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Pourquoi l’Allemagne refusera les euro obligations

Euro obligations, euro obligations, euro obligations : c’est le nouveau mot magique des cabris du 21ème siècle face à la crise financière. Pourtant, un examen de leurs modalités conduit à largement relativiser leur efficacité potentielle autant que la possibilité pour l’Allemagne de les accepter.

Les euro obligations, ou la fin de l’euro

Patrick Artus en a fait le sujet d’une de ces dernières notes en concluant « on ne pourra pas éviter les euro bonds ». Il note justement qu’au bout d’un certain temps, la BCE risque de vouloir freiner ses rachats de dettes espagnoles et italiennes. Il faut noter le succès de cette opération pour faire baisser les taux d’intérêt à dix ans de ces deux pays qui tournent autour de 5% aujourd’hui après s’être envolés au-delà de 6% début août. Mais l’appétit de la BCE risque de se tarir.

En effet, la Banque Centrale Européenne a déjà racheté pour plus de 90 milliards d’euros de dettes souveraines des PIIGS, et son appétit risque d’être un peu limité devant les 2700 milliards de dettes souveraines italiennes et espagnoles. Patrick Artus évoque donc deux possibilités (qui sont proches en fait) : un renforcement du FESF ou des euro obligations. Sinon, « la seule solution serait de sortir de l’euro et de monétiser les déficits publics sur une base nationale ».

Comment demander 4000 milliards à l’Allemagne ?

C’est pourquoi beaucoup pensent que l’Allemagne finira par céder et accepter les euro obligations. Mais les partisans de cette solution devraient quand même étudier un peu plus en profondeur ses implications. Le PIB de la zone euro était d’environ 9400 milliards fin 2010, dont 2600 milliards pour l’Allemagne. La proposition du centre Bruegel de mai 2010 consiste à collectiviser les dettes publiques à hauteur de 60% du PIB en une tranche sénior qui serait collectivement garantie.

Que cela implique-t-il pour l’Allemagne ? In fine, cela signifie que Berlin deviendrait caution solidaire d’environ 5600 milliards de dette collective dont seulement 1600 milliards lui reviennent à la base (sachant qu’il y aurait en plus 600 milliards environ de dette souveraine allemande au-delà des 60% du PIB). En clair, le mécanisme présenté par les cerveaux malades de certains eurocrates revient à demander à l’Allemagne une garantie de 4000 milliards d’euros, 150% de son PIB.

Pas étonnant que les Allemands toussent et refusent mordicus cette proposition depuis le début. En outre, il est probable que cette dette fourre-tout augmente les taux d’intérêt payés par l’Allemagne (la presse locale fait état d’un surcoût de 17 milliards). Pire, la dette émise au-delà des 60% du PIB risque d’être payée très chère, même par l’Allemagne, du fait qu’elle serait caution solidaire de plus de 5000 milliards de dettes qui auraient priorité sur toute émission purement nationale…

C’est pourquoi il est proprement hallucinant de voir les dirigeants socialistes critiquer aussi vertement la décision de l’Allemagne de refuser les euro obligations. Se rendent-ils seulement compte des sommes qu’ils demandent à Berlin de garantir ? Quelle légèreté devant l’argent public également car la France serait aussi garante des 5600 milliards de dettes qu’implique le dispositif !

Une proposition dysfonctionnelle et irresponsable

En fait, ce qui est incroyable avec cette proposition, c’est qu’elle ne marcherait même pas. Bien sûr, on sécuriserait le financement des Etats jusqu’à 60% du PIB, mais que ce passerait-il au-delà ? Et même pour l’Allemagne, car elle se serait portée caution sur une dette senior de 5600 milliards… Il est évident que les prêteurs demanderaient des taux confiscatoires pour la dette souveraine qui irait au-delà des 60% du PIB. Qui voudrait prêter à l’Italie les 60% restant ? A quel taux ?

Bref, même les euro obligations ne parviendraient pas à stopper la spéculation, elles ne feraient que la déplacer sur les dettes souveraines restantes. A la rigueur, seule une monétisation totale des dettes souveraines pourrait fonctionner, mais il faudrait décupler le bilan de la BCE ! En outre, il serait irresponsable de monétiser des montants différents de dette par pays car cela reviendrait à donner une prime à ceux qui se sont le plus endettés.

Bref, les euro obligations ne sont pas une solution et il est normal que l’Allemagne les refuse. Et que le SPD et les Verts défendent une telle idée lors des élections législatives de 2013, ils seront balayés par les électeurs et cela pourrait bien être l’acte de décès définitif de la monnaie unique.


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10 réactions à cet article    


  • Laurent Herblay Laurent Pinsolle 22 août 2011 11:17

    @ Kerjean


    Je crois qu’avec un peu de recul, il est impossible que l’Allemagne accepte les euro obligations. Quand on examine un peu les conséquences, elles sont telles que je ne crois pas que Berlin puisse accepter un tel engagement (4000 milliards de caution si on suit la proposition de Bruegel).

    Après, je suis d’accord, si l’Allemagne acceptait, ce serait sans doute avec des conditions qui feraient des gouvernements des préfets de la Commission et de la BCE. Mais même là, ce qui aurait été fait pourrait de toutes les façons être défait (et le serait rapidement).

    • LE CHAT LE CHAT 22 août 2011 11:22

      Votre voisin qui fait le kakou avec un 4X 4 flambant neuf , n’arrive plus à payer les traites , vous allez les payer à sa place ????????


      • titi 22 août 2011 12:25

        Le chat a quand même raison.

        Les Allemands ont avalé des couleuvres dans la décennie passée : augmentation de l’age de la retraite, obligations faites aux chomeurs d’accepter toutes offres, etc...
        Tout cela pour une situation d’endettement qui n’est pas fameuse non plus.

        Bref tout ce que les Grecques, Italiens, Espagnols et autres n’ont pas voulu faire ces dernières années, les Allemands l’ont accepté sans sourciller.

        Et maintenant on vient leur dire « garantissez la dette »... Euh... c’est une plaisanterie ?

         


      • BA 22 août 2011 16:20

        Dimanche 21 août 2011 :

         

        Economie : pour Angela Merkel, les euro-obligations ne sont pas la solution.

         

        Les euro-obligations ne sont pas la réponse à la crise de la dette dans la zone euro, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel.

         

        « Les euro-obligations sont tout à fait la mauvaise réponse à la crise du moment », a-t-elle dit, dans un entretien à la chaîne ZDF qui doit être diffusé dimanche 21 août.

         

        « Elles nous amèneraient à une union de la dette, et non à une union de la stabilité ».

         

        L’émission d’euro-obligations coûterait des milliards d’euros à l’Allemagne chaque année, selon des calculs du ministère allemand des Finances cités par l’hebdomadaire Der Spiegel.

         

        « La première année cela signifierait 2,5 milliards d’euros d’intérêts en plus pour le budget du ministre des Finances Wolfgang Schaüble, et la seconde année les coûts seraient deux fois plus élevés », écrit Der Spiegel dans des extraits de son enquête transmis à la presse.

         

        Au bout de dix ans, le coût total serait de 20 à 25 milliards d’euros, selon les calculs du ministère des Finances.

         

        Un ministre des Finances européen ?

         

        Schäuble se dit pour sa part personnellement disposé à transférer la souveraineté nationale à Bruxelles pour assurer la stabilité de la zone euro sur le long terme, mais il a ajouté que la zone euro elle-même n’était pas prête à cette éventualité.

         

        « En tant que personne, Wolfgang Schäuble serait déjà prêt à déléguer la souveraineté à Bruxelles. L’idée d’un ministre des Finances européen ne me pose aucun problème », dit-il, dans un entretien publié dimanche par le Welt am Sonntag.

         

        « Mais en tant que ministre des Finances, je dis qu’il est de notre devoir de résoudre les problèmes ici et maintenant, et ce le plus rapidement possible sur la base des contrats existants ».

         

        Cette idée d’un ministre des Finances européen est notamment préconisée par le président du directoire de la Commerzbank Martin Blessing, dans un entretien au Welt am Sonntag.

         

        « Avec l’instauration d’une union budgétaire, Bruxelles doit avoir le droit de reprendre des prérogatives budgétaires à des pays qui ne respectent pas les règles, ainsi que re prélever ses propres impôts et de créer un organisme commun pour émettre des emprunts », dit-il.

         

        La France et l’Allemagne sont farouchement opposées à l’idée d’émettre des emprunts pour le compte de l’ensemble de la zone euro, comme le prônent beaucoup de professionnels des marchés pour mettre un terme à la crise de la dette souveraine européenne.

         

        (Dépêche Reuters)


        • Marco07 22 août 2011 23:17

          @Laurent, merci pour l’article.


          • Roosevelt_vs_Keynes 22 août 2011 23:35
            L’effondrement est hors de contrôle — Appel urgent pour un Glass-Steagall global

            • Laurent Herblay Laurent Pinsolle 23 août 2011 10:43

              @ Kerjean


              L’exemple du pétard me semble intéressant. Il est clair que les dirigeants européens ne nous proposent que des expédients qui ne résolvent rien et que le mistigri (autre variante du jeu du pétard) ne cesse de grossir. En même temps, il ne faut pas oublier une chose : le secteur financier sera à terre quand la crise des dettes souveraines prendra une autre dimension, et là, nous aurons une grande liberté d’action...

              Je prends votre point sur la Grèce mais je pense que ceci démontre tout simplement que le système actuel de la monnaie unique ne marche pas... Je comprends les allemands, même si je note que leur modèle de croissance ne peut fonctionner que si tout le monde ne les suit pas et qu’il pose le problème de la base productive dans le reste de la zone euro.

              • sparte sparte 15 septembre 2011 16:58

                Je comprends les allemands, même si je note que leur modèle de croissance ne peut fonctionner que si tout le monde ne les suit pas
                ____________

                vous voulez dire que leur excédent commercial se fait au détriment de notre ... déficit ?


              • BA 28 août 2011 00:32
                Deux docteurs essaient de sauver la créature de Frankenstein :


                • sparte sparte 15 septembre 2011 16:54

                  Il ne s’agit pas d’éponger d’un coup les 4.000 milliards de toutes les dettes publiques
                  il y a suffisamment eu de désinformation pendant l’été pour que vous en rajoutiez pas une couche à la rentrée !
                  ainsi :
                  actuellement la France emprunte 10 mds par semaine : elle n’aurait pas besoin de 1.700 mds d’un coup !

                  Et pourquoi l’Allemagne devrait tout payer à elle seule ?
                  autres peuples peuvent pas se mettre à travailler aussi ?

                  Et la confiance en l’Euro de la part de la Suisse, la Chien, la Russie vous n’en dites rien ?
                  Géo politiquement rien n’est joué... les banksters n’ont pas encore gagné ... mais évidemment si des politiciens français jouent leurs cartes ...

                  Faut revenir sur terre

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