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Les faux pas de Peer Steinbrück

Le candidat de la gauche allemande à la chancellerie, Peer Steinbrück, continue de s’enliser dans ses propres fourvoiements. Déjà malmené par la presse, qui lui reproche un piètre sens politique, il fait en plus l’objet de plusieurs scandales plutôt fâcheux. Ses compatriotes ayant érigé la moralité au rang de valeur absolue, le chef de file du SPD en paie logiquement les pots cassés et voit Angela Merkel caracoler en tête des sondages. Qui se souvient encore aujourd’hui qu’il a un temps décroché la faveur des Allemands ?

La chancelière Merkel peut avoir le cœur léger : l’homme fort du SPD s’embourbe dans des scandales à répétition. Pire : les observateurs montent en épingle la moindre de ses déclarations, accréditant ainsi l’idée, désormais largement partagée, qu’il peine à faire preuve de clairvoyance politique. Et ses maladresses électorales ne cessent de plomber la campagne du plus grand parti de gauche allemand, amorçant ainsi une chute vertigineuse dans tous les sondages nationaux. Le navire coule et l’équipage ne croit plus en son commandant.

Tout avait pourtant bien commencé pour Peer Steinbrück. Sa stature et son expertise séduisaient sans mal des électeurs soucieux de la bonne marche des affaires publiques. Angela Merkel, la figure de proue de la CDU, sortait alors affaiblie d’une série de défaites régionales. L’ancien ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie faisait dès lors figure de « chancelier de réserve », capitalisant sur sa maîtrise des rouages économiques et son rôle prééminent durant la crise financière de 2008. Pas charismatique pour un sou, l’homme fort des sociaux-démocrates pouvait en revanche miser sur le verbe, qu’il manipule avec aisance, n’hésitant d’ailleurs jamais à se montrer sarcastique et à moquer ses adversaires. Au départ, son profil libéral présentait même l’avantage de pouvoir appâter les centristes et les modérés, bien qu’il rebutait quelque peu l’aile gauche du SPD, incarnée par l’intraitable Andrea Nahles. Mais c’était sans compter les fourvoiements et les polémiques à venir…

 

Le sens moral allemand

Quantité de dirigeants allemands ont récemment souffert de scandales plus ou moins sérieux : Rainer Brüderle (sexisme), Annette Schavan et Karl-Theodor zu Guttenberg (plagiat), Horst Köhler (controverse sur l’intérêt économique de l’action militaire) ou encore Christian Wulff (corruption). Si ces affaires s’apparentent à nos yeux à des peccadilles, il n’en va pas de même à Berlin, où le moindre écart de conduite peut se révéler électoralement destructeur. Bien loin des cas Berlusconi ou Strauss-Kahn, ces polémiques ont néanmoins secoué le landerneau politique outre-Rhin. Et si l’on devait juger la moralité d’un pays à sa capacité d’indignation, l’Allemagne l’emporterait sans conteste haut la main. C’est dans ce contexte qu’il faut appréhender la campagne de Peer Steinbrück, entachée de plusieurs scandales plutôt handicapants.

 

Des conférences grassement payées

L’hypersensibilité des Allemands présente peut-être des vertus préventives. Puisqu’elle met en lumière certains principes sur lesquels on ne peut transiger, elle délimite par conséquent les frontières de l’acceptable. Peer Steinbrück l’a appris à ses dépens, compromettant sa candidature aux élections législatives de septembre.

Tout a commencé quand, quelques jours seulement après sa désignation, l’ancien ministre des Finances de la grande coalition doit admettre sa participation à presque 90 conférences grassement rémunérées. Il aurait en effet touché plus d’un million d’euros – un record pour un parlementaire. Cela sans compter les revenus tirés de la vente de ses livres et des jetons de présence dans les conseils d’administration de grandes entreprises.

Rien d’illégal là-dedans, certes, mais la pilule passe toutefois difficilement. D’autant plus que les Allemands se montrent très regardants quant au train de vie de leurs élus et que le député Steinbrück a privilégié à plusieurs reprises ses conférences aux débats parlementaires. Une attitude qui froisse de nombreux électeurs, mettant ainsi à mal les ambitions du SPD.

 

Le roi des scandales ?

Le blog officiel de Steinbrück, Peerblog.de, a beau avoir connu un succès instantané, il lui coûtera peut-être cher électoralement. Car l’ancien ministre a affirmé ignorer qui le finance, un mensonge rapidement révélé par la presse teutonne. Cerise sur le gâteau : le Bundestag s’intéresse de près à l’affaire, puisque ces quelques dizaines de milliers d’euros pourraient relever d’un financement occulte. De quoi égratigner un peu plus l’image de la locomotive politique du SPD.

Et ce n’est pas tout : son état-major, déjà taxé de sexisme, a dû subir le départ forcé de Roman Maria Koidl, conseiller pour les nouveaux médias. Avant de rejoindre la garde rapprochée de Peer Steinbrück, cet écrivain autrichien avait fait fortune en travaillant pour deux hedge funds hautement spéculatifs, un profil qui contraste nettement avec la tonalité générale de la campagne du SPD, qui stigmatise avec force la finance et ses dérives. Ce spin doctor encombrant disqualifie donc un peu plus les sociaux-démocrates, dont l’extrême gauche dénonce la dualité.

 

Les interviews kamikazes

Souvent présenté comme condescendant envers les femmes, Peer Steinbrück enfonce encore le clou. Dans l’une de ses célèbres « interviews kamikazes », il attribue le succès d’Angela Merkel à sa féminité. Pis encore : il déclare s’estimer trop cérébral et pas assez dans l’émotionnel pour conquérir l’électorat féminin. Il ne valorise pas davantage sa candidature lorsqu’il évoque le salaire de la chancellerie, qu’il juge trop faible et non concurrentiel. Il n’en fallait certainement pas plus pour relancer le débat sur son opportunisme et sa cupidité. Si l’on ne peut nier qu’il y a du vrai dans ses propos, Peer Steinbrück fait en revanche preuve d’une maladresse électorale au mieux impropre à son statut.

Ces scandales incessants nuisent considérablement à la campagne du SPD. Et Angela Merkel ne se fait évidemment pas prier pour en profiter ; elle devance désormais largement les sociaux-démocrates dans les enquêtes d’opinion. Mieux : en faisant de la justice sociale l’axe central de son projet, elle prive Steinbrück, le chantre du salaire minimum, de ses thèmes de prédilection. Distancée, peu audible, abîmée par les polémiques, la gauche allemande ne peut que constater les dégâts. Si son leader peut s’appuyer sur des qualités incontestables, ses faux pas ont en revanche tout du dérapage incontrôlé et pourraient conduire le parti au crash électoral. Andrea Nahles, souvent méprisée par l’ancien ministre des Finances, y verrait peut-être une maigre consolation. Forcément amère.


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1 réactions à cet article    


  • eric 22 février 2013 11:29

    C’est intéressant. Qu’est ce qui a pousse le SPD a adopter lui aussi un candidat au profil DSK ?

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