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Un patron de BCE, pour quoi faire ?

L’Italien Mario Draghi est en pôle position pour prendre la tête de la Banque Centrale Européenne le premier novembre prochain. Parmi les responsabilités de cet ex Goldman Sachs : influer sur le taux d’intérêt de votre prochain crédit immobilier, sur le prix de l’escalope de poulet et gérer les actifs pourris accumulés à Francfort depuis un an.

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Mario Draghi - crédit photo : ECB press

Mardi dernier, Nicolas Sarkozy a apporté son soutien à la candidature de Mario Draghi à la présidence de la Banque Centrale Européenne (BCE), lors d’un sommet de réconciliation franco-italien. Une déclaration qui confirme la pôle position de « Super Mario » pour succéder au Français Jean-Claude Trichet le premier novembre prochain. Le ministre des finances de l’Allemagne, Wolfgang Schäuble, s’était déjà prononcé le 20 avril en faveur de cette candidature.

N’en déplaise à certains de ses compatriotes allemands. Le très influent quotidien Bild réagissait avec beaucoup de tact en février dernier face à la perspective de voir un Transalpin diriger la zone euro : « Mama mia, en Italie l’inflation est inscrite dans la culture comme la sauce tomate sur les pâtes ». Une attitude qui s’explique par une véritable phobie allemande d’une hausse généralisée des prix. Une crainte cristallisée dans l’imaginaire collectif d’outre-Rhin depuis la venue au pouvoir d’un certain Adolf Hitler dans un contexte d’hyperinflation.

Garantir la stabilité des prix

Car c’est bien d’inflation dont il est question dans ce métier. Le cœur du job de patron de la BCE c’est garantir des prix stables. Maintenir la hausse généralisée des prix en dessous de deux pour cent sur une base annuelle. Cet objectif s’appuie sur une certaine philosophie de l’économie selon laquelle la politique monétaire (l’émission de monnaie et la fixation de son coût) n’a aucune influence à terme sur les variables réelles de l’économie telles que l’emploi, la production industrielle, les salaires, etc. En revanche, une tranche de poulet à un prix stable permet aux producteurs et distributeurs de tranches de poulet de planifier à l’avance leurs dépenses et recettes, et au consommateur d’apprécier au vue de ses revenus combien de tranches de poulet pourra t-il acheter.

Illustration photozou CC hirorico

Un dérèglement de ces prix, comme en Argentine en 2001, crée une sacrée pagaille. Imaginez une baguette de pain qui voit son prix doubler entre le matin et le soir. Impossible pour les consommateurs comme les entreprises de planifier quoi que ce soit. La BCE a mis en ligne un « jeu » interactif qui se déroule sur l’île de l’inflation, où l’internaute peut mesurer l’impact de ce fléau sur un campus universitaire, un quartier résidentiel ou un centre commercial.

Marteler toujours le même message

En pratique, la BCE supervise l’impression des billets libellés en euros et fixe les conditions d’accès des banques à ces liquidités. Le big boss de l’institution européenne délivre une conférence de presse chaque début de mois, annonçant les taux directeurs. Soit les prix auxquels les acteurs financiers pourront s’approvisionner en liquidités. Ces prix influent directement sur le taux accordé par votre banquier pour un crédit.

Quant à l’inflation, c’est une affaire de psychologie des masses. Si les gens pensent que les prix augmenteront, ils s’ajustent en augmentant leurs propres prix. Ils matérialisent ainsi leurs propres anticipations. Pour éviter ce phénomène, le grand gourou de Francfort, siège de la BCE, martèle -jusqu’à l’ennui- dans les médias que le niveau des prix restera stable. Et dès que les prix partent à la hausse, il relève les taux pour raréfier les crédits et calmer les ardeurs. Avec moins d’argent en poche, on ne souhaite pas une augmentation des prix qui mine la valeur de nos économies.

Un ex de Goldman Sachs pour gérer la crise

Le Conseil des gouverneurs de la BCE au complet - crédit photo ECB press

Pour définir ces taux, le chef de la BCE se réunit avec le Conseil des gouverneurs composé de six membres de la BCE et des représentants des banques centrales de chaque pays membre de la zone euro. Ces charmants messieurs (une femme sur 23 membres !) s’appuient sur les travaux, analyses, statistiques menées par les quelque 1500 employés de la BCE pour prendre leurs décisions avisées.

Avec la crise de l’euro, cette belle équipe a décidé exceptionnellement d’accepter des titres de dette grecque et irlandaise contre liquidités. Dans le but de soulager ces deux pays -et les banques allemandes grosses détentrices de dette européenne – en proie à de graves difficultés pour se refinancer. Conséquence, la BCE se retrouve aujourd’hui avec des milliards d’euros sous la forme de titre de dettes dans ses coffres, dont une partie risque de n’être jamais remboursée.

Comment gèrera « Super Mario » cette crise qui n’en finit pas ? Les Allemands devraient se soucier de cet aspect bien plus que de l’inflation. D’ailleurs, le CV de Mario dévoile un homme d’expérience, avec un passage entre 2002 et 2005 à la direction européenne de Goldman Sachs. Cette banque d’affaire américaine qui a filé un coup de mains aux Grecs pour dissimuler une dette trop élevée… à la BCE. Comme dit, gérer de la mauvaise dette, ça le connaît !

www.ecopicture.info


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2 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 29 avril 2011 12:23

    Il y quelques mois seulement, la banque Golman Sachs était accusé d’être l’une des responsables de la plus grande crise financière depuis 1929.

    De nombreux articles rappelaient que sa spécialité était la mise en place de bulles spéculatives sur lesquelles elle gagnait en misant à la hausse, puis en organisant l’éclatement des bulles après avoir misé à la baisse. La crise de subprime, c’est elle. Le maquillage des comptes grecs, c’est encore elle.

    Le président de cette banque est actuellement poursuivi pour avoir misé contre des titres qu’il vendait à ses clients, donc contre ses clients qui lui faisaient confiance.

    A l’époque Mario Draghi était considéré comme l’homme de Goldman Sachs qu’il ne fallait surtout pas mettre à la tête de la BCE.

    S’il fallait une preuve de plus que l’oligarchie financière contrôle les gouvernements, en voici une.

    Lagarde en est une autre.


    • leypanou 29 avril 2011 15:41

      Est ce que l’auteur compte continuer à travailler dans les finances ou ce qui va autour ? Sortant de l’Université Dauphine et écrire un article pareil c’est déjà aller à contre-courant. Je parierai que peu d’étudiants de Dauphine oseraient pondre un article osant critiquer la BCE ou son système de cooptation. Comment quelqu’un venant d’une grande banque d’investissement peut prendre des mesures allant contre les intérêts de celles-ci alors qu’il peut encore plus tard y retourner ? Il n’y a qu’à voir les conséquences des revolving doors aux Etats-Unis sur les régulations des marchés financiers par exemple (pour l’agriculture, c’est pareil avec la FDA ( Food and Drug Administration) et Monsanto par exemple). C’est ce qu’on appelle tout simplement conflit d’intérêt et les meilleures proclamations du monde n’y changeront pas grand chose.

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