Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Europe > Qu’attendre de la présidence danoise ?

Qu’attendre de la présidence danoise ?

Dans un contexte économique difficile, le Danemark a succédé le 1er janvier dernier à la Pologne à la tête de la présidence tournante de l'Union Européenne. Un paradoxe pour un pays ayant préféré rester hors de la zone euro, et qui se retrouve aujourd'hui en première ligne face à la crise de la monnaie unique. Un événement d’importance relative également, tant les principales puissances européennes ont emprunté la voie intergouvernementale pour faire face aux défis économiques actuels, court-circuitant le système communautaire.

« Nous attendions avec impatience les six prochains mois durant lesquels le Danemark détiendra les clés de la machine européenne. Maintenant notre préparation active va enfin donner lieu à des activités et des résultats concrets. » C'est avec ces mots que le ministre des Affaires Européennes du gouvernement danois Nicolai Wammen a affirmé, lors d'une conférence de presse organisée pour l'ouverture de la présidence danoise de l'Union Européenne, la volonté de l'administration Thorning-Schmidt de poser son empreinte sur les décisions européennes lors des six prochains mois. Mais au vu de l'importance décroissante de la présidence tournante de l'Union Européenne, du leadership accru exercé par le couple franco-allemand, et du virage inter-gouvernemental opéré par l'Union Européenne face à la crise économique, il y a fort à parier que ce petit pays de 5,3 millions d'habitants, à l'écart de la zone euro, risque de manquer de légitimité et de poids politique pour vraiment exercer de l'influence sur les politiques européennes. Dans ce contexte, que doit-on attendre de la présidence danoise ?

 Une ligne politique claire face à des enjeux importants :

 Dans le contexte économique et politique actuel, les enjeux de la présidence danoise sont clairs. Il s'agit avant tout d’œuvrer à la sortie de la crise économique et financière, de rétablir la croissance économique et l'emploi à l'échelle européenne, d'approfondir l'espace Schengen face aux pressions migratoires accrues, et de faire avancer les négociations budgétaires visant à établir le cadre financier européen 2013-2020 avant la fin de l’année. Face à ces quatre défis, la présidence danoise a identifié quatre domaines d'actions principaux et un certain nombre de priorités.

 -Une Europe responsable. C'est le volet économique du programme de la présidence danoise. Dans ce domaine, l'action consistera en la mise en œuvre des décisions économiques prises à l'automne 2011 ainsi qu'au conseil européen du 9 décembre dernier. La création du Mécanisme Européen de Stabilité, ainsi que son contrôle par la Banque Centrale Européenne seront assurés. Le renforcement du Pacte de Stabilité et de Croissance par la création d'une règle d'or à l'échelle européenne sera mis en œuvre. Le Pacte Européen de Compétitivité sera pour sa part approfondi. Par ailleurs, le Danemark souhaite mettre l'accent sur une surveillance accrue du secteur financier, espérant obtenir un consensus sur la révision du règlement sur les agences de notation. Enfin, il entend faire progresser les négociations budgétaires européennes en fixant des grandes orientations sur des domaines comme la Politique Agriculture Commune, la pêche, la recherche, l’énergie, l’environnement ou encore l’éducation.

 -Une Europe dynamique. Un des grands défis de l'Europe d'aujourd'hui est de retrouver un niveau important de croissance économique. Pour ce faire, le Danemark entend renforcer le marché commun. L'accent est mis sur des mesures de simplifications administratives (standardisation des lois commerciales, révision des normes comptables) visant à accentuer les échanges commerciaux entre les pays européens. Le commerce numérique, encore peu développé à l'échelle européenne, est également une priorité pour relancer la croissance. Enfin, sur le plan international, des accords de libre-échange bilatéraux avec le Japon, le Canada, l'Inde ou encore la Tunisie, devraient être conclus dans le but de stimuler l'activité économique par les exportations.

 -Une Europe verte. L'importance accordée à l’environnement est une marque de fabrique d'un pays pionnier en matière d'énergie éolienne (21% de sa production totale d'électricité) et de planification urbaine écologique. Les priorités dans ce domaine seront données à une redéfinition de la Politique Agricole Commune, visant à favoriser une agriculture durable, ainsi qu'à l’augmentation d'ici 2020 de l'efficacité énergétique de 20%. Pour ce faire, la présidence danoise entend militer pour d'importants investissements en matière d'énergies alternatives.

 -Une Europe sûre. Un des derniers défis majeurs auxquels est confrontée l'Europe est de répondre aux pressions migratoires croissantes qui ont suivi le printemps arabe. Le gouvernement en fait une priorité de sa présidence. Pour y parvenir, il souhaite achever la mise en application du programme de Stockholm, adopté en 2009, et qui vise à établir un régime d'asile européen commun et unique, basé sur un équilibre entre la liberté des demandeurs d'asile et la sécurité européenne. Les Danois préconisent aussi un renforcement des mécanismes de l'espace Schengen, comme par exemple la création d'un instrument d'alerte permettant d'évaluer d'éventuelles pressions sur les frontières européennes et de prendre des mesures rapides pour y faire face.

 Dans le contexte actuel, les questions économiques et financières devraient primer, reléguant au second plan des enjeux comme l’environnement ou l’immigration. Le gouvernement danois, à la tête d’un petit pays hors zone euro, aura-t-il pour autant une légitimité suffisante pour jouer un rôle moteur sur ces questions ?

 Quelle légitimité pour un petit pays hors zone euro ?

 Le Danemark est un petit pays à forte consonance patriotique dont la population est plutôt réticente à la construction européenne. Ainsi, elle s’exprima par la voix référendaire contre le premier projet du traité de Maastricht en 1992, puis contre l’adoption de l’euro en 2000. Qu’un pays n’appartenant pas à la zone euro soit à la tête de l’Union Européenne en plein cœur de la crise de la monnaie unique peut donc paraître illégitime. Mais le Danemark est lié à la monnaie commune dans le cadre du Mécanisme de Change 2, limitant les fluctuations de la couronne danoise par rapport à l’euro à 2,5% et interdisant toute dévaluation. De plus, en tant que petit pays, il est très sensible aux fluctuations monétaires, et a tout intérêt à œuvrer pour un euro stable. Lors du sommet européen du 9 décembre dernier, le Danemark avait pris une posture conciliatrice entre les pays de la zone euro et les autres, tentant de militer pour un accord impliquant les 27 pays de l’Union Européenne. Cette démarche n’avait pas été couronnée de succès, mais les dirigeants danois, à l’image du ministre des Affaires Européennes Nicolai Wammen affirmant vouloir « unifier les pays qui sont dans la zone euro et ceux qui sont en dehors », entendent continuer dans cette voix. Mais cette démarche avait également irrité le président français Nicolas Sarkozy, qui s’en était pris à Helle Thorning-Schmidt, remettant en cause sa légitimité au vu de son inexpérience politique mais aussi de la position danoise face à l’euro. C’est bien là que le bât blesse. Si la posture conciliatrice adoptée par la présidence danoise est louable et intéressante, le pays semble manquer de légitimité politique sur le plan européen pour jouer ce rôle. D’autant plus que les affaires principales de l’Europe semblent se jouer de plus en plus au niveau multilatéral entre les grandes puissances du vieux continent.

 Quel pouvoir pour la présidence tournante ?

 Le rôle de la présidence tournante de l’Union Européenne a clairement perdu en importance depuis le traité de Lisbonne. L’instauration d’un président permanent du Conseil Européen, en la personne d’Herman Van Rompuy, a déchargé la présidence tournante de sa fonction de diriger les conseils des chefs d’Etats et de gouvernements européens. La création d’un poste de Haut Représentant Européen, exercé par Catherine Ashton, a affaibli ses prérogatives en matière d’affaires étrangères et de politique de sécurité. Le renforcement des pouvoir du Parlement implique une plus grande négociation avec les députés européens, alors que l’instauration d’une « Troïka » de présidence, chargée de suivre un programme commun sur une période de 18 mois, a entamé l’autonomie du pays président. Les seuls pouvoirs de la présidence tournante sont donc de déterminer l’ordre du jour des Conseils Européens, et par conséquent de jouer un rôle d’impulsion du processus législatif, mais également de coordonner leurs travaux. Mais même dans ce domaine, son autonomie est réduite, tant depuis le début de la crise de la zone euro les grandes puissances européennes (en particulier l’axe franco-allemand) ont repris la main sur le calendrier et les décisions européennes. Il est dans cette optique symbolique de noter que le 9 janvier dernier, alors qu’Helle Thorning-Schmidt rencontrait Herman Von Rompuy à Copenhague pour discuter des grandes lignes de la présidence danoise, Nicolas Sarkozy déjeunait à Berlin avec la chancelière allemande Angela Merkel, avec à l’ordre du jour la question de l’instauration d’une taxe sur les transactions financières au niveau européen. Dans ce contexte, le centre décisionnel de l’Union Européen sur les grandes questions économiques actuelles se trouve moins du côté de Copenhague que de l’axe Berlin-Paris.

 Vers une présidence plus fonctionnelle :

 Du côté de l’administration de Christianborg on ne se fait donc guère d’illusions sur la vraie influence exercée par le Danemark à la tête de l’Union Européenne. Les médias locaux ont bien conscience que leur pays pèsera peu dans le jeu du pouvoir face à la crise de la zone euro. Selon l’agence de presse local Ritzau il s’agira alors de « concentrer son énergie politique pour avoir une présidence efficace dans tous les autres domaines au sein de l’UE où les ministres danois sont invités à la table des négociations. ». Par ailleurs, un des grands enjeux de cette présidence, marquée notamment par des négociations budgétaires, sera de trouver des compromis acceptés par tous afin de parvenir à des propositions concrètes. Le Danemark, caractérisé par une prépondérance des gouvernements minoritaires impliquant un art du consensus parlementaire, excelle en la matière. C’est dans ce domaine, ainsi qu’en maintenant le cap en matière d’engagement environnemental dans les politiques européennes, que le pays devra poser son empreinte sur cette présidence. Un travail de l’ombre certes, mais qui ne sera pas sans importance pour l’avenir de l’Europe.


Moyenne des avis sur cet article :  3/5   (2 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • vida18 12 janvier 2012 11:03

    Après la présidence, le gouvernement danois devrait organiser un référendum pour supprimer les dérogations du pays sur sa coopération à la politique de défense commune et la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures.


    • LE CHAT LE CHAT 12 janvier 2012 11:51

      rien , comme ce qu’on a retenu des deux présidences de 2011
      la crise va rendre encore plus inaudible ce néant ...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

sylvain chanzy


Voir ses articles







Palmarès