Soutenu par une coalition historique (Nouvelle démocratie et Pasok), Antonis Samaras devient le 185e Premier Ministre de la Grèce à la suite d’une succession de gouvernements instables et peu démocratiques. L’avenir du pays n’est certes pas tout rose… mais il est moins noir que ce que l’Union Européenne craignait. Petit retour sur l’histoire politique récente de la Grèce.
L’un des événements clefs de ce mois, entre autres, ce sont les élections législatives en Grèce. Elles se sont déroulées le 17 juin 2012. En fait, les Grecs n’en finissent pas de voter. Il faut reprendre à il y a au moins trois ans. Ou un peu plus.
Le gouvernement grec était alors dirigé par Kostas Caramanlis, du centre droit (le parti "Nouvelle démocratie"), depuis le 10 mars 2004, après sa victoire aux élections législatives. Il avait gagné sur le Premier Ministre sortant, Kostas Simitis, socialiste du Pasok, au pouvoir depuis le 22 janvier 1996 (son parti au pouvoir depuis le 13 octobre 1993 avec le retour d’Andréas Papandréou, vieux et malade, qui a démissionné cinq mois avant de mourir).
Kostas Simitis était en particulier contesté au sein de son parti car son rival, Giorgios Papandréou (le fils d’Andréas et petit-fils d’un grand homme d’État de la Grèce moderne), qui a pris la tête du Pasok le 7 janvier 2004, mais a perdu les élections législatives deux mois plus tard. Giorgios Papandréou avait proposé un référendum pour ratifier le Traité de Lisbonne en juin 2008.
Neveu d’un autre acteur historique de l’après-guerre, Konstantin Caramanlis (qui fut Premier Ministre et Président de la République plusieurs fois), Kostas Caramanlis fut aussi le plus jeune à diriger un gouvernement grec, à 47 ans (en France, il y a eu Laurent Fabius, 37ans).
Kostas Caramanlis arriva au pouvoir juste avant les jeux olympiques d’Athènes dans un contexte économique déplorable (chômage à plus de 11%). Il fut réélu le 16 septembre 2007 à la suite d’élections anticipées (il a dissout le parlement le 16 août 2007 à la suite d’une série d’incendies meurtriers qui a profondément touché la population).
Malgré un retour à la croissance et une réduction des déficits publics, son gouvernement ne réforma pas suffisamment l’État. Le 6 décembre 2008, des émeutes se sont déclenchées après la mort d’un adolescent de 15 ans par un policier.
Le climat politique devenant très difficile avec un chômage des jeunes très élevé, et pour avoir les mains libres pour réformer le pays, Kostas Caramanlis anticipa de nouvelles élections législatives qui ont eu lieu le 4 octobre 2009. Ce fut l’échec pour Nouvelle démocratie avec seulement 33,5% des voix. Le nombre de sièges acquis par son parti s’effondra à 91 (-60).
Avec 43,9% des voix, le Pasok en sortit largement gagnant avec 160 sièges (+58) sur 300 et son nouveau leader Giorgios Papandréou prit la tête du gouvernement le 6 octobre 2009. Il avait déjà été ministre dès l’âge de 36 ans dans un gouvernement de son père.
Sa décision la plus marquante fut de rendre les comptes publics moins opaques en présentant les vrais résultats, masqués par les gouvernements précédents, et ils étaient catastrophiques : le déficit public a atteint 13% du PIB pour 2009. Ces nouvelles informations furent vérifiées et confirmées par la Commission européenne.
Giorgios Papandréou a donc dû renoncer au programme socialiste sur lequel il a été élu pour appliquer une politique très dure d’austérité et réduire le déficit abyssal : réduction de la rémunération des fonctionnaires, allongement de l’âge de la retraite à 65 ans, augmentation de la TVA, création de nouveaux impôts etc. avec pour but de ramener le déficit en dessous de 3% du PIB en 2014.
La crise de la dette souveraine a commencé en début mai 2010 et n’est toujours pas résolue. Pays de la zone euro, la Grèce, par son déficit et sa nécessité d’emprunter, mettait alors en péril la monnaie unique. C’est sous le gouvernement socialo-communiste de Lionel Jospin en France et social-démocrate de Gerhard Schröder en Allemagne que l’Union Européenne avait souhaité intégrer la Grèce dans la zone euro, pour des raisons plus politiques que financières. Aujourd’hui, la situation est ce qu’elle est, ce fut une erreur mais revenir en arrière ne résoudra rien.
Des centaines de milliards furent trouvés avec les partenaires européens au fils des sommets européens "de la dernière chance" pendant ces deux dernières années. Le 15 juin 2011, la population grecque manifesta en masse contre les mesures d’austérité et contre ce qu’elle appellait le diktat de la Commission européenne et du FMI.
Pourtant, au contraire, ce fut grâce à l’Europe et au FMI que la Grèce a évité (plusieurs fois) la cessation de paiement. Les responsables de ce désastre financier sont d’abord les gouvernements grecs successifs qui ont toujours refusé de voir la réalité et ont continué à recruter des fonctionnaires et à pratiquer à la fuite en avant des finances publiques par un surendettement excessif.
Giorgios Papandréou souhaita alors former un gouvernement de coalition en incluant aussi le centre droit de Nouvelle démocratie, mais ce dernier refusa de s’impliquer dans une politique très impopulaire. Le 17 juin 2011, Giorgios Papandréou lâcha le Ministre des Finances très contesté, Giorgos Papakonstantinou, et le remplaça par son principal et imposant rival, Evangelos Venizelos (qui lui avait disputé la direction du Pasok quelques années auparavant).
Mais tous les efforts de l’Eurogroupe qui était parvenu à un accord d’aide à la Grèce le 26 octobre 2011 furent consumés lorsque Giorgios Papandréou, sans avertir ses partenaires européens, décida d’organiser un référendum le 31 octobre 2011. Le principe d’aller aux urnes était noble et démocratique mais très risqué d’un point de vue financier.
Giorgios Papandréou était dans une situation intenable : à la fois dépositaire d’un programme socialiste qui l’avait porté au pouvoir deux ans avant, comprenant les aspirations du peuple, et lucide sur la situation financière désastreuse et prenant ses responsabilités pour ne pas mettre son pays en faillite. Un grand écart dans l’impuissance.
Sous la pression de l’Union européenne, il renonça au référendum, obtint la confiance des parlementaires le 4 novembre 2011 et démissionna le 10 novembre 2011 au profit d’un gouvernement technique avec l’accord de l’opposition (dirigée par Antonis Samaras) et dirigé par l’universitaire Loukas Papadémos qui fut le gouverneur de la Banque de Grèce (1994-2002) puis le vice-président de la Banque centrale européenne (2002-2010).
Non seulement ce gouvernement fut composé de membres du Pasok et de Nouvelle démocratie, mais aussi d’autres partis du Parlement, notamment un d’extrême droite, l’Alliance populaire orthodoxe (15 sièges), ce qui fut sans précédent depuis la fin du régime des colonels.
Entre le 10 novembre 2011 et ce 20 juin 2012, le gouvernement grec n’a eu aucune légitimité démocratique. Ce changement aussi important de direction dans les affaires nationales s’est réalisé sans l’aval populaire. Ce fut le cas aussi quelques jours plus tard avec la nomination de l’universitaire et ancien commissaire européen Mario Monti à la tête du gouvernement italien le 16 novembre 2011 pour succéder à Silvio Berlusconi qui a dû démissionner à la suite d’une perte de confiance d’une partie de sa majorité.
Ce fut donc logique que le peuple grec se sentît à la fois frustré et trahi par les "gouvernants" devenus plus des "administrateurs" que des politiques pour leurs administrés.
Evangelos Venizelos quitta le Ministère des Finances trois jours après s’être emparé du leadership du Pasok le 18 mars 2012, afin de mener son parti à des élections législatives une nouvelle fois anticipées, mais pour cette fois, ces élections étaient absolument nécessaires en raison du grand écart pris avec la majorité socialiste.
Les élections du 6 mai 2012 furent un désastre électoral pour les deux partis de gouvernement. Le Pasok perdit 109 sièges avec 52 élus seulement (13,7% des voix) et se retrouva en troisième place. Si Nouvelle démocratie est parvenue à gagner 17 sièges avec 108 élus et s’est placée au premier rang électoral avec 36,0%, il lui fut impossible de constituer une majorité même en coalition avec le Pasok car celle-ci ne regrouperait que 149 députés sur 300.
Le vrai gagnant de ces élections fut le parti de la gauche radicale (Syriza) du jeune Alexis Tsipras (il aura bientôt 38 ans), le "Mélenchon grec", qui s’est hissé à la deuxième place avec 17,3% des voix et 52 sièges (soit un gain de 39 par rapport à 2009 où il avait recueilli 4,6% des voix).

Le Pasok fut donc lourdement sanctionné mais l’Alliance populaire orthodoxe également qui a perdu tous ses sièges pour avoir participé au gouvernement Papadémos. Un parti ouvertement néo-nazi (son logo ne laisse aucun doute), Aube dorée, a même fait son entrée au Parlement avec 21 sièges et 7,0% des voix. Son président Nikolaos Michaloliakos n’a pas hésité à menacer : « L’heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie. ».
Evangelos Venizelos, le leader du Pasok, fut d’abord chargé par le Président grec Karolos Papoulias de former un nouveau gouvernement. Après son échec, Alexis Tsipras fut lui aussi chargé de cette mission. En raison de l’émiettement des contestataires au sein du Parlement, il échoua également dans cette tentative et la dissolution fut prononcée.


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