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Traité de Lisbonne : la sanction démocratique irlandaise

Le 12 juin, le peuple irlandais a rejeté le traité de Lisbonne par 53,4 % des voix. Sa Constitution l’obligeant à organiser un référendum, l’Irlande fut le seul pays de l’Union où purent s’exprimer les enjeux du processus d’intégration à l’œuvre malgré l’échec du Traité constitutionnel européen en 2005

Le "non" irlandais ne doit pas être interprété comme un refus isolé, il s’inscrit au contraire dans la continuité des "non" français et néerlandais. Les aveux de nombreuses personnalités européennes en attestent. Valéry Giscard d’Estaing, architecte en chef de la Constitution, avait lui-même affirmé que le « mini-Traité » a le même contenu que le texte précédent. Ainsi, « la substance de la Constitution est maintenue. C’est un fait » (Angela Merkel).

Pour la troisième fois un peuple européen repousse une vision présentée comme incontournable. Malgré leur fameuse « pédagogie », les élites européennes peineraient encore à convaincre ? Ne serait-il pas temps qu’elles prennent acte de cette fin de non-recevoir pour redéfinir le projet européen ? Mais ceci nécessiterait un véritable débat qu’elles n’ont aucunement l’intention d’ouvrir, les dirigeants de l’UE restant sourds à toute proposition alternative. L’acharnement dogmatique dont ils font preuve pour imposer leurs vues en contournant les peuples réticents jette rétrospectivement un voile de suspicion sur les étapes précédentes de l’intégration européenne. Car, après tout, comme l’a dit José-Manuel Barroso, « si on avait organisé un référendum sur la création de la Communauté européenne, ou sur l’euro, vous croyez vraiment que ce serait passé ? »

Si l’Europe est « dans l’impasse », c’est qu’elle n’envisage qu’une seule voie ; si elle est « en crise », c’est qu’elle souffre de schizophrénie. En effet, comment pourrait-elle concilier les vertus démocratiques dont elle se prévaut tout en niant la souveraineté des peuples qui en sont la source ? La seule solution que les européistes consentent à apporter à leurs échecs est toujours « plus d’Europe ». En 2005, l’onction de la légitimité populaire paraissant acquise, les citoyens européens furent abondamment informés du projet qu’on leur soumettait ; en 2008, le Traité de Lisbonne ressuscita la Constitution Giscard en la camouflant sous une forme quasi illisible. Avant même le résultat du vote irlandais, les députés européens rejetèrent par 499 voix contre 129 un amendement déposé par la Gauche unitaire européenne demandant que le Parlement « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais ». En bon droit communautaire, un traité doit être accepté à l’unanimité des Etats membres pour pouvoir entrer en vigueur, pourtant l’Union européenne considère ce principe comme obsolète, plaçant sa propre légitimité au-dessus de celle des nations qui la composent, des nations reléguées au statut de vestiges archaïques dont il convient de se débarrasser.

Aussi faut-il s’attendre aux mêmes supercheries après le "non" irlandais. On y réfléchissait à Bruxelles avant même que la date du référendum ne soit fixée. Si cette fois-ci il semble peu probable que l’on fasse voter à nouveau les Irlandais (comme pour le Traité de Nice), plusieurs dirigeants européens suggèrent carrément de poursuivre le processus de ratification comme si de rien n’était ; on envisage également un aménagement du traité sur le modèle anglais et polonais et même un isolement pur et simple de l’Irlande, qui se retrouverait ainsi écartée de l’Europe « normalisée ». La « petite » Irlande – ingrate de surcroît – ne pouvant pas décemment s’opposer à la construction européenne… Une épaisse confusion règne sur la notion de souveraineté, notion qui semble déjà caduque quand il s’agit des nations et qui reste illégitime quand elle émane du « premier empire non impérial » (José-Manuel Barroso). Paradoxe pour paradoxe, pourquoi ne pas parler aussi de première démocratie non démocratique ?

Comment envisager dans ce contexte la présidence française de l’UE à partir du 1er juillet ? Celle-ci, longuement préparée et attendue par Nicolas Sarkozy, devait entériner « le retour de la France dans l’Europe ». Anticipant l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne le 1er janvier 2009, le président souhaitait relancer de grands chantiers européens. Devra-t-il tempérer ces ambitions pour ne gérer qu’une nouvelle période de crise et d’attente ou saura-t-il se saisir de cette occasion, appliquant le volontarisme politique qu’il a si souvent prôné, pour sortir l’Europe de la seule véritable impasse dans laquelle elle s’est mise, celle d’un projet coupé de l’intérêt des peuples et des nations ? On peut en douter, mais alors le projet européen achèvera de perdre toute crédibilité démocratique.

Jusqu’alors les européistes ont systématiquement assimilé l’Union européenne au Bien en soi, ce Bien n’étant ni contestable ni négociable. C’est ainsi qu’ils défendent l’idée d’une Europe octroyée par le haut, à la manière de ce « despotisme éclairé » dont parlait fièrement Jacques Delors ; cette même Europe que viennent de refuser les Irlandais.

Laurent Dauré & Dominique Guillemin

par Dominique Guillemin mercredi 25 juin 2008 - 7 réactions
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  • Par Gzorg (xxx.xxx.xxx.213) 25 juin 2008 14:32

    @l’auteur vous avez raison et vous avez bien résumé ce que beaucoup ressentent.

    Ce qui m’enerve encore plus c’est de voir que en France même, cette réforme des institutions qui veux nous priver de notre droit de vote aussi sur l’elargissement viens d’être adopté en premiere lecture.

    Ce qui veut dire que nous sommes tout seul bien que majoritaire, il n’y a plus de démocratie dans notre pays, et même les socialistes qui n’en sont pas à un renoncement pres, ont donné leur voix a une réforme qui baillone toute opposition sur l’Europe.

    20 ans que je vote a gauche , mais rien a foutre je vais voter aux extremes si il le faut , mais je voterais aux prochaines éléctions Européennnes pour le partis qui me paraitra le plus violement anti européens, ils veulent nous museler ...et bien ne nous laissons pas faire on a qu’a tous voter aux extremes aux prochaines elections Européennes.

  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.184) 25 juin 2008 14:46
    Alpo47

    La fuite en avant ! C’est ainsi que je qualifierais le processus en cours. Peu importe les volontés populaires, les eurocrates nous disent ... continuons.

    L’auteur exprime ainsi fort bien les processus en cours et le ressenti d’une majorité d’européens, on nous ment, on nous gruge ...

    Le mot choquera de moins en moins, une dictature est en train de s’installer chez nous.

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