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Le référendum écossais sans intérêt

 Nous venons d’assister à une vaste mystification lors de ce référendum en Écosse le 18 septembre dernier. La question posée lors de cette consultation ne reflétait nullement l’enjeu de la rixe électorale entre les forces en chicane. Ainsi, la question allait comme suit : « Should Scotland be an independent country ? » : Yes or No ?

Nous venons d’assister à une vaste mystification lors de ce référendum en Écosse le 18 septembre dernier. La question posée lors de cette consultation ne reflétait nullement l’enjeu de la rixe électorale entre les forces en chicane. Ainsi, la question allait comme suit : « Should Scotland be an independent country ? » : Yes or No ? Mensonge et duperie puisqu’en aucune façon la population écossaise n’avait l’opportunité d’accéder par ce vote à l’indépendance économique, idéologique ou même politique.

Aucun pays ne connaît l’indépendance économique, idéologique ou politique, ni les États-Unis, ni le Royaume-Uni, ni la France, ni la Chine, ni la Russie et encore moins le Canada. Dans cette économie mondialisée et globalisée, soumise à la crise systémique depuis des années, vivant des temps de récession avant de connaître la grande Dépression et les politiques d’austérité, l’Écosse n’a pas plus l’occasion de se sortir de la crise que quiconque est présentement plongé dans le système économique impérialiste cataclysmique.

Sur quoi portait donc ce référendum ?

Dans un pays vivant sous démocratie bourgeoise un référendum est un duel non létal ou s’affrontent deux factions opposées de la bourgeoisie nationale. Les règles de ce duel – convenues entre les parties – vont comme suit :

La première règle non écrite stipule que les intérêts fondamentaux de l’ensemble de la classe dominante ne seront jamais mis en jeux comme un enjeu.

La deuxième loi convient que la faction qui parvient à embrigader le plus grand nombre d’électeurs prenne l’avantage et dicte ses exigences à l’autre faction. Les électeurs tranchent le débat même s’ils n’obtiennent aucun avantage dans ce combat. Ce qui implique toute une mystique qui entoure le référendum afin que le votant s’exprime en pensant voter pour autre chose que la triste réalité. Tous les coups sont permis sauf de mettre fin arbitrairement à la partie par un coup d’État militaire. Chaque faction se soumet à un devoir de réserve et ne dévoile jamais ces règles secrètes, ni l’enjeu véritable de la baston inter capitaliste.

L’enjeu pétrolier

L’enjeu du référendum n’était donc pas pour l’État écossais de faire « l’indépendance nationale du marché mondial » contrairement à ce que répètent les médias à la solde. L’enjeu était pour la bourgeoisie écossaise de récupérer les bénéfices des « royalties » pétrolières de la mer du Nord. Actuellement, ces redevances payées par les multinationales aux gouvernements de Londres et d’Édimbourg avantagent Westminster au détriment du château d’Édimbourg.

La véritable question qu’aucun politicien bourgeois ne voulait exprimer aurait dû être : « Voulez-vous que l’ensemble des redevances sur le pétrole soit accaparé par le parlement d’Édimbourg pour le bien-être des milliardaires écossais : Oui ou NON ? »

Évidemment, le fait que les royautés pétrolières de la mer du Nord soient partagées en deux parts entre Londres et Édimbourg, ou encore, qu’elles soient accaparées exclusivement par le gouvernement écossais n’a et n’aura absolument aucune incidence sur la population écossaise ou sur la population britannique. Seules pourront être incommodées ceux qui participent déjà à la curée des redevances, soient la faction londonienne de la grande bourgeoise britannique, soit la faction écossaise de la grande bourgeoisie britannique. Les salariés eux ne verront pas un kopek de ces « royalties ».

Nous ne traitons ici que des royautés versées par l’expropriateur privé aux gouvernements concernés. La propriété des oligopoles pétroliers continue d’être partagée, via les actions et les obligations, parmi les grands argentiers et les rentiers du monde entier, particulièrement les riches Anglais, les riches Gallois, les riches Irlandais et les riches Écossais évidemment. Le référendum ne touche en rien à l’imbrication serrée des intérêts économiques hégémoniques entre toutes les factions du grand capital international.

L’argent n’a pas d’odeur ni de nationalité c’est bien connu. Les capitalistes, une fois le rideau tiré sur la kermesse référendaire, n’ont pas de nationalité et transigent dans le monde entier. British Petroleum (BP) a des intérêts en mer du Nord, mais aussi dans le golfe du Mexique et en Californie, aussi bien qu’en Libye. Le monde parcellaire, stressé dans ses identités communautaires, que ces milliardaires tentent de nous faire gober, ne correspond à rien pour eux. Une fois les bouffonneries référendaires légitimaires passées, ils retournent à leurs affaires mondialisées et globalisées. Les trémolos nationalistes chauvins sur « l’indépendance nationale pour être maître chez nous » servent à distraire la galerie et à mobiliser les salariés pour défendre les intérêts de ceux venus les exploiter, les exproprier de Londres et d’Édimbourg.

Le déroulement de la bataille référendaire

Au début du référendum, que la clique londonienne croyait gagné d’avance, seule la faction nationaliste écossaise mena campagne avec vigueur – soulevant l’ardeur de ses partisans petits-bourgeois (cette section de salarié dont une large portion vit des prébendes et des emplois de l’État bourgeois). Toute la panoplie du folklore écossais fut exhumée afin de mobiliser suffisamment de thuriféraires pour arracher la captation exclusive des « royalties » pétrolières.

Évidemment, les travailleurs ne sont pas dupes dans cette affaire. Ils rejetèrent ces fallacieux arguments. L’accaparement d’une plus grande partie des revenus du pétrole n’aurait aucune incidence sur leur revenu, sur leur vie, sur leurs taxes, et sur leurs impôts. Pas davantage demain dans un État bourgeois pseudo « indépendant », qu’hier dans l’État écossais dépendant de l’économie mondiale en crise.

La passivité de la faction capitaliste écossaise pro-Royaume-Uni et l’activisme de la faction capitaliste écossaise pro-récupération des « royalties » fit en sorte que tout au long de la campagne la faction « souverainiste » accrue ses appuis parmi la petite bourgeoisie en cours de paupérisation et prête à adhérer à toute illusion pour se sortir du chômage et des politiques d’austérité, adopter à Westminster aussi bien qu’à Édimbourg.

Londres est contraint de se mouiller pour sauver ses « royalties »

Une semaine avant le vote fatidique la clique capitaliste de Londres et d’Édimbourg – pro unioniste fut contrainte de sortir de sa léthargie et de jeter quelques promesses à la volée afin de renverser les prévisions des sondages. Si la clique de Londres s’était abstenue d’intervenir dans la consultation c’était justement pour éviter d’avoir à faire des promesses d’accorder une plus grande part des redevances au Parlement écossais. Du moment que Londres s’impliquait dans le référendum pour sauver sa mise, la clique de Westminster ne pouvait que lâcher du lest et abandonner des points de taxation en même temps que des champs de compétence gouvernementale.

En d’autres termes, la clique du Château d’Édimbourg avait gagné son pari à partir du moment où le premier ministre Cameron est intervenu pour s’engager à abandonner des champs de compétence et de taxation.

Si Londres s’avisait de ne pas tenir ses promesses il serait aisé pour les nationalistes de reprendre le collier et de recommencer le chantage à la souveraineté. La victoire du NON est cependant suffisante (55,4%) pour permettre à Londres de négocier très serré la dévolution des pouvoirs et des champs de taxation.

La classe ouvrière britannique vivant en Écosse n’a pas mordu à l’hameçon nationaliste du chauvinisme écossais pas plus qu’à l’Union Jack britannique et elle s’est soit abstenue (15% d’abstention) soit elle à voter pour le statu quo histoire de ne rien chambouler dans le rapport des factions bourgeoises en présence. Il n’est pas mauvais pour la classe ouvrière britannique que ces deux factions capitalistes s’entrent déchirent et s’affaiblissant mutuellement. Mais pour la classe ouvrière britannique, il n’y a aucun intérêt à prendre part à ce chantage à la sécession nationaliste bourgeoise.

 


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2 réactions à cet article    


  • diogène diogène 26 septembre 2014 09:36
    Dans votre article, l’analyse globale de ce type de consultation est juste. La bourgeoisie est même capable de faire comme si la consultation n’avait pas eu lieu si les résultat ne convient pas aux intérêts des deux factions, comme ce fut le cas en France avec le référendum sur l’Europe où le clan UMP et le clan PS étaient d’accord pour faire croire au peuple qu’il y avait un enjeu alors que leurs « héros », FH et NS avaient posé ensemble pour la couverture d’un hebdomadaire. Il aurait fallu comprendre que l’autre possibilité de l’alternative étaitun chaos mal défini.

    Mais dans votre article, deux affirmations me paraissent contradictoires.
    Vous écrivez au début :

    « Les électeurs tranchent le débat même s’ils n’obtiennent aucun avantage dans ce combat. »

    Bon ! OK ! c’est malheureusement vrai, c’est le « syndrome du larbin.
    Mais vous écrivez à la fin de l’article :

     » La classe ouvrière britannique vivant en Écosse n’a pas mordu à l’hameçon nationaliste du chauvinisme écossais pas plus qu’à l’Union Jack britannique et elle s’est soit abstenue (15% d’abstention) "

    Or :
    - les abstentions ne sont pas forcément la classe ouvrière.
    - la bourgeoisie (grande, moyenne ou petite) ne représente pas 85% de la population.
    - les victimes du système ont bien choisi une des factions pour continuer à les exploiter : la faction de Londres

    Merci de m’éclairer sur votre vision des choses et merci pour ce papier qui éclaire notre propre vie politique..


    • Robert Bibeau Robert Bibeau 26 septembre 2014 14:07

      @Diogène

      Lit l’ensemble de ma phrase...

      Je prétends que c’est majoritairement des travailleurs qui n’ont pas voté - que ce sont des travailleurs qui ont voté nul et enfin j’affirme que de très nombreux travailleurs ont voté NON = façon de maintenir le statu quo pas par amour de l’Union Jack mais simplement parce qu’il comprennent que toute cette merde nationaleuse-nationaliste n’est pas pour eux et la meilleure façon de la leur fermer aux bourgeois était d voter NON - de tout laisser en l’État du point de vue guerre de clan nationaliste bourgeois et de retourner travailler, attendant leur heure pour écraser tous ces parlements de Westminster à Édimbourg en passant par Pays de Galles et Irlande

      Intelligents les travailleurs britanniques nos camarades internationalistes. 

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