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Suisse : larme à gauche

Il n’y a pas que les Américains qui sont des cow-boys… Plus de 56% des Suisses refusent l’État de droit et préfèrent l’autodéfense.

Lorsque j’ai été convoqué pour effectuer mon service militaire, ma plus grande crainte fut l’utilisation d’une arme à feu. Une crainte très forte.

Je ne craignais pas de m’en servir contre d’improbables ennemis, mais peut-être contre moi-même, un jour de découragement. Car ce serait si facile d’attenter à sa vie avec une arme à feu, et comme je n’avais pas l’habitude de ces choses-là, je restais dans une inquiétude a priori.

Je craignais tout autant qu’un camarade à côté de moi fît ce même genre de bêtise. Je me souvenais avoir discuté du service militaire, quelques mois avant cette convocation, avec mon principal professeur d’université (je devais l’avoir au moins deux heures chaque matin) et il me racontait que son fils, qui était sorti d’une très bonne école (je crois que c’était Mines), s’était suicidé durant son service militaire, ne supportant pas la vie collectiviste du militaire.

Heureusement, non seulement je n’ai pas eu la tentation de me suicider, mais en plus, j’étais très performant dans le montage, démontage, nettoyage du fusil mitrailleur (famas et pm). Précisément, j’étais surtout rassuré par les procédures hautement sécurisantes sur la sortie d’armes et surtout de munitions de l’armurerie. Des procédures qui ont cependant eu des loupés il y a quelques années à Carcassonne (le 29 juin 2008, un accident a fait dix-sept blessés graves).

J’ai dû en tout faire trois ou quatre exercices de tirs à balles réelles, et les autres exercices étaient beaucoup moins risqués.

Une information que j’avais recueillie en octobre 2010, c’est qu’en Suisse, où la sécurité est une obsession nationale, chaque bidasse, après son service militaire obligatoire, doit garder son fusil mitrailleur chez lui. Ainsi, en cas d’attaque ennemie, la population pourrait se défendre partout où se trouveraient des habitants.

C’est simple : la Suisse fait partie, avec les États-Unis et le Yémen, des trois pays où il y a le plus fort taux de possession d’armes dans la population civile. Et là, ce sont des fusils mitrailleurs de guerre, capable de balancer une centaine de balles à la minute. Selon des estimations, deux millions trois cent mille armes seraient stockées au sein de la population dont près d’un million et demi d’armes anciennes. Un ménage sur trois posséderait une arme. Cette "tradition" date de 1874.

Hélas, la conséquence directe de cette réglementation, c’est que plusieurs centaines de jeunes se suicident chaque année en Suisse avec ces armes à feu. En 2008, deux cent cinquante-neuf décès provenaient d’armes à feu dont deux cent trente-neuf suicides. Si bien que des personnes engagées dans des associations ont commencé à réagir en 2009. Avec l’argument que l’ennemi qui envahirait la Suisse est très hypothétique : même Hitler y avait renoncé.

Du coup, avec la possibilité de faire des vrais référendums d’initiative populaire, certains ont fait signer une pétition pour la fin du stockage de ces armes chez l’habitant même. L’initiative avait reçu les cent mille signataires nécessaires pour contraindre le Conseil fédéral à organiser une "votation". C’était donc (selon moi) une bonne nouvelle et le référendum devait avoir lieu avant février 2011 : il a eu lieu justement ce dimanche 13 février 2011.

Des partis nationalistes (comme l’UDC) reconnaissent que l’ennemi est aujourd’hui indéterminé mais ils estiment que la possession d’armes dans chaque foyer est un signal à donner à cet ennemi invisible et refusent la modification de la procédure. Leur campagne a été même très primaire mais redoutablement efficace en martelant : « Désarmer les Suisses, c’est créer un monopole des armes pour les criminels et les étrangers. L’initiative menace la sécurité de la Suisse et de tous ses habitants honnêtes. ».

Même si les étrangers d’Europe sont victimes, eux, de trois fois moins de suicides dus aux armes à feu que les Helvètes. Les partisans de l'initiative ont par ailleurs rétorqué qu'il est très rare qu'on se défende avec son arme à feu contre un cambrioleur mais leur argumentation sur la supposée baisse des suicides n'a pas convaincu.

Parmi les plus opposants à l'initiative, il y a aussi les sociétés de tirs qui prennent en charge l'entraînement des tirs obligatoires des cent soixante-dix mille soldats suisses pour un marché annuel de huit millions sept cent mille francs suisses et qui craignent la fermeture de leur centaine de stands, en particulier dans les villages ruraux.


En octobre 2010, au moment où le référendum devenait inéluctable, les sondages indiquaient que 65% des Suisses souhaiteraient en effet supprimer les armes dans les habitations. La mesure avait donc de grandes chances d’être prise en compte par le vote populaire de dimanche dernier. Mais durant la campagne, l'écart n'a cessé de décroître dans les sondages jusqu'au 2 février 2011 où les intentions donnaient 47% en faveur de l'initiative et 45% contre avec 8% d'indécis.

Hélas, finalement, 56,3% de électeurs suisses ont rejeté l’initiative « pour la protection face à la violence des armes » considérant généralement que cette détention d’armes était un élément constitutif de l’identité suisse. Dix-sept cantons ont voté contre (en particulier Fribourg, le Valais et Lucerne) et seulement cinq pour (dont Neuchâtel, Vaud, Zurich et Bâle).

49,2% ont participé à cette consultation, ce qui correspond à une participation très élevée pour ce genre de référendum, notamment dans les cantons où il n'était organisé aucun autre scrutin. Les milieux urbains et les cantons francophones, en particulier Genève à 61%, ont approuvé cette mesure (interdiction de stocker les armes de service chez soi) mais les zones rurales ont massivement apporté une réponse négative (à plus des deux tiers des suffrages exprimés) sauf le Jura traditionnellement antimilitariste.

Le gouvernement fédéral avait appelé à voter non en estimant que des améliorations étaient en cours : les munitions doivent désormais être déposées à l’arsenal et un registre national des armes à feu va être mis en place.

Le juriste et criminologue de Lausanne Martin Killias conclut avec une note encourageante : « Il y a vingt ans, cette initiative aurait été balayée et c’est loin d’être le cas aujourd’hui. La gauche a mobilisé près de 45% de l’électorat en parlant de sécurité, un thème qui était l’apanage de la droite. Ce n’est pas si mal. ».

C’est aussi ce que pense Ueli Leuenberger, président des Verts suisses, qui ne se désarme pas : « Malgré cet échec, l’initiative a provoqué des petites évolutions. Il faut notamment encourager les citoyens à rendre volontairement les armes de leurs aïeuls. ».

La Suisse a quand même du mal à se moderniser, et c’est très dommage pour un pays qui m’est cher.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 février 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Carcassonne : où jouer avec les armes est dangereux.
Site officiel.

Documents joints à cet article

Suisse : larme à gauche



par Sylvain Rakotoarison (son site) lundi 14 février 2011 - 73 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par cocasse (---.---.---.36) 14 février 2011 09:59
    Cocasse

    Mettez les armes hors la loi, et seuls les hors la loi auront des armes.

  • Par Talion (---.---.---.92) 14 février 2011 10:14
    Talion

    Le fait que la population puisse détenir des armes (y compris des armes de guerre) est une assurance contre toute dérive totalitaire de leur gouvernement car ce dernier sait qu’en cas de migration vers l’autoritarisme il sera immédiatement renversé par les armes et que ses membres seront ensuite passés par le fil de l’épée.

    Lorsqu’un gouvernement cherche a désarmer la population, les signaux d’alarme passent tous au rouge !

  • Par Strawman (---.---.---.233) 14 février 2011 10:10
    Strawman

    Qu’un individu suicidaire choisisse une arme à feu pour passer à l’acte, rien d’étonnant puisque la mort est plus rapide et moins douloureuse qu’avec la pendaison, l’intoxication au gaz, l’overdose de médicaments... Que les autres peuples aient trois fois moins de suicides par arme à feu, rien de surprenant non plus puisque faute d’arme à la maison, ils choisissent une autre méthode...
    En revanche, il n’y a aucune preuve à ce jour que la possession d’une arme à feu augmente la probabilité de suicide. Le taux de suicide en Suisse est même inférieur à celui de la France...

  • Par joletaxi (---.---.---.159) 14 février 2011 11:48

    C’est fou ce que le peuple est bête !


    Chaque fois qu’il vote,dans le seul pays européen où on lui demande son avis(à part certains coins d’Italie sur des domaines très limités),il décide exactement le contraire de ce que nos intellectuels,de gauche(on ne peut être intellectuel que de gauche) pensent (c’est la caractéristique d’un intellectuel de gauche) être la seule solution intelligente.

    Ces racistes de suisses ont voté contre les minarets !Pourtant, quoi de plus sympa qu’un chalet surmonté d’un minaret.
    Ces truands de suisses ont voté pour le maintien du secret bancaire.Ils ont même voté pour le maintien de leur armée.
    Ces vampires de suisses accueillent les gens nantis.Allez donc comprendre comment les gens riches décident de quitter leur petit paradis pour un pays pareil.
    Nous, au moins, on est des vrais démocrates.Nos dirigeants, phares de la pensée ne se commettent pas avec des dictateurs.On ne verra pas un honnête citoyen comme B.Tapie, se faire indemniser sur fonds publics,impensable chez les suisses.
    Vraiment, que l’on en finisse avec ces mauvais élèves, ils finiraient par corrompre le troupeau bêlant .

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