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Accueil du site > Actualités > Europe > Nous, on veut ! Pourquoi il faut quitter l’euro et démanteler (...)

Nous, on veut ! Pourquoi il faut quitter l’euro et démanteler l’Union européenne

Il y a au moins deux choses à savoir sur l’euro. La première, c’est que la monnaie unique européenne ne pouvait pas marcher. Et elle ne le peut toujours pas. Cela, d’ailleurs, on peut parfaitement le comprendre sans avoir la moindre connaissance en économie. La deuxième, c’est qu’on a fait l’euro non pas seulement en dépit du fait qu’il ne pouvait pas fonctionner (on le savait parfaitement depuis le début) mais précisément parce qu’il ne pouvait pas fonctionner

Disant cela, je ne vise pas seulement des fanatiques ultralibéraux, des puissances privées (personnes morales par nature dénuées de morale) ou je ne sais quelles autorités d’un empire dont le QG serait vaguement domicilié aux États-Unis. Non, je veux aussi et surtout parler d’une frange remarquablement large de la classe politique française, en particulier à gauche. On peut comprendre que certains aient intérêt à édifier des systèmes antisociaux, des machines à tuer le politique. Qu’ils soient de ces « pères fondateurs » travaillant pour la finance « étatsunienne », qu’ils aient donné au Bilderberg, comme tout bon commissaire européen, qu’ils se nomment Giscard ou Delors – ceux-là, on ne s’étonne plus guère de leurs méfaits. En revanche, il est bien moins évident, a priori, que certains de ceux qui souhaitent la démocratie et la justice sociale puisse soutenir de semblables projets. Comment font-ils ? En fait, c’est très simple : ils font comme tous les bâtisseurs d’empire, ils admettent la souffrance des autres – quelques temps… (combien de temps ?) – au motif que le mouvement imposé devrait permettre de produire un mieux après-demain. L’Europe über alles.

Sous le couvert d’une lettre ouverte à Jacques Généreux ([i]), rédigée en réaction à son dernier livre Nous, on peut ! (Seuil, 2011), cette supplique s’adresse en particulier aux militants du Front de gauche et, au-delà, à toutes les personnes et à toutes les organisations politiques qui refusent d’envisager le démantèlement de l’Union européenne.

[i] Jacques Généreux, économiste, est le Secrétaire national aux affaires économiques du Parti de Gauche.

 

« L’Europe sociale » as usual 

Après la lecture de la préface et du premier chapitre de ton dernier livre, Jacques, il serait difficile d’en douter : le Parti de Gauche semble avoir mis dans sa poche pour un bon moment l’utopie du fédéralisme européen. ([i]) Il s’engage dans la voie de la désobéissance européenne, appelant le peuple français à reprendre autant que de besoin les instruments de sa souveraineté pour s’affranchir du néolibéralisme. Dans une perspective internationaliste et de gauche, cela va sans dire.

Mais voyant les mesures proposées ensuite, le lecteur un peu attentif comprendra que ta « quatrième voie » est aussitôt envisagée comme moyen d’entraîner une nouvelle grande poussée d’ « intégration » européenne ! ([ii])

Certes, tu es clair sur l’ordre de tes deux priorités : d’abord mener une politique de gauche appuyée sur le suffrage universel, quitte à opérer toute rupture nécessaire d’avec l’UE ; «  l’intégration » européenne ensuite, et à condition qu’elle respecte les exigences ainsi décidées.

Mais, sans compter que les chances de succès de ton projet européen paraissent infimes (vu ses exigences et le très haut niveau d’ « intégration » qu’il suppose), je doute fort que ta stratégie suffise à nous faire passer le cap d’une terrible crise financière et, surtout, je te le demande : où donc s’agirait-il d’aller ? Ce qui est moins clair que tout, dans ce projet, c’est l’architecture de ce que pourrait bien être un ensemble d’ « institutions européennes […] démocratiques ».

En particulier, tu tiens fortement à sauver la monnaie unique. Mais tu ne veux pas pour autant que perdure un euro antisocial, bien sûr. Conséquences inévitables : il faudra « contrôler démocratiquement » la BCE et gérer tout aussi démocratiquement un système de redistribution massive entre États membres, après quoi il faudra une convergence fiscale par le haut ainsi qu’un budget européen incomparable à l’actuel, finançant tout plein de services publics européens, etc. Bref, il faudrait très vite disposer d’un système parlementaire européen digne de ce nom.

Les bâtisseurs d’empire

Face à un tel défi, bien connu mais restant toujours entier, on en vient à se demander pourquoi tu défends la monnaie unique plutôt que l’idée d’une monnaie commune. D’ailleurs, techniquement, toute ton argumentation soutient la seconde option. La réponse est donnée dans les dernières pages, même si on la sentait venir : elle tient toute à l’ambition d’une « intégration économique et politique » européenne, par opposition à la simple « coopération internationale ». ([iii])

Tu persistes ainsi dans le choix que tu as fait en soutenant le traité de Maastricht : établir et maintenir l’euro en dépit du fait qu’il est intenable… et du fait même qu’il est invivable ! Ceci afin de forcer les peuples à s’unir… pour se révolter contre ce système qui l’opprime ! J’insiste : tu es de ceux qui ont contribué à imposer aux peuples européens, aux contribuables, à l’immense majorité des travailleurs, des petits entrepreneurs, un système qui les opprime car il fallait aux peuples européens un tel aiguillon pour parvenir à s’unir, surmontant d’énormes difficultés pour ce faire, et parce que c’est de cette union que peut seulement naître une Europe politique. Vous autres, si vous doutiez de cette mise en accusation, lisez donc ce petit livre que Jacques viens d’écrire. L’aveu y est clairement prononcé. ([iv])

Partant, on concevra même que tu persistes à faire ce pari en dépit de l’urgence de la situation et malgré le fait que l’impasse de la « construction européenne » se révèle plus clairement que jamais : voici venue l’heure de vérité, ce n’est surtout pas le moment de laisser tomber ! La révolte gronde… Enfin presque. Il faut faire front, le mouvement des peuples va bientôt contraindre les gouvernements, les partis, à faire les bons choix… Mais justement : quel front, quels choix et, tout d’abord, quel rôle pour les gouvernements et pour les partis dans cette affaire ?

Je commencerai par approfondir cette épineuse question en focalisant sur l’impasse de l’euro. Une affaire révélatrice car, en se penchant sur le mécanisme de redistribution qu’une union monétaire suppose, on verra qu’une monnaie unique ne peut tout simplement pas fonctionner avec un système confédéral. Il importe aussi et surtout de comprendre que, pour la même raison, la mutation vers le fédéralisme européen (à supposer que les peuples concernés la souhaitent) ne peut justement pas venir d’une négociation entre les gouvernements européens, autrement dit d’un accord politique entre États ! Ce qui nous amènera à soulever une question fort dérangeante pour l’ensemble des organisations politiques qui refusent d’envisager une sortie de l’Union européenne.

La monnaie unique, ça ne marche pas dans une confédération

A quoi rime la proposition de soumettre la BCE à un contrôle démocratique ? Il ne suffit pas de lancer en l’air des idées comme, par exemple, celle d’ « un directoire évalué par et responsable devant le Conseil européen et le Parlement européen ». ([v]) Parler d’accroître fortement le budget européen est une chose mais c’est tout autre chose de savoir comment contrôler ceux qui décideront de la manière de l’utiliser. Même à supposer que les 27 États s’accordent sur tel point décisif, comment imagines-tu que le mécanisme d’ensemble soit simplement praticable ?

Plusieurs conditions sont nécessaires pour qu’une union monétaire soit « optimale » au sens de la théorie économique. Autrement dit, pour qu’une monnaie unique soit viable. Or aucune de ces conditions n’est remplie pour la zone euro. Tu l’admets d’ailleurs. Quelles sont donc, au juste, les évolutions requises pour que l’euro soit tenable ?

Je me pencherai seulement, ici, sur deux de ces conditions fondamentales ([vi]) : l’existence d’un « accord politique entre États membres » de l’union monétaire et l’existence d’un mécanisme de redistribution impliquant des transferts financiers potentiellement très conséquents.

Imaginez un instant qu’on ait voulu traiter la « balance extérieure » de la Lozère vis-à-vis du département du Rhône comme on le fait pour les relations financières entre les États membres de la zone euro. ([vii]) Bien sûr, personne n’a proposé de tenir une telle comptabilité (pourvu que ça dure…) et vous savez pourquoi : les deux départements font partie d’un même État. Mais justement, gardons cet exemple en référence. Il y a au moins deux grosses différences qui devraient sauter aux yeux :

1) Les flux financiers entre les deux départements, tels qu’ils résultent du système de redistribution national, impliquent des versements définitifs – des dons et des compensations, si l’on veut – tandis que ceux qui intéressent les États de la zone euro impliquent des dettes et autant de créances (et les intérêts qui vont avec...)

2) Les règles qui définissent le système de redistribution national ne sont pas fixées par une instance regroupant ou représentant les dirigeants politiques des deux départements concernés, elles sont définies par un « arbitre » qui se situe à l’extérieur et au-dessus de ces départements. ([viii])

Dans les deux cas, c’est le jour et la nuit. L’une et l’autre de ces distinctions vous montrent précisément que l’Union européenne est une confédération et assurément pas un État fédéral. Pourtant, il est plutôt rare qu’on insiste sur la première. Quant à la seconde, il faut la souligner trois fois en rouge mais personne ou presque ne semble y prêter attention.

Le problème fondamental de l’euro, il est pourtant là et pas ailleurs : pour que l’euro soit viable, l'instance qui décide des redistributions entre les États membres ne peut tout simplement pas être la réunion des dirigeants de ces États. Pas même une représentation indirecte de ces États. Et comme on va le voir, il serait vain d’espérer résoudre ce problème en modulant les nombres de voix des divers représentants, en cherchant un compromis entre les deux principes extrêmes un État - une voix et un million de personnes représentées - une voix. Cela ne signifie pas qu’un compromis de ce type soit inutile, cela signifie que cette condition ne saurait suffire.

Pour illustrer ce problème, je considère maintenant le cas de l'Allemagne et de la Grèce. Imaginez que justice soit faite, un temps, dans la redistribution du point de vue des relations d’État à État – soit, vu d’aujourd’hui, que l'Allemagne donne de l'argent à la Grèce en compensation pour l'union monétaire, pourrait-on dire. Si c'est aux dirigeants des deux pays d'en décider, voilà ce qui va se produire à n’en pas douter.

En interne, le dirigeant allemand va essayer de faire payer au grattage les travailleurs allemands qui auront déjà payé au tirage (politique de déflation salariale). Vous connaissez la combine par cœur : toute situation dans laquelle on appelle à mettre la main à la poche est l’occasion, pour les classes dirigeantes, de renvoyer la facture aux prolos. Et pour ça, la technique la plus infaillible est d’invoquer la « contrainte extérieure ». Dans le cas de la zone euro, une telle situation se produira immanquablement et le problème se répètera sans cesse, précisément parce que le transfert financier requis n’aura pas été rendu automatique et parce qu’il sera chaque fois soumis à la décision des dirigeants des États confédérés.

Pour cette même raison, le mécanisme va dresser nos prolos, ceux d’ici et d’ailleurs, contre le prétendu « fédéralisme » européen qui les exploite. Ce qui les amènera sans doute à penser, à tort, que si « Europe » il y a, elle ne doit surtout pas décider sans les gouvernements. La marionnette grecque d'en face tirera ses propres avantages de ce système, et tous les dirigeants continueront à jouer ainsi à « plus d'Europe », en feignant de soutenir le matin un système sur lequel ils médiront l'après-midi.

En tout état de cause, si c’est la réunion des gouvernements – ou même celle des parlements nationaux, peu importe – qui décide elle-même des règles de redistribution, chacun des représentants des États membres (ceux du ou des quelques pays les plus gros, en pratique) pourra les remettre en question à tout moment ou presque. Résultat : c’est comme si l’arbitre d’un match – ou n’importe quel joueur (au hasard, le plus costaud) – change lui-même les règles du jeu à sa guise durant la partie : autant dire qu’il n’y a plus de règles. C’est le régime de l’arbitraire. La tyrannie, quelle que soit sa forme. Un régime qui fait toujours gagner les plus forts, naturellement. ([ix])

On appelle également ça despotisme, parce que dans un tel régime le pouvoir est toujours usurpé. En effet, il est facile de prévoir qu’avec un tel système, les dirigeants de chacun de ces États confédérés travailleront, plus ou moins ensemble, au service de grandes puissances privées et/ou étrangères : alors qu’ils concentrent beaucoup de pouvoirs, ils opèrent justement à un niveau où ils sont complètement incontrôlables. Pour la même raison, ils ne peuvent absolument pas être soutenus par le ou les peuple(s). Or un pouvoir ne tient pas par l’opération du Saint-Esprit.

Bilan, aucun des peuples ainsi « représentés » n’y trouvera jamais son compte, sans parler d’obtenir ainsi un système de solidarité entre ces peuples.

CQFD : un système de redistribution et donc une monnaie unique, ça ne peut tout simplement pas fonctionner dans un système confédéral. Ça ne peut marcher qu’au sein d’un véritable État, qu’il soit « centralisé » (comme en France) ou fédéral à proprement parler. Le fédéralisme suppose précisément que les responsables politiques des États fédérés n'aient AUCUN RÔLE au plan fédéral. Et c'est bien ce qui est observé dans la dizaine d'États fédéraux qui existent sur la planète. ([x]

Que faut-il attendre d’un accord politique entre les États membres ?

La notion vague « d’accord politique entre les États membres », comme condition nécessaire d’une union monétaire, mérite également d’être analysée. Mais avant toute chose, il importe de noter que cette formule constitue un contresens, pour la raison que je viens d’indiquer : l’accord en question ne doit justement pas être un accord entre États, mais un accord passé directement entre les citoyens de ces États, qui décident ce faisant d’instaurer des institutions communes indépendantes de ces États.

Nous avons ici LA raison pour laquelle l’euro n’a aucune chance d’être un système viable, sauf à croire que l’on puisse transformer en quelques années l’UE en un véritable État fédéral... Or non seulement c’est le jour et la nuit au niveau institutionnel mais le terrain est semé d’embûches.

Certaines sont souvent évoquées : diversité de langues, absence quasi-totale de luttes sociales communes, d’espace public commun… En somme, elles concernent les limites, bien réelles et toujours fortes, à la formation d’un peuple européen… vu du peuple (des peuples). Mais du côté des maîtres, le tableau n’est pas plus encourageant : puisque le double rôle des gouvernements nationaux aux plans national et européen est précisément ce qui vaut à l’UE son caractère tyrannique, la nature veut que toutes sortes d’instances, privées et publiques, nationales et étrangères, qui profitent de cette situation, ou espèrent toujours en profiter, luttent de toutes leurs forces, consciemment ou non, contre une évolution vers le fédéralisme européen.

Comme je l’ai déjà noté, cela n’empêche pas les gouvernements et la plupart desdites puissances, bien au contraire, d’en appeler sans cesse à « plus d’Europe »… Une « Europe » toujours indéfinie, pour cause, et d’ailleurs rarement qualifiée explicitement de « politique », par souci plus ou moins conscient de ne pas dévoiler le pot aux roses – vive la « gouvernance » ! D’autant plus qu’il faut bien gérer l’UE, l’euro et les ravages qu’ils nous causent, car eux sont là, biens réels. Il faudrait donc toujours « plus d’Europe », et on a dans les faits une Europe toujours plus apolitique, antipolitique, même, à mesure qu’elle est forte. Voilà donc pourquoi les élites nous inondent de messages invoquant le « fédéralisme (budgétaire) »… mais cela fait que rappeler les conditions sans lesquelles l’euro, et l’Europe politique plus largement, ne peuvent pas tenir ; cela n’indique en rien l’existence d’une réelle tendance à voir naître ces conditions. 

Or rassurez-vous, c’est un projet assurément voué à l’échec : le fédéralisme, ça ne se décrète pas ! Evidemment : puisque l' « arbitre commun » ne peut pas être contrôlé par les représentants des « États membres » (expression qui constituerait un contre-sens dans le contexte du fédéralisme), il ne peut l’être que par les peuples directement – en pratique, un peu décemment, par leurs représentants directs à l'Assemblée ou aux assemblées fédérale(s).

D’ailleurs, si l’on examine un peu soigneusement les récents développements européens, liés à la crise des dettes publiques, on observera que la tendance vers le fédéralisme est moins que jamais observée. En fait, il existait bel et bien un mécanisme de solidarité entre États membres, au travers des clauses de participation des États au capital de la BCE et de la monétisation indirecte des dettes publiques par la BCE, une instance qui, toute tyrannique soit-elle, n’est pas directement sous contrôle des États. Ce mécanisme devait du moins s’appliquer en dernier ressort, en cas de défaut de paiement. Or la tendance très nette consiste à faire en sorte que la BCE ne soit plus contrainte de monétiser massivement et en urgence en cas de crise obligataire publique et à déplacer le contrôle du mécanisme supposé éviter le défaut vers des instances successives qui, de plus en plus, sont soumises au contrôle direct des gouvernements.

A quoi sert de vouloir amender l’Union européenne ?

Le comble de la stratégie de l’ensemble des partis qui se s’évertuent à vouloir amender l’Union européenne, c’est que l’objectif et la méthode sont en réalité incompatibles ! C’est pourquoi, dans les faits, le projet de chacune de ces organisations politiques ne peut être qu’un piège.

Pour comprendre la raison de cette impasse, il faut être parfaitement clair sur ce point que j’ai déjà abordé : ce projet européen, celui qui conditionne entièrement, en particulier, la viabilité d’une monnaie unique, c’est rien moins que l’État fédéral. Or ce système suppose précisément que les gouvernements et les chefs d’États n’aient plus aucun rôle au plan européen ! Idem les parlements nationaux. Il faut insister là-dessus, car la confusion règne : dans un système fédéral, les représentants de l’une des deux assemblées, dite « chambre haute », sont bien désignés par les peuples des états fédérés séparément (pour les représenter chacun séparément, en quelque sorte), mais cela n’implique pas du tout que des députés ou des sénateurs exercent à la fois au plan fédéral et au niveau d’un État fédéré.

Mais ce point tout à fait décisif, les promoteurs de « l’intégration européenne » n’en parlent jamais ! Pour les plus influents d’entre eux, ça n’est pas étonnant : ce serait remettre leur propre carrière en cause… Ainsi, on entretient une grande fiction collective, l’immense majorité des organisations politiques se comportant comme si la mutation vers le fédéralisme pouvait se faire pas à pas, en partant d’une Union européenne qui n’est toujours rien de plus qu’une confédération maquillée. Illusion funeste, qui fait de ce faux « fédéralisme » une utopie meurtrière.

Autrement dit, à supposer que le fédéralisme européen ait une chance d’aboutir dans les décennies qui viennent, il ne viendra assurément pas de négociations entre gouvernements européens !

Ce qui annule, en particulier, la possibilité d’une continuité quelconque avec l’Union européenne !

D’où une question fort dérangeante quant au rôle des organisations politiques. Car finalement, qu’on aspire à l’une où à l’autre des deux seules options démocratiques pour « l’Europe », la fédération ou la coopération internationale, que peut-on bien attendre des partis qui se refusent à envisager une sortie de l’Union européenne, et même de l’euro ?

Ceux qui investissent des gens susceptibles de gouverner ne tiendront évidemment pas à perdre le fondement intergouvernemental de l’UE, un champ où les intéressés peuvent étendre et émanciper leurs pouvoirs dans une mesure inouïe (peu importe, pour eux, que ce soit à condition de ne rien changer). D’autres sont prisonniers de leur besoin de s’allier aux premiers, pour toute cause politique immédiate qu’ils croient justifiée sinon pour des raisons électoralistes. Bien d’autres encore sont piégés par la logique de conservation de leurs postes au « Parlement européen » et par l’ambition d’en obtenir plus. Ajoutez à cela l’influence de tous les hauts fonctionnaires, pour ne pas parler de toutes les puissances privées et étrangères qui défendent leur champ d’action dans le dédale des cabinets européens, ni de leurs relais médiatiques... Bouclez l’équation et vous comprenez vite pourquoi ils se sont tous condamnés à camper sur des positions européistes, ceci d’autant plus que leurs projets européens sont bancals et indéfinis, et pourquoi ils n’ont rien de mieux à proposer que d’accroître peu à peu les pouvoirs du « Parlement européen »…

… jusqu’à muter cette instance en Assemblée constituante ! Une idée exécrable. D’abord, une règle démocratique élémentaire veut qu’on ne fasse surtout pas rédiger les règles du pouvoir par ceux qui vont l’exercer. Ensuite (pour la même raison, en somme), dans un contexte de crise politique avancée, il n’y rien de bon à attendre des sortants. Qu’ils s’en aillent tous, oui, surtout si on parle de constituante ! Facteur aggravant dans le cas de ce « Parlement européen » : le très fort niveau de corruption structurelle et d’apolitisme que lui vaut le rôle parfaitement accessoire qu’il a eu jusqu’à ce jour. Pour les mêmes raisons, il n’existe pas la moindre perspective d’accord politique au sein de cette assemblée en carton-pâte, sans parler d’y trouver une majorité (vraiment) de gauche – celles et ceux qui s’imaginent que la chose pourrait bien advenir dans un délai raisonnable devraient considérer sérieusement la chose dans son contexte… apolitique. D’ailleurs, puisque le rôle de ce « Parlement européen » relève de l’illusion, quels genres d’électeurs les « eurodéputés » peuvent-ils bien séduire ? Or on ne bâtit pas de système politique neutre, et toute l’histoire de ces dernières décennies nous a démontré qu’en s’évertuant à chercher un tel « dénominateur commun » on ne fait qu’édifier des structures technocratiques administrant invariablement un libéralisme sauvage. Par ailleurs, quand on voit les antagonismes entre possibles orientations institutionnelles de la « construction européenne », comment pourrait-il en ressortir un projet un tant soit peu cohérent ? Ajouté à cela que les tendances anti-européistes ou viscéralement anti-européennes – faut-il le dire ? n’ont pas d’autre choix que d’aller elles aussi au « Parlement européen », ne pouvant déserter la place… (c’est d’ailleurs ainsi qu’elles voient leurs élus se faire retourner peu à peu). Enfin, il n’existe pas même l’embryon d’un mouvement populaire unifié, au plan européen, susceptible de porter une telle assemblée, sans parler de soutenir le « Parlement européen » dans un tel rôle. Pour cause : il n’y a strictement rien à porter...


[i]  Tu écartes la « promesse illusoire d’une prochaine démocratie européenne » (p 32). Jean-Luc Mélenchon venait de prendre publiquement la même résolution dans son petit manifeste pour Qu’ils s’en aillent tous ! en se référant, lui, explicitement au « fédéralisme ».

[ii]  Ces orientations, présentant la même position paradoxale, étaient déjà annoncées dans la résolution du Congrès constitutif du Parti de Gauche et dans le petit manifeste de Jean-Luc Mélenchon pour Qu’ils s’en aillent tous ! (Jean-Luc Mélenchon signe ici la préface).

[iii]  Page 133.

[iv]  Page 58. Comment ne pas éprouver ici un sentiment semblable à celui que m’avait inspiré la lecture du livre Qu’il s’en aillent tous ! de J.-L. Mélenchon ? La position de ce dernier y tient de la haute-voltige, pour ne pas dire de la double-pensée… : il évoque ce même « pari européen » des responsables socialistes – quoique sans paraître assumer, lui non plus, sa part de responsabilité pour l’époque, mais la persistance de ses orientations européennes suffit pour en juger – ce qui ne l’empêche pas d’exhorter le peuple à fiche dehors tous ceux qui se sont rendus complices de l’édification de cette machine européenne ! Pour quelqu’un qui appellerait à sortir de l’UE, on pardonnerait assez volontiers. Mais là, non, je ne vois pas…

[v]  Page 115. Un peu accessoirement, au niveau de la Constitution française ce sont le Parlement et le Gouvernement qui se partagent le contrôle de la politique monétaire, chacun dans son rôle spécifique, et on peut donc se demander ce que le Chef de l’État viendrait faire là-dedans (Conseil européen) ! Une idée qui paraît d’autant plus curieuse quand on sait que le Parti de gauche veut abolir le « présidentialisme ». Cette incohérence trahit surtout le fait qu’ici comme presque partout ailleurs, dès lors qu’il s’agit de penser la démocratie on se contente de lancer de vagues idées en l’air. Si J. Généreux a le droit de s’en tenir à un rôle d’économiste, il reste que son choix a des implications évidentes en matière de « défi démocratique ». 

[vi]  Une autre de ces conditions est la « mobilité » du « facteur de production » qu’est le travail au sein de la zone euro. Autrement dit, et pour aller droit au but, la probabilité qu’une proportion importante des travailleurs des pays européens concernés (aujourd’hui 17 pays) acceptent de s’installer durablement dans d’autres pays de la zone. Pourvu qu’il soit ainsi posé – en considérant, en un mot, la dignité des intéressés – ce seul volet esquisse le schéma d’un peuple en phase de construction déjà avancée. Pour la même raison, d’ailleurs, les réponses les plus décisives relèvent directement des choix de l’ensemble des citoyens – en l’occurrence ceux de dix, vingt nations ou plus encore. Chacun d’entre eux peut donc s’en faire une idée tout aussi valable que n’importe quel expert, le tout est de poser clairement les termes du problème. Il ne s’agit pas seulement, bien sûr, de la capacité de celles et ceux qui sont propriétaires de leur logement de le revendre assez rapidement sans subir de moins-value significative (seul sous-aspect que tu évoques dans cet ouvrage). Il s’agit aussi de questions profondément culturelles, sociales et écologiques. La diversité des langues, aspect du problème le plus souvent évoqué, est assurément l'un des principaux problèmes. La question est aussi et surtout de savoir si, dans chacune des catégories socioprofessionnelles ou presque, et non pas seulement pour une catégorie de managers déracinés (celle qui tend à par nature à imposer une idéologie dominante faisant les louanges du déracinement), une forte proportion de la population est prête à faire un tel choix, avec ce qu’il suppose notamment en termes de relations familiales, amicales et, plus largement, de préservation de repères sociaux et culturels. Un autre élément clé est d’ordre écologique. Là encore, bien sûr, le problème dépend principalement de la « qualité du marché du travail ». Mais c’est une raison de plus pour préciser que la question de la « mobilité du travail », pour être traitée sérieusement, doit être abordée, aux plans social et culturel, en considérant des déplacements de longue durée.

[vii]  Vous comprendrez vite que la balance en question connaîtrait un déficit important et que ce déficit comptable ne sera jamais résolu, sauf à entreprendre d’industrialiser fortement la Lozère (et/ou de désindustrialiser beaucoup l’agglomération lyonnaise) ou bien à accroître très fortement, par exemple, les prix des produits agricoles et/ou en baissant tout aussi fortement ceux des services d’ingénierie. Pour la même raison, il serait ridicule de prétendre a priori que ce déficit est dû pour une part significative au fait que les lozériens seraient des fainéants tandis que, dans le Rhône, le chômage serait faible car les travailleurs seraient dociles et plutôt mal payés pour leur boulot… : quand bien même tous ses habitants trimeraient comme des fous, le PIB moyen par habitant d’une contrée traduira le prix qu’on accorde aux produits qu’on y fabrique et aux services qu’on y rend. Ajoutons encore que le « déficit de la Lozère » au sens qui nous intéresse ici n’existe pas parce que la Lozère ou le Rhône, ce n’est personne en particulier : s’il s’agissait (simple hypothèse) d’essayer de faire travailler plus de Lozériens dans l’aéronautique, on peut autant faire ces activités ailleurs et il y a aussi qu’un Lozérien vivant ailleurs cesserait d’être un Lozérien (au sens qui nous intéresse ici, du moins)...

[viii] Naturellement, quelles que soient ces règles, la quantité effective des flux financiers résultera en partie des décisions prises au niveau des départements et au-dessous de ce niveau, par des agents aussi bien privés que publics. On peut dire que c’est là tout le drame de la « décentralisation », qui engendre, en un mot, une forme de guerre économique. Mais il y a là une double erreur d’analyse à éviter. La première erreur consisterait à ne plus voir que ce paramètre (« géographique pur ») en oubliant le plus décisif, qui concerne le statut et la position de l’instance qui définit les règles. La seconde consiste à ne pas voir que la véritable décentralisation provient de la libéralisation et non pas du seul transfert de compétences exécutives. La libéralisation consiste à augmenter le pouvoir d’action des agents privés (et à réduire d’autant le rôle du politique) en combinant deux tendances qui consistent : l’une, à défaire les lois (les véritables lois, c.à.d. celles qui protègent les citoyens et les autres résidents et non pas les entreprises ou les spéculateurs anonymes étrangers) ; l’autre, à étendre le champ du marché par les privatisations d’activités. Pourvu que l’on continue à encadrer l’activité des agents – les collectivités locales, notamment – au niveau national par des lois, lesquelles s’imposent également à tous sur le territoire, l’État peut restreindre autant qu’ « il » le veut la capacité des régions ou des départements à jouer à la guerre économique. Ainsi, par exemple, si la loi décide que l’eau est gratuite pour tous les citoyens, l’eau restera gratuite partout même si ce sont les communes qui gèrent la distribution et l’assainissement. De même, ce n’est pas parce qu’il existe des taxes locales qu’on ne peut pas les rendre égales partout grâce à une loi nationale. Exit la concurrence fiscale à laquelle se livrent les régions pour attirer les entreprises. Rappelons que les collectivités locales n’ont pas, en principe, de compétence législative. C’est justement la libéralisation qui conduit à leur en donner un (même si celui se trouve alors embarqué inévitablement dans la voie libérale).

[ix]  Pour cette raison en particulier, et pour reprendre les termes d’Étienne Chouard, on n’établit pas une constitution par voie de traités !

[x]  Avec un bémol pour l’Allemagne (malheureusement), cas unique au monde… avant celui de l’Union européenne. Le Bundesrat, la chambre haute fédérale allemande, non seulement représente les Länder mais est même directement composé de membres des exécutifs des Länder (à l’image du Conseil de l’Union européenne et du Conseil européen). Cependant, le Bundesrat a des compétences législatives limitées, qui forment essentiellement un « pouvoir constituant ». C’est en tous cas loin d’être un système optimal pour une question de démocratie car il y a fort à craindre qu’il dégénère à long terme, ce qui est d’ailleurs le cas (quoique l’actuel Sénat français ne vaille guère mieux). Les autres États fédéraux ont des manières très différentes de composer la chambre haute mais toutes respectent la règle générale que j’ai rappelée (quant à la chambre basse, elle la respecte également mais ça, c’est classique). Il ne faut pas se laisser tromper par le nom de « confédération » que certains pays ont gardé (Canada, Suisse) ; à l’inverse, la Belgique est un système confédéral… et c’est bien là son problème !


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35 réactions à cet article    


  • sasapame sasapame 21 juin 2012 13:08

    « Interprétations et avis personnels », dites vous : je réponds que non, évidemment, et bien sûr je vous mets au défi de produire une démonstration contraire. Développez, vous y gagnerez en lisibilité et en compréhension. ;)

    Je reconnais volontiers que ce texte est (très) dur à lire. Je n’ai jamais été fort pour produire des textes coulant comme du petit lait. Quant à celui-ci, je pense que la densité du matériau compliquait encore rudement la tache. Bref, j’espère qu’il saura quand même être apprécié / jugé sur le fond.

    Je crois que ce texte est affreusement synthétique, au contraire, et que c’est cela, plutôt qu’un manque de concision, qui le rend difficile. Mais ce n’est ni un texte sur la monnaie, ni un descriptif des rouages de l’Union européenne et des mille et un méfaits de ce monstre. Un peut-être malheureux de ma part a été de ne pas citer in extenso quelques uns des propos tenus par Jacques Généreux dans son livre, notamment en lien avec l’accusation qui renvoie en note 4. Mais bon, comme je l’ai écrit, réagir à ce livre n’a été qu’un prétexte, une occasion, de rédiger cette « supplique ». Disons d’ailleurs que j’ai choisi ici J. Généreux car « qui aime bien châtie bien ».

    J’ai tenu à me concentrer ici sur un sujet réduit — même si la thèse prétend envelopper un ensemble de conclusions vaste... vu qu’elle condamne l’Union européenne en bloc, sans appel ni recours — pour la bonne raison que je n’ai vu exposée nulle part cette thèse, pour ne pas dire ce décryptage.


  • Onecinikiou 21 juin 2012 15:14

    « Quelles sont donc, au juste, les évolutions requises pour que l’euro soit tenable ? »


    N’aurait-il pas en effet été plus simple de rappeler tout simplement que pour que l’euro soit viable et remplisse les conditions d’une zone monétaire optimale, il eut fallu au préalable que le territoire sur lequel il fut prévu qu’elle s’appliqua remplisse lui-même les conditions d’un Etat-Nation constitué. Or point d’Etat-Nation constitué sans peuple y afférent. 

    C’est exactement au demeurant le prétexte mensonger sur lequel l’Europe, telle que nous la connaissons depuis l’intégration politique et supranationale entamée au milieu des années 80, s’est bâtie, soit l’idée selon laquelle il existerait sur cet espace continental un PEUPLE européen. 

    Or il n’existe pas de peuple européen mais DES peuples en Europe. 

    Et la nuance est fondamentale en ce qui nous concerne puisqu’elle est en mesure d’expliquer à elle seule la raison pour laquelle l’euro ne pourra définitivement fonctionner de manière efficiente au sein de cette sphère politique. Et, la théorie rejoignant la pratique, l’économie rejoint ici l’anthropologie. 

    C’est pour avoir voulu s’affranchir volontairement par nos « élites » compromises et stipendiées (pour des raisons éminemment de géopolitique cachée comme rappelé par l’auteur) et dénier un principe de réalité élémentaire, que nous connaissons à l’heure actuelle une crise de cette ampleur. 

    Devrais-je rajouter pour ceux qui n’auraient pas bien saisis mon propos : une crise inextricable dont l’issue sera nécessairement l’implosion, pour ainsi dire programmée, de ladite zone. C’est inéluctable.

  • sasapame sasapame 21 juin 2012 15:43

    A Onecinikiou,

    mon but n’est pas tant de « rappeler » des vérités — quand je suis convaincu qu’elles en sont — que de les (re-)démontrer. Ceci par penchant personnel, sans doute, mais aussi parce que dans une situation telle que la notre, les discours dominants deviennent aussi désespérément creux que propres à récupérer et dévoyer les mots.

    Et c’était précisément le point central de ce texte : démontrer qu’une monnaie unique et, plus largement, tout instrument politique, ne peut fonctionner que dans le cadre de ce que nous appelons un État. Je préfère de loin suivre cet objectif de démonstration que de me défendre moi-même, mais accordez-moi, s’il vous plait (en relisant, au besoin, le chapitre intitulé « une monnaie unique, ça ne marche pas dans un système confédéral »), que je me suis appliqué à le démontrer. C’est tout le passage qui commence par l’exemple de la Lozère et du département du Rhône.

    L’UE n’est assurément pas un État et, surtout, ne pourra pas en devenir un. Maintenant, mais c’est déjà un peu secondaire car la terminologie n’est pas assez consensuelle, il est trop restrictif de dire qu’une monnaie unique et autres instruments politiques ne peuvent fonctionner que dans le cadre d’un « État-nation ». Au sens où il y a eu bien des États et des monnaies avant la naissance (à la révolution française ?) de ce que nous appelons l’État-nation, mais aussi au sens où l’on peut reconnaître les véritables États fédéraux (par opposition, notamment, à toutes les alliances confédérales) comme des États.


  • Onecinikiou 21 juin 2012 15:48

    Je rajouterai pour compléter mon intervention précédente que l’auteur s’interroge légitimement afin de connaitre les raisons pour lesquelles M. Généreux, éminent économiste par ailleurs, membre du bureau politique du FdG et proche de J.L. Mélenchon, fait semblant de méconnaitre ce qui vient d’être rappelé alors qu’il le sait tout autant que moi. 

    Nous touchons là, malheureusement, à la posture européiste dramatique de ceux-la même qui prétendent réformer le modèle erupéen sur une base démocratique et sociale, ennivrés qu’ils sont par la médiocrité de leur analyse politique (et je dirai même anthropologique) et manipulés de surcroit par des forces atlantistes qui visiblement les dépassent, les mêmes déjà qui poussèrent par le passé à une intégration toujours plus poussé des centres de décisions politiques, cela évidemment afin d’avancer leurs pions, pousser leur avantage, et servir exclusivement leurs intérêts.

    Posture ô combien symbolisée par la stupéfiante diatribe pro-Europe lancée par Mélenchon en 1991 lorsqu’il cherchait en effet à convaincre le Parlement français de ratifier le Traité de Maastricht, et dont la retranscription de son intervention, emplie des délires maçonniques dont il est coutumier du fait, explique tout à fait rétrospectivement les raisons pour lesquelles il croit toujours possible d’amender l’Europe institutionnelle : son « humanisme » prétendument éclairé le pousse à croire en l’existence d’un peuple européen.

    Voilà la raison essentielle pour laquelle achopperont, lui et les semblables naïfs, sur la question de l’Europe, de l’euro, du fédéralisme, d’une éventuelle solidarité européenne, et des idéaux démocratiques.

    Alors qu’un beau panache démocratique eut certainement consisté - pour qui prétend sincèrement lutter contre le système euromondialiste et financier - à ne pas déjà, et avant toute chose, continuer de cautionner la mascarade du faux clivage gauche-droite UMP/PS.

    Une gageure pour notre tartuffe à truelle, pollué par ses chimères idéologiques héritées d’un référentiel de pensée suranné, abscons, médiocre, inintelligible puisqu’inefficient dans le monde réel, et qui pourtant en a désormais fait son fond de commerce.

    Une question existentielle aussi sans doute étant acquis qu’un constat lucide et rationnel du type de celui qui vient d’être fait - et dont je défi quiconque de démontrer qu’il est approximatif ou inexact - les aurait très certainement contraint à raisonner de nouveau, afin d’agir efficacement, en terme de souveraineté recouvrée et donc inévitablement de frontières nationales, seul cadre plausible permettant un sursaut éponyme ô combien salutaire.

    Toute chose par ailleurs qu’il les aurait conduit immanquablement à se confondre idéologiquement avec celle qu’il ne manque précisément pas à affubler des oripeaux du fascisme. Quand ses (nombreux) mentors socio-démocrates n’ont jamais pensé quant à eux qu’il ne s’agissait d’autre chose que du théâtre :

    Lien


  • noodles 21 juin 2012 18:02

    D’où vient cet entêtement ? smiley

    J’ai demandé quand ils souhaitaient pouvoir payer en euros à des anglais en train de régler avec une carte de crédit en livres, à la caisse d’un hyper en France... Ils ont fait une tête ! Il n’en est pas question m’ont—ils répondu !  smiley


  • sasapame sasapame 21 juin 2012 18:24

    "l’auteur s’interroge légitimement afin de connaitre les raisons pour lesquelles M. Généreux, éminent économiste par ailleurs, membre du bureau politique du FdG et proche de J.L. Mélenchon, fait semblant de méconnaitre ce qui vient d’être rappelé alors qu’il le sait tout autant que moi.« 

    C’est encore plus »sioux« que ça, comme je l’ai écrit dans le chapeau :

    - d’un côté, M. Généreux écrit lui-même (dans ce bouquin) qu’aucune des conditions nécessaires à cette union monétaire n’est réuni et que ça va rester le cas jusqu’à nouvel ordre ;

    - de l’autre côté, il assume (en l’attribuant vaguement à »la gauche de l’époque« ) le fait d’avoir fait ce »pari«  : les (peuples) européens allaient ramasser, chômage, salaires en baisse, privatisations, moins disant fiscal, etc. mais pour cette même raison, ils seraient poussés à [se révolter et à devoir d’unir pour] prendre en main [en fait, créer de toutes pièces...] les »instruments politiques" qui vont avec [ces instruments techniques établis au plan européen]. Bref, en français courant, c’est du pari de bâtisseur d’empire. J’appelle aussi ça du délire mondialiste version trotskyste. Peu importe, ça veut dire ce que ça veut dire : on fait des choix en admettant que les autres en bavent car ça sera vâchement bien... dans mille ans... et si possible avant (dans quelques années, quand la double pensée tourne bien). En attendant, l’Europe über alles, oui.

    Autres contradictions apparentes :

    - il reconnaît même que l’UE (du moins, telle qu’elle aurait été « instrumentalisé » après l’Acte unique, croit-il) a servi aux classes dirigeantes pour imposer aux nations européennes ce que d’autres gouvernements avaient imposé ailleurs, que ce soient chez les anglo-saxons déjà bien imbibés de libéralisme ou dans des États « autoritaires » (*). Il développe également sur le thème de l’instrument en toc, montrant bien qu’il s’agit là d’institutions dont le pouvoir ne tient qu’à la volonté de ceux qui les ont mis en place, etc. ;

    - mais il continue à espérer et à prôner ouvertement « l’intégration », qu’il distingue clairement de l’internationalisme (lequel suppose par définition une coopération de nations) et encore, par exemple, il prend à peine de pincettes pour associer la volonté de sortir de l’euro au nationalisme (croyant solder ça par un bout de note de bas de page en toute fin de livre).

    Encore une fois, et pour être plus précis, c’est Généreux que j’ai choisi, bien qu’ils soient si nombreux, précisément parce que j’apprécie par ailleurs ce type tant pour ses qualités de réflexion et de pédagogie que pour ses penchants politiques. Mais cette mention étant faite, je laisserai de côté les questions de « coloration politique », souhaitant discuter de ce qui me paraît être admissible « à gauche comme à droite », et, plus encore, les aspects éventuellement troubles, ne souhaitant me prononcer que sur ce que je connais / comprend...

    (*) Page 52. Vrai, il semble éviter d’avoir à dire directement « peuples » ou « nations » au pluriel, pour les « pays » européens.... Si je m’en tiens à leurs derniers écrit, J.-L. Mélanchon dit laisser de côté (enfin, quoique péniblement et avec tellement de si, au final...) l’utopie du fédéralisme européen et ne parle pas de peuple européen au singulier, sinon pour évoquer son « pari » raté de 1992 (une erreur encore mal assumée, surtout qu’avec le PCF à la direction devenue si mondialiste, ils ont trop besoin l’un de l’autre). Je dis ça, je ne suis pas là pour défendre un tel ou un tel et je m’en tiens à ce qu’ils disent.


  • sasapame sasapame 22 juin 2012 19:34

    Brave Démosthène,

    sans volonté aucune de vous offenser, c’est aussi pathétique mais bien plus confus et infiniment moins lucide que les discours de l’Athénien illustre dont vous semblez vous réclamer. L’imagineriez-vous, face à la menace de Philippe de Macédoine, haranguer les foules pour leur prêcher la paix inconditionnelle dans l’amour de son prochain, en lui faisant miroiter un pur miracle supposé sauver la démocratie ? Non, assurément... Cela, c’était par contre la stratégie courante des oligarques : vendre le peuple aux tyrans d’un empire avec qui on a signé des traités de paix fort intéressés, sans même consulter le peuple...

    Pour éviter de perdre du temps inutilement, en m’appliquant néanmoins à vous répondre, je me permets de vous adresser la réponse que j’ai faite hier, à 13h30, à Lulupipistrelle. Affirmations, direz-vous peut-être encore, mais je crois, de bonne foi, que ça donne quelques indications quant à ma position et mes intentions.

    Des affirmations. Mon analyse serait donc « partisane » ? Pourquoi ? Un partisan ne cherche pas à démontrer, il cherche à persuader. (*)

    « Les postulats mensongers imposés depuis bientôt 40 ans » : lesquels ? Du reste, je pense que ma thèse est ultra minoritaire, alors merci de m’indiquer les portes-ouvertes que j’enfonce.

    « Une concordance temporelle majeure de tous les moyens démocratiques qui auraient permis d’utiliser ce qu’il reste de démocratique au sein des institutions Européennes pour amener une réforme citoyenne. »

    Mauvaise plaisanterie. L’Union européenne n’a jamais eu, dans aucun secteur, de fonctionnement qui puisse être qualifié de constitutionnel (autrement dit elle est tyrannique sur toute la ligne), sans parler de démocratie...

    Une « réforme citoyenne » ? Mais on ne réforme que ce qui est réformable, mon cher. Quand c’est pourri depuis les premiers fondements, c’est une folie de s’attacher à pareille idée. Et c’est encore plus grave de renvoyer tout à pareille condition, dissuadant de faire autrement, lorsque nous entrons dans une crise de l’ampleur de celle qui a commencé. Bien sûr, il est plus facile de ne pas dire combien la chose est ambitieuse quand on ne détaille rien. Vous permettez, je pense avoir bien plus écrit sur la question que vous ne l’avez fait, alors je vous laisse un peu travailler.

    « Dommage que vous ne soyez pas à même de comprendre pourquoi et comment il ne faut pas se désunir, mais au contraire renforcer les liens qui nous unissent, même si ces liens doivent être intégralement revus et corrigés afin de remplacer les dictats ’ économiques ’ par une harmonie sociale et fiscale, doublée d’un protectionnisme à l’échelle de l’union dissuadant toute forme de financiarisation/ spéculation, tout en incitant les investissements productifs. »

    Je connais ces prêches, j’ai donné. Je pourrais vous parler des paradis fiscaux, dont le plus gros du monde, de loin, qui se trouvent au sein de l’UE. Vous rappeler que les volumes d’échanges mais aussi les déséquilibres commerciaux concernent avant tout l’intérieur de la zone euro et de l’UE, et rappeler parallèlement que si cette UE est une machine de guerre (économique), soit un truc délibérément fait pour empêcher l’union, ce n’est pas par hasard : autrement dit, il y a un tas de forces qui concourent encore et toujours pour lui conserver ce rôle. J’en passe : il n’y a encore rien, pas le moindre début d’ouverture.

    Je préfère faire valoir que sans un parlementarisme européen digne de ce nom, ce qui suppose déjà en soi une ré-vo-lu-tion, au plein sens du terme, rien de tout ça ne marchera. Affirmation, direz-vous ? Je ne pourrai que vous mettre au défi de vous appliquer à démontrer plus que je ne l’ai fait. Et plus encore, parce que l’on trouve encore moins de monde pour y réfléchir un peu sérieusement, je préfère analyser les conditions qui font qu’un ensemble institutionnel peut ou non fonctionner, et naître pour commencer.

    Puisque la finance et les multinationales tirent DEJA d’immenses avantage de ce machin et puisqu’ils en contrôlent DEJA les principaux décideurs, chose inévitable après des décennies qu’on a laissé ces institutions hors de tout contrôle, il est évident qu’ils ne vont pas laisser les gouvernements laisser les peuples faire tous ces nécessaires bouleversements qui mènent à l’État fédéral... — encore une fois, cela supposerait carrément de renvoyer chez eux les gouvernements, rien de moins, et encore une fois la monnaie unique et, par ailleurs, toutes ces belles réformes que vous invoquez, ça ne peut pas marcher autrement que sur une telle base. Les référendums interdits ou violés, les eurocrates et les banquiers parachutés en Grèce et en Italie, ça n’est encore rien. Voyez d’ailleurs : dans ce dernier traité, Lisbonne, qui ne change presque rien à ce qui existait déjà, ils ont même pris soin de glisser une clause permettant d’aller « communautairement » casser la figure — que dis-je, tuer et torturer au besoin — à ceux sur l’action desquels votre projet miraculeux s’appuie.

    Vous achevez sur l’idée complètement antidémocratique d’appuyer le tout « par une institution publique Européenne indépendante chargée de la création des richesses nécessaire au financement des institutions publiques... » Bon, vous confondez la monnaie, c’est-à-dire du papier et des bits informatiques, avec des richesses, passons. Mais quel niveau d’amateurisme ou d’inconscience faut-il pour vouloir inclure une institution indépendante dans un système supposé un peu démocratique ? Démosthène... franchement. Montesquieu n’était pas démocrate, mais tout de même... La séparation des pouvoirs, c’est le contraire de leur indépendance. Pardonnez-moi mais une telle confusion, c’est effrayant.

    (*) Du reste, je me réclame volontiers des Athéniens contemporains de Démosthène : je me crois démocrate et à ce titre je suis contre les partis politiques, quels qu’ils soient, et j’aspire à une démocratie un peu digne de ce nom, laquelle ne peut tout bonnement pas découler d’un régime électif.


    • lulupipistrelle 21 juin 2012 12:40

      Ben moi je veux pas... j’ai quelques euros, je veux pas les échanger contre de la monnaie de singe.

      Je tiens à l’Europe, parce que je suis une Européenne, une vraie. Et c’est plus valorisant que d’être une Française avec des origines étrangères, comme les souchiens ne manquent pas de me le rappeler, et ça fait la différence avec les Français d’origine extra-européenne.

      Ma petite patrie c’est l’endroit où je suis née (avec une grand -mère du terroir), ma grande patrie c’est l’Europe.


      • sasapame sasapame 21 juin 2012 13:30

        C’est une vision bien religieuse que vous avez. Chacun son truc, mais il n’est pas difficile de voir qu’en politique, souvent, et en matière d’Union européenne en particulier, les bon sentiments ne sont pas ce qui fait marcher les machineries institutionnelles.

        L’objet de ce texte n’est pas du tout de condamner le principe d’une Europe politique. D’ailleurs, si vous lisez mon « profil », il y est écrit que j’ai été l’un des principaux rédacteurs de ce qui est à ma connaissance le seul projet d’une constitution d’une véritable Europe politique — voir : http://local.attac.org/rhone/rubrique.php3?id_rubrique=261. Nous l’avons bien sûr fait traduire dans plusieurs langues et j’ai eu moi-même le plaisir de le présenter notamment à des camarades de Berlin. Autre indice : la principale conclusion que je tire dans le dernier chapitre est qu’on devrait être pour la sortie / le démantèlement de l’Union européenne même si — surtout si, aurais-je du écrire — on aspire à la naissance d’une véritable Europe politique.

        Bref, ce texte est tout sauf un manifeste antieuropéen. Il ne s’agit pas de religion mais de chercher à comprendre ce qui peut se faire ou non. Mon propos vise à démontrer que l’Union européenne ne peut pas évoluer vers un fédéralisme digne de ce nom, autrement dit vers l’Europe politique. Il vise aussi, au passage, à expliquer à des non économistes pourquoi l’euro ne peut pas marcher.

        Au fait, quel rapport entre l’Europe et l’Union européenne ou l’euro ? Je me sens tout autant proche des Suisses, des Norvégiens, des Islandais, des Turcs ou des Russes, qui ne sont pas dans l’Union européenne, que des Italiens, des Belges ou des Allemands. Tiens, vu comme ça : ça ne vous étonne pas, vous, que l’appartenance à « l’Europe » tienne à un simple papelard ? Allons, allons...


      • ottomatic 21 juin 2012 14:19

        « Ben moi je veux pas... j’ai quelques euros, je veux pas les échanger contre de la monnaie de singe. »

        LOL, tu n’a déjà que de la monaie de singe...

      •  UMP EN PROVINCE de la mafia a la pagaille......LA VRAIE ZIZANIE

        UMP union ds mafias parisiennes.........tout le monde veut y commander a la place du ptit voyou viré..........

        en PROVINCE aussi dans le finistère un ptit maire parachuté s’allie au ps et fn pour avoir le siège de maire...idem comme conseiller général..
        ce jeune loup insulte les électeurs...se prenant pou copé et sarko...méprisant cynique..abject..
        le sénateur UMP n’approuve pas son passage de l ’ump a socialo-ecolo.fn....au 2ème tout des législatives ET SE FACHE DANS LA PRESE LUI REPROCHANT D INSULTER TOUT LE MONDE ELECTEURS..CONCURRENTS...
        IL SE VOYAIT DEJA A L ELYSEE....IL A REVE ET SE RETROUVE PETIT MAIRE D ESQUIBIEN 29770 le vrai caméléon de L UMP.......


      • Dolores 25 juin 2012 10:43


        Autant être « citoyenne du monde », c’est à dire de nulle part !
        Vendre son âme en échange d’euros !


      • lulupipistrelle 2 juillet 2012 02:12

        @L’auteur : la petite patrie et la grande patrie ne sont pas une référence religieuse... ce sont des notions empruntées aux écrivains de l’empire romain... du Vème siècle.
        J’aime bien les Norvégiens... les Russes , avec lesquels j’ai d’ailleurs un vague cousinage, et dont je parle la langue... mais question identité, désolée, mais ce sont d’ étranges étrangers.

        @à la dame bien-pensante : je ne me sens absolument pas citoyenne du monde... parce que cela revient à nous faire accepter des cultures et des modes de vie complètement incompatibles avec les nôtres.. et éventuellement à nous les faire payer, au non d’une solidarité que justement je ne ressens pas.

        @ aux autres qui s’émeuvent que l’on ne veuille pas renoncer à ses écocrocs...pour une monnaie de singe qui permettrait de relancer l’inflation , je persiste : je n’ai pas envie de renoncer à mes euros pour payer la gabegie institutionnelle française.

        Je rappelle que nous avons (ou avons eu) des secrétaires d’Etat logés dans des appartement de fonction de 600 m2, quand le numéro deux du gouvernement allemand louait ,à ses frais, un modeste deux-pîèces berlinois, que nous avons 5 millions de fonctionnaires, quand les autres en ont 2, que certains de ces fonctionnaires, les enseignants par exemple ont des statuts d’exception : une pension de réversion au conjoint survivant, quelques soient ses ressources au contraire de la loi commune...etc...

        Bref la dette on voit d’où elle vient... l’Etat (= gouvernement + fonctionnaires) mène grand train et certains comptent que les citoyens solvables règleront l’addition. Dans vos rêves.


      • PascalR 21 juin 2012 13:42

        L’Europe est à l’image même de la sécurité sociale française.
        Elle permet à des individus-états d’exagérer et de s’abstenir d’appliquer les règles minimales permettant de tendre vers une certaine santé financière, tout en bénéficiant des mêmes droits de ceux qui ceux qui les respectent. Je fume, je bois, je me came, je suis malade, j’ai le droit d’être soigné, mais ce sont les autres qui paient.
        Voir Grèce ...
        Mais le pire est que ce système a été « emparé » par la puissance médico-financière qui se gave litérallement sur notre dos.
        L’Europe, généreuse à son origine, a été emparée par les puissances industrialo-financières qui s’en s’en fait leur vache à lait avec l’aimable complicité des technocrate de Bruxelles.
        Avoir voulu mettre dans le même sac une Allemagne-France-Benelux, et une Roumanie par exemple relève soit d’une grande imbécilité soit d’une vaste manipulation.
        Qui pourrait croire que certains ne profiteront pas d’aller produire du côté d’une Roumanie à bas coûts et d’embaucher en France par exemple des roumains désireux de gagner 10 fois leur SMIC local ?
        L’Europe est devenu un grand bordel pour la plus grande fortune des banquiers et autres spéculateurs en tous genres.
        Mais vous, petits français, on va vous demander de payer encore plus pour financer la Grèce et autres Epagne et Italie, de trouver du boulot alors qu’on embauche roumains et autres slovènes.
        Quand à l’euro, je ne sais pas, mais ça doit être bien quelque part, ne serait-ce que pour faire contre-poids face au dollar.


        • papi 21 juin 2012 14:07

          @ l’auteur

          Bonne analyse, longue mais bonne et enrichissante ! l’Europe avec sa monnaie unique est à mettre dans la même boite de « machin » que dénonçait le Général .
          .et comme il avait raison ce visionnaire  !!


          • pjf971 21 juin 2012 16:25

            Moi je veux l’Union Européenne, et je veux l’Euro.


            • BA 21 juin 2012 16:34

              Jeudi 21 juin 2012  :

              L’Espagne paye très cher pour réussir son émission.

              Madrid a émis plus de 2 milliards d’euros d’obligations à moyen-terme à des taux très élevés. Sur les titres à 5 ans, l’Espagne a dû s’acquitter de taux d’intérêt jamais expérimentés depuis la création de l’euro.

              C’est dans la douleur que l’Espagne a couvert aujourd’hui 60% de son programme d’émission à moyen et long terme pour 2012. Le Trésor espagnol a réussi à placer ce matin 2,2 milliards d’euros d’obligations à deux, trois et cinq ans, dépassant son objectif maximum de 2 milliards grâce à une bonne demande, mais au prix de taux d’intérêt très élevés.

              Les rendements moyens sont ainsi ressortis à 4,706% sur les titres à deux ans, à 5,457% sur ceux à trois ans, et 6,072% sur ceux à cinq ans, contre respectivement 2,069% en mars, 4,876% et 4,960% en mai.

              Selon Reuters, les taux concédés par le Trésor sur les titres à 5 ans sont les plus élevés depuis la création de l’euro.

              http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0202131494640-l-espagne-paye-tres-cher-pour-reussir-son-emission-336263.php

              Conclusion :

              Plus les jours passent, plus l’Etat espagnol emprunte à des taux de plus en plus élevés.

              Plus les jours passent, plus l’Etat espagnol se surendette


              • papi 21 juin 2012 18:02

                @ ba

                Plus les jours passent , plus les Espagnols vont avoir l’obligation de remplacer le Flamenco
                par le cirtaki .. OLLE Merci qui ??
                 Et on va bientôt s’y mettre !! Va falloir danser pour se réchauffer cet hiver avec la fin du
                blocage des prix du gaz !! ouille ça va faire mal ..
                 


              • Ouallonsnous ? 21 juin 2012 21:52

                Plus les jours passent, plus l’Etat espagnol se surendette, c’est que leur gouvernants le veulent bien, qu’ils ne viennent pas pleurer, la finance, c’est de la « merde », ça pue et il faut s’en tenir à l’écart.


              • Relladyant Relladyant 21 juin 2012 18:32

                Vous etes vous interessés a Monsieur F.Asselineau ?


                • sasapame sasapame 21 juin 2012 18:52

                  @ Relladyant

                  oui, j’ai vu quelques unes de ses conférences. J’ai un peu discuté avec lui il y a quelques mois à Lyon. C’était avec un de mes amis et anciens camarades, qui bosse aujourd’hui avec vous. J’ai aussi posté quelques trucs messages sur des fils animés par des gens de l’UPR. L’un d’eux concernaient le tirage au sort et, ma foi, enterrait plutôt joliment le système fondé sur le suffrage universel et ses instruments, les organisations de masses, partis compris. L’une des quelques raisons pour lesquelles vous ne me verrez pas chez « vous »... Et puis, on ne peut pas être sur tous les fronts et d’ailleurs, en ce qui me concerne, après 8 ans de politique intensive je m’offre quelques temps de répit un peu mérité pour m’occuper de moi, de ma famille et de mon lieu de vie. ;) Bref, merci mais non merci... et bon courage. ;)

                  Au passage, transmettez-lui donc ça de ma part :

                  [Plutôt OK] sur le fond mais vous vous trompez sur la question de la clause de sortie de l’UE (article 50 TUE) qui a été introduite par le traité de Lisbonne.

                  Tout d’abord, bien évidemment, un « État membre » pouvait toujours quitter l’UE avant le traité de Lisbonne, pour la simple raison que tout traité (accord passé entre États souverains, par définition), ne vaut que tant que chacune des parties l’approuve et peut être dénoncé à tout moment par l’une des parties. Autrement dit, le 50-1 TUE n’apporte absolument rien car il est parfaitement superflu.

                  L’innovation irait dans le sens contraire, en réalité : il s’agit bien plutôt de soumettre un retrait de l’UE à des conditionnalités !

                  C’est classique, d’inclure dans un traité des clauses « transitoires » régissant la phase de sortie (et d’abrogation). Donc on pourrait considérer que cet article a été inclus justement pour éviter les déboires qu’une sortie « anarchique » pourraient causer à d’autres « États membres ». En fait, il s’agit surtout d’éviter la paralysie de l’UE elle-même. Ceci ne serait-ce que parce qu’en attendant qu’un nouveau traité soit signé entre les "États membres" restant, les règles de calcul de la majorité qualifiée, de participation au capital de la BCE, etc. ne valent plus.

                  Mais n’allons surtout pas imaginer que ça a été fait dans l’intérêt de l’État sortant...

                  En effet, le 50-2 stipule que [si un « État membre » a signifié son intension de quitter l’UE] "l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait [...]. Cet accord est négocié conformément à l’article [218-3 TFUE]. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen."

                  En clair : il faudra négocier la sortie et, dans ce cadre l’UE continuera à édicter ses règles, selon ses propres règles de fonctionnement. A minima, ça veut dire ceci : auparavant, un « État membre » pouvait sortir à tout moment de l’UE, et ceci sans devoir négocier selon des procédures fixées a priori et par d’autres, et que désormais, une sortie de l’UE doit se faire en négociant et, notamment, en prévenant à l’avance.

                  L’article 218-3 TFUE ? En clair, et en court : il s’agit de dire que les engagements internationaux en matière de commerce, que les « États membres » ont pris notamment à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce)... via l’UE (qui s’en charge elle-même depuis 1999), et bien l’UE se chargera elle-même de les renégocier au nom de l’État qui souhaite quitter l’UE... Qu’est-ce que ça cache ? Qu’est-ce que ça fait là ? En tous cas, l’UE et, surtout, toutes les puissances privées et/ou étrangères dont elle se fait le bras armé, auront nettement de quoi jouer la montre du côté des barrières douanières et autres barrières « non tarifaires ».

                  Pour ce qui est de prévenir à l’avance, songez, en particulier, à la question de l’effet de surprise pour une sortie de l’euro, laquelle sera à coup sûr synonyme de défaut de paiement, avec son lot de panique bancaire, de spéculation, de risque de fuite des capitaux, etc. et de dévaluation. Bref, il est clair que ce soi-disant progrès apporté par l’article 50 sera un boulet, au point qu’il faudra justement de violer quand on sortira de l’euro, sauf à être complètement irresponsable !

                  Attendez ! Le troisième alinéa nous dit, en clair, que si l’UE et l’État sortant ne s’entendent pas, les traités UE continueront de s’imposer à ce dernier pendant 2 ans. Une paille.

                  J’arrête là. A chacun d’imaginer les subtiles stratégies que certaines puissances pourront tirer de cet article que M. Asselineau (et d’autres valeureux souverainistes) continuent, complètement à tort, de considérer comme un progrès... Je me contente de soulever ces observations qui, je crois, méritent d’être signalées.


                • tf1Goupie 21 juin 2012 19:57

                  Si si, avoir des connaissances en économie est utile.

                  ça vous permettrait d’être convaincant.
                  Parce que là vous n’expliquez rien mais lancez des incantations : la monnaie unique ne peut pas fonctionner (ah bon ?), vous nous sortez les éminences grises et comploteuses qui sont censées expliquer tous nos malheurs, etc...

                  Le projet Européen est quelque chose d’unique dans l’histoire ; c’est donc difficile, on manque de points de repères, et il est évident que dans ce cas le rôle le plus sympathique c’est de critiquer et de prétendre « je vous l’avais dit ! ».


                  • sasapame sasapame 21 juin 2012 21:00

                    @ tf1Goupie,

                    je ne pense pas que vous soyez de mauvaise foi, je crois plutôt que vous n’avez lu de mon texte que l’introduction. A ce sujet, le choix était sans doute malheureux, même si je disais justement ne pas focaliser sur cela, mais j’accorde bien peu d’importance aux affaires de complot, et moins encore en matière européenne. En cette matière en particulier, je reconnais l’importance ultra-dominante du rôle d’acteurs parfaitement visibles, et aussi celle des peuples.

                    Mais justement : opposez une moitié de fédéralistes et une moitié de souverainistes, conscients ou non, pour les uns et les autres (c’est un schéma, mais admettons), et vous voyez que le compromis naturel est précisément la confédération — autrement dit, une Europe qui accumule beaucoup de pouvoirs mais qui reste sous contrôle direct ou indirect des gouvernements nationaux —, soit ce système dont j’ai voulu démontrer ici qu’il ne marche pas...

                    Si j’ai un peu la prétention de transmettre (et non d’inventer, bien sûr) quelques éclairages, c’est justement parce que nous avons bien assez de repères pour juger de ce que nous avons sous les yeux. En particulier, pour conclure sans aucun risque de se tromper que l’euro n’est pas un système viable jusque à nouvel ordre.

                    La question ne s’est d’ailleurs jamais posée en ces termes pour les économistes un peu sérieux, même s’il a fallu du temps à beaucoup d’entre eux pour l’admettre, à cause de certain « pari » européiste dont il est question en introduction. Et encore, souvent en langage obscur. Mais qu’ils s’appellent Delors ou Giscard, Allais ou St-Étienne à droite, Gréau, Sapir ou Stiglitz au centre, Généreux, Lordon, Orléan, Plion ou Harribey à gauche (désolé pour le listing mais la liste est longue et le jeu à vrai dire peu utile), ils savaient tous que l’euro ne pouvait pas marcher dans le contexte. La seule question a été de savoir si on serait capable de créer les conditions politiques pour qu’un tel instrument devienne viable. Il y a ceux qui ont fait ce pari, par amour de l’idée d’Europe en général, et les autres. Bref, l’économie ne fait pas de miracles et le problème de l’euro est à 100% politique.

                    Du reste, il n’existe aucun exemple, dans l’histoire, d’union monétaire qui ait pu tenir hors du cadre d’un État — mais je pense qu’il est plus instructif de (re)démontrer pourquoi. Notamment parce que beaucoup de gens se laissent avoir avec l’illusion que l’UE est un projet unique dans l’histoire, alors que l’histoire a connu bien d’autres constructions impériales, y compris européennes, dont le caractère "hors sol" les a condamné à subir les mêmes problèmes.

                    Sans être économiste, j’ai beaucoup travaillé sur les institutions en général, celles de l’UE tout particulièrement, et aussi longtemps sur les questions monétaires. Si les compétences techniques que j’ai acquises m’ont servi à quelque chose ici, c’est avant tout pour comprendre que le problème de l’euro est entièrement politique.

                    J’ai produit ailleurs d’autres critiques de l’euro, plus « économicistes ». Il y a d’autres manières de démontrer que ce système est intenable. En particulier si l’on considère que, dans ce régime, 100% de la monnaie est créée par le circuit privé et que le régime de l’UE dans son ensemble a interdit ou rendu impraticable tous les mécanismes qui permettaient, indirectement ou indirectement, l’indispensable redistribution, non seulement pour palier aux injustices que cela provoque mais pour éviter les crises économiques qu’un tel fondement ne peut que provoquer s’il n’est pas compensé. Tout cela est archi connu et très simple à comprendre.

                    Mais le problème de ces démonstrations économiques, c’est qu’elles peuvent toujours conclure en disant : soit, ce n’est pas viable au présent, ça saute aux yeux, mais ça peut le devenir... si on fait l’Europe fédérale (je traduis). C’est pourquoi il est bien plus important de s’atteler à ce boulot qui occupe bien moins de monde — il y a malheureusement bien moins de monde qui réfléchi aux institutions que de gens qui se mèlent d’économie —, analyser comment cette condition peut être remplie, et si l’on peut décemment espérer qu’elle le soit. Ma réponse est : clairement non (tout aussi clairement que l’économie montre la non viabilité de l’euro au présent).

                    Ainsi on en revient toujours au même problème : que l’on veuille mettre un terme au dumping fiscal, développer des services publics européens, mettre en place un mécanisme de compensations financières indispensable dans le cas d’une monnaie unique, que l’on veuille demander à la BCE de mettre de la monnaie à disposition des pouvoirs publics, que l’on veuille lui fixer une politique extérieure de change décente, que l’on veuille réguler la tendance folle à la compétition et au libre-échange, ou encore se mettre à l’abri des paradis fiscaux, la résolution du problème se heurte toujours à un problème institutionnel : nous sommes à des années lumières de disposer d’un parlementarisme européen digne de ce nom, donc tous les mécanismes nécessaires sont parfaitement incontrôlables démocratiquement. On les laissera donc, soit à des agences européennes incontrôlées et donc inévitablement à la merci des grandes puissances privées, soit aux gouvernements des États membres — et l’objet premier de mon texte était de démontrer que, dans ce second cas, ça ne peut pas marcher (non plus).


                  • travelworld travelworld 21 juin 2012 20:06

                    Je n’ai pas tout lu, mais bon nous la faisons cette Europe ou pas ?????
                    Je suis né en 1950, 5 ans après la guerre, j’ai entendu mes parents ,grands parents me raconter les horreurs de la guerre de 14 et 39, en plus mon père a fait la guerre d’Espagne (dans l’aviation avec Malraux).
                    Bref plus jamais ça...... le suicide de l’Europe nous l’avons déjà connu, le mur de Berlin n’est pas tombé il y a longtemps, nous subissons encore les effets de ces désastres.
                    Nous sommes au pied du mur, il faut une intégration complète, un démantèlement de l’Europe serait une catastrophe (pas seulement pour nous, quel signal terrible pour le monde !).
                    J’ai passé ma vie à voyager, la civilisation européenne représente beaucoup (dans nombres de domaines) pour une bonne partie des habitants de la planète.
                    Il nous faut les Etats unis d’Europe, bien sûr les peuples sont différents, ils l’étaient également à la naissance des US, mais nous savons que cette différence est aussi une richesse, ce sera très difficile, tout le monde le sait, les U.S sont même eu une guerre civile pour ça !


                    • sasapame sasapame 21 juin 2012 21:14

                      Une chose est sûre : non, « nous » ne faisons pas l’Europe. D’abord, parce que le peuple, au singulier ou au pluriel, n’a jamais eu son mot à dire en pratique dans cette construction monstrueuse (on peut le déplorer jusqu’à en crever de douleur ou de honte, mais il n’est pas difficile de le voir). Ensuite, parce que l’Union européenne non seulement n’est pas l’Europe mais comme je l’exprime en conclusion, elle ne le sera jamais, malheureusement, et constitue même un formidable obstacle à la construction d’une Europe politique digne de ce nom.

                      Du reste, je m’abstiendrai de dire le peu que je crois savoir des soi-disant « pères fondateurs » de ce machin qui, depuis le départ, s’est fait passer pour l’Europe que « nous » voulions. Même si je peux difficilement m’abstenir de conseiller la lecture de bouquins comme Europe, la trahison des élites, de R.-M. Jennar ou Le choix de la défaite de A. Lacroix-Riz (une association un peu incongrue, peut-être... mais disons : le premier pour le passé proche, le second pour les origines).


                    • Saul 21 juin 2012 23:21

                      Pour l’Euro, l’heure du bilan a sonné par Jacques Sapir :

                      http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/71/03/75/PDF/FMSH-WP-2012-12_Sapir1.pdf

                      Une autre lecture indispensable pour qui veut appréhender correctement les causes de la crise de la zone euro, le manque apparent de compréhension de ses dirigeants de l’effet destructeur de mécanismes économiques et financiers qu’ils mettaient en œuvre d’un commun accord, l’inanité des remèdes appliqués, même aujourd’hui, etc


                      • Personne 23 juin 2012 22:54

                        Bonjour, merci pour cet article enrichissant ! Je voudrais juste relever des choses qui ne m’ont pas paru très claires : 

                        « Cela, d’ailleurs, on peut parfaitement le comprendre sans avoir la moindre connaissance en économie » ->J’imagine que le but de l’article est justement de démontrer cette assertion ?

                        « la monnaie unique plutôt que l’idée d’une monnaie commune » ... Quelle est la différence entre une monnaie unique et une monnaie commune ?


                        • sasapame sasapame 24 juin 2012 10:04

                          Merci à vous.

                          Cela ne vous étonnera pas si je dis : ce sont deux excellentes questions que vous posez. ;)

                          Je commence par la deuxième. Et je crois que ça finira pas mal de répondre à la première.

                          Pour le principe d’une monnaie commune, tout d’abord, je conseille vivement de lire la présentation qui en est faite ici : http://www.chomage-et-monnaie.org/2010/02/fiche-n%C2%B0-13-une-monnaie-commune-comment-ca-marche/

                          La monnaie commune est véritablement l’instrument adapté à une (bonne) organisation internationale, autrement dit à un système fondé sur la coopération de nations souveraines. Tandis que la monnaie unique, qui n’a rien à voir, ne peut fonctionner qu’au sein d’un État. Pour marquer la différence, je voudrais noter simplement quelques aspects essentiels.

                          Sur le plan opérationnel, je vois deux points absolument décisifs. D’abord, dans le cas d’une monnaie commune, le problème ne se pose pas de savoir comment (par quel miracle) contrôler une agence supranationale qui aura le pouvoir de créer de la monnaie ex nihilo, pour la bonne raison que ce pouvoir n’existe pas. En effet, la monnaie commune n’est créée qu’en contrepartie de la mobilisation de monnaies nationales qui son bloquées en vis-à-vis. Autrement dit, aucune agence supranationale souveraine ne peut augmenter la masse monétaire de son propre chef ; la monnaie commune n’est qu’un instrument d’échange, et la masse monétaire en monnaie commune n’est que le reflet d’une somme de monnaies créées par les États.

                          Ensuite, la question est de savoir comment assurer à la fois une bonne orientation du crédit et un équilibre juste entre la création des monnaies par chacun des États. Autrement dit, comment combiner la souveraineté de chacune des nations et un ordre international équitable ?

                          Avant de parler du procédé, je fais une remarque sur le fond. Parler de la finalité sociale d’une institution, c’est sans doute, bien sûr, le meilleur moyen d’inciter les gens intéressants à se mêler d’institutions... Vous ne manquerez pas de remarquer, dans la présentation citée, qu’au-delà de l’aspect institutionnel ressort l’idée de justice. Et on peut se demander si cela est nécessairement inclus dans le principe d’une monnaie unique. Je répondrais que oui, et je voudrais au moins esquisser une bonne base d’explication à cela. Au premier degré, il ne peut s’agir que de viser une forme d’équité entre les États mais au-delà, naturellement, il devrait s’agir de poursuivre un but de justice sociale. Entre les deux, comment poser le problème ? Ça peut paraître un peu bourrin, peut-être... mais disons qu’il s’agira d’orienter la monnaie vers les activités productives. Mais avant même de passer à cette échelon, quel principe d’orientation au plan international ?

                          L’un des plus célèbres projets de monnaie unique est probablement celui du Bankor de Keynes. Et on doit faire remarquer que l’un de ses fondements essentiels est également celui de ce qui devait être l’Organisation Internationale du Commerce (projet conçu à la même époque, et qui fut également saboté) : l’équilibre de la balance des paiements.

                          On redécouvre assez bien ce problème actuellement, en particulier avec la zone euro, quand on voit la politique « non coopérative » de l’Allemagne, qui consiste, pour un pays, à exporter beaucoup plus qu’il n’importe. Or, sur quoi reposent ces comportements « non coopératifs » sinon sur la tendance à moins rémunérer le travail pour mieux rémunérer les rentiers ? Voilà, en somme, pour ce qui est d’appréhender le mécanisme du côté de sa finalité.

                          Comme il est expliqué dans le lien cité, donc, l’idée est d’édicter une « règle d’or » qui consiste à faire en sorte que, si un pays exporte trop, l’avantage financier qu’il en retirera sera automatiquement annulé et le produit redistribué aux autres. Ce qui permet à la fois un rééquilibrage et une dissuasion des comportements « non coopératifs ».

                          Revenons-en au mécanisme, pour pointer un deuxième aspect fondamental. J’ai conscience qu’il faut du temps et de la patience pour se mêler sérieusement d’institutions, aussi je souhaite marquer un repère en soulignant que nous en revenons là à un aspect central de l’analyse que j’ai faite dans mon texte. Souvenez-vous du passage allant de la Lozère à l’Allemagne et à la Grèce.

                          Il est essentiel de noter que, dans ce schéma d’une monnaie commune, il ne s’agit surtout pas de réunir chaque année autour d’une table les gouvernements des différents États pour décider si on va procéder à des compensations, combien, pour qui, et par quel mécanisme. Non ! Comme j’ai tâché de le démontrer dans mon texte, on aurait forcément là une situation tyrannique, qui implique que la règle sera celle de l’arbitraire, que les gros États l’imposeront aux petits et, surtout, qu’elle sera décidée par les puissances privées du moment, au bénéfice d’aucun des peuples ainsi « représentés ».

                          Non, justement, la « règle d’or » en question est fixée une bonne fois pour toutes et n’est surtout pas révisable chaque année. Sinon, on se doute bien que les gros États, sous la pression de grosses puissances privées, quelles qu’elles soient, vont tout remettre en cause quand ces dernières le voudront. Mais pardonnez-moi d’insister, une fois de plus : c’est très exactement ce schéma qui caractérise un État, par opposition à un foutoir soi-disant « régulé » par un machin supranational : le fait que les « représentants » de la Lozère et ceux du département du Rhône ne peuvent pas eux-mêmes décider de remodeler quand ils veulent la constitution française...

                          Une fois que vous avez compris ça (enfin, si je me trompe, qu’on me le démontre...), pensez-vous franchement qu’il me faille revenir sur la première de vos deux questions ? Arrivé à ce stade, il me semble évident qu’on peut déjà conclure : une monnaie unique ne peut tout bonnement pas tenir dans le cadre d’une confédération. Je m’appliquerais volontiers à reprendre quelques aspects car, même si la démonstration me paraît rigoureuse, les « non économistes » auront peut-être manqué un ou deux jalons, de sorte qu’ils penseront ne pas pouvoir boucler eux-mêmes l’équation. Mais d’une part, si l’on veut des démonstrations économiques, elles abondent et, même si je pense les avoir plutôt bien assimilées, je ne suis pas le mieux placé, bien sûr, pour les exposer en repartant d’une feuille blanche ; d’autre part, faut-il être économiste pour comprendre que la monnaie est une institution dans toute sa splendeur et qu’elle est donc entièrement déterminée par des conditions politiques ?

                          C’est pourquoi j’ai préféré me restreindre, s’agissant d’aspects économiques, à un seul aspect et à un exemple simple, en partant de l’idée de la balance extérieure de la Lozère vis-à-vis du département du Rhône. Car n’importe qui peut comprendre ça. Vous parler ensuite de « chocs asymétrique », pourquoi pas, mais mieux vaut partir de l’idée qu’il y aura toujours, nécessairement, déséquilibre comptable (sauf à vouloir une uniformisation et une organisation terrifiante des comportements humains), puisque une monnaie unique signifie référentiel comptable commun, ce qui n’est pas du tout le problème, et d’en conclure qu’il doit nécessairement y avoir des transferts financiers entre « régions » pour que ce système tienne. Des transferts qui doivent être des dons / compensations et non pas, bien sûr, des prêts, et qui doivent se faire de manière automatique vu des « régions » concernées.

                          Je voudrais quand même évoquer deux ensembles de chiffres pour que le lecteur, au besoin, puisse s’assurer de l’importance et du caractère chronique des transferts financiers eu jeu.

                          D’abord, si vous prenez n’importe lequel des État fédéraux de la planète, vous pouvez constater que la part du budget public qui se situe au plan fédéral, comparée à celle qui est gérée par les États fédérés, Provinces, Cantons, Länders, etc. varie de 2/3 - 1/3 à 55% - 45%. Bref, le budget commun est énorme. Or il n’est pas besoin d’être économiste ni matheux pour en conclure que les transferts financiers entre « régions » sont proportionnels à la part commune du budget.

                          Ensuite, et il semble que ces graphiques vous montrent instantanément que le problème de l’euro n’est pas du tout dû à un trop grand écart des niveaux de vie (moyens) entre les pays concernés (étendre l’euro à l’UE dans son ensemble accroitrait certes fortement le besoin de redistribution, mais ne nous égarons pas), je vous invite à visionner cette petite série de graphiques de mon cru : http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=929981PIBparhabitantUEetzonevsUSAvsCanadavsFrancevsAllemagne2.jpg

                          Au premier degré, on pourra évidemment conclure qu’il faudrait accroître considérablement le budget européen. Avec un tel raisonnement « apolitique », on en arrive à prescrire des « euro-bonds »... ou même à vouloir confier une planche à billet soi-disant « publique » à la BCE. Mais toute la question est bien sûr de savoir comment contrôler les pouvoirs qui vont « gérer » ce budget et cette arme monétaire considérables. Bref, elle est purement politique et institutionnelle, et pour cela la technique économique ne nous est d’aucun secours.

                          Voilà, je m’arrête là pour le moment, disposé à revenir sur cette question si vous aviez des interrogations sur tel ou tel aspect.


                        • sasapame sasapame 24 juin 2012 12:18

                          Vers le début du message précédent, j’écrivais : « [...] au-delà de l’aspect institutionnel ressort l’idée de justice. Et on peut se demander si cela est nécessairement inclus dans le principe d’une monnaie unique. Je répondrais que oui, [...] » Je voulais parler ici de monnaie commune, bien sûr.


                        • Personne 24 juin 2012 12:29

                          merci pour ces nouveaux éléments ! Je ne réagirais pas tout de suite car je suis une intelligence plutôt lente, je vais prendre le temps de méditer tout ça :)


                          • sasapame sasapame 2 août 2012 16:52

                            Je souhaite vous signaler ce récent article de Jacques Sapir, qui démontre de manière toujours plus remarquable (et synthétique) que l’euro est condamné :

                            <url>http://postjorion.wordpress.com/2012/08/02/253-jacques-sapir-sauver-leuro/&lt ;/url&gt ;


                            • sasapame sasapame 25 septembre 12:21

                              Citations en appui de l’accusation faite en introduction (cf. note 4).

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