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Accueil du site > Actualités > Europe > Médicaments : la France refait l’Europe à sa sauce

Médicaments : la France refait l’Europe à sa sauce

Depuis la révélation de l'affaire du Mediator, la France s'est fait peur. Un peu comme si elle découvrait qu'un médicament pouvait être dangereux. Plus question pour Leclerc de relancer le débat de la vente en grande surface de certains médicaments. Le moment serait mal choisi.

La terreur s'est emparée des français comme aux pires heures de la révolution. Par décret du ministre de la santé, Xavier Bertrand, tout médicament qui sera suspecté d'effets secondaires sera guillotiné en Place de Grève. Si le procès posthume, pardon l'expertise ultérieure, conclut à un semblant d'efficacité du contrevenant, sa tête lui sera refixée et il pourra revenir tant bien que mal sur le marché comme si de rien n'était.

Le "monde d'après Mediator" a placé les autorités françaises sous la coupe directe d'un pouvoir politique désemparé.

Mais en 2011, le sort d'un médicament ne se joue plus vraiment en France. Les autorisations de mise sur le marché (AMM) sont délivrées à Bruxelles. Et c'est également exclusivement depuis le plat pays qu'elles peuvent être retirées en cas de problème.

Et avec l'Europe, pas question pour un simple ministre français de faire pression sur un expert hollandais ou danois.

Il y a quelques semaines, l'antidiabétique Actos a vu son AMM suspendue en France à grands renforts de tambours. Sur la base du dossier scientifique, et loin de tout emballement journalistique, les experts européens du CHMP ont estimé qu'il n'y avait absolument pas lieu de retirer ce médicament.

Tant pis pour le ministre français, Actos doit revenir sur le marché en France.

Takeda décidera-t-il de se retourner contre l'Etat pour lui demander une compensation financière pour le préjudice subi ? On ne pourrait le lui reprocher.

Effets d'annonce, interventions médiatiques hasardeuses, Xavier Bertrand s'est engagé dans un processus contraire aux règles européennes fondamentales en vigueur et s'est vu contraint de faire machine arrière.

La règlementation pharmaceutique internationale est une affaire sérieuse qui ne se joue pas uniquement sur TF1.

Dans un article récent, le Figaro, expliquait que dans un contexte électoral, il convient de montrer que le pouvoir politique a la main sur l'industrie pharmaceutique, et non l'inverse.

Mais ridiculisé pour ne pas avoir compris et respecté les règles de base de la pharmacie européenne, Xavier Bertrand devra user de nombreux subterfuges pour faire passer la pilule auprès du bon peuple de France.

Heureusement pour lui, il existe d'autres leviers que l'Europe pour tuer un médicament :
- soit limiter au maximum les conditions de délivrance d'un médicament,
- soit le dérembourser.

Il y a quelques jours, une responsable du Parlement Européen (ancienne vice-présidente du Parlement Européen), Dagmar Roth-Behrendt, a replongé la tête de Xavier Bertrand sous l'eau, estimant que la France en faisait trop en ayant soumis ces derniers mois à l'Europe énormément de dossiers de médicaments pour réévaluation.

Selon la dépêche APM, elle a jugé qu'après "avoir fait une erreur", parlant du Mediator, la France avait décidé de se "punir elle-même". "Cela peut se concevoir à l'église, mais pas dans le domaine de la règlementation pharmaceutique" a-t-elle ajouté. Elle a enfin menacé la France d'une intervention des autorités européennes si ce comportement perdurait.

Poursuivi par un engagement politique intenable dans le domaine du médicament, et par une mise en danger politique au niveau européen, la situation risque d'être de plus en plus tendue pour Xavier Bertrand.
Ses stratagèmes (baisse de remboursement) pour aller contre les décisions européennes a-t-il pour finalité de profiter in fine aux malades, car c'est ce que l'on attend ! ou simplement à son ego ?

Est-il acceptable qu'un parti politique, l'UMP, qui a prôné en son temps l'adhésion totale au système européen, n'hésitant pas à moraliser les pays qui émettaient des doutes, se permette de n'y puiser avec parcimonie que ce qui peut le servir directement ?

"A ma guise !" dirait la publicité.


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