Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Europe > Pour garder la Grèce... préparer activement sa sortie de l’euro (...)

Pour garder la Grèce... préparer activement sa sortie de l’euro !

Un nouveau sommet européen avec la Grèce ce mardi pour rien !

Que veut vraiment Alexis Tsipras ?

Et comment négocier avec lui, puisqu'il évite consciencieusement toute négociation sérieuse ?

"Si vis pacem, para bellum" (Si tu veux la paix, prépare la guerre)... Pourquoi espérer obtenir de Tsipras quoi que ce soit, alors que depuis 5 mois la situation se tend toujours un peu plus, avec des conséquences de plus en plus graves pour la population grecque ?

Alors que Angela Merkel et François Hollande avaient pris la peine de se réunir lundi soir pour définir une position commune (solidarité et responsabilité, attente de propositions crédibles de la part du gouvernement grec), le nouveau ministre grec Euclide Tsakalotos est arrivé ce midi les mains vides auprès de ses interlocuteurs.

Il faut dire que certains gouvernants, dont Manuel Valls ce matin qui veut "tout faire" pour que le peuple grec se maintienne dans la zone euro" ("la France fait tout et fera tout pour que la Grèce reste dans la zone euro") ont l'attitude exactment opposée à celle qui peut fonctionner.

Car ce type de discours, bien compréhensible, est extrêmement contre-productif par rapport à un Premier Ministre Grec qui ne lâchera rien tant qu'il aura l'impression qu'au moins un de ses interlocuteurs essaiera de garder la Grèce dans la zone euro !

Garder la Grèce dans la zone euro...

Que les choses soient claires : nous sommes parmi les plus européens qui soient, nous voulons que la construction européenne continue, malgré les péripéties (nombreuses) et les défis croissants, et nous ne faisons pas partie de ces gens qui en appellent à "une autre Europe" qui tournerait le dos à ce qui a déjà été fait, avec ses brillants succès jusqu'à présent, et aussi ses insuffisances.

Cette poursuite de la construction européenne devrait (donc) passer par le maintien de la Grèce dans la zone euro, pour de nombreuses raisons, dont les 3 principales suivantes :

  • la sortie de la Grèce de la zone euro présente de nombreux risques, y compris par exemple pour l'augmentation des taux d'intérêts des dettes souveraines, et avec ses plus de 2000 milliards de dettes, la France est très exposée
  • pour les Grecs eux-mêmes cela représente un saut dans l'inconnu considérable
  • ce serait un signal politique important envoyé au reste du monde, qui accréditerait l'idée que la construction européenne peut aussi être défaite ; il faudrait alors relancer rapidement et de façon très active l'intégration dans la zone euro, pour montrer au monde qu'il n'en est rien (ce serait le bienfait de cette nouvelle crise).

Donc ce serait perdant / perdant, et un interlocuteur grec "raisonnable" devrait donc rechercher activement une sortie de crise.

Et nous sommes conscient de ce qu'il faut bien que le peuple grec ait une perspective, et que le montant actuel de la dette est insouenable. Mais la situation est compliquée par le fait que de nombreux pays (Espagne, Portugal notamment) ont entrepris des efforts très sérieux, qui commencent à donner d'excellents résultats, alors qu'ils n'ont pas bénéficié de réduction du niveau de la dette. Il faudra donc trouver une solution qui convienne à différents pays, vivant des situations très différentes, et cela demande à tous les acteurs une sacrée dose de bonne volonté.

... mais pas à n'importe quel prix !

Mais A. Tsiprasne est-il un interlocuteur "raisonnable", malgré son large sourire habituel ?

Et donner l'impression de vouloir à tout prix un accord mène généralement à des décisions très éloignées de l'intérêt bien compris des différentes parties, sur la durée. [1]

A. Tsiprasne est 'tellement convaincu de ces impacts négatifs pour l'Union Européenne et surtout pour la zone euro, qu'il est prêt à continuer sa danse au-dessus du volcan : il croit tellement que les inconvénients seront encore plus forts pour les autres pays qu'il ne lève pas le petit doigt pour aller dans le sens de ce que demandent ses interlocuteurs.

Et l'entretien de B. Obama par téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel renforce A. Tsipras dans sa conviction : "Nous continuons à encourager l'ensemble des parties à participer de manière constructive aux discussions", déclare Josh Earnest, porte-parole de l'exécutif américain, appelant une nouvelle fois à un compromis. 

... Surtout face à un 'négociateur' qui ne donne aucun signe de vraiment négocier !

Dans ces conditions, la seule manière de faire vraiment revenir A.Tsipras à la raison consiste à montrer à la fois de la détermination à chercher une solution, pour les populations européennes notamment, et une tout aussi claire volonté de préparer la sortie de la Grèce de la zone euro, aux yeux de tous également.

La façon la plus simple consisterait alors à travailler en deux groupes de pays, selon leur penchant actuel, certains pays comme la France et l'Allemagne devant être présents dans les deux groupes, ainsi bien sûr que les représentants de la Banque Centrale Européenne.

A cette condition, une éventuelle Grexit sera mieux préparée, et, paradoxe, mieux évitée !

Cette attitude a aussi l'avantage de limiter les conséquences d'une Grexit improvisée si elle devait quand même se produire, car il ne peut malheureusement pas être exclu que A. Tsipras recherche la sortie de l'euro de son pays, malgré ses dénégations récentes répétées.

Dans tous les cas, il semble bien chercher à faire porter le chapeau aux dirigeants européens, et à garder le beau rôle, alors que les conséquences pratiques pour la population grecque sont de jour en jour plus critiques.

 

Sortir dans tous les cas des blocages actuels !

Un conflit qui illustre bien la théorie de l'engagement : chaque partie est tellement engagée dans sa voie qu'elle ne peut agir autrement sans avoir l'impression de céder. Surtout que tout ceci se passe sous les yeux des médias, alors que les négociations réussies supposent généralement un secret minimal. Comme ce secret ne semble pas possible, il faut pouvoir mener les négociations d'une manière inhabituelle (et paradoxale).

Trouver une façon qui encourage les réformes structurelles, et leur efficacité réelle !

Il faut aussi pouvoir montrer de la bonne volonté, de la part des dirigeants européens, et cela pourrait passer par un engagement progressif de réduction de la dette, proportionnel aux résultats des réformes, obtenus sur la durée : plus ces réformes sont productives, et plus les aménagements accordés sur la dette sont significatifs

 

Et malheureusement, il ne faut pas se fier à certains signes apparents de 'bonne volonté' grecque :

  • remplacement du ministre grec des Finances Y. Varoufakis, probablement surtout parce qu'il a pris la parole dimanche soir devant la population grecque avant A. Tsipras
  • déclaration du nouveau ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, selon lequel la zone euro a montré mardi "une volonté politique de donner une nouvelle chance à la Grèce", avec des "progrès" au cours de l'eurogroupe auquel il venait d'assister, en prélude à un sommet de la zone euro convoqué en urgence après le référendum grec sur les plans de renflouement des créanciers. Car pendant ce temps ses interlocuteurs étaient furieux de n'avoir pas reçu de propositions sérieuses de sa part.

Bref, de la part des interlocuteurs européens, afficher une vraie volonté de trouver une solution est très important, mais cela n'empêche pas de déterminer efficacement toutes les difficultés liées à une possible sortie de la Grèce de la zone euro, et d'essayer d'en minimiser les impacts négatifs.

[1] Vouloir à tout prix un accord mène à un accord perdant/gagnant, ce qui tôt ou tard aboutit à des situations où toutes les parties perdent, car celui qui a perdu cherche à prendre sa revanche, quitte à perdre à nouveau


Moyenne des avis sur cet article :  1.15/5   (27 votes)




Réagissez à l'article

19 réactions à cet article    


  • Robert GIL Robert GIL 8 juillet 2015 08:35

    Les premières réactions des politiques en Europe montrent que la bourgeoisie n’accepte pas les résultats du référendum. Leur volonté, c’est de virer la Grèce de la zone euro pour l’isoler et faire obstacle à tout risque de contagion … ou de reprendre la main coute que coute par tous les moyens, car ils ont aussi peur que la Grèce aille chercher son bonheur ailleurs !

    Un accord est quand même possible, si tant est que les deux parties le veuillent. Et, justement, on est en droit d’avoir un doute sur les intentions des institutions européennes, lorsque l’on connait la nature tyrannique du pouvoir non élu de l’Eurogroupe et de la BCE. Il est donc possible, voire probable, que les dirigeants de l’Eurogroupe et de la BCE fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour provoquer le chaos en Grèce.

    .

    Voir : LE PEUPLE A DIT : NON !


    • CN46400 CN46400 8 juillet 2015 08:44

       La semaine dernière Tsipras a dit que l’Europe il n’y avait pas de « propriétaires ni de locataires » Reste à chacun d’achever de comprendre cela....Tsipras ne viendra jamais à Bruxelles à genoux !


      • César Castique César Castique 8 juillet 2015 09:06

        @CN46400

        «  La semaine dernière Tsipras a dit que l’Europe il n’y avait pas de « propriétaires ni de locataires » Reste à chacun d’achever de comprendre cela.... »


        Ça pourra se faire quand certains des copropriétaires ne devront plus payer les charges de certains autres...

      • CN46400 CN46400 8 juillet 2015 10:49

        @César Castique


        Vous pensez sans doute aux Mirages 2000 vendus sous caution de l’état français à l’armée grecque....

      • César Castique César Castique 8 juillet 2015 11:13

        @CN46400


        « Vous pensez sans doute aux Mirages 2000.... »


        Il était question du fait que, dans l’Union – comme ils disent - européenne, il n’y a ni propriétaires ni locataires et du fait que tout le monde devrait le comprendre. 


        Votre histoire de Mirage 2000, les quinze pays qui sont pour l’éjection de la Grèce de la zone euro - seuls la France, l’Italie et Chypre, font exception – n’en ont rien à cirer. Eux, ils ne veulent plus passer à la caisse. 


        Pas pour emmerder les Grecs, mais parce que leurs électeurs sont las pour les moins atteints, exaspérés pour les plus touchés. Et parmi ces derniers, les électeurs de la Reichkanzlerin.


      • César Castique César Castique 8 juillet 2015 11:55

        @César Castique

        ...Reichskanzlerin...


        Toutes mes excuses à nos jeunes lecteurs, et en particulier à ceux qui ont une connaissance de l’orthographe fondée sur la mémoire visuelle.

      • diogène diogène 8 juillet 2015 08:46

        il existe déjà un memebre d e l’UE qui profite des avantages que lui procurent cette appartenance sans en subir toutes les containtes : la Grande-Bretagne.


        pourqoi pas imaginer une union dans laquelle chaque membre aurait un statut particulier : la règle des exceptions !

        • Laurent Simon 8 juillet 2015 08:54

          @diogène C’est déjà le cas, il y a déjà beaucoup de règles spécifiques, pour de nombreux pays européens. Et je ne vois pas vraiment en quoi cela changerait les choses, dans ce cas précis ;
          Mais pour ce qui concerne la monnaie unique, il faut bien des règles communes !


        • 6ber 6ber 8 juillet 2015 10:01

          Pourquoi ne pas dire clairement à la population quels seraient les avantages et les inconvénients d’une sortie de l’ Euro et donc de choisir en toute connaissance de cause ?
          Bien que nous soyons dans une large majorité favorable au référendum populaire, il n’en reste pas moins que nous votons en aveugle.
          Quand cessera-t-on de nous infantiliser ?


          • César Castique César Castique 8 juillet 2015 11:15

            @6ber

            « Pourquoi ne pas dire clairement à la population quels seraient les avantages et les inconvénients d’une sortie de l’ Euro et donc de choisir en toute connaissance de cause ? »


            Parce que personne ne le sait, puisqu’on trouve des prix Nobel d’économie pour prédire un cataclysme pour les Grecs, et d’autres prix Nobel d’économie qui affirment que la sortie est la seule solution.

          • pierre 12 juillet 2015 10:17

            @César Castique
            personne ne connait les effets au niveau de la vie quotidienne car cela dépendra de la fiscalité alors appliquée. Si sortie de l’euro et annulation de la totalité de la dette tout baigne, sauf sauf pour un pays comme la Grêce qui importe TOUT et paiera donc en drachme forcément dévaluée à mort par rapport à l’euro/dollard. (idem pour la France d’ailleurs)


          • Dwaabala Dwaabala 8 juillet 2015 10:57

            La crise qui secoue la construction européenne ne met pas en opposition la Grèce aux autres États, mais les forces sociales qui refusent les cures d’austérité aux forces anti démocratiques du libéralisme, partout en Europe, en France y compris.
            Que n’ont-elles pas fait pour tenter de discréditer Syriza aux yeux des Grecs  ? le référendum était une opération anti-européenne, le non au plan d’austérité était un refus de l’euro  !
            Que ne font-ils pas aujourd’hui pour tenter de discréditer la Grèce ? Et nous en sommes au temps du déni de leur propre défaite.


            • Laurent Simon 8 juillet 2015 11:16

              @Dwaabala Certains dirigeants européens ont eu tort dans certaines de leurs prises de position avant le référendum, cela a été contre-productif, en augmentant la puissance du vote NON, par simple réaction.

              Mais il n’est pas besoin de discréditer le gouvernement grec, qui réussit très bien tout seul !

              Quant au peuple grec, ce sont toujours les plus faibles qui paient dans ces cas là, c’est vrai malheureusement depuis plusieurs années en Grèce (les dirigeants antérieurs ne s’étant pas attelé à de vraies réformes structurelles, n’ayant pas cherché à imposer les plus riches, les armateurs en particulier, ni à créer enfin un cadastre, ni à réduire la corruption).

              Et c’est encore plus vrai depuis que Syriza est au pouvoir !


            • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 8 juillet 2015 12:00

              C’est le B.A. BA de la négociation : on utilise ses avantages, on exploite les faiblesses des autres.

              Et Tsipras nous donne une bonne leçon :
              - Les grecs ont déjà acceptés des conditions drastiques ou totalement folles depuis 5 ans sans broncher
              - Il propose une solution à long terme, plutôt que de faire ce que lui imposent ces céanciers, c’est a dire la cavalerie (chainer les emprunts pour payer ses dettes) qui plus est est interdit pour le commun des mortels
              - Il ne fait pas de surenchère idéologique ou politique (la sortie de l’euro n’est pas sur la table, la souffrance du peuple/la victimisation n’est que sous-entendue, tout comme la nationalisation des dettes qu’il doit)
              - Il sait jouer ses pions (référendum) et sacrifier ses fous (Varoufakis)
              - Il sait jouer le temps et montre ainsi qu’il ne bluffe pas.

              Regardez les analyses en face : que du politique et du flou intégral, du populisme (c’est notre argent ! alors que c’était celui des banques) et surtout de la peur...

              Pourquoi c’est l’Europe qui dit vite vite vite et non pas Tsipras ? l’Europe nous cache-t-elle des pertes potentielles ?

              Ca c’est de la négociation !


              • Laurent Simon 8 juillet 2015 16:47

                Complément : Carole Barjon (Obs), LCP, ’Politique matin’ : « la partie de poker menteur, elle n’est peut-être pas là où on croyait qu’elle était. En fait on a l’impression que Tsipras, sachant que son peuple ne veut pas de mesures d’austérité, mais ne veut pas sortir de l’euro, en fait attend que ce soit les européens qui prennent la décision à sa place ! »


                • bernard29 bernard29 8 juillet 2015 19:03

                  @Laurent Simon
                  la force de Tsipras c’est que surtout, il sait que l’eurotechnocratie est coincée. Elle ne pourra pas mettre la Grèce dehors.

                   C’est aux eurocrates de bouger sur la dette. Lui, il a déjà fait des propositions de réforme, et c’est l’Europe qui traîne en longueur depuis 4 mois car ils ne veulent pas donner l’aval à un gouvernement qui prône un autre système politico économique en Europe. les choses changent en Europe et les institutions renâclent bien sûr avec véhémence, malhonnêteté, propagande éhontée, cynisme et utilisations des médias aux ordres. Bien sûr ils lâcheront le moins possible et essaieront de montrer que Tsipras a plié les genoux, mais ils cèderont pour garder la Grèce dans l’eurozone.

                  Peut être trois jours à attendre, et les eurobéats en seront pour leurs frais.


                • Laurent Simon 8 juillet 2015 19:26

                  @bernard29 « les eurobéats en seront pour leurs frais ». Nous verrons. S’il y a des eurobéats, je n’en fais pas partie, bien que je sois un européen convaincu, et que les europhobes ne pourront pas prouver le bienfondé de leurs thèses, sur la durée.

                  Ceux qui prônent ’un autre système politico économique en Europe’ se trompent lourdement, citez moi un seul pays où un tel système fonctionne (Cuba ?, la Corée du Nord ?, le Venezuela ?).. Et s’ils croient qu’ils pourront faire basculer un pays dans la prospérité avec ce système, en Europe, ils ne peuvent que se tromper !

                  Les dirigeants européens (tout aussi élus que Tsipras) ne peuvent ’bouger sur la dette’ facilement, pour plusieurs raisons, dont celle que les vraies réformes structurelles ont donné d’excellents résultats en Espagne, au Portugal, en Irlande, dans les pays Baltes, etc.


                • Laurent Simon 8 juillet 2015 23:27

                  Complément : JD.Giuliani, Cdansl’air : « il y a un jeu politique, pour qui va porter la responsabilité de la catastrophe. ... Imaginez qu’il y ait un accord. A. Tsipras va faire pendant 3 ou 4 ans le contraire de ce qu’il a promis. Donc normalement il y laisse sa carrière. Donc je comprends qu’il n’ait pas très envie. Donc on peut le soupçonner de jouer un double jeu. »


                  • Lonzine 12 juillet 2015 18:43

                    Juste une tout petit bémole, certains ici en France réclament (de plus en plus fortement...) de sortir de l’euro, « on » leur rétorque immédiatement que c’est impossible, mais bien sûr l’élasticité des règles va le permettre pour les Grecs ?  :->

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès