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On nous mène en bateau avec le « modèle allemand »

Si le modèle allemand était si fantastique, la première ministre allemande ne serait pas dans une logique de dérive nationaliste et prisonnière de l’extrémisme de son allié bavarois de la CDU, ou, du moins, elle aurait critiqué vertement les articles carrément racistes et dédaigneux des tabloïdes populaires allemands concernant la Grèce et par extension tous les pays du sud européen. Elle n’aurait pas tardé non plus à prendre des décisions aux prémices de la crise de la dette, ce qui aggrava la crise grecque et rendit caduques les premières mesures, trop tardives, de l’Europe, juste pour ne pas perdre les élections de plusieurs Länder. Peine perdue par ailleurs : depuis qu’ Angela Merkel est au pouvoir elle a perdu toutes les élections intermédiaires, même dans les fiefs historiques de la CDU, tandis que ses alliés libéraux mangent la poussière à chaque scrutin. Par contre, De Linke, qui n’était fortement implanté jusque là que dans les Länder de l’est représente désormais plus de 11% des suffrages nationaux. Tout cela n’est que calcul pour éviter des résultats électoraux calamiteux. 

Mais ces résultats ne sont que le résultat effectif de ce que la partenaire du président Sarkozy considère comme un modèle idyllique à suivre et à imposer au reste de l’Europe. Précarité de l’emploi, très bas salaires pour une grande partie de la population active, protection sociale anémique, prédation par les grandes enseignes à l’Est sur le dos des friches industrielles est-allemandes, pression sur les salaires par une population surexploitée de travailleurs saisonniers issue des pays limitrophes (Pologne, Ukraine, Biélorussie, etc.), paupérisation des classes moyennes, des scientifiques des universitaires de l’ex Allemagne de l’est, stagnation en conséquence du pouvoir d’achat interne que les exportations cachent mal. Que le président Français ose dire, puisqu’il fait de l’Allemagne un modèle à suivre impérativement, quel est le pourcentage des femmes dans le marché du travail. Qu’il indique quel est le salaire moyen des salariés mobiles, flexibilisés et corvéables à merci. Qu’il nous explique pourquoi il clame que les charges sont plus importantes en France quand en fait, en calculant les spécificités allemandes (dont les « impôts religieux ») les charges en France sont 20% moins importantes. Qu’il dise ouvertement que les multiples caisses d’assurance maladie sont des « fonds de pension », spéculent et - quand tout va bien - redistribuent, ce qui explique des salaires convenables, mais aussi la place de la finance dans le marché du travail et tout ce qui en découle. 

« L’Allemagne sera la cible de la fureur européenne  » vient de déclarer à Munich Robert Zelik, président de la Banque Mondiale, « si elle persiste dans sa politique de rigueur sans contrepartie significative de mesures de relance  ». Que le président français, qui prépare en ce moment une interview croisée avec Angela Merkel, assume cette politique d’austérité qui ne répond désormais qu’aux intérêts bien compris de la finance et de l’industrie exportatrice allemande et aux besoins électoraux de la coalition au pouvoir à Berlin. Et que les spécialistes et autres commentateurs audio-visuels prennent enfin la peine d’expliquer en détail ce que signifie pour le citoyen français l’alignement à cette politique. Au lieu de répéter invariablement qu’il n’existe pas d’autre choix. 

par Michel Koutouzis (son site) samedi 4 février 2012 - 83 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.53) 4 février 09:35
    Fergus

    Bonjour, Michel.

    100 % d’accord avec cet article dont le titre résume parfaitement le regard que l’on devrait porter sur l’Allemagne dessinée par Schröder : une Allemagne de l’extrême précarité et de l’isolationnisme qui porte les germes de son prévisible effondrement socioéconomique.

  • Par Ariane Walter (xxx.xxx.xxx.27) 4 février 09:45
    Ariane Walter

    Bonjour Michel,

    je partage , évidemment , ton indignation.
    En fait , l’Allemagne est un modèle quand on veut que le peuple soit pauvre et crève et que les fonds de pension nourrissent les vieux nantis.
    C’est un des arguments de la campagne de Mélenchon que j’apprécie le plus. Il sait parfaitement ,lui, l’ami d’Oscar Lafontaine qui assiste à ses meetings, remettre à sa place le fameux modèle allemand !
    Oui, bcp d’allemands ne vivent pas mieux que les Grecs !
    Nous sommes actuellement un des derniers ilots de société sociale ! Bon dieu, il faut se battre pour garder ça !

  • Par Ariane Walter (xxx.xxx.xxx.27) 4 février 10:41
    Ariane Walter

    Herbe : excellente comparaison avec le modèle espagnol !!
    Je pense aussi à Sarkozy vantant les subprimes américains !!!
     Celle-là on peut la ressortir !
     Il a quand même une analyse politique d’une étonnante sûreté !

  • Par leypanou (xxx.xxx.xxx.252) 4 février 11:04

    @auteur :
    Quand il s’agit de suivre le modèle allemand dans le sens qui les arrange, la majorité actuelle et les "nouveaux chiens de garde" (que je ne vais pas citer pour ne pas leur faire de la peine, ils passent souvent chez Y. Calvi par exemple) ne tarissent pas d’éloge. Par contre, ils ne parlent jamais ou presque du nombre d’annuités de 35 ans par exemple. De la même manière, quand "ils" disent que la cause du chômage en France est le manque de fléxibilité, "ils" se gardent bien de dire qu’au Royaume Uni où la flexibilité est à son maximum, cela n’a pas empêché le Royaume Uni d’avoir un taux de chômage qui a augmenté vertigineusement malgré cette flexibilité tant souhaitée.

    Bref, on a affaire à un enfumage permanent et les économistes non mainstream genre Frédéric Lordon ne trustent pas tous les jours les écrans de télé comme les "journalistes" du Figaro par exemple.

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