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Quel projet pour l’Europe : se rassembler ou se ressembler ?

Dans un article publié dans « Le Figaro » le 5 mars 2005, Valéry Giscard d’Estaing proposait de fixer les frontières de l’Europe en invoquant, pour ce faire, 2 critères : un critère géographique et un critère historico-culturel.

Le critère géographique conduit à rejeter la Russie et la Turquie, la première parce qu’elle donne sur le Pacifique, la seconde parce qu’elle est majoritairement en Asie.

Le critère historico-culturel conduit, lui, à rejeter tous les pays qui ne partagent pas au moins deux des éléments suivants : un héritage culturel (la civilisation gréco-latine), religieux (les racines chrétiennes, catholiques, protestantes et orthodoxes), et humaniste (les Lumières).

L’usage de ces critères permettra de dessiner une « Europe européenne » ayant une identité culturelle commune.

Car, c’est bien là tout l’intérêt du débat : pour avancer et peser dans le monde, l’Europe doit avoir une identité forte à faire valoir. Sans identité commune, l’Europe sera d’abord mue par les intérêts nationaux et nul espoir, dès lors, de la voir émerger au rang de puissance mondiale.

Pour VGE, l’identité se fonde sur la géographie et sur l’histoire : les Européens doivent avoir le sentiment de partager un même sol et un même vécu.

Bref, pour avancer, les européens devraient d’abord se « ressembler ».

De l’autre côté, c’est-à-dire chez les partisans de l’entrée de la Turquie ou de la Russie dans l’Union, on partage le même postulat : effectivement, les Européens doivent partager une identité commune. C’est la condition d’une Europe forte.

Mais, les critères ici sont différents. Ce sont, en quelque sorte, les critères dits de Copenhague qui permettent de valider ou non la candidature d’un pays à l’Union : faire le choix de la démocratie, de l’économie de marché, du respect des minorités. Nulle obligation pour ce qui concerne la situation géographique ou l’héritage historico-culturel.

Pour ces Européens-là, ce qui compte, c’est moins de se ressembler, que de se « rassembler » autour d’idéaux humanistes qui n’ont que faire de l’histoire et de la géographie.

Lequel de ces deux modèles est en train de l’emporter aujourd’hui ?

A l’évidence, le second a pris de l’avance puisque les critères de Copenhague président à l’examen de toute nouvelle candidature.

Les promoteurs du premier modèle, à l’image de VGE, mettent en garde, critiquent, commentent mais force est de constater que leur analyse n’est pas celle qui prévaut aujourd’hui lorsqu’il s’agit d’encadrer l’élargissement de l’Union.

Et que prévoyait le projet de traité constitutionnel en la matière ?

En réalité, il ne tranchait pas la question, de sorte que celle-ci reste ouverte.

L’article I-58 précisait, en effet, que « l’Union est ouverte à tous les Etats européens qui respectent ses valeurs ».

Les tenants de l’Europe qui se « ressemble » se satisferont de ce que l’Europe se limite aux Etats européens ! Mais, ils déploreront l’absence de précision sur la géographie ou sur l’héritage historico-culturel.

Les promoteurs de l’Europe qui se « rassemble » apprécieront la seule mention aux « valeurs » comme critère d’adhésion à l’Union.

Cette écriture, suffisamment ambigüe, pouvait contenter tout le monde.

L’Europe doit-elle unir des peuples qui se ressemblent, par la perception d’une histoire et d’une géographie communes, ou doit-elle rassembler des Etats unis au-delà de leurs différences par des valeurs qui les transcendent ?

Pour ma part, j’opte pour la seconde solution :

- je ne crois pas en l’existence d’une « Europe identitaire » pour reprendre l’expression de VGE : quelle identité commune partage-t-on quand on parle 21 langues ou que l’on croit en, au moins, 4 religions différentes ? Un Portugais ne se sent-il pas plus proche d’un Brésilien que d’un danois, un espagnol d’un mexicain que d’un hongrois, un français d’un québécois que d’un bulgare, un anglais d’un australien que d’un roumain ? ;

- c’est parce que cette identité n’existe pas qu’il est vain d’en faire le critère d’adhésion pour tout nouvel élargissement ;

- en contrepartie, il faut construire une identité européenne, car le postulat selon lequel, toute communauté qui ne se sent pas liée par des principes et des valeurs forts périclite, me paraît fondé.

- ces valeurs, ce sont à mes yeux celles proposées par les critères de copenhague : démocratie, droits de l’homme, respect des minorités ;

- mais le respect de ces valeurs ne saurait suffire : les Européens doivent mieux se connaître, ils doivent se côtoyer dès le plus jeune âge et tout projet qui va dans ce sens doit être défendu.

La mission des politiques n’est plus seulement aujourd’hui de construire l’Europe, c’est aussi de « faire » des Européens.


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