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Une pitoyable histoire belge : la plus grande prison du royaume se trouve… aux Pays-Bas

Pour faire face à une monstrueuse et indigne surpopulation carcérale, le gouvernement belge a conclu en 2009 un accord avec les Pays-Bas visant à louer à l’Etat néerlandais une prison clés sur portes à Tilburg, une ville hollandaise proche de la frontière flamande. A l’époque, j’avais évoqué cette décision d’urgence et de pis-aller qui se voulait ‘temporaire’. 

La crise politique aidant, le temporaire risque bien de durer plus que les 3 ou 4 ans prévus initialement. Le gouvernement ”en affaires courantes” ne peut en effet décider le moindre investissement en la matière. Comme la crise est d’évidence (très) loin de son terme, il coulera encore beaucoup d’eau sous les ponts avant la construction ou le réaménagement d’établissements pénitentiaires. 

Ce palliatif bien belge a un coût élevé - 30 millions d’euros par an pour l’hébergement de 500 détenus, soit 5.000 mensuels par détenu – et s’avère déjà insuffisant. Une extension de 150 nouvelles places est désormais nécessaire, soit un coût annuel supplémentaire de 9 millions d’euros. 

Un an d’expérience et un bilan humain extrêmement négatif

La section belge de l’Observatoire international des prisons (OIP), la Ligue des Droits de l’Homme et le Centre Belge d’Action Laïque ont enquêté sur les conditions de détention dans cette prison made in Netherlands et leur bilan est très sévère sur plusieurs points relatifs aux droits de la personne.

Cette prison était en principe réservée à des détenus néerlandophones (et sur base volontaire) car le personnel pénitentiaire y est unilingue néerlandophone. Les trois organisations pointent du doigt de nombreux transferts forcés de condamnés, généralement francophones, vers ce nouveau lieu de détention. Plus de 40 pc des détenus de Tilburg sont « francophones », ce qui crée forcément des tensions qui a la longue deviennent insupportables. 

Le respect des « droits minimaux », notamment d’ordre familial, est rendu aléatoire du fait de l’implantation du lieu de résidence à l’étranger. Les enquêteurs relèvent ainsi qu’un aller-retour Bruxelles-Tilburg prend environ 7 heures, sans compter son coût financier. Que dire lorsque la famille habite au fin fond de la Belgique ? Les droits de la défense sont aussi affectés car les difficultés d’accès concernent également les avocats.  

Selon le rapport, l’aide à la réinsertion et le soutien aux détenus sont inexistants en raison de l’absence sur place d’organismes sociaux de la Communauté flamande et de la Communauté Wallonie-Bruxelles. De plus, près de la moitié des détenus, admissibles à une liberté conditionnelle, voient leur dossier bloqué en raison d’un manque de personnel administratif interne ou connaissent des difficultés pratiques à préparer leur plan de reclassement. 

Pour l’OIP, la Ligue des Droits de l’Homme et le Centre d’Action Laïque, Tilburg n’est autre qu’un lieu de parcage qui ne règle rien au problème de surpopulation carcérale. La Belgique (10,5 millions d’habitants) enregistre un record avec 11.000 prisonniers. Le rapport conclut en ces termes : “Tilburg est l’excuse du gouvernement pour ne pas aborder les véritables causes de la surpopulation : le taux abusif de détention préventive, l’allongement des peines prononcées, les limitations à la liberté conditionnelle, et l’explosion du nombre d’internés -des malades- en prison“. “Prison sans issue, Tilburg aggrave le problème qu’elle est censée régler“. 

Surréaliste. 


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1 réactions à cet article    


  • Jean d'Hôtaux Jean d’Hôtaux 12 mars 2011 12:04

    @François Collette,

    Ce qui est pitoyable c’est avant tout de constater que la crise politique belge affecte l’ensemble des investissements, dont ceux liés à l’univers carcéral et peut-être aussi les ressources nécessaires au fonctionnement de la justice ... ?

    Par conséquent, le « gouvernement en affaires courantes » est contraint de trouver des solutions palliatives. Qui pourrait le lui reprocher ?

    En revanche, je ne vois pas en quoi la langue néerlandaise serait un obstacle pour les détenus francophones ?
    Qu’en serait-il si ces mêmes personnes étaient détenues en Flandres néerlandophones, à Anvers par exemple, ne seraient-elles pas soumises aux mêmes conditions ?

    Je ne sais pas si le droit belge, accorde aux détenus le choix d’être emprisonnés au gré de leurs choix géographiques et linguistiques. Après tout un détenu est par définition privé de liberté, sous réserve que celui-ci ne subisse pas de traitements dégradants bien évidemment ?

    Cordialement !

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