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Le syndrome de l’Europe invisible a encore frappé

La nomination décisive du président de l’Union Européenne et du responsable de la diplomatie est passée quasi inaperçue dans la presse internationale. Seules quelques lignes lui sont réservées par Stephen Castle et Steven Erlanger dans l’International Herald Tribune du vendredi 20 novembre.

Même effet de pétard mouillé depuis le continent américain : « l’Europe semble faire oublier les attentes qu’elle a promis avec le Traité de Lisbonne qui cherche à lui donner une incarnation sur la scène internationale ».

L’Union Européenne montre au grand jour une nomination bureaucratique, là où la légitimité du poste aurait réclamé un processus démocratique et transparent. « La veille, même le Ministre des Affaires Etrangères de Suède, le pays qui assure actuellement la présidence tournante de l’Europe et tente de diriger les négociations, mettait en garde contre « une solution minimaliste » qui réduirait « les possibilités de l’Union à porter sa voix dans le monde ».

Vision prophétique de ce qui allait se dérouler quelques heures plus tard dans les alcôves du pouvoir européen : échec cuisant. Échec ironique aussi peu après le passage en force du Traité de Lisbonne en France et en Irlande. « Après une bataille de 8 ans pour réécrire ses lois de fonctionnement interne, la nomination de personnalités relativement peu connues (sic) a mis à jour les problèmes de l’Europe au lieu de montrer sa volonté d’être plus unie pour prendre une place plus puissante dans les affaires du monde. (…) La toile de fond du traité était de simplifier la gestion d’une Union Européenne élargie et de créer de hautes personnalités européennes qui pourraient parler pour le groupe. Mais au final, les dirigeants nationaux semblent écarter l’idée de nommer une personnalité reconnue au poste présidentiel. »

Pouvait-il en être autrement, alors que les critères de sélection des candidats, pour être consensuels, constituaient une véritable incitation à nominer des bureaucrates sans saveur ? Les leaders européens ont du naviguer à vue entre des considérations « d’affiliation politique, de géographie, de sexe », mais aussi de langue nationale. Les deux journalistes américains soulignent qu’« il y a eu des préoccupations supplémentaires selon lesquelles le haut représentant choisi ne parlerait pas assez bien la langue anglaise pour expliquer clairement la politique européenne à la télévision. »

Une tentative d’étouffer l’Europe politique

Pour cause, la nomination de personnalités effacées, inconnues du grand public et sans réelle envergure internationale apparaît comme une tentative d’étouffer ce que ces postes pourraient avoir d’influents à l’avenir. La dévaluation de ces rôles est déjà à l’œuvre. « Un document suédois circulait parmi les diplomates. Celui-ci donnait une description des postes amputée des références à une partie du Traité de Lisbonne selon lequel le président assure « la représentation de l’Union à l’étranger sur des sujets touchant la politique étrangère et de sécurité commune », sans toutefois porter préjudice au poste de représentant de la diplomatie ».

Le constat du désintérêt des européens pour le renforcement de leurs institutions s’impose : les grandes puissances européennes, hormis la Grande-Bretagne, n’ont « montré aucun réel intérêt à occuper l’un de ces postes » et préfèrent étendre « leur influence dans une négociation parallèle de la Commission Européenne pour des portefeuilles économiques qui pourraient bien être des leviers plus puissants dans une configuration qui relève davantage d’une communauté économique que d’une communauté politique ».

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