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Accueil du site > Actualités > Europe > Merkel, Allemagne, au delà des mots qui fâchent

Merkel, Allemagne, au delà des mots qui fâchent

De gauche, de droite, du centre et même du PS, des déclarations plus ou moins fracassantes se bousculent à propos des politiques économiques opposées au moins partiellement, française et allemande, sans qu'on puisse vraiment discerner le rôle de chacune.

Ainsi, ont déjà paru 2 versions du projet socialiste de sa « Convention Europe » : la seconde a été expurgée à la demande de Jean-Marc Ayrault ou de Jean-Christophe Cambadélis. On ne sait.

Mais on ne sait pas non plus le statut de ce document fuité. Surveillé par Matignon et l’Élysée, ce texte est-il un signe de la cacophonie souvent reprochée au gouvernement et au parti socialistes, de l'opposition entre parti et gouvernement ou un partage des tâches avant les négociations européennes ?

Tout le monde connaît les différences entre les politiques économiques de Angela Merkel et de François Hollande. Qui a intérêt à les dramatiser ? A en faire un affrontement personnel Merkel-Hollande ou, pire, national Allemagne-France ?

Hier Angela Merkel apportait son soutien à Nicolas Sarkozy et refusait de recevoir le candidat socialiste pendant la campagne électorale française. Aujourd'hui, François Hollande apporte le sien à Peer Steinbrück (SPD). Le résultat des élections françaises oblige Angela Merkel à faire avec François Hollande. Après les élections allemandes. François Hollande devra faire avec quel qu'en soit le résultat.
Qu'y a-t-il là d'extraordinaire dans ces soutiens croisés, au sein de l'Union européenne ?

Tout le monde reproche à François Hollande son manque d'esprit de décision. Pour l'intervention au Mali, sa rapidité de décision a été saluée, y compris à droite, même si tout le monde n'était pas d'accord avec cette expédition.
Lors des derniers sommets, il a essayé de rallier les gouvernements européens à une relance sans modifier le traité signé par son prédécesseur et sans affrontement violent. Il n'y est pas arrivé face à l'alliance d'une majorité de gouvernements de droite conduits par Angela Merkel et David Cameron.

Aujourd'hui, le texte du Parti socialiste semble vouloir rappeler qu'il n'a pas renoncé. Une fois de plus, François Hollande n'est pas Charles de Gaulle ou même David Cameron. Il ne claque pas la porte. Il rappelle sa position. Battu lors des précédents sommets, il repose le mêmes questions.

Entre temps, il a perdu une partie du poids que lui avait donné sa récente élection malgré une marge assez faible. Il aura en face après les élections allemandes une Angela Merkel, légitimée par un résultat électoral plus favorable si on en croit les prévisions sondagières. Dans cette optique-là, un peu de doigté ne nuirait pas de façon à ne pas renforcer cette légitimité politique par une poussée de nationalisme allemand.

Car ce qui est en cause, ce n'est pas le peuple allemand mais la politique économique de son gouvernement. Il serait plus judicieux d'attaquer cette politique au nom de l’égoïsme de la classe des rentiers qui gouverne l'Allemagne au détriment non seulement des peuples du sud de l'Union mais aussi des classes allemandes défavorisées. Relâcher l'austérité intéresse aussi le peuple allemand. Et l'Allemagne a les possibilités financières et économiques d'une relance qui donnerait du pouvoir d'achat à l'intérieur et une nouvelle marge de manœuvre aux pays qui en ont le plus besoin.

C'est d'ailleurs ce que demandent les États-Unis (à l'Allemagne et à la Chine), les instances européennes, dont la Commission de façon discrète, et de nombreux économistes. C'est ce que refuse, pour le moment Angela Merkel coincée par le soutien qu'elle reçoit, à quelques mois des élections, de ses électeurs de ce que l'Union compte de néo-libéraux.

Il suffit de voit François Fillon se précipiter à Berlin pour apporter son soutien à cette politique. Pour essayer de substituer Merkillon à Merkozy et continuer la politique dont les succès sont tout sauf évidents en France comme dans le reste de l'Union européenne.

La position de Bruno Le Maire est plus ambiguë : « Nous avons depuis longtemps trois sujets de divergence importants avec les Allemands : la convergence sociale et le salaire minimum, car nous ne pouvons pas accepter le dumping salarial ; la politique monétaire, car nous devons éviter une surévaluation de l’euro ; et la politique commerciale européenne, qui suppose la mise en place de règles de réciprocité. Sur ces trois sujets, nous ne pourrons discuter d’égal à égal avec les Allemands que si nous retrouvons notre crédibilité économique ». On croirait entendre François Hollande. Qui veut retrouver une crédibilité économique, ce que lui reprochent d'ailleurs la gauche du PS et le Front de gauche, et non « les fameux marchés » d'après le taux des emprunts actuels de la France.

Mais François Hollande n'est pas isolé dans sa mise en cause de l'austérité généralisée en période de récession. Au niveau européen, le président de la CE commence à reconnaître qu'elle à « atteint ses limites ». C'est aussi ce que pense le G20. Et le FMI.

La dernière déclaration en date est celle du nouveau président du Conseil italien, M. Letta dans son discours-programme : « L’Italie se meurt par la faute de la seule austérité. Les politiques en faveur de la relance ne peuvent plus attendre". M. Letta se propose de respecter les engagements européens de l'Italie mais veut pouvoir financer une politique de relance. Il effectue à Berlin sa première visite à l'étranger.

Au total, il ne s'agit pas d'opposer deux personnalités, deux pays mais deux politiques qu'il faut énoncer clairement sans tomber dans le nationalisme, le populismes ou la xénophobie. Sous peine de voir apparaître des affrontements qui dépasseront les chefs d’État et de gouvernement.

On ne peut pas se satisfaire du chemin qu'a pris le débat ces derniers jours.


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4 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 30 avril 2013 08:47

    Bonjour,

    Il n’existe plus que deux possibilités : soit l’euro éclate (ce qu prédit aujourd’hui P.Jorion dans Mediapart), soit on fait un pas décisif vers un fédéralisme permettant une mise en cohérence budgétaire et politique (mais les peuples n’en voudront pas)
    L’opposition allemande (même H.Schmidt) n’est pas tendre vis à vis de la coalition de droite :
    Ulrich Beck : “Germany has created an accidental empire-
    -Habermas : L’Allemagne profite de la crise 
    -  Altkanzler Schmidt kritisiert Merkels Europa-Kurs -


    • COLLIN 30 avril 2013 08:56

      @ l’auteur,

      Où voyez vous une différence de politique entre le « PS » et Angela Merkel ?

      Les fondamentaux sont rigoureusement les mêmes et s’articulent autour du remboursement d’une dette qui est structurellement conçue pour précisément ne jamais être remboursée,mais dont la finalité est l’exploitation des peuples et la ruine des nations,l’esclavage de la dette.

      Il s’agit de laisser le champ libre à l’oligarchie financière internationale,grâce à la haute trahison de « politiciens » complices,pour dépouiller les patrimoines publics ( cf Grèce/Espagne/Italie,etc...)

      Dans le système politique Français,le PS ou l’UMP,qui s’alternent au pouvoir depuis des décennies,appliquent cette politique avec zèle, avec seulement quelques différences « cosmétiques »,ou sociétales.

      Voici quelques extraits d’un article écrit par Michaël Hudson, du site Etats-Unien Counter-punch :

      « La finance internationale est devenue le fer de lance d’un nouveau type de guerre. Son objectif est le même que la conquête militaire d’autrefois : s’approprier la terre et les ressources minières, ainsi que les infrastructures communales et les revenus de l’extraction.

      En réponse les démocraties exigent des référendums pour choisir de payer ou non les créanciers en vendant le domaine public et en augmentant les impôts, ce qui engendrera du chômage, des baisses de salaire et une récession économique

      Au lieu de permettre aux familles d’équilibrer les recettes et les dépenses, la dette est devenue le principal facteur des expropriations et du clivage des sociétés en deux camps : l’oligarchie créditrice et les clients endettés.
       En Judée, le prophète Isaïe (5:8-9) condamne les créanciers qui saisissent les bien hypothéqués et »ajoutent maisons aux maisons et champs au champs au point qu’il ne reste plus d’espace libre et qu’ils se retrouve les seuls habitants du pays« .

      Le pouvoir des créanciers et la croissance stable n’ont jamais fait bon ménage. La plupart des dettes personnelles de la période classique étaient constituées de petites sommes d’argent prêtées à des individus au seuil de la pauvreté qui avaient du mal à joindre les deux bouts.

      Une austérité au service de la dette similaire est aujourd’hui imposée à l’Europe par la Banque Centrale Européenne (BCE) et la bureaucratie européenne.

      Des gouvernements d’obédience sociale démocrate ont été mis en demeure de sauver les banques au lieu de promouvoir la croissance économique et l’emploi.

       Les pertes dues aux prêts bancaires toxiques et à la spéculation sont imputés aux budgets des états grevant les dépenses publiques et obligeant même à vendre des infrastructures.

      En réponse les contribuables, écrasés par le poids de la dette, sont sortis dans les rues. les manifestations ont commencé en Islande et en Lettonie en janvier 2009 et se sont amplifiées en Grèce et en Espagne à l’automne pour protester contre le refus de leurs gouvernement de faire des référendums au sujet de ces aides funestes en bonds étrangers.

      La planification passe des représentants du peuple aux banquiers

      Toutes les économies sont planifiées. Ce sont traditionnellement les gouvernements qui sont chargés de cette planification. »

      Renoncer à cette prérogative au nom du « libre marché » revient à la céder aux banques.


      Réveillez vous,Paul Oriol,et ouvrez les yeux !


      • Paul ORIOL 1er mai 2013 07:24

        Bonjour,
        Je ne dirai rien contre tout ce que vous dites.
        Je pense seulement qu’on peut compter facilement les morts les yeux fermés. En 70 ans (1870-1940), il ya eu 3 confrontations armées entre l’Allemagne et la France.Dans les 65 dernières années, il n’y en a eu aucune.. Ce n’est pas rien. Même s’il y a eu bien d’autres conflits militaires.

        Blanc bonnet- bonnet blanc : je veux bien.
        C’est possible. C’est peut-être même cette trop forte ressemblance qui pousse à transformer deux lignes « presque » semblables en une confrontation Hollande-Merkel ou France-Allemagne. La ligne « presque » semblable du G20, du FMI, de Klugman... n’en fait pas un procès aux Allemands, au peuple allemand.

        J’aurais préféré que, avec la même ligne, le « PS » mette en relief les déclarations de Özdemir ou de Gabriel ou de Lafontaine ou de Schmidt qui défendent, à mes yeux fermés, une ligne un peu différente de Merkel même si à vos yeux c’est très peu ...

        Pour le moment, ceux qui déguisent Merkel en Hitler ou poussent à l’affrontement entre peuples font le jeu des nationalismes (y compris du nationalisme allemand et renforcent Merkel) et du populisme. De « Alternative für Deutschland » ou de l’UKIP en Allemagne et au Royaume-Uni.

        C’est ce que je voulais mettre en relief. Sans succès semble-t-il


      • baldis30 1er mai 2013 22:34

        le jeu allemand est plus que trouble : on sait que toute montée du chômage entraîne une montée corrélée de l’extrémisme . Et l’Allemagne joue à fond cette carte contre tous les autres pays européens excepté trois ou quatre ( GB, PB, Finlande) dans l’espoir mal masqué d’imposer son crypto-pangermanisme .

        Il semblerait que les militants du PS soient bien plus lucides que certains de leurs grands élus .... et que venant de Tulle l’un d’entre eux ait oublié ce chapitre de l’Histoire ...


        Il y a des nostalgies qui tuent

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