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Accueil du site > Actualités > Europe > Le peuple a dit : NON !

Le peuple a dit : NON !

Le peuple grec a résisté à la stratégie de la terreur des dirigeants européens. Les Grecs auront eu droit à tout : les établissements bancaires fermés, des médias inféodés et des dirigeants européens adeptes de violents coups de menton. Ils ont même eu droit à un formidable acte d’intimidation politique : vendredi le général à la retraite Fragkoulis Fragkos, ancien ministre de la Défense et jadis à la tête de l’état major grec a dit que «  les valeurs morales et les principes qui nous ont toujours définis, nous Grecs, ne constituent pas une monnaie d’échange pour un politicien déboussolé et historiquement inculte qui met en avant les intérêts de son propre parti. » Un groupe de 65 officiers de haut rang à la retraite ont publié un communiqué où ils évoquent leur «  serment de fidélité à la patrie et au drapeau » et avertissent qu’« en choisissant l’isolement, nous mettons en danger la patrie et son avenir. » Ces déclarations ne reflètent que l’éternel paradoxe des fascistes : prétendre soutenir la nation tout en faisant allégeance au Capital international… Mais ne soyons pas dupes : la CIA, l’OTAN et les services secrets européens iront-ils jusqu’au coup d’état si la situation leur échappe ?

La politique d’austérité imposée non seulement en Grèce, mais partout en Europe, n’a pas pour objet un soi-disant «  retour de la croissance  », mais bien de casser définitivement le «  modèle social  » européen. Le visage qu’offre cette Europe, en cette année 2015, c’est l’échec du néo-libéralisme. C’est le visage d’une Europe où les marchés financiers sont tout puissants, l’UE est une multinationale sous le contrôle des banques. Les Etats européens sont incapables d’effacer la dette totale de la Grèce qui est de l’ordre de 312 milliards d’euros alors que le volume des aides publiques en faveur du secteur financier dont ont effectivement bénéficié les banques européennes entre octobre 2008 et le 31 décembre 2010 s’est élevé à environ 1 600 milliards d’euros (13 % du PIB) ! On comprend que cette Europe ait donné envie aux grecs de voter « NON » : non à ces humiliations, non au chacun pour soi, à l’absence de vision, non au traitement humiliant des pays les plus fragiles, qui ne passe que par des sermons et des punitions. Et non à cette zone euro dont on connaît depuis des années les dysfonctionnements, mais dont on repousse sans cesse la nécessaire réforme.

Certes, un des pays fondateurs, l’Allemagne, s’en tire remarquablement bien. L’euro, dont la valeur reflète l’état de l’économie de l’ensemble de la zone, lui a procuré une monnaie sous-évaluée par rapport à ce qu’eût été le Deutschmark s’il avait perduré. L’euro lui a donc permis d’exporter plus facilement ses produits dans le monde entier. Mais les pays dont les économies sont plus fragiles, surnommés avec une volonté d’humiliation les « PIGS » (comme Portugal, Italy, Greece, Spain,) qui signifie cochon en anglais, se sont retrouvés à l’inverse avec une monnaie surévaluée. Faute d’une solidarité européenne suffisante, ils ont vu leur chômage grimper, leur déficit s’aggraver. Ils ont été poussés par leurs partenaires dans des programmes chimériques de redressement par l’austérité, qui n’ont fait qu’aggraver leur mal. Comme si leurs malheurs ne suffisaient pas, ils ont eu droit à des leçons de vertu incessantes : il faut être plus sérieux, il faut travailler plus, il faut payer ses dettes, il ne faut pas dépenser trop, il ne faut pas voter pour des gouvernements irresponsables…

Alors, la victoire du NON n’est pas une surprise ; que l’administration grecque ait des défauts, certes, mais elle a fait de gros efforts, malheureusement rien n’est suffisant pour la Troika, et les politiques d’austérité imposées par Bruxelles ont fini de plonger le pays dans la tourmente ! Les Grecs sont des gens sérieux, autant que nous, français ; ils font, malgré le matraquage médiatique contraire, des efforts, alors que l’Europe les contraints de ne pas appliquer ce pour quoi ils ont élus Siryza : quel déni de démocratie ! Par exemple, le projet d’augmenter les impôts des plus riches, comme prévu dans leur programme est fermement rejeté par Bruxelles…preuve que nos politiciens ne mordent pas la main qui les nourrit !

Alexis Tsipras, le premier ministre et chef de Syriza, a remporté une manche face à ses partenaires européens. Un monde nouveau apparait où les peuples pourront dire NON aux usuriers ! Maintenant une question se pose : la décision du peuple grec sera-t-elle entendue ou alors sera-t-elle foulée au pied par les politiciens comme ce fut le cas lors du traité européen en 2005 ? La troïka subit une cuisante défaite, mais elle ne va pas abdiquer, bien au contraire. Je crains fort que la suite ne soit pas aussi soft qu’un référendum … Les premières réactions des politiques en Europe montrent que la bourgeoisie n’accepte pas les résultats du référendum. Leur volonté, c’est de virer la Grèce de la zone euro pour l’isoler et faire obstacle à tout risque de contagion … ou de reprendre la main coute que coute par tous les moyens, car ils ont aussi peur que la Grèce aille chercher son bonheur ailleurs !

Un accord est quand même possible, si tant est que les deux parties le veuillent. Et, justement, on est en droit d’avoir un doute sur les intentions des institutions européennes, lorsque l’on connait la nature tyrannique du pouvoir non élu de l’Eurogroupe et de la BCE. Il est donc possible, voire probable, que les dirigeants de l’Eurogroupe et de la BCE fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour provoquer le chaos en Grèce.

Sur 2ccr : Pour lutter contre la propagande

J’ai tout de même envie de reprendre la formule fameuse de Churchill en 1942 après les premiers succès des armées alliées en Afrique : » Ce n’est pas encore le commencement de la fin, mais c’est la fin du commencement ! »

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17 réactions à cet article    


  • César Castique César Castique 8 juillet 2015 08:53

    « Les Grecs sont des gens sérieux, autant que nous, français... »


    Même plus puisqu’ils ont droit à la majuscule smiley

    • Spartacus Spartacus 8 juillet 2015 09:16

      « Un monde nouveau apparaît »


      Effectivement 
      Un monde socialiste ou les politiciens rasent gratis.
      Plus de libertés individuelles. 
      Plus accès à son argent fermetures massives des banques. 
      Démocratie dévoyée.
      Les référendums soviétiques. Question posée sans débats ni arguments.
      Les retraites spoliées pour payer les dettes d’un état qui rase gratis.
      Ruptures dans les magasins.
      Queues, rationnement, marché noir, fiscalité clientéliste.
      La fin du crédit. La fin de la confiance commerciale. 
      Les entreprises contraintes de payer comptant. La hausse des prix. L’inflation. La pénurie.
      Dissuasion pour longtemps des producteurs d’y investir pour longtemps. 
      Une exclusion d’une monnaie.
      Une exclusion d’un groupe européen.


      Une faillite socialo-communiste. 
      Comme toutes ces expériences Keynésio-socialistes elle se terminent mal.

      • CN46400 CN46400 8 juillet 2015 11:05

        @Spartacus


         Bravo, s’il n’en reste qu’un à penser que la Grèce va payer ses dettes ce sera ...vous !

      • Spartacus Spartacus 9 juillet 2015 14:24

        @CN46400

        Malheureusement je pense que les comptes bancaires des Grecs vont êtres spoliés.....

        Vous verrez CN46400. J’espère me tromper mais ça y court.....Le jour du cygne noir arrive.

      • jacques 11 juillet 2015 12:19

        @Spartacus
        et les CDS cela ne sert jamais à rien ?????????


      • sophie 8 juillet 2015 09:25

        Oui, il a dit OXI, maintenant commence un long chemin de croix, abandonnée de tous cela fait bien apparaître le hideux visage de nos démocrates en peau de lapin prêts à investir 800 milliards pour sauver les banques et rien pour le berceau de l’Humanité, je suis effondrée mais au moins on sait qui est qui désormais.


        • jaja jaja 8 juillet 2015 09:32

          A lire la très intéressante interview de Manos Skougoflou, membre de la direction OKDE-Spartakos/Antarsya et qui tranche avec le discours habituel et pleurnichard... Il n’y a effectivement rien à négocier avec la Troïka sinon des mesures d’austérité dont le peuple grec a fait largement savoir qu’il ne voulait pas...

          Pour OKDE-Spartakos/Antarsya les mesures immédiates à prendre sont :

          - Pas de nouvelles mesures d’austérité, pas de nouvel accord, pas de négociation.
          - Réduction du temps de travail et augmentation des salaires et des pensions.
          - Arrêt du paiement de la dette et son annulation totale.
          - Expropriation des banques et des grandes entreprises, sans compensation pour les capitalistes, et leur mise sous le contrôle des travailleurs.
          - Autogestion des usines et des entreprises qui ferment.
          - Sortie de l’euro et de l’UE, pour une internationalisation anticapitaliste.
          - Pour l’auto-organisation, le gouvernement et le pouvoir des travailleurs.
          (OKDE-Spartakos, Juin 2015)

          extrait de l’interview de Manos Skougoflou :

          « C’est clair que c’était un vote de classe. Si on regarde les résultats dans le détail, on voit clairement que les travailleurs des villes et quartiers populaires ont voté massivement pour le « non », et ce à plus de 70%. Dans les quartiers les plus riches d’Athènes par exemple, c’était exactement l’opposé : 70%, voire plus ont voté « oui ». La question dans le référendum en tant que telle n’était pas très claire, elle était trompeuse parce qu’elle concernait uniquement la proposition que la Troïka avait faite il y a dix jours, mais elle n’incluait pas la proposition faite par le gouvernement. C’était donc trompeur parce que si on votait « non », le gouvernement allait essayer de rouvrir les négociations avec la Troïka et c’est ce que Tsipras est en train de faire maintenant, d’ailleurs. Malgré tout, le référendum s’est transformé en un affrontement social et de classe entre les travailleurs et les classes dominantes. Et il a aussi montré que les secteurs moyens de la société, ce qu’on peut appeler la petite bourgeoisie, ont tellement perdu pendant la crise, qu’ils n’ont plus peur de la faillite,de la panique bancaire ou de la sortie de la zone euro. Les secteurs les plus paupérisés des classes moyennes ont ainsi voté « non » avec les travailleurs. »

          http://www.revolutionpermanente.fr/Dans-les-villes-et-les-quartiers-populaires-un-raz-de-maree-pour-le-non?utm_content=buffer9d3bb&utm_medium=social&utm_source=facebook.com&utm_campaign=buffer


          • CN46400 CN46400 8 juillet 2015 11:09

            @jaja


            Ouais, es-tu bien sûr que les wagon suivent encore la loco ?....

          • jaja jaja 8 juillet 2015 11:13

            @CN46400

            Si tu ne les a pas décrochés oui....


          • 6ber 6ber 8 juillet 2015 09:36

            Bonjour RG,
            Nous nous acheminons vers un bras de fer contre l’oligarchie.

            Nous savons tous aujourd’hui que cette dette des divers Pays de l’UE ne sera jamais remboursée, que les diverses politiques d’austérité ne redonnerons aucune croissance, que la compétitivité dont on nous rebat les oreilles est un leurre, et que nous avons en face de nous un problème insurmontable que nous ne résoudrons jamais en notre faveur, en l’état actuel des choses.

            S’il en était besoin, il n’est qu’à voir les chiffres démentiels du chômage, des précaires, de ces salaires exorbitants des dirigeants, de cette pauvreté qui s’accroit et se généralise, etc...

            Cette pression psychologique et même physique exercée sur le peuple Grec, partant sur tous les autres dans un avenir proche, est symptomatique d’une lutte de classe qui n’a jamais cessé d’exister, qui s’intensifie et qui de plus ne se cache même pas.

            Ce mépris permanent de nos dirigeants est insupportable et inacceptable. Ces menaces de chaos et de souffrances en cas de sécession à l’UE deviennent chaque jour un plus grotesque.
            La Grèce est un exemple pour tous.

            Mais, comme vous le dites justement, si la situation devait leur échapper, si les esclaves se révoltaient, jusqu’ où iraient-ils ?
            Et nous, jusqu’où irions nous ?


            • Samson Samson 8 juillet 2015 13:45

              Je me suis déjà « étalé » sur la question ailleurs !

              Si même elle laisse peu d’espoir à un dénouement dicté par la rationalité, j’ai bien apprécié l’analyse aussi mordante que féroce de Frédéric Lordon sur la « crise » grecque et l’extraordinaire impéritie de nos dirigeants, .

              Hommage à l’intelligence politique et tactique d’Alexis Tsipras qui - en cinq mois de négociations dans l’aquarium aux requins - les a contraints a exposer toute leur duplicité et abattre leur jeu.

              Entre l’image d’un Titanic €uropéen qui a enfin trouvé son iceberg grec - les dirigeants €uropéens s’en trouvant désespérément réduits à couiner en cœur le « Plus près de toi, mon Dieu » final - ou celle du Stalingrad démocratique infligé par le peuple grec à notre IVème Reich financier, mon cœur balance. smiley


              • ETTORE ETTORE 8 juillet 2015 14:25

                Le jour ou cet hydre appelée Europe aura son armée inféodée ça en sera fini des « états » récalcitrants .

                Elle combattra les pays insoumis, et ce sera la fin de toute notion de peuple.
                Sombre perspective sur les libertés qui nous restent.
                A voir comment la brutalité de ces ronds de cuir se manifeste, imaginez leur pouvoir avec un bras armé.
                Etes vous sûr d’être toujours à l’extérieur de leurs convoitises ?
                Depuis le temps qu’on vous dit que votre pognon, sur vôtre compte, n’est plus le vôtre en un quart de seconde. 
                Pensez vous que vos libertés soient à l’abri des agissement de cette mafia financière ?
                Voyez déjà les hommes de paille à la tête du pays, il n’y a que les intitulés des partis qui changent, le reste et un copié collé savamment sauvegardé.
                La Grèce a encore un fois un rôle à jouer dans l’enseignement de la démocratie, elle doit faire ce que nous devrions tous faire, mettre un beau coup de pied à tous ces fumistes qui ont corrompu l’idée d’une Europe Unie pour le bien des nations et des peuples.
                Quel avantage à faire partie d’un club fermé ou ne s’exerce que ,souffrances, mensonges, chômage et remake de conditions de vie moyenâgeuse ?
                Tant qu’à souffrir autant souffrir entre soi, que de se faire en plus traiter de mendiant corrompu,,et de fainéant par ces bobos qui ne connaissent même pas  le prix d’une baguette de pain.


                • zygzornifle zygzornifle 8 juillet 2015 15:50

                  l’EU c’est Guantánamo pour le peuple grec .....
                  l’EU c’est comme un pitbull qui ne relâche pas sa proie ....
                  l’EU vit sur le dos de ses citoyens comme une tique sur le dos d’un chien ....


                  • zygzornifle zygzornifle 8 juillet 2015 15:52

                    il faudrait passer tous les politiques au sérum de vérité avant de leur confier même un poste d’entretien des toilettes ....


                    • baldis30 8 juillet 2015 22:30

                      Le jeu européen actuellement c’est le jeu de l’Allemagne et de l’Allemagne seule. Tel qu’il est l’euro faible profite essentiellement à l’Allemagne, et peut-être aux Pays-Bas.

                      Par contre l’intérêt démographique de l’Allemagne qui apparut dès le traité de Rome en 1956 par appel à la main d’œuvre italienne du Sud ( avec en arrière-pensée d’éviter que l’Italie ne passe de l’autre côté du rideau de fer), cet intérêt n’a pas été comblé ni par les nations centrales ( Hongrie, Pologne, Bulgarie) ni surtout par la Grèce. La seule façon pour l’Allemagne de combler cela c’est d’inviter la Turquie... donc de virer son ennemi juré .... la Grèce.

                      Avec de la main d’œuvre pas chère et abondante, l’Allemagne continuera son développement au détriment de tous les autres....

                      Comment appelle-t-on cela ? Qui a dit impérialisme .... Ô le vilain mot !

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Robert GIL

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