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Accueil du site > Actualités > Europe > Querelle linguistique en Belgique : le conflit des Fourons

Querelle linguistique en Belgique : le conflit des Fourons

Passionnant documentaire que celui passé lundi 21 février sur les ondes de France Culture. Il traite des Fourons, petit territoire belge de six communes à la frontière des Pays Bas, et lieu d'un virulent conflit linguistique depuis 1963.

Cette année-là est définie la frontière linguistique entre Wallonie et Flandres. Les quelques dizaines de milliers de Fouronnais cochent majoritairement la case "néerlandais". La langue utilisée au quotidien est en effet un dialecte de la famille du néerlandais, le limbourgeois. Or, la langue des affaires et du commerce est le français, et les Fouronnais sont donc aussi pour la plupart francophones et irrésistiblement tournés vers l'espace francophone. En se définissant comme parlant néerlandais, ils ne calculent sans doute pas les implications à venir : les Fourons sont rattachés au Limbourg et deviennent ainsi une enclave administrative flamande en Wallonie.

La résistance, pacifique, s'organisera rapidement à partir de ce moment-là pour affirmer l'identité wallone des Fourons et réclamer un rattachement à la province francophone de Liège. Les manifestations régulières deviendront un lieu de tension et même d'affrontement entre Fouronnais francophones et nationalistes flamands qui descendent régulièrement de Flandres. Cela n'empêche pas les Flamands de s'installer toujours plus nombreux et d'inverser en leur faveur le rapport de force démographique. Au point d'élire ces dernières années un bourgmestre néerlandophone. Avec le temps, les clivages perdent en intensité, mais la plaie reste béante et le ressentiment important. 

Cette histoire assez rocambolesque illustre finalement à merveille l'impasse politique actuelle dans laquelle se situe la Belgique. La cohabitation entre communautés flamande et wallonne se révèle ainsi de plus en plus chimérique, et ceci malgré les quelques manifestations patriotiques belges de ces dernières semaines. Le fait est que le processus actuellement en cours de construction d'un Etat-nation par le nationalisme flamand condamne vraisemblablement à terme le pays du roi Baudouin. La nette droitisation de ce nationalisme flamand, quant à elle, inquiète à plus d'un titre.

Le royaume de Belgique s'est constitué au XIXe sur des bases vaseuses. Ce pays est d'emblée marqué par la domination politique, sociale et linguistique de la bourgeoisie, francophone aux quatre coins du pays depuis la fin du XVIIIe siècle (alors que le peuple parlait divers dialectes néerlandais dans la partie flamande, et des dialectes romans dans la partie wallone). L'histoire de la Belgique jusqu'à nos jours revient dès lors à une domination d'une communauté linguistique sur une autre, et à une progressive inversion du rapport de force en faveur des opprimés d'hier. De ce point de vue, l'éclatement de la Belgique n'est finalement qu'un juste retour de l'Histoire. 

Pour conclure, je cite un des témoins du documentaire, militant fouronnais francophone qui défend l'utilisation de la langue française dans son arrondissement, effectivement menacée par le néerlandais. Je la trouve intéressante parce qu'elle associe les idée de démocratie, de respect des droits linguistiques et de transmission :

"La démocratie c'est aussi et surtout le droit de respecter les citoyens, et moi j'ai envie que mes enfants, mes petits enfants, mes arrières petits enfants puissent vivre en français à Fourons. Vous savez, quand on habite Paris, on ne s'imagine pas que dans un petit village on se bat pour pouvoir parler français. Ben ici on se bat effectivement pour parler français."

Il est à noter tout de même que ces militants francophones sont complètement indifférents au sort du dialecte néerlandais originellement parlé dans l'arrondissement. Si les francophones âgés de 50 ans et plus connaissent la langue vernaculaire, elle n'est cependant pas transmise aux plus jeunes qui ne connaissent que la seule langue française. Ironie de l'histoire, ce sont maintenant les jeunes néerlandophones de Fourons qui parlent et font vivre le limbourgeois...


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9 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 25 février 2011 10:35

    Bonjour, Frère Insolent.

    Excellent éclairage sur une histoire locale peu connue, mais dont la Belgique, pays à l’origine artificiel, n’est pas avare. 

    L’histoire des cantons rhénans, et par conséquent germanophones, d’Eupen, Malmédy et Saint Vith ne manque elle aussi pas d’intérêt !


    • asterix asterix 25 février 2011 11:59

      Bonjour cher Paotr,

      Merci pour ce rappel de notre histoire. Je préciserai simplement qu’à l’époque le PS remporta triomphalement les élections en les basant sur « Fourons, jamais la Flandre » et, une fois au pouvoir, renia,- comme d’habitude, sa parole, ce qu’il s’apprête encore à faire aujourd’hui même, non pour un mouchoir de poche, mais pour toute la périphérie bruxelloise.
      Des traîtres et rien que des traîtres uniquement capables de fausses promesses et de chiopages électoraux afin de s’assurer un pouvoir hégémonique là où ils sont majoritaires. Je rajouterai : rien pour les pauvres, rien pour la démocratie, rien pour le monde du travail, tout pour la poche de ses dirigeants. Le secrétaire général du parti ( Spitaels ) a été ensuite pénalement condamné pour son implication dans des commissions secrètes pour ventes d’hélicoptères militaires ( l’affaire Agusta ).
      Le parti politique le plus mafieux du pays...
      Autres temps, mêmes moeurs.


      • brieli67 25 février 2011 16:29

        c’est fou !!! nos fonctionnaires centripètes belges et français


        c’est si chic de parler français

        toujours en mission, en colonisation

        cf notre enseignant « Morice » qui a grandi en terres flamandes dénigrant la culture de ses aïeux.

        Oui ! Bruxelles est un îlot qui parle français complètement artificiel !


        que l’auteur au lieu de Pamphlet, de Story-Telling 

        un peu de vérité ne fait du mal à personne.

      • voxagora voxagora 25 février 2011 13:04

        Je vais garder dans mes tablettes cet excellent article,

        car ce que vous appelez une situation rocambolesque illustre certes une impasse politique,

        mais elle nous renseigne surtout
        sur ce que l’on a tendance à oublier en se focalisant sur les comportements :

        que ce qui nous constitue en tant qu’être humain, c’est le langage,
        et que le lieu où l’on habite vraiment, c’est sa langue.

        • zany 25 février 2011 17:17

          Pour ceux qui doute sur les « bienfait » de l’UE

          http://www.syti.net/ConstitutionAnnexes.html


          • brieli67 25 février 2011 18:38

            Quels rapports !!


            Garde tes délires pour toi

          • zany 25 février 2011 22:53

            Vérifie par toi même « mes délires » SUR LES SITES OFFICIEL


          • Christian 25 février 2011 17:19

            Incroyable quand même ! Partout dans le monde on est capable d’apprendre au moins une deuxième langue...sauf en Belgique. Partout dans le monde on sait parfaitement que si l’on va habiter dans un coin de pays, ou qu’il soit, c’est à nous a apprendre la langue originelle (vernaculaire) et non à imposer la notre. Il y a quand même une réelle mauvaise volonté !!

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