Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Europe > Les rosés de la colère

Les rosés de la colère

Le 8 mai 2009 au matin, à l’appel des Jeunes Agriculteurs du Var, des vignerons (jeunes ou moins jeunes !) se sont retrouvés au péage de l’autoroute A8 au Muy (Var) pour une opération de sensibilisation autour du projet européen de coupage de vins rouges et rosés autorisation la fabrication d’un ersatz de vin rosé.

 
LA GENESE DE L’HISTOIRE  :
 
Jusqu’à présent, le règlement relatif aux pratiques œnologiques de l’Union Européenne interdisait le coupage de vins blancs et rouges. Le 27 janvier 2009, à Bruxelles, le Ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a donné son accord pour un ensemble de textes dans le cadre d’un règlement global sur les pratiques œnologiques dans l’UE.
Parmi ces mesures se trouvait celle qui autoriserait la « fabrication » d’u vin de couleur rosée à partir de coupage de vins blancs et rouges. Aucune information n’a filtré de ce vote, aucun communiqué de presse n’a été envoyé.
Ce n’est que fin février que les professionnels de la filière viticole provençale ont eu connaissance de ce « paquet œnologique » et qu’ils ont pu alerter les vignerons, la presse et les politiques.
 
LA POSITION DU MINISTRE  :
 
Après avoir initialement donné son accord, devant les réactions hostiles à cette mesure émanant de la France entière, Michel Barnier se fend d’un communiqué de presse, le 30 mars, dans lequel il assure : « Je suis absolument opposé à cette idée insensée d’autoriser des vins de table artificiels qui mélangeraient vin blanc et vin rouge. Je suis furieux qu’au nom du commerce, de libéralisation des échanges, on compromette les efforts de qualité des productions traditionnelles … »
Mais pourquoi ne pas avoir exprimé son désaccord au moment opportun, soit dès le 27 janvier ? Il fut un temps, dans l’Europe des 6 puis des 9, où le Ministre de l’Agriculture français imposait à ses collègues des séances de travail interminables car tous les textes étaient pesés, étudiés et modifiés s’il le fallait. Les dossiers étaient préparés, travaillés et bien souvent la position française l’emportait. Ce temps n’est plus, hélas.
Alors, M. le Ministre, approfondissez vos dossiers et faites en sorte de ne plus jamais être pris au dépourvu avant de passer pour un dilettante !
 
LA COMMISSION EUROPEENNE  :
 
Pour essayer de calmer les esprits, fin mars, la Commission Européenne propose qu’un système d’étiquetage facultatif permette de distinguer « rosé traditionnel » et « rosé de coupage ». Ceci ne résout pas le problème, loin de là. Le vote définitif du règlement devait avoir lieu le 27 avril dernier mais a été retardé au 19 juin 2009.
 
Rosé de provence
 
 
LA MOBILISATION CONTRE CE PROJET DE REGLEMENT :
 
Initiée au départ par les organisations professionnelles de Provence, elle n’a pas tardé à se généraliser … à l’Europe entière.
En Italie, par exemple, où les producteurs de Bardolino Chiatetto et de Garda Classiquo Chiaretto ont lancé une pétition dès le mois d’avril.
L’AREV (Assemblée des Régions Européennes Viticoles), constituée de hauts représentants politiques et professionnels d’Allemagne, d’Autriche, d’Espagne, de France, de Géorgie, de Hongrie, d’Italie, du Luxembourg et de Tchéquie, refuse à l’unanimité l’autorisation de ce vin de coupage et toute adaptation de l’étiquetage dans un communiqué du 27 avril 2009.
Au Parlement Européen, le 5 mai 2009 à Strasbourg, les députés européens ont demandé à la Commission que l’appellation « rosé » soit réservée aux seuls vins rosés produits de façon traditionnelle et ont comparé « l’autorisation du coupage de vins blancs et de vins rouges à une légalisation d’une contrefaçon alimentaire ».
 
ET LES CONSOMMATEURS DANS TOUT ÇA ?
 
Le communiqué de presse des organisations viticoles de Provence du 16 avril 2009 indique :
« La confusion avec le rosé est grave : il s’agit d’une forme de contrefaçon, une tromperie du consommateur qui serait en outre légalisée par un règlement européen ».
Remarquons que les députés européens n’ont pas dit autre chose le 5 mai dernier. Ce qui est remarquable, c’est la progression du marché des vins rosés dans les années passées, liées à une amélioration de l’offre en vins enfin reconnus à part entière comme de qualité : leur consommation est passée en quelques années de 1 ou 2 % de la consommation mondiale de vins à 10 % et est en France, premier producteur mondial de 8 % à 22 % en 10 ans.
Dans le même temps, la connaissance du vin rosé s’est accrue puisque si en 1998, 21 % des Français pensaient que le rosé était issu d’un coupage de blanc et de rouge, ils n’étaient plus que 14% en 2008 ! Il y a fort à parier que la campagne actuelle va encore renforcer cette tendance (comme quoi, à chaque chose malheur est bon …)
Ceci dit, le vin rosé traditionnel semble avoir une cote d’amour, ou pour le moins d’intérêt, importante en France puisqu’un sondage IFOP les 2 et 3 avril révèle que 87 % des Français sont opposés au vin rosé produit par coupage !
 
Au péage du Muy (Var) le 9 mai
 
LA MOBILISATION CONTINUE :
 
Le 8 mai, donc, des vignerons varois ont mené une campagne de sensibilisation auprès des automobilistes passant le péage de l’autoroute A8 au Muy.
Leur plus grosse surprise, comme la mienne, fut probablement de constater que :
 - Les gens savaient exactement de quoi il était question
 - Ils ont été extrêmement nombreux (90 à 95 % ) à accepter de signer la pétition qui leur était proposée et tous ont eu un mot d’encouragement pour les vignerons présents.
 
Petite anecdote personnelle : une voiture de la Défense Nationale s’est présentée au péage et je ne savais pas trop quoi faire. Un militaire dans l’exercice de ses fonctions ??? C’est le chauffeur lui-même qui m’a appelée en me disant « Je suis fils de viticulteur et je suis d’accord avec vous ! » Une signature de plus !
 
Brigitte Grivet, le 9 mai 2009
 
Et pour tous ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion d’exprimer leur opposition à ce projet d’autoriser le vin rosé de coupage, il est encore temps de signer la pétition Couper n’est pas Rosé sur : http://www.coupernestpasrose.com

Moyenne des avis sur cet article :  4.56/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

10 réactions à cet article    


  • Patrick LUCO Patrick LUCO 25 mai 2009 14:02

    Ce bas rosé, C’est du frelaté à la sauce bruxelloise !

    http://castero.free.fr/spip.php?breve19

    Il ne faut pas laisser faire ces nuisibles !


    • LE CHAT LE CHAT 25 mai 2009 14:32

      avec toi pour soutenir le rosé autentique !
      vivent les coteaux d’aix !


      • Fergus fergus 25 mai 2009 16:01

        Personnellement, je ne bois que du blanc et du rosé. Avec, pour ces derniers, une prédilection pour certaines appellations françaises (Bandol, Saint-Pourçain, Cheverny, Sancerre, entre autres) mais aussi italiennes (il existe d’excellents rosés de Vénétie ou du Lario).

        Cela dit, contrairement à ce qui est affirmé par les viticulteurs français, rien ne prouve qu’un coupage de blanc par 2% de rosé ferait un mauvais vin, pour peu que le blanc soit de qualité.

        Et c’est là que le bât blesse principalement car les pays de l’hémisphère sud qui se sont lancés dans cette production de rosé de coupage l’ont fait pour pénétrer le marché européen avec des vins issus de blancs médiocres qu’ils n’arrivent plus à écouler.

        C’est pour cette raison que nous devons faire corps avec nos producteurs pour sauvegarder la vinification classique du rosé.


        • Brigitte Grivet 25 mai 2009 17:19

          Fergus,
          Je ne suis pas tout à fait d’accord : les rosés tels que nous les faisons sont aromatiques car issus de moûts obtenus après macération alors que les blancs sont majoritairement (voire tous) issus de moûts obtenus après pressurage direct.
          On obtient donc beaucoup d’arômes primaires mais aussi une structure intéressante.

          Dans le cas de coupage avec des rouges, tous les arômes de départ des rosés ont disparu et l’on ne peut obtenir la même qualité d’arômes, de fruits ...

          Je ne sais pas si c’est très clair mais c’est flagrant en dégustation comparative (plus facile que des dégustations successives ; on perd vite ses points de repères)

          En tout cas, vous avez raison de soutenir les vignerons qui travaillent encore dans le respect d’une certain tradition. Sinon, à nous bientôt le coca-wine !!!
          Brigitte


          • Fergus fergus 25 mai 2009 17:56

            Je ne mets pas en doute vos explications, Brigitte, mais il se trouve que j’ai déjà goûté du rosé de coupage il y a bien longtemps de cela en Auvergne chez de tous petits producteurs un tantinet apprentis sorciers. Eh bien, je peux vous garantir que le résultat était intéressant tant au niveau de la couleur qu’à celui du goût. Mais il n’était à l’époque pas question d’aller plus loin dans l’expérimentation...

            Je n’ai en revanche jamais goûté du rosé de coupage chilien ou argentin, mais certains échos sont plutôt positifs du côté de nos amis britanniques. 

            Cela dit, je m’en remets à l’avis des professionnels qui ont fait de gros efforts depuis vingt ans pour améliorer les qualités de leur production de rosé. C’est pourquoi, je le répète, je les soutiens sans hésitation dans leur lutte pour l’authenticité.


          • zelectron zelectron 25 mai 2009 19:06

            recette pour faire un vin de couleur rose : prendre un vin blanc de très, très bas de gamme et incorporer du E124. Couleurs garanties dans toutes les nuances.
            Ah ! j’oubliais : le goût ? dégueulasse, mais je préfère ne pas en parler j’ai peur des représailles


            • maxim maxim 25 mai 2009 19:39

              allez soyons fous ....

              on mélange un Pétrus avec un château Yquem ,ça fait la bouteille de rosé à 2000 €

              ou alors en Bourgogne un Chevalier Montrachet coupé avec une Romanée Conti ,là ça nous fait la bouteille de rosé aux alentours de 6000€ ....


                • Axel de Saint Mauxe Nico 26 mai 2009 21:27

                  Hier 25 mai sur France 2 dans Mots Croisés, le sujet fut abordé avec beaucoup de confusion, sans qu’au final on ne sache vraiment ce qui s’est passé. Merci pour cet article, car le ministre Barnier avait quand même l’air embarrassé.


                  • Lorgues pour Tous 22 mai 2013 13:14

                    Ce n’est pas si vieux cette affaire.
                    Une bonne partie de notre économie régionale dépend de la viticulture et de la vente de vin rosé.
                    Ce serait une catastrophe pour toutes nos communes provençales !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès