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UE et Commission internationale sur les baleines

Face à l’échec des négociations au sein de la Commission baleinière internationale, l’UE parle-t-elle d’une seule voix ?

Soumise à de violentes empoignades, la Commission baleinière internationale (CBI) s’est longtemps montrée incapable de dégager un consensus. La dernière réunion à Agadir au Maroc, du 21 au 25 juin 2010 le confirme. Le seul accord obtenu … repose dans le report des négociations à l’année 2011[1] !
 
A l’origine du problème se situe surement sa quête d’identité, comme le résume le point 3 de l’ordre du jour de la réunion intitulé « L’avenir de la CBI ». Depuis 20 ans, l’objet même de la Commission est un sujet de divergence : est-ce un organisme de conservation des baleines ou un traité de chasse ? Face à cette incapacité à dégager un nouveau paradigme, le gouvernement japonais favorable à la chasse s’est ainsi réjoui de constater l’absence de perspective. Semant la zizanie, il a aussi prétexté que la CBI avait trahi ses racines en mettant l’accent sur la conservation au lieu de permettre le développement d’une industrie durable de la chasse à la baleine, et qu’elle perdrait bientôt sa raison d’être.
 
Les Etats-Unis préparent déjà l’offensive. Lors de sa campagne présidentielle, Barak Obama affirmait qu’il se battrait pour protéger de nombreuses espèces, et en particulier les baleines. L’administration américaine avait pourtant ensuite annoncé "réfléchir sérieusement à un accord pouvant aboutir à la réouverture de la chasse à la baleine". A priori très effacée, les américains agiraient de façon plus globale, c’est-à-dire sur d’autres aspects de la protection environnementale…espérant d’une part convaincre le Japon de faire des concessions en matière de chasse à la baleine, et d’autre part détenir le leadership au sein de la CBI grâce à cette tactique de travail en sous-terrain. …Comme le présageait le président américain Dwight Eisenhower, le leadership, c’est l’art de faire faire à quelqu’un quelque chose que vous voulez voir fait, parce qu’il a envie de la faire. Dans ce contexte, l’Union européenne peut-elle s’affirmer dans ces négociations internationales ? 
 
Souvent divisée, l’UE semble parler d’une seule voix dans ce dossier. Menée par Berlin, elle fait du renoncement à la chasse à la baleine une condition absolue pour l’entrée de l’Islande dans l’UE. Elle est soutenue au niveau international par vingt six pays (dont notamment les Etats-Unis et l’Australie), qui ont aussi signé une déclaration regrettant la décision du précédent gouvernement islandais d’autoriser la chasse commerciale.
 
Le Parlement européen, dont les pouvoirs vont croissants, œuvre à la mise en place d’une convention internationale protectrice. La résolution de sa Commission de la pêche adoptée en février 2009[2] portait sur l’interdiction de la mise à mort de baleines à des fins scientifiques, ainsi que le maintien du moratoire sur la chasse commerciale à la baleine de 1986. Elle a encouragé la désignation de vastes zones maritimes et océaniques comme sanctuaires où toute chasse à la baleine est interdite pour une durée indéterminée. Elle demandait une nette intensification des efforts de recherche en vue de trouver et d’utiliser des méthodes humaines d’abattage. En dehors de ces zones protégées, les députés attendent des mesures pour mettre les cétacés à l’abri des menaces constituées par le changement climatique, la pollution, les collisions avec des navires, les engins de pêche, les bruits sous-marins d’origine humaine (sonars, études sismiques et navires, entre autres).
 
Dans cette lignée, en 2010, près la CBI, l’UE exigeait ainsi une base scientifique pour la fixation d’éventuels quotas grâce au maintien du rôle central du comité scientifique. Opposée à l’ouverture de tout nouveau type de chasse, elle acceptait toujours celle à visée stricte de consommation locale, pour la limitation de la consommation de produits baleiniers à la consommation locale. Elle se fixait comme objectif final l’interdiction totale de la chasse qui ne serait pas conforme au moratoire sur les chasses commerciales dans l’hémisphère nord, et ce dans un calendrier agréé. Dans l’Océan Austral, les sanctuaires devraient être des zones totalement préservées. L’UE demandait donc le maintien des règles appliquées aux pêches aborigènes, un mécanisme et un calendrier de révision de la CBI, qui ferait que toutes les activités, y compris de chasses scientifiques et sous réserve ou objections, seraient placées sous le contrôle de celle-ci.
 
Afin de sortir de l’impasse, sa stratégie à la CBI avait été de suggérer un compromis au Danemark (représentant officiel du Groenland à la CBI) permettant de réduire les prises de rorquals communs de 10 à 19 en échange des baleines à bosse (le Groenland a aussi droit à 212 petits rorquals). L’accord sera valable jusqu’en 2012, date à laquelle les quotas seront réexaminés. En attendant, malgré les cris d’alarmes lancés par ONGs et experts, les baleines resteront soumises aux négociations houleuses entre Etats belligérants. 


[1] Voir V. HACKER, « Echec du compromis international sur l’avenir des baleines : Consensus entre les experts – Divergences entre les Etats », 30 juin 2010, http://www.cetaces-et-voyages.com/francais/actualites.html
[2] Résolution du Parlement européen du 19 février 2009 sur une action communautaire dans le domaine de la chasse à la baleine (2008/2101(INI)) : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:C:2010:076E:0046:0048:FR:PDF
 

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Auteur de l'article

hacker violaine


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