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Rêver l’Europe sur grand écran !

A l’heure où Sarkozy s’apprête à faire voter le traité simplifié des institutions, il ne faut pas simplifier la culture. C’est pourtant ce qui est demandé aujourd’hui par Sarkozy : recentrer la culture sur les résultats obtenus, ce qui aura pour effet de resserrer la création. Pour le cinéma, Cédric Klapisch pousse un coup de gueule dans le quotiden "Le Monde" du 5 novembre.

Le cinéma fait rêver mais il éveille aussi le regard, la conscience. S’il est temps de promouvoir un cinéma européen de caractère, ce n’est pas en faisant du Harry Potter à la sauce européenne.

Daniel Brühl est l’acteur fétiche du cinéma allemand nouvelle vague ou plutôt "post Mur de Berlin". Le cinéma allemand relève enfin la tête ! Mort en 1982 avec Fassbinder, il a connu quelques soubresauts géniaux avec Paris, Texas et Les Ailes du désir de Wim Wenders, ou encore, plus fugace et isolé, Bagdad Café de Percy Adlon. La relève n’est pas venue des auteurs mais d’un jeune acteur : Daniel Brühl. Vous le connaissez, c’est lui qui tient le premier rôle dans Good Bye Lenin  ! en 2003. En 2004, le revoilà dans The Edukators. Signe de succès, il figure très vite en excellente place dans la distribution d’un excellent film français Joyeux Noël (2005). Ce qui a fait revivre le cinéma allemand, c’est cette jeunesse d’après la chute du Mur de Berlin qui ne demande qu’à s’exprimer. Good Bye Lenin ! et The Edukators illustrent bien ce phénomène. Tout dernièrement, le film De l’autre côté de Fatih Akin (sortie prévue à la mi-novembre) semble promis à un beau succès.

Et en France ? Cédric Klapisch dit s’inscrire dans la même démarche que Pascale Ferran aux Césars. Avec elle et la Société des réalisateurs de films (SRF), il constate que la situation se dégrade rapidement, et qu’il devient urgent de réagir. Le cinéaste témoigne : "Un député européen me demandait récemment : ’Pourquoi n’y a-t-il pas d’Harry Potter européen ?’ Est-ce réellement ce que vous attendez tous ?" Il critique autant la commande faite par Sarkozy à Mme Albanel, ministre de la Culture, de favoriser la culture qui répond aux attentes du public, plutôt que le penchant élitiste d’un certain cinéma français. Avec Internet, le rêve sur grand écran n’a pas connu l’essor promis : il n’y a pas plus d’espaces pour plus de films. "Non ! Paradoxalement, plus on ouvre de fenêtres et plus les portes se ferment." C’est la même course à l’audimat et donc le formatage des oeuvres.

Klapisch plaide pour une audace politique en matière culturelle qui vienne contrebalancer les effets pervers du marché. "Je crois à une troisième voie, dit-il, qui refuse la sempiternelle opposition : film d’auteur, film commercial." Mais j’irai plus loin : ne faut-il pas développer une politique cinématographique européeenne innovante sur la base du moteur franco-allemand qui a fait ses preuves dans les domaines politique, économique et institutionnel ?

Le succès du nouveau cinéma allemand doit beaucoup à ce partage d’une histoire commune. Par exemple : la chute du Mur de Berlin en toile de fond dans Good bye, Lenin  ! Ce fonds commun aux peuples d’Europe constitue une source inépuisable pour les créateurs et devrait permettre assez facilement de séduire le public autrement que par l’emprunt à la culture et au mode de vie américains. Par mimétisme, nous assistons de plus en plus à du copiage alors que les Etats-Unis n’ont pas la même histoire que la nôtre ni même la même société. Un exemple, l’esprit cow-boy que nous copions est spécifiquement américain. Leur patriotisme n’est pas le nôtre. Etc. En Europe, les armes à feu ne sont pas aussi répandues dans la population civile et pourtant nous transposons des histoires de crimes en série aussi spectaculaires.

Il nous faut saisir cette chance que nous avons de posséder un riche patrimoine commun pour relancer la culture à partir du cinéma. La construction de l’Europe, ce n’est pas seulement les institutions et le traité, cela passe aussi par la culture ! Alors, Daniel Brühl, ce jeune acteur allemand qui crève l’écran et qui fait désirer le retour aux salles obscures et à l’odeur chaude et sucrée des pop-corn, sera-t-il le Harry Potter qui donnera un coup de vigueur au cinéma européen ? La réponse à cette question dépend en partie de l’Europe...

Mots-clés

Cinéma

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Les réactions les plus appréciées

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    Par Ploum (xxx.xxx.xxx.47) 7 novembre 2007 14:06

    La discrimination selon l’argent et les facultés d’expression, ce sont la vos valeurs monsieur West ? Et après ça vous viendrez encore faire des leçons de morale sur le racisme, la façon de considérer les femmes, etc ...

    Il s’avère une fois de plus que vous n’avez de leçons à donner à personne.

    "Liberté, égalité, fraternité" est la devise de notre république et de part vos écrits vous démontrez chaque jour en être aux antipodes, mais le jour ou la devise de notre pays sera "Fric, orgueil, prétention", votre prose pourra être lue aux petits français en exemple pour la nation.

    Néanmoins en attendant cet apocalypse culturel, je pense que nous saurons sans peine trouver une utilisation hygiénique à vos écrits (épaisseur triple, sponsorisée par Moltonel) smiley.

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    Par Ploum (xxx.xxx.xxx.47) 7 novembre 2007 15:15

    Que voulez vous cher monsieur West, quand on est contraint de subir votre prose il convient d’y être correctement préparé smiley.

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    Par La Taverne des Poètes (xxx.xxx.xxx.67) 7 novembre 2007 11:51
    Voris

    Je parle de moteur franco-allemand mais je n’exclus évidemment aucun cinéma européen : le cinéma italien en tête mais aussi espagnol, scandinave, minoritaire, francophone. Bref tout un vivier européen pour que le cinéma exprime autre chose que du copié-collé de l’Amérique, ce qui est une erreur sur le plan de l’art et de la civilisation.

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    Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.250) 7 novembre 2007 12:23
    Vilain petit canard

    C’est vrai que c’est ridicule d’opposer "films à succès" et "films d’auteurs", un peu comme on oppose prose et vers, ça date des premiers Cahiers du Cinéma et de la fameuse Nouvelle Vague (il serait temps qu’on en sorte, de cette époque, au passage). Mais le public ne distingue pas aussi intellectuellement les productions. Brühl ne fait que prendre le point de vue du spectateur, ce que bien des producteurs (et surtout des distributeurs) devraient faire plus souvent.

    La question pertinente est plutôt la suivante : sur quels critères l’industrie du cinéma européenne met-elle des sous dans des productions ? tant que la réponse sera "parce qu’il y a Depardieu au générique, ça assure les ventes", on stagnera.

    Mais tout le monde n’est pas aussi timoré. Le député cité dan l’article devrait relire les dos de couvertures : Harry Potter est anglais, donc européen, et les films sont une co-prodution (pour le dernier, au hasard), entre deux sociétés US, Warner Bros et Patalex IV, et une société britannique, Heyday.

    Une des conditions posées d’ailleurs par J.K. Rowling pour l’exploitation des droits cinéma était que les acteurs soient britanniques... et ils le sont. A méditer...

    Quant au délire entrepreneurial de juger la culture et les arts aux "résultats", c’est de l’ânerie en barres, mais le débat a déjà eu lieu dans ces colonnes il y a quelques temps, allez y faire un tour.

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