau ou compensation financière dans l’exercice de ses fonctions. Les assistants doivent également déclarer toute autre activité donnant lieu à rémunération.
La question de savoir comment réguler au mieux les activités de lobbying est une question récurrente à Bruxelles : faut-il s’orienter vers un modèle juridiquement contraignant à l’américaine, ou faut-il s’en tenir à l’approche actuelle de l’auto-régulation ? Le système actuel est peut-être finalement tout aussi efficace, dans la mesure où les lobbyistes ont besoin de la confiance des institutions et de l’opinion publique, et ont donc tout intérêt à ce que leur activité soit la plus « propre possible », et que la profession conserve une certaine crédibilité, d’autant plus dans un cadre aux dimensions aussi restreintes que Bruxelles, où le moindre faux pas serait immédiatement divulgué par la presse et le bouche-à-oreille à l’ensemble des sphères politico-administratives.

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25 réactions à cet article    


  • Largo (---.---.71.74) 4 février 2006 16:52

    Brillante analyse !.Mais qui fait froid dans le dos !.


    • Sam (---.---.108.229) 5 février 2006 04:23

      ...met un pull, tu va voir ça va passer !

      Blague à part qu’est-ce qui te choque, peux-tu développer ?


    • etienne celmar (---.---.247.38) 4 février 2006 18:29

      Analyse intéressante, mais un peu trop « optimiste » ;je vous invite à lire le livre de Marc Jennar,qui connait parfaitement le fonctionnement interne des institutions européennes :« Europe,la trahison des élites »(ed.Fayard),surtout la première partie...qui montre le pouvoir écrasant des multinationales et des groupes de pression financiers,face auxquels certains contre-pouvoir ne font pas le poids.Autant savoir...


      • Euros du Village Euros du Village 4 février 2006 18:58

        Bonjour, je connais l’ouvrage de Raoul Marc Jennar, que j’ai apprécié. Je trouve cependant que celui-ci est un peu trop à charge et manque parfois de mesure. Je ne pense pas que Bruxelles soit malade de son lobbying, mais plutôt de son incapacité à générer des contre-pouvoirs différents, que l’on trouve dans toutes les démocraties. La société civile n’y est représentée que par l’intermédiaire des lobbies, et c’est cela qui est inquiétant. Pour avoir exercé des activités à l’assemblée nationale et au parlement européen, je trouve que, justement, le mode de régulation du lobbying à Bruxelles est plutôt performant, en tout cas bien plus qu’en France, où celui-ci n’est pas reconnu et donc non-organisé et à l’abri de dérives bien plus importantes : la loi sur le rôle positif de la colonisation, les mesures relatives à la publicité du vin en sont des exemples flagrants. En France, les lobbies ne se confrontent pas, puisqu’il n’y a pas d’arène : à Bruxelles, c’est le marchandage qui prédomine, et la pression des groupes d’intérêt vient tout autant des industriels que des ONG écologistes ou de défense des droits de l’Homme. Mais après il y a un biais non-démocratique évident lié à la nature même de l’Union Européenne : c’est principalement au niveau de la commission, qui fonctionne en vase clos, qui consulte des groupes d’experts s’accaparant l’expertise technique, qu’il y a lieu d’être particulièrement inquiets. Les projets qui sortent de la commission et qui sont soumis au parlement font parfois froid dans le dos (directive service, directive services portuaires, récemment) : heureusement qu’ils retouchés par les parlementaires qui commencent à avoir une attitude de plus en plus politique et qui se soucient de leur électorat... Plus l’Union Européenne sera politisée et plus on évitera de donner le pouvoir à des groupes d’intérêt restreints, car plus le champ du « balance » entre les intérêts sera élargi... Mais je ne suis personnellement pas très optimiste, pour des raisons un peu différentes de celles de RM Jennar...

        Mathieu COLLET, rédacteur en chef des Euros du Village (je ne suis pas l’auteur de l’article, consultable sur www.eurosduvillage.com)


      • Sam (---.---.108.229) 5 février 2006 04:39

        Tout à fait d’accord avec le commentaire précédent, un autre exemple flagrant est celui de la brevetabilité logiciel ou il y avait comme « Public Affairs » une représentante de la principale société de dépôt de brevets ayant elle-même comme client Microsoft !

        Donc on ne donnait pas cher à l’opposition de cette directive, he bien ce sont les associations issues du logiciel libre supportées par les parlementaires de différents pays qui ont fait que cette directive n’ai pas été adoptée.

        A contrario en France Microsoft a fait plier notre Maire de Paris grâce à un lobbing bien orchestré concernant l’adoption de logiciels libres pour l’administration de la ville de Paris, comme cela c’est fait pour la ville de Munich, qui elle, n’a pas cédée.


      • apl (---.---.162.15) 4 février 2006 21:00

        Je ne vous trouve pas convaincant car vous omettez un aspect important du problème, c’est l’argent qui est nécessaire pour entretenir un lobbying performant. Bruxelles est trop sensible aux arguments des sociétés les plus riches.

        On l’a bien vu et on le voit encore avec la défense effrénée des brevets logiciels par la Commission. Dans ce cas, il semble que le bon sens s’efface derrière les intérêts privés. Le parlement a bien essayé de remettre les choses en place mais la commission, poussée par les lobbies, a préféré jeter à la poubelle les amendements votés par les élus du peuple. C’est donc bien une menace pour la démocratie, oui. Et c’est une des raisons importantes du non au référendum.

        Pourtant, en informatique, une notion comme l’interopérabilité est essentielle pour chacun. Sauf pour ceux qui préfèrent dresser des tours de Babel pour davantage gagner d’argent. Et c’est ceux-là que la commission de Bruxelles défend grâce au système que vous venez de présenter.

        Am.


        • Sam (---.---.108.229) 5 février 2006 04:46

          Concernant les brevets logiciels ils ont préféré botter en touche et ont laissé en l’état la directive précédente, donc du coup tout est à refaire.

          Ce n’est pas si mal compte tenu du poids des intervenants


        • (---.---.162.15) 5 février 2006 07:43

          Pour les brevets logiciels, on peut dire que ça a botté en touche, il n’en reste pas moins que la démocratie parlementaire a été très dangereusement bafouée et cette « touche » permet d’avaliser la situation actuelle d’enregistrements de brevets, ce qui reste quand même une situation favorable, à défaut de mieux, pour les défenseurs de la brevétabilité (le commentaire de Sam est donc mal venu).

          Maintenant la commission est repartie dans une stratégie de trouver une brêche pour imposer ses vues. Rien ne semble pouvoir la faire dévier de la volonté des lobbyes qui la sous-tendent.

          Il n’y a pas de quoi se réjouir d’un tel résultat quand on sait la difficulté qu’il y a à mobiliser l’opinion sur un tel sujet. Vous devriez savoir qu’il y en a plein d’autres où on ne peut pas concrétiser une réaction populaire. Voyez par exemple la directive EUCD liberticide où la réaction s’est faite trop tard, en France et non en Europe.

          Am.


        • Sam (---.---.108.229) 6 février 2006 14:52

          Je ne vois pas trop pourquoi ma remarque sur le rejet de la directive sur la brevetabilité logicelle est mal venue !?

          Voir l’article de ZDNet à l’occasion du rejet de la directive. Je sais que c’est un pis aller mais l’article est assez explicite sur la façon assez remarquable par laquelle les députés européens ont rejetés la directive.

          Il n’empêche que nous ne pourrons en rester là et qu’il va bien falloir clarifier la situation et faire en sorte que ne soit pas adopté une directive qui sonne le glas des logiciels libres et du développement coopératif.


        • (---.---.162.15) 8 février 2006 22:14

          Sam, je trouve la remarque « Ce n’est pas si mal » malvenue, alors que les amendements du parlement ont été jetés (ils auraient pu être revotés...) et que la situation de statu-quo est favorable aux brevets, au refus de l’inter-opérabilité...

          Ce n’est pas parce que le pire a été évité que la situation est « pas si mal »... Et symboliquement, le parlement européen a été bafoué...

          Am.


        • Perlin (---.---.138.110) 5 février 2006 03:05

          Il est navrant de constater que la Commission fonctionne en vase clos. La situtation des lobbies serait toute autre si nos eurocrates allaient au devant des acteurs concernés par leur travaux. Qui les empêche de faire du terrain ?


          • Sic Transit (---.---.97.141) 5 février 2006 09:49

            Analyse intéressante mais peut-être un peu trop optimiste comme l’a dit Etienne en parlant du livre très documenté de Raoul Marc Jennar.

            Vous dites : « il convient peut-être de souligner que tous les types d’intérêts sont représentés, et non pas uniquement de grosses multinationales ou l’industrie chimique, comme on l’entend souvent. »

            Mais si on reprend vos chiffres donnés en intro, et qu’on essaye, grossièrement, de regrouper les intervenants vraisemblablement favorables aux intérêts industriels et commerciaux on aurait :

            Les fédérations commerciales européennes représenteraient un tiers de ces groupes, = 33%

            les bureaux de consultants un cinquième, Etant donné que les consultants consulte pour ceux qui les paye, on peut supposer qu’ils servent les intérêts industriels et commerciaux également = 33+20=53%

            les entreprises individuellement, ONG et syndicats (patronaux ou d’employés) chacun environ 10%, Soit la totalité des entreprises indivuelles, les syndicats patronaux, en laissant en dehors les syndicats de salariés et les ONG : = 53%+10%+5% = 68%

            les représentations régionales et les organisations internationales 5% chacunes, et enfin les think tank 1% . On peut largement imaginer que la moitié de ces organisations sont également des organisations favorables aux intérêts industriels et commerciaux, s’il s’agit par exemple de l’OMC et d’autres de ce type : = 68% + 16% = 84%

            Si donc, comme vous le précisez en commentaire, « à Bruxelles, c’est le marchandage qui prédomine », alors ce marchandage se fait avec une balance dont l’un des plateaux penche à 84% et l’autre à 16% seulement. La pesée et vite faite et on ne s’étonnera guère de l’orientation libérale et marchandes des directives qui sont ainsi vendu avec un bel emballage cadeau.

            Enfin, vous dites également dans votre commentaire : « il y a un biais non-démocratique évident lié à la nature même de l’Union Européenne : c’est principalement au niveau de la commission, qui fonctionne en vase clos, qui consulte des groupes d’experts s’accaparant l’expertise technique, qu’il y a lieu d’être particulièrement inquiets. Les projets qui sortent de la commission et qui sont soumis au parlement font parfois froid dans le dos (directive service, directive services portuaires, récemment) : heureusement qu’ils retouchés par les parlementaires qui commencent à avoir une attitude de plus en plus politique et qui se soucient de leur électorat... Plus l’Union Européenne sera politisée et plus on évitera de donner le pouvoir à des groupes d’intérêt restreints, car plus le champ du »balance« entre les intérêts sera élargi... »

            C’est peut-être le plus important, étant donné que la Commission est effectivement, et de loin, l’organe le plus puissant. Et le traité pour la constitution européenne, s’il avait été voté, aurait sanctuarisé pour longtemps cette puissance.

            Le cas des brevets logiciel, évoqué en discussion, est en effet un cas d’école. Déjà à l’époque, il révélait le mépris de la commission pour l’autorité du parlement et les manoeuvres en son pouvoir pour faire passer par tous les moyens sa volonté. Ce n’est que par un jeu d’évènement très incertain (comme par exemple l’opposition de la Pologne), que le texte a pu être revoté en deuxième lecture par le parlement. Aujourd’hui que le parlement à tranché en deuxième lecture, on fait revenir le projet de brevetabilité des logiciels par la fenêtre.

            Il en va de même, à d’autres niveaux, pour des traités internationaux comme l’AMI, ou, en Europe, le projet de constitution, qui reviennent également par la fenêtre.

            C’est dire avec quel respect, et quel considération l’on traite les contre-pouvoirs, et çà indique bien aussi le poids qu’on leur accorde, à savoir, apparamment, bien peu de chose... Et ce problème est structurel. Vouloir organiser les lobbies est une chose, mais vouloir organiser un réel fonctionnement démocratique de ces institutions européennes et mondiales en est une autre, sans doute bien plus importante pour redonner sa valeur à la souveraineté populaire qui seule fonde la démocratie véritable.


            • Sic Transit (---.---.97.141) 5 février 2006 20:00

              Pourrais-tu donner un exemple Stéphane ?


            • Sic Transit (---.---.97.141) 7 février 2006 19:15

              @ Stéphane

              « Toutefois, je suis tout à fait préparé et disposé à rentrer dans le détail mais alors il faudrait convenir d’un moyen de communication approprié et surtout d’une finalité.( je ne vois aucune objection a communiquer mon mail ) »

              Je pense en effet que çà vaudrait la peine de développer un exemple et un cas d’école de ce que tu signales comme un fonctionnement répandu.


            • Stéphane (---.---.66.87) 5 février 2006 18:10

              Je suis conscient que mon commentaire est « hors sujet » par rapport au sujet( fort bien) traité mais il serait intéressant de consacrer un jour une étude aux agissement des bureaux d’études qui oeuvrent en périphérie de l’EU.( surtout dans le cadre des budgets Europaid)

              Je suis moi-même consultant indépendant et j’ai été effaré de découvrir ce qui s’y passe. Le lobbying de ces bureaux est tellement puissant (et efficace) qu’en finale une poignée de bureaux se partage un marché énorme qui fonctionne véritablement en vase clos.

              Je pèse mes mots mais l’on peut dire que tout ceci est limite mafieux.Bien entendu tout ceci est d’une subtilité extrême, en apparence d’une parfaite légalité,mais en finale tout est règlé et organisé pour la pérennité d’un oligopole.

              Ce que l’on peut affirmer sans le moindre risque de se tromper c’est qu’il ne s’git pas d’une menace démocratique mais d’une absence totale de démocratie.


              • Sic Transit (---.---.97.141) 5 février 2006 20:01

                Pourrais-tu donner un exemple Stéphane ?


              • etienne celmar (---.---.134.193) 5 février 2006 20:58

                Intéressant,Stephane,mais voudrais-tu préciser ta pensée,cela m’intéresse au plus haut point et devrait ouvrir les yeux à tous ceux qui ne possédent qu’une vision superficielle ou trop convenue du fonctionnement de certaines institutions de Bruxelles.Merci d’expliciter.Bye


              • Stéphane (---.---.66.87) 5 février 2006 22:38

                Des exemples je puis en donner ,là n’est pas le problème.

                Mais comme je l’ai dit ,tout cela est très subtil et il faut démonter tout le système. Tout cela est bien rodé et en apparence parfaitement légal.Un post n’y suffirait pas. Toutefois, je suis tout à fait préparé et disposé à rentrer dans le détail mais alors il faudrait convenir d’un moyen de communication approprié et surtout d’une finalité.( je ne vois aucune objection a communiquer mon mail )

                Ce que je puis dire en toute sérénité c’est que plus de la moitié des fonds d’Europaid vont « down the drain ».

                Je ne cache pas que j’ai voulu rentrer dans le système( il est vrai que tout cela est bien payé) mais ce qui m’a choqué c’est de voir que le système est totalement parasité par des sociètés et des individus qui n’apportent rien.Sauf des rapports qui sont empilés les uns sur les autres et que personne ne regarde.( mais qui justifient un budget)

                Tout cela est vécu comme un véritable scandale dans les pays dits « bénéficiaires ».

                Des noms je puis en donner et puis quoi ?

                Si vous allez sur le site d’Europaid et que vous passez en revue la liste des bénéficiaires des différents contrats , je vous puis vous affirmer que tout cela est du pipeau.

                Des exemples ? Le récent contrat accordé à Pohl consulting pour la remise à niveau des PME Algériennes.(Programme Meda) Le contrat en cours accordé à ACE pour la fourniture d’experts dans le cadre de workshops à EJOBI en Jordanie.

                Voilà deux exemples. Je ne dis pas qu’il y eu des pots de vin.Je dis simplement que ces contrats ne correspondent à rien. Bien sur des personnes se déplaceront, il y aura des rapports. Création de valeur = zéro. Le système fonctionne uniquement pour tourner en rond et pour occuper certains individus.

                Lesquels individus( souvent ex employés EU) appartienent à un club très fermé qui refuse tout nouveau membre.( sauf par cooptation) Ils connaissent le language, les codes et comment rédiger un C.V. ad hoc.Bref, comment se « pré-profiler »

                En ce qui me concerne , j’ai tourné la page et je me porte bien ainsi .Mais quand l’on me parle du lobbying à Bruxelles j’ai de l’urticaire....


                • (---.---.162.15) 6 février 2006 08:40

                  Ce que j’aime sur Agoravox, c’est d’y trouver un article comme dans n’importe quel journal, par exemple « Le Figaro », pour y exposer sérieusement un sujet qui se veut traité de façon assez impartiale (présentation du pour, du contre), mais finalement rassurante, par exemple pour dire que le lobbying à Bruxelles s’effectue dans des conditions assez raisonnables.

                  Et puis les lecteurs réagissent, apportent de multiples témoignages précis et démolissent complètement le propos du journaliste, on se retrouve avec une charge féroce contre le lobbying bruxellois et les méthodes presque mafieuses de la Commission. Et il n’y a personne ou presque pour apporter des arguments et des faits dans l’autre sens... L’article a produit un effet contraire à ce qu’il cherchait et de façon bien plus forte.

                  Am.


                  • Nicolas (---.---.173.142) 6 février 2006 10:19

                    Intéressant, mais il y a bcp moins démocratique que le fonctionnement de l’Union européenne : la France. Quand Microsoft veut influencer l’Ue, elle est au moins contrainte de passer par ces bureaux de lobbying, quand Bill Gates veut influencer la politique française, cela se passe directement à l’Elysée, sans contrôle et sans retour précis sur ce qui a été évoqué, voire décidé. Au sein de l’Ue, les tenants du logiciel libre peuvent avoir une représentation. Pas à l’Elysée. Bref, la carence démocratique est à mon avis plutôt du côté de la France et de nos pratiques clientélistes. Je ne cherche pas à dire qu’il n’y a rien à réformer au niveau européen, mais je pense que l’absence de lobbying, déclaré et visible, au niveau national, nous empêche de contrôler les relations entreprise, ONG, etc. / élus. Il faudrait donc, je pense, cesser de penser qu’il s’agit a priori d’un « gros mot ». Le lobbying, ce n’est pas seulement « faire pression », c’est aussi la possibilité de maintenir un contact avec les élus en dehors des périodes électorales.


                    • Coward_Anonymous (---.---.7.90) 6 février 2006 10:57

                      Il faut mesurer les lobbies installés à BXL à l’aune des millions d’euros dépensés dans le lobbying pro-brevets logiciels qui ont entre autres servi à rémunérer un ancien président du parlement européen. Cette donnée dans la balance de la réflexion du citoyen amène à considérer que l’intérêt stratégique du citoyen européen est le status quo. Les pratiques actuelles de lobbying se basent sur une approche obsolète des stratégies d’influence, il serait donc contreproductif de vouloir faire évoluer une profession assise sur des pratiques d’influence qui datent d’un autre siècle. Pour la société civile, il convient de ne rien changer et de conserver en atout les opportunités comme le pénal qu’offrent des décennies de mauvaises habitudes. L’intelligence stratégique commande de ne pas céder au lobbying des nouveaux lobbyistes qui voudraient prendre la place des anciens en amenant les commanditaires à réfléchir non seulement sur l’éthique mais sur le ROI du lobbying actuel. Si vous voulez avoir une action citoyenne utile, il faut donc promouvoir la sauvegarde des actuels professionnels du lobbying installés à Bruxelles.


                      • (---.---.162.15) 8 février 2006 22:08

                        ! !! ?? ...


                      • etienne celmar (---.---.48.52) 6 février 2006 11:03

                        Réponse à AM :bonjour,débattre,ce n’est pas ménager la chèvre et le choux..les faits sont têtus !Impossible de faire ici une longue analyse ;je renvoie au travail remarquable et aux conclusions accablantes de Raoul Marc Jennar,qui offre cependant des perspectives d’action ;impossible de discuter sur le fond si ses analyses n’ont pas été prises en compte,quitte à les discuter et les nuancer si nécessaire...Le péril démocratique (c’est plus qu’un déficit !) git dans l’extrême opacité du fonctionnement de la Commission,« qui ne dit pas ce qu’elle fait et fait ce qu’elle ne dit pas »(Jennar),dont les grands choix d’orientation n’ont jamais été débattus sur le fond par l’Assemblée..et Jennar n’est pas le seul à faire ce constat(voir les critiques du trés modéré Maurice Duverger et même, à une époque,de Jacques Delors...Nous revoilà au coeur du débat sur la fameuse « constitution »...


                        • Sic Transit (---.---.97.141) 7 février 2006 19:16

                          @ Stéphane « Toutefois, je suis tout à fait préparé et disposé à rentrer dans le détail mais alors il faudrait convenir d’un moyen de communication approprié et surtout d’une finalité.( je ne vois aucune objection a communiquer mon mail ) »

                          Je pense en effet que çà vaudrait la peine de développer un exemple et un cas d’école de ce que tu signales comme un fonctionnement répandu.


                          • r. gaillard (---.---.200.47) 25 février 2006 22:50

                            Bonsoir, J’ai parcouru avec intérêt mais rapidement, les commentaires tous plus documentés les uns que les autres. Le lobbying est à Bruxelles ce qu’est encore à Paris, le corporatisme. Ce corporatisme qui, replié sur de médiocres intérêts et l’électoralisme, a maintenu des activités à un coût supérieur nuisant à l’évolution économique de la France. Nous continuons ces manoeuvres qui vont de la chaîne avicole à l’alliance Suez/Gaz de France en passant par les marges arrières ou la loi de protection d’industries dites sensibles. Sachant que ces dernières, curieusement, sont parfois alimentées par des fonds anglo-saxons. Et surtout, le droit qui régit Bruxelles est d’essence « romain ». Donc notre comportement (tout court) et législatif est radicalement différent de droit anglo-saxon. Je n’ai pas peur de ce lobbying qui, au contraire, devrait façonner peu à peu un autre esprit, d’autres démarches ; et peut être fondre une véritable Europe. Je me rappelle qu’il y a 30 ans, j’arrivais sans fonds aucun, à faire plier Bruxelles sur une nuance fiscale. Le lobbying est à la dimension de la vaste Europe : voilà d’où vient cette crainte, car l’inconnu y règne car entretenu.

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