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Accueil du site > Actualités > Europe > Traité européen : ce que veut l’Allemagne

Traité européen : ce que veut l’Allemagne

Le futur traité européen, destiné à remplacer la constitution européenne rejetée en 2005, est en cours de rédaction. Il sera soumis pour ratification aux parlementaires français (députés et sénateurs) très prochainement, avant la fin 2007 en tout cas. Parmi tous les aspects inquiétants de ce traité, figure la référence aux « minorités nationales », voulue notamment par l’Allemagne. Le texte ci-dessous a été envoyé en juillet à chaque parlementaire pour alerter sur les dangers du texte qui sera soumis. Nous désirons qu’un débat citoyen ait lieu sur cette question.

Madame la députée, Monsieur le député,
Madame la sénatrice, Monsieur le sénateur,

Dans quelques mois, vous aurez à vous prononcer sur le traité européen qu’aura rédigé une conférence intergouvernementale.

Ce traité, qui donnera la personnalité juridique à l’ « Union européenne » (UE), établira la supériorité du droit européen même dérivé sur le droit national même constitutionnel, généralisera les votes à la majorité, créera la présidence personnalisée du Conseil européen ainsi que la fonction correspondant à un ministre des Affaires étrangères de l’UE, marquera donc sans ambiguïté l’entrée de la France dans un système fédéral et l’abandon du principe de la souveraineté nationale.

En tant que citoyens français, militants ou anciens militants de partis politiques qui plaçent ou plaçaient la souveraineté nationale au coeur de leur projet, attachés que nous sommes à l’héritage politique du gaullisme, nous réprouvons cette orientation dont nous avions cru comprendre que le peuple français l’avait refusée le 29 mai 2005.

Vivant en Alsace, région évidemment symbolique de la relation franco-allemande, laquelle est le premier moteur de la construction européenne, si nous prenons l’initiative de nous adresser aux parlementaires, c’est moins pour revenir sur les termes d’un débat qui vous sont connus, que pour attirer votre attention sur les conséquences d’un article du futur traité. Cet article serait celui renvoyant à la «  Charte des droits fondamentaux de l’UE », dont les dispositions deviendraient alors juridiquement contraignantes pour la France.

La novation essentielle que cette charte introduirait dans le droit positif français, lequel ignorait jusqu’à présent cette catégorie juridique, serait celle de « minorité nationale ». En effet, l’article 21 de cette charte, relatif à la non-discrimination, mentionne explicitement «  l’appartenance à une minorité nationale », tandis que l’article 22 stipule que « l’Union respecte la diversité culturelle, religieuse et linguistique  ». Nous croyons fermement que là se trouvent les conditions d’attribution de « droits collectifs » à des requérants qui se prévaudraient de cette charte, soit devant la Cour de Luxembourg (CJCE), soit devant la Cour de Strasbourg (CEDH), pour briser l’unité de la République.

Pour bien comprendre cette question, il faut en connaître l’origine. Pour nous, et pour tout observateur informé, cette origine est évidemment l’Allemagne. Remarquons tout d’abord la sobriété, dans le droit fil de 1789, avec laquelle est traitée la non-discrimination dans la Constitution française (art. 1) : «  La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

En revanche, pour exprimer, en principe, le même refus des discriminations, les textes européens (Convention européenne des droits de l’homme (art. 14), Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, Traité d’Amsterdam (art. 13), Charte des droits fondamentaux de l’UE) font appel aux concepts de « minorité nationale » et «  d’origine(s) ethnique(s)  », concepts liés le cas échéant. (Il n’est pas besoin de souligner qu’ethnie et race ne sont pas synonymes.) Ces deux concepts ont jusqu’à présent été inconnus du droit de la République, lequel ne connaît que la distinction entre Français et étrangers et refuse toute reconnaissance de « droits collectifs » à quelque fraction des citoyens que ce soit et toute distinction juridique à caractère ethniciste. En revanche, la conception traditionnelle allemande, implicite sinon explicite, de la citoyenneté accueille ces catégories, reliant la nation à « l’ethnie » et les a imposées progressivement aux textes européens.

(Précisons bien que lorsqu’il est question de l’Allemagne, ce n’est évidemment pas à son peuple que nous pensons, lequel ne se soucie pas de ces questions et doit demeurer à jamais l’ami du peuple français ; c’est des dirigeants et des milieux d’influence qui agissent en son nom dont il s’agit. Du reste, il n’y a pas que pour la démocratie allemande et sur ces questions que cette distinction est pertinente...)

Mais pourquoi l’Allemagne insiste-t-elle autant - ainsi la chancelière A. Merkel lors du dernier Conseil européen de Bruxelles - pour que la charte acquière une valeur juridique contraignante  ?

Remarquons tout d’abord que le Royaume-Uni s’est exempté prudemment des contraintes de cette charte. On dira sans doute que c’est en raison de considérations liées au droit du travail ; nous croyons quant à nous que les négociateurs britanniques ont évidemment pensé à l’Ecosse, au Pays de Galles et à l’Irlande du Nord.

Donnons ensuite deux citations qui nous paraissent refléter ce que veut l’Allemagne. Klaus Kinkel, alors ministre (CDU-CSU) des Affaires étrangères, parlait en 1993 d’ « accomplir quelque chose en quoi nous avons échoué à deux reprises et qui est, en harmonie avec nos voisins, de trouver le rôle correspondant à nos souhaits et à notre potentiel »1. Quant à Joseph (Joschka) Fischer, son futur successeur (SPD-Verts), il se demandait en 1995 si l’Allemagne allait «  enfin obtenir ce que le monde lui a refusé au cours des deux dernières guerres mondiales, c’est-à-dire une sorte d’hégémonie douce sur l’Europe, résultat de son poids, de sa position géographique, de sa puissance industrielle »2, avant de lancer en mai 2000 l’idée d’un traité constitutionnel. On pourrait du reste aisément multiplier de telles citations. Pense-t-on qu’une ambition aussi clairement affirmée, aussi partagée sur l’échiquier politique allemand, venue d’aussi loin, soit contingente et passagère, ou traduit-elle au contraire une constante fondamentale de la géopolitique allemande ?

Or, il manquait à cette ambition, jusqu’à présent, un instrument juridique adéquat. Le traité européen en préparation serait cet instrument.

La combinaison des catégories de « minorité » ’’nationale’’ ou ’’ethnique’’ ou ’’linguistique’’, de saisine directe par des particuliers des deux Cours européennes aux jurisprudences si résolument fédéralistes, ainsi que la supériorité du droit européen sur les droits nationaux (qui sera établie dans le traité par le biais des jurisprudences de la Cour de Luxembourg)3, forgerait le dispositif de morcellement de la France, de l’Italie, des Etats au fédéralisme conflictuel (Espagne, Belgique), et des Etats à « minorités » (Pologne, République tchèque, Etats balkaniques et de l’Europe orientale) vers « l’Europe des Régions », à base ethno-linguistique.

Ainsi l’Allemagne pourrait-elle travailler à s’augmenter de ces « minorités allemandes » à ses frontières qui, croit-elle, lui sont liées par l’Histoire, la langue et, fondamentalement, par « l’ethnie ». De cette évolution, qu’appellent de leurs voeux les associations non gouvernementales pangermanistes qui gravitent dans l’ombre autour du Conseil de l’Europe et de toutes les institutions fédérales bruxelloises ou strasbourgeoises, sortirait une suite fatale de conflits frontaliers. C’est cette sinistre boîte de Pandore qu’ouvriraient nos parlementaires en ratifiant en l’état le traité.

Pour la France, outre à sa prétendue « minorité allemande » en Alsace-Moselle de certains atlas «  ethno-linguistiques » d’outre-Rhin, les revendications d’abord culturelles et linguistiques puis politiques, adroitement attisées, flattant démagogiquement les tentations identitaires, ne manqueraient pas de s’étendre aux Corses, Catalans, Occitans, Basques, Bretons et à ses collectivités d’outre-mer où l’on voit déjà, en Nouvelle-Calédonie et Polynésie, les prémisses des indépendances.

On nous objectera sans doute que ce sont là des fantasmes. Le géographe Paul Vidal de la Blache écrivait dans la préface de La France de l’Est (Lorraine-Alsace)  : « A chaque date critique (...), des avertissements partent de cette frontière. C’est comme un de ces observatoires naturels embrassant un vaste horizon, d’où l’on voit se former et venir de loin les orages. » Regardons donc la situation dans le laboratoire alsacien-mosellan de cette évolution.

Nous avons sous nos yeux en Alsace les progrès d’un dispositif qui n’attend que le traité pour paraître au grand jour. La Région Alsace expérimente la gestion directe, sans intervention de l’Etat, des fonds structurels dispensés par la Commission européenne (Interreg et autres). Son président, qui est aussi celui de l’ « Association des Régions d’Europe » peut voir là sans doute une préfiguration de l’« Europe des Régions », (capitale : Bruxelles). Les «  eurodistricts » transfrontaliers (pour Strasbourg, Colmar, Mulhouse avec les communes allemandes ou suisses voisines), les «  eurorégions » (SarLorLux, Pamina, Alsace-Pays de Bade, Régio TriRhena), le « Conseil rhénan » (esquisse de parlement transfrontalier), tous les embryons d’institutions transnationales sont là qui n’attendent que les instruments juridiques. Il s’y ajoute les instruments culturels dont le bilinguisme français/allemand qui s’imposerait grâce à des associations ad hoc et qui joue sur l’ambiguïté consistant à faire croire, à Paris surtout, que l’allemand est la forme écrite du dialecte alsacien et que les Alsaciens sont bilingues, contre-vérités évidentes, lesquelles n’auraient pour finalité que de germaniser l’Alsace sans franciser, bien entendu, sinon de façon anecdotique, le Pays de Bade voisin.

Voici un fait symbolique des rapports franco-allemands concrets à l’aune du fédéralisme. Depuis plus de deux ans, l’Allemagne a imposé un péage (taxe LKW) aux camions sur ses autoroutes, sans concertation avec la France et sans exemption pour l’axe Bâle-Karlsruhe, l’un des plus fréquentés d’Europe pour le transport de marchandises. Pour échapper à la taxe, les camions empruntent, sans surprise, l’axe gratuit Nord-Sud de l’Alsace qui n’est que très partiellement autoroutier. Il en résulte, autour de Strasbourg notamment, une inflation massive de la circulation avec détérioration du réseau, paralysie quotidienne du trafic et accidents. A cette décision unilatérale de l’Allemagne, la France n’a opposé à ce jour qu’une gesticulation sans effet, « l’amendement Bur ». Dans le « couple  » franco-allemand, ce n’est pas, au moins ici, la «  parité » qui règne mais le sans-gêne.

Mesdames, Messieurs les parlementaires, on entend souvent dire que l’élection présidentielle et les élections législatives de cette année doivent tenir lieu de référendum sur l’Europe, le président de la République et les députés ayant reçu un mandat universel. Or cela n’est pas juste. Le président avait promis aux Français de ne pas leur réimposer la « Constitution européenne » ; mais il veut leur imposer par voie parlementaire le traité qui est la Constitution sans le nom. Quant aux députés, tant à l’UMP qu’au PS, leurs professions de foi ne mentionnaient pas, ou très allusivement, la question européenne. Par conséquent, c’est bien sans mandat impératif et librement que les députés comme les sénateurs auront à se prononcer sur le traité, puisque le référendum semble malheureusement écarté. Ils peuvent ainsi exercer leur droit d’amendement s’ils ne veulent pas, comme c’est hélas ! probable, le rejeter en bloc.

Ainsi, les parlementaires peuvent, à l’instar du Royaume-Uni, dispenser de l’applicabilité de la Charte des droits fondamentaux de l’UE la France, où les droits de l’homme et les relations sociales n’en ont nul besoin. Combien intéressante serait alors l’expérience qui montrerait ce que l’Allemagne attend vraiment de « l’Europe »  !

Intervenant ces jours-ci sur le « blog » de V. Giscard d’Estaing, l’un de nous se vit répondre par l’ancien président que nos craintes quant à la menace de démantèlement de notre Etat nation étaient infondées, notre droit national nous en mettant à l’abri ; que tout cela avait été réfléchi par la Convention qu’il présidait, pour faire droit aux craintes de l’Espagne notamment, ou à la question des «  Hongrois » de Roumanie. Hélas ! Pour ce qui est de l’Espagne, en effet, les craintes sont légitimes mais tardives  : la Catalogne ou le Pays Basque n’en font plus partie que du bout des lèvres. Doit-on voir là une préfiguration du destin de l’Alsace ou de la Corse ? Pour ce qui est de la Roumanie et de ses « Hongrois », on ne craindra en effet jamais assez d’introduire, à l’exemple de cette situation, la catégorie de « minorité nationale » en France. Nous l’avons dit plus haut, la supériorité du droit de l’UE sur les droits nationaux rendrait sans portée les dispositions constitutionnelles opposées aux revendications régionalistes, autonomistes ou indépendantistes.

Il y a une autre voie pour l’avenir du continent européen et nous sommes convaincus, quel que soit le traité qui s’appliquera l’an prochain, qu’elle s’imposera un jour. Ce sera l’Europe confédérale des Etats nations préservés, des coopérations inter-étatiques et des compétences déléguées, incluant la Fédération de Russie qui contribuera à l’indépendance et à la sécurité du continent, face aux tentations allemandes et aux visées hégémoniques de la « nation primordiale » atlantique, chère au président de la République.

Mesdames, Messieurs les parlementaires, jamais depuis qu’existent en France des assemblées politiques délibérantes, le vote des vôtres, celle représentant son peuple et celle représentant ses collectivités territoriales, n’aura eu une telle importance. Dire oui au traité fédéral, c’est renoncer à la souveraineté et à l’indépendance nationales. Dire oui à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, c’est ouvrir la carrière aux forces centrifuges qui amoindriront la France. Les générations futures auront, un jour, à juger ce vote que chacun de vous fera librement et en conscience, au rendez-vous de la République et de l’Histoire de France.

Nous vous prions d’agréer nos respectueuses salutations.

J. Kotoujansky - H. Brochart - J. Buchmann

Notes  :

1 Frankfurter Allgemeine Zeitung, 19-3-1993.
2 Risiko Deutschland, 1995
3 Cf art. I-6 du projet de Constitution européenne : « (...) le droit adopté par les institutions de l’Union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, prim(e) le droit des États membres. »


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363 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 7 août 2007 12:34

    @ L’auteur

    Merci pour ce document.

    J’ai retenu ceci surtout :«  ;.forgerait le dispositif de morcellement de la France, de l’Italie, des états au fédéralisme conflictuel (Espagne, Belgique), et des états à « minorités » (Pologne, République tchèque, états balkaniques et de l’Europe orientale) vers « l’Europe des Régions », à base ethno-linguistique. »

    Oui, vraiment une boîte de Pandore. L’Allemagne (encouragée par le Vatican etinfluencée par les uSA ?)a déjà montré l’exemple en encourageant et en aidant la Croatie à se séparer de l’acienne Yougoslavie, qui aurait pu être viable si...


    • ZEN ZEN 7 août 2007 12:38

      J’avais déjà lu Pierre Hillart sur ce sujet, mais ne l’avais pas tout à fait pris au sérieux..Je crois que je vais revoir mes jugements

      http://www.communautarisme.net/index.php?action=article&numero=372


    • ZEN ZEN 7 août 2007 12:40

      On voit déjà quelques Bretons exulter..C’est un signe !...


    • Ar Brezonneg 7 août 2007 13:05

      Mais ! Bien sur que c’est un signe ! D’ailleurs c’est un de nos grands sujets de conversation !

      A la « Tawarn ar Roué Morwan » à L’Orient pendant le festival, c’est un sujet qui est très discuté entre nous : Bretons, Corniques, Gallois, Scotts et Irlandais... ette Europe ? C’est vraiment bien ! On va pouvoir enfin aller de l’avent en nous débarassant de nos colonisateurs...


    • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 13:22

      Madame, Monsieur, Merci pour vos commentaires constructifs. Oui, nous disons exactement la même chose, bien sûr, que l’excellent Pierre Hillard que nous connaissons bien. En ce qui concerne l’ex-Yougoslavie, vous avez cent fois raison de souligner le rôle joué en 1993-94 par la diplomatie allemande (Kohl-Genscher) dans l’éclatement de la fédération yougoslave et la reconnaissance unilatérale par l’Allemagne (sans demander son avis à « l’Europe » !) de l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie, catholiques tandis que la Serbie est orthodoxe (ce qui valide votre remarque quant au rôle du Vatican - peut-être - et des Etats-Unis - sûrement - dans ces événements). C’est « l’Europe des régions », ici surtout à base confessionnelle, en acte. Mais il est vrai que dans les Balkans la coexistence conflictuelle de l’islam issu de l’occupation ottomane et des deux autres confessions chrétiennes a toujours rendu les choses très compliquées et violentes. Merci à vous pour votre attention à notre « Lettre ». J. Kotoujansky


    • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 14:29

      Bien sûr, cher ami internaute, je connais très bien Yvonne Bollmann, qui est une amie, et qui a écrit ce « papier » remarquable sur le site de l’Observatoire du communautarisme auquel vous faites référence. Notre Lettre aux parlementaires lui doit l’essentiel de son argumentation, fruit de nos conversations depuis près de dix ans et de la lecture de ses trois livres (La tentation allemande, Ce que veut l’Allemagne, La bataille des langues en Europe). Les européistes de Strasbourg redoutent sa connaissance incomparable des données de la politique d’influence d’organismes tels que la FUEV. Et maintenant, il faut interpeller les parlementaires français ! Internautes, utilisez le courriel de votre député, de votre sénateur, pour l’interroger et l’interpeller avant le débat au Parlement de cet automne ! Bon courage ! J.Kotoujansky


    • Antoine Diederick 8 août 2007 09:53

      @Zen

      Suivez l’exemple ou le mauvais exemple belge et vous verrez ce à que cela va conduire.....

      Overdose de l’europe pour ma part....


    • Ar Brezonneg 7 août 2007 12:37

      Ah ! Enfin ! Très bien !

      Nous allons pouvoir -enfin !- reprendre notre chemin ! Le « jacobinisme » aura vécu !

      Breizh Atao !


      • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 13:08

        Madame, Monsieur, Les Bretons vigilants que vous êtes ont une « veille Internet » permanente pour réagir aussi vite à la publication de notre Lettre ! C’est dire leur motivation. Si les braves gens bretonnants (d’ailleurs en réalité relativement peu nombreux)ne voient pas malice à ces « Chartes » linguistiques et à tous ces « bilinguismes », les gens attentifs et informés savent bien que derrière cela il y a la revendication d’abord régionaliste, puis autonomiste, enfin indépendantiste. Votre réaction confirme tout simplement ce que nous disons dans notre « Lettre aux parlementaires » et j’ai envie de laisser ce simple commentaire : Ce Qu’il Fallait Démontrer : CQFD ! J. Kotoujansky


      • Ar Brezonneg 7 août 2007 14:27

        Mais bien sûr ! Toutefois ce n’est qu’un tout petit aspect du problème ! Pourquoi croyez-vous que lors du référendum pour la Constitution de l’Europe , les Bretons ont voté « pour » ?... C’est parceque nous allons enfin pouvoir aller vers le « Grand large » !...

        Je rappellerai que le traité de 1532 ( Le traité a été ratifié à l’unanimité par le Parlement de Bretagne qui faisait confiance !) que j’ai sur la table devant moi, n’a pas été respecté par le Roi de France, ni plus tard par la République.... Ses représentants allaient même jusqu’à préparer un génocide à la suite de celui de nos voisins et amis de la Vendée.... Ils n’ont pas eu le temps ! Mais après sous la IIIeme république, les Bretons ont fait l’objet de tracasseries, d’insultes, et de mesures diverses. Cela n’a pas été oublié ! Par la suite, et récemment, il y a eu encore des propos insultants qui n’auraient jamais été tenus si nous avions été Juifs, Arabes, ou Congolais....

        Au delà des aspects « folkloriques » que nous utilisons en tant que « teaser » pour le boboïde en vacances, il y a tout un mouvement de fond, difficile à apprécier pour celui qui n’est pas dans le coup...

        Ce pays, a de nombreux atouts, et quand nous voyons l’exemple de l’Irlande, nous nous disons qu’après tout nous ferions aussi bien....


      • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 15:33

        La culture bretonne, c’est passionnant, certes. Le « Grand Large », avec ses « quartiers de noblesse » de « bretonnitude » ou de « celtitude », ça l’est beaucoup moins, à mon humble avis. Qu’en pensent les mânes d’Anne de Bretagne et de Merlin l’Enchanteur, lorqu’elles hantent le soir, sous l’arbre au gui qu’environnent les druides de blanc vêtus, la forêt de Brocéliande ? JK


      • ZEN ZEN 7 août 2007 17:03

        Qu’en pensent les Bretons de Paris ?...


      • Ar Brezonneg 7 août 2007 19:50

        Je vous dirais que les druides ont été liquidés par Jules Cesar, avant l’arrivée des Bretons entre le IIIeme et le VI eme siècle ! Cesar était un grand philanthrope..

        Anne, notre bonne Duchesse, ne se gênait pas pour revenir dans son Château de Nantes, avec les bijoux du roi de France quand elle en était fâchée... Et elle n’hésitait pas non plus à faire scier ses « conseillers » francais -corrompus- entre deux planches pour faire jeter les morceaux dans la Loire qui passait au pied du château...


      • Ar Brezonneg 7 août 2007 19:58

        De toutes manières , vous pouvez dire ce que vous voulez, le nouveau traité européen sera adopté par l’Assemblée à Versailles, sans referendum aucun... Les portes seront alors entièrement ouvertes pour permettre ce qui vous hérisse... Et les lois européennes, permettront alors la reconstitution des anciennes nations et provinces, que nos ancêtres ont connu avant la constitution des état-nations après l’expérimentation du totalitarisme par la révolution francaise... Totalitarisme qui s’est alors diffusé tout au long du XIXeme siècle avec son paroxysme entre 1917 et 1982 pour l’Europe. Et c’est bien cela que les pères fondateurs de l’Europe ont voulu faire disparaître . Les dispositions en cours d’édiction permettront de reconstruire une certaine harmonie... Comme en Irlande, comme en Catalogne...


      • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 20:48

        Les internautes ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas où l’on veut emmener la France... Votre franchise, à vous autonomiste ? indépendantiste ? breton, est rafraîchissante, même si le breuvage est empoisonné. JK


      • Ar Brezonneg 8 août 2007 10:55

        Eh oui, les Bretons se rendent bien compte de la forme de racisme dont ils sont l’objet... D’ailleurs votre « ton » badin un peu « protecteur » n’est-il pas une forme d’ethnicisme ???

        C’est bien de cela qu’il s’agit dès qu’il s’agit des Bretons ! Eh oui, ce texte est en fait ce qu’il nous faut pour reposséder la Terre de nos pères...


      • Le Canard républicain le canard républicain 15 août 2007 09:36

        Bonjour Monsieur. J’ai appris dernièrement que le club des Jacobins était issu du Club Breton qui s’était donné pour but de doter la France d’une constitution. Ses membres ont très largement contribué à l’émergence d’un mouvement républicain. Comme l’avait précisé Georges Clemenceau le 29 janvier 1891, la Révolution est un bloc et le Jacobinisme fait donc partie intégrante de l’héritage révolutionnaire (« La révolution est un bloc dont on ne peut rien distraire » prononcé lors d’un discours au parlement). Je ne partage pas l’ensemble des idées jacobines. Par exemple, je ne suis pas contre l’enseignement des langues régionales dans le monde d’aujourd’hui, le français restant bien entendu la seule langue officielle de la République. Dans les années 1790, les Jacobins ont pu considéré que les langues régionales empêchaient la révolution de « pénétrer dans les esprits ». Ce n’est plus le cas aujourd’hui et les langues régionales sont un beau patrimoine à conserver. A de nombreuses reprises, les Bretons ont montré un grand attachement et un grand dévouement à la République. Voulez-vous le retour de la Monarchie ? Voulez-vous le retour de l’Empire ? Le 10 juillet dernier, Barroso a avoué que l’U.E., c’était un Empire ! Cordialement.

        P.S. : En 1774, l’allemand Herder affirma la primauté du « Volk », le peuple, au sein duquel l’individu fut défini comme appartenance. Mais suite à la Révolution française et l’apparition de la conception française de la nation ( « une communauté de citoyens » qui transcende toutes les appartenances privées ( religion, région, origine, race, ... ) ), ce même Herder insista de nouveau sur l’originalité du peuple allemand, et bien vite, sur sa supériorité : « Guérir le monde au contact de l’être allemand ». Friedrich Schlegel défendit lui aussi une conception ethnique de la nation dans ses « Leçons philosophiques » de 1804-1806. Selon lui, les individus devaient être liés entre eux par des liens de sang pour garantir la pérennité de la communauté culturelle. La suite, vous la connaissez...1913 : le droit du sang fut instaurée en Allemagne dans le code de la nationalité. 1933 : arrivée du nazisme au pouvoir en Allemagne avec comme fondement le racisme et ayant pour ambition la domination du continent. Hitler : « L’Allemagne ne sera vraiment l’Allemagne que lorsqu’elle s’appellera l’Europe. »


      • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 16 août 2007 21:55

        Au « Canard »

        Merci pour cette réaction. Je vous réponds brièvement :

        - la République (je suis ré-pu-bli-cain) n’exclut nullement les langues régionales comme le breton, mais à titre de première langue vivante et pas dans un rapport strictement « paritaire » avec le français, sinon, s’en sera fini de la France. Un grand pays qui veut jouer un rôle doit avoir une langue dominante, comprise et parlée partout, support de la mémoire historique commune ; sinon il se met en marge de l’Histoire.
        - je suis opposé à toutes ces idées de « races » comme support de la culture. Tout cela ne me « parle » pas. Mais je suis pour que la France dure, et pour cela que les Français « enracinés » aient suffisamment envie de se reproduire pour que la « race » française (en tout cas les Européens de France) ne disparaisse(nt) pas. A certains égards on peut se demander si cette extinction progressive avec remplacement corrélatif par d’autres, n’est pas en marche...


      • Stéphane ARLEN Stéphane ARLEN 17 août 2007 08:03

        Vous dites : « Et les lois européennes, permettront alors la reconstitution des anciennes nations et provinces, que nos ancêtres ont connu (sic) avant la constitution des état-nations (re-sic) après l’expérimentation du totalitarisme par la révolution française... »

        Je vois que votre rêve est de revenir à une Europe morcelée, avec de petits souverains tout-puissants localement et se faisant la guerre pour des questions d’identité, d’approvisionnement en richesses, d’accès à la mer, ou pour agrandir le territoire. Vous nous proposez de revenir à une époque qui finira immanquablement par celle d’aujourd’hui ! Et pour ce qui est du totalitarisme, je vous rappelle que les indépendantistes bretons furent de fervents soutiens au nazisme. Le drapeau breton est lui-même une création de fascistes locaux. Alors, pas de leçons, merci !


      • uccle44 7 août 2007 13:12

        Oui, la République est VRAIMENT en danger. Il faut savoir qu’une des règles de la géostratégie est d’affaiblir ses voisins, même amis, sans toutefois faire la guerre armée. Toutes les autres variantes sont valables, y compris le « culturel ». Certains services sont spécialisés dans ce genre de choses...

        Pour info :

        http://www.fuen.org/pages/france/f_1_2002.html


        • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 13:39

          Oui, bien sûr, nous connaissons les activités de la FUEV (sigle en allemand) depuis longtemps, laquelle agit puissamment auprès du Conseil de l’Europe. Puissent les Français prendre conscience de ce qui les attend quant à leur Etat-nation s’ils ne se réveillent pas !...


        • Ar Brezonneg 8 août 2007 10:57

          La « gueuse » est en danger ? Il ne fallait pas faire le trottoir !... Maintenant elle a la vérole !


        • ZEN ZEN 7 août 2007 13:14

          Je revendique moi aussi l’autonomie de l’Artois et de la Flandre française !!... smiley


          • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 13:26

            Oui, oui, dans notre énumération, nous avions volontairement omis les Flamands, n’étant pas très sûrs qu’il y ait là aussi des revendications spéciales ! Votre commentaire le prouve néanmoins... avec humour. JK


          • Antoine Diederick 8 août 2007 13:12

            @Zen

            Moi aussi, je revendique l’autonomie de l’Artois, de la Picardie et de la Bourgogne et mme de la Provence.

            D’ailleurs, le compte d’Artois est d’accord avec moi, histoire de détruire ses frères princiers et ses royaux cousins. Par Saint Denis, tudieu !


          • Antoine Diederick 8 août 2007 13:21

            euhh conte....non comte...et pas compte....décidémment mon « franchois » passe à la moulinette ....vous aurez rectifié


          • maxim maxim 7 août 2007 13:50

            il y a toujours une ambiguité au sujet de l’Alsace Lorraine et de son lien avec l’Allemagne ..... bien que de l’assistance publique ,mais portant un nom Germanique ( je suis né à Paris accidentellement ) et ayant entrepris des recherches sur mes origines réelles ,je me suis rendu compte que certains de mes parents ,grands parents étaient soit Allemands ,Soit Alsaciens ,et Lorrains suivant les fluctuations de l’histoire particulière de ces 2 provinces ..... en Alsace Lorraine des lois Allemandes sont encore en vigueur...... un de mes fils travaillant pour une grosse firme Allemande ,mais affilié au siège français dans la banlieue de Strasbourg béneficie du règime spécifique d’assurance sociale d’Alsace Lorraine issu des anciennes lois Allemandes ...

            lorsque je m’étais engagé dans l’armée en 1959 pour commencer le 1er janvier 1960,j’avais dû à l’époque fournir une attestation de nationalité Française ..... j’ai été plusieurs fois sollicité à cause de mon nom par plusieurs organisme et une association internationale venant d’Allemagne ,parce que le hasard à voulu que je porte un nom célèbre d’une grande dynastie avec une descendance connue mondialement ,et ayant ses armoiries et tout le décorum ...je les renvoie ballader ( et je suis poli ...)...... et voilà ,et bien l’Allemagne ne me quitte pas ,et comble d’ironie ,dans ma belle famille du côté de mon épouse il y a des Allemands ,même ma belle mère porte un nom Allemand ...... je suis cerné ,je veux mon indépendance !!!!!!!!!


            • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 14:37

              Je ne puis que vous répondre brièvement, pardonnez-moi. Du reste, il ne faut pas personnaliser notre débat, qui tourne autour d’une seule question : l’avenir de la République française, une et indivisible. Il est vrai que les autorités françaises ont été jadis maladroites avec ces fameux certificats de réintégration dans la nationalité française jadis exigés des Alsaciens-Mosellans, annexés par l’Allemagne en 1870 et à nouveau par le IIIè Reich en 1940. Mais c’est maintenant de l’Histoire ancienne et c’est l’avenir de l’Alsace dans la France qui nous importe. Merci pour votre intérêt J.K.


            • ZEN ZEN 7 août 2007 13:50

              « L’UFCE entretient des liens directs avec des députés européens comme Rudolf Bindig, Lluis Maria de Puig, Klaus Hänsch (ancien président du parlement européen) ou encore Michl Ebner (membre du parti populaire européen, PPE) qui, lors du congrès de l’UFCE en 2003, prônait le principe de la « citoyenneté régionale ». Il faut ajouter aussi que l’UFCE comme l’ECMI font partie du Conseil de l’Europe et travaillent en liaison avec l’institut américain, le PER (Project on Ethnics Relations qui, chose incroyable, est également membre du Conseil de l’Europe et est soutenu entre autres par le Département d’Etat). Bref, ces instituts sont au cœur du pouvoir tandis que les défenseurs de la nation ne s’y trouvent pas. »

              Si ce que dit Hillart est fondé, on comprend pourquoi les intérêts industriels et financiers US ont intérêt à atomiser l’Europe, comme ils ont poussé Eltsine à démanteler l’ex-URSS...(voir Stiglitz : « La grande désillusion »)


              • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 14:41

                Oui, exactement ce que nous disions des officines pangermanistes qui gravitent autour du Conseil de l’Europe. Je vois que vous êtes parfaitement informé. Le parlement de Bruxelles/Strasbourg est une instance redoutable d’autant ques ses membres n’étant pas élus par des électeurs précis, comme l’est un député national, n’ont pas de comptes directs à leur rendre. J.K.


              • ZEN ZEN 7 août 2007 13:56

                @ L’auteur

                Le fond du problème n’est-il pas ici ? :

                http://www.politis.fr/article1746.html


                • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 15:38

                  Mais bien sûr, vous avec cent fois raison ! L’Europe, comme « Hinterland » des Etats-Unis, comme colonie, pour tout dire, voilà le fin mot, le fin fond, de l’européisme. Mais chut ! ne le dites pas trop fort, vous allez troubler la sieste du président de la République... JK


                • Ar Brezonneg 8 août 2007 11:49

                  A la fin des années 1960, il y a eu un débat à Quimper et à Rennes entre « souverainistes » Bretons et « Autonomistes » Bretons, débat dont certains axes ont échappés à certains observateurs : La question qui avait été débattue par des universitaires (disparus depuis), était de savoir s’il ne valait pas mieux entrer dans l’orbe américaine où la Bretagne aurait été accueillie à terme en temps qu’Etat au même titre que le Maine, le New Hampshire, etc...

                  Dans la salle, il y avait des jeunes de l’époque qui avaient passé leur jeunesse et fait leurs études aux USA... Ils nous avaient exposé les avantages et inconvénients d’un tel statut. Depuis l’idée même de l’Europe fédérale a fait son chemin et les orientations prises nous conviennent. Nous observons avec beaucoup d’intérêt ce qui se fait en Catalogne, en Ecosse, au pays de Galles... Nous avons mis en place un parlement régional cohérent et très dynamique qui sera notre Assemblée future. Le Président a déjà été élu en conséquence. Il ne manque plus que le corpus législatif européen... Ce que nous voulons de puis des siècles est en train de se faire tout doucement , et surement ; et sans guerre ! Il n’y a plus qu’à attendre et grâce à l’Europe nous pourrons rattraper le pemps perdu depuis 1532 !


                • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 9 août 2007 22:39

                  Au moins, vous illustrez à chaque intervention de vous, nos craintes ! Europa ethnica...


                • Ar Brezonneg 12 août 2007 23:02

                  Votre « combat » d’arrière-garde est finalement assez vain ! En effet, il suffit d’observer la « real-politik » mise en oeuvre par Bruxelles entre la Serbie et le Kosovo : Ce pays va être séparé de la Serbie selon des critères purement ethniques. Vous avez là un exemple qui démontre de facto ce que sera l’évolution du continent européen dès que le mini-traité sera adopté ! Et selon certains échos, les députés seraient en majorité acquis à cette évolution... C’est pour cela qu’un référendum n’aurait pas lieu d’être. Il faut évoluer vers « plus d’Europe » ! Vous ne trouvez pas ?


                • Neos 7 août 2007 14:30

                  Bonjour,

                  depuis quelques temps sur AGV, des élans pan-souverainistes résurgissent ça et là, plus vigoureux que jamais.

                  Je respecte ces idées même si elles ne sont pas miennes et souhaite revenir sur certains arguments avancés par l’auteur.

                  Les discussions sur le contenu du projet de traité ’modificatif’, sur lequel planche actuellement la Conférence intergouvernementale, ont fait l’objet de plusieurs articles, je ne reviendrais donc pas dessus.

                  En revanche, le fond du sujet est intéressant et je savoure à l’idée d’en aborder quelques aspects.

                  Le souverainisme d’abord a ce naturel de ne jamais rappeler les fondements essentiels qui justifient encore aujourd’hui l’existence même de l’Union européenne en Europe. On peut être contre la méthode de gouvernance européenne, on peut être contre la voie économique (certains emploieront le terme « libéral ») qui a été préférée pour en organiser son intégration. Je peux comprendre et je respecte ces positions. Mais il est un autre argument qui, il me semble, ne connaît qu’une opposition mineure dans l’opinion publique : c’est le rôle pacificateur joué par le processus de construction européenne. Au-delà des arguments économiques qui nous amèneraient à débattre sur l’utilité du marché intérieur, l’UE vise ainsi avant tout à dépasser les différences nationales qui ont fait tant de mal aux peuples européens aux XIXe et XXe siècles, et proposer une alternative de développement de civilisation à la logique des concurrences nationales en misant sur la solidarité, la coopération, le travail en commun autour d’un projet unique : vivre notre avenir en commun.

                  Ce projet en commun n’est pas le projet allemand. Ma lecture de l’article est peut-être erronée, j’ai eu le sentiment que la plume de l’auteur semblait reprocher à la Présidence allemande du Conseil de l’UE d’avoir voulu s’approprier la Charte des Droits fondamentaux en présentant certains aspects du texte comme d’inspiration germanique. La Charte est un texte élaboré en commun, à 15, il y a environ 7 ans. Le principe du respect des minorités nationales sur lequel je me propose de dire quelques mots, dépasse largement la conception que se ferait un Etat de l’UE et repose sur des valeurs reconnues par les Etats membres dans leur ensemble.

                  Alors me direz-vous, que vient faire ici la question des minorités nationales ? Ou autrement dit, pourquoi les thèses souverainistes françaises (c’est un thème particulièrement sensible en France puisqu’il remet en cause un principe constitutionnel que l’auteur n’a pas manqué de rappeler) expriment un certain malaise lorsque l’idée de « minorité nationale » est évoquée sur la place publique ? Ce que l’auteur n’a pas souhaité souligner en gras (préférant attirer le regard sur le principe d’égalité, plus confortable), c’est la mention « république une et indivisible ». En effet, s’est-on jamais étonné de savoir pourquoi la France ne reconnaît-elle aucune « minorité nationale » sur son territoire, alors qu’elle exige, par exemple, que les minorités soit scrupuleusement respectées par les nouveaux Etats membres qui désirent adhérer à la famille européenne (le respect des minorités nationales, un des critères de Copenhague, est une condition d’adhésion à l’UE) ? Pourquoi ne ferait-on pas nôtre les causes corse, alsacienne, bretonne, basque (...) qui revendiquent généreusement un droit à la reconnaissance de leur culture, de leur langue, de leur diversité régionale ? Le souverainisme défend inlassablement l’unité nationale, il refuse en France l’ouverture aux minorités et souhaite limiter tant que possible l’accès à la diversité à l’intérieur de nos frontières nationales. La République doit demeurer « une et indivisible », elle ne doit pas risquer de se voir remise en cause par une diversité trop revendicative. En d’autres termes, le souverainisme craint la conciliation possible entre reconnaissance de la diversité intérieure et maintien de l’unité nationale.

                  Car nous touchons ici, chers lecteurs, au cœur de la sensibilité souverainiste : est-il concevable que les valeurs objectives (langue, culture, traditions, usages...) de la nation puissent être conciliables avec les valeurs régionales ou transnationales ?

                  Cette question devra probablement trouver une réponse satisfaisante sur notre continent au cours du siècle qui s’ouvre à nous. Au risque sinon de retomber dans les travers nationalistes du siècle passé.

                  Je pense pour ma part que ceci n’est pas infaisable. Avec des efforts de tolérance, de solidarité et de compréhension vis-à-vis de nos amis européens, nous pouvons réussir à concilier l’intérêt national avec les intérêts européens.


                  • Jacques Kotoujansky Jacques Kotoujansky 7 août 2007 15:25

                    Cher Monsieur, Votre réaction intelligente et modérée mériterait une longue réponse argumentée. Je manque de temps pour la rédiger, devant répondre aux autres commentaires. Je vais répondre de façon concise à deux arguments : la paix la diversité I/ La paix. Bien entendu, la construction européenne est née du spectacle terrible des guerres. Mais très vite l’objectif initial a été détourné. Voyez les origines et l’inspiration de l’icône des fédéralistes, Jean Monnet, typiquement agent d’influence anglo-saxon, et surtout américain, attaché à ménager les voies d’accès à l’ambition états-unienne de contrôler les principaux états de l’Europe. On ne peut pas dire que la paix en Europe ait été le fait de son orientation fédéraliste passée, présente et future. La paix vient de l’absence de contentieux grave entre les Etats, et, pour ce qui concerne la France, tout de même, du rôle que joue notre dissuasion nucléaire, telle que l’a voulue De Gaulle. (Au fait, De Gaulle, pour les Français plus grand personnage de leur Histoire, qui avait vu les deux guerres de près, était-il « fédéraliste » ? Bien sûr que non.) Au demeurant, les guerres sont le fait des empires, ou des volontés impériales, et non des nations. Enfin, en ex-Yougoslavie, en ex-URSS, le fédéralisme n’a pas empêché les conflits. Les nations veulent exister et sont quasi indestructibles. 2/ La diversité. Je commence par la fin : la France est un Etat unitaire, relativement centralisé, où elle n’est rien, que le domaine royal du « roi de Bourges » (Charles VII)ou à peu près. C’est ainsi. L’unité s’est faite jusqu’au frontières naturelles, elle a pris des siècles et n’est rien moins que naturelle aux intérêts « féodaux » qui sont aujourd’hui toujours vivaces, sous d’autres formes. La corruption de certains élus, qui a tant atteint leur image, à tort pour l’immense majorité d’entre eux, ne date pas du temps des préfets tout-puissants, mais du temps de la décentralisation qui a affranchi en partie les élus locaux de leur autorité. (Ceci n’est pas pour dire qu’il faut recentraliser, mais pour dire qu’il faut être prudent.)Quant à la France d’Outre-mer, c’est le fruit de l’Empire, mais qui a apporté aux « colonies » bien plus de bien que de mal, et dont nous n’avons pas à rougir. Ensuite, que l’on veuille non pas seulement maintenir les dialectes (ou les langues) régionaux et leurs « cultures » (ce qui est louable), avec quelques centaines de milliers de gens intéressés, mais leur donner un rôle à égalité avec le français, en prenant le risque des antagonismes et des incompréhensions de l’une à l’autre, j’avoue être sceptique et réservé. Face à cela, il y a les immenses pays émergents : Chine, Inde. La nation, parlant français (cela sans préjudice de ses cultures régionales) est à la taille de ces défis ; mais pas la région (qui doit toutefois, c’est vrai, recevoir les droits et les moyens d’une action de proximité). Voilà en deux mots, mes réponses. Merci pour votre contribution au débat. J.K


                  • Ar Brezonneg 7 août 2007 15:29

                    La « République » n’est qu’un mode de gouvernement... Il y en a d’autres...

                    D’ailleurs lorsque l’Europe existera, il n’y a aucune raison pour conserver ce mode de gouvernement qui sera en fait redondant avec le gouvernement central des « Länders » d’Europe !

                    Il faudra bien prendre en compte cela car il sera nullement efficace de conserver en parallèle un « etat-nation » (France, Espagne, Grande-Bretagne« et l’Europe... Il faudra bien du point de vue central administrer soit des grosses régions avec un gouverneur, ou de plus petites régions autonomes comme la Catalogne, l’Ecosse, la Bretagne avec là aussi un gouverneur élu, et un Parlement composé de représentants élus... Ces régions pourraient alors être ethniquement cohérentes (Histoire, culture, civilisation, géographie, le droit, la religion) et basées sous le principe du »pays« (le »pagus" des Romains)...

                    Je vous informe que cela a déjà été discuté par ici...

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