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Vox clamen in deserto !

   

Le grand gagnant de dimanche n’est pas celui qu’on croit. Après une non campagne, c’est l’indifférence qui a gagné. Le vainqueur présumé n’a jamais réuni que 11% des citoyens. La Grande Bretagne, où l’anti européanisme est l’autre nom de l’humour anglais, a fait à peine mieux. Et pourtant elle n’est ni dans Schengen ni dans l’Euroland.

Et pourtant,le seul espoir de voir la machine bruxelloise fabriquer autre chose que de la socio technocratie est de lui imposer un contrôle politique permanent. C’est le but du Parlement européen dont les pouvoirs s’étendent régulièrement bien qu’avec une sage lenteur. Malgré la progression des « eurosceptiques », les grandes tendances qui s’y affrontent resteront inchangées. Qu’il devienne, par contre, un lieu où toutes les opinions sont représentées est tout à fait sain et conforme à l’idéologie démocratique. L’injection de contestation lui fera le plus grand bien. Les fonctionnaires de Bruxelles devront y regarder à deux fois avant de rédiger leur textes, car ils devront compter avec des députés qui reflèteront ces réalités du terrain que l’on oublie vite dans les caveaux de cristal de la Commission.

La vérité, c’est que l’Europe ennuie profondément les peuples habitués à regarder loin par delà leurs frontières. Telle qu’elle est aujourd’hui, elle est plus faite pour des Scandinaves, des Irlandais ou les pays du Benelux qui n’ont pas de vision globale que pour d’ex empires ; pour des pays neufs, comme l’Italie ou l’Allemagne, que pour des nations millénaires avec une tradition historique d’hégémonie. Les allemands nous nomment, avec une pointe de dérision,la « Grande Nation ».. .

Les pères fondateurs avaient une vision qui s’appelait la paix continentale. Pour y parvenir ils ont caché leurs bottes de sept lieux pour chausser les brodequins de l’intendance. Alors la paix s’est faite sous couvert de charbon, d’acier, de politiques agricoles, de toute une panoplie de règlements qui ont fini par occuper tellement tout le monde qu’on en a oublié de se faire la guerre. En 69 ans, de 1870 à 1939, il y a eu trois guerres entre la France et l’Allemagne. En 69 ans de 1945 à 2014, rien, que de l’ennui.

Pendant que se construisait cette Europe des boutiquiers qui plait tant à la Grande Bretagne, le monde tremblait. A l’est un empire sombrait, au sud la globalisation prenait forme. L’ile Europe survivait plutôt bien, personne ne tirait la sonnette d’alarme, et, à Bruxelles, les Pangloss de la Commission organisaient le « meilleur des mondes possibles ». L’effondrement du communisme donne à l’Allemagne le statut de grande puissance. Elle en tire le meilleur parti, et convainct la France d’entrer dans la zone mark, rebaptisée Euroland. La Grande Bretagne, de son côté voit s’éloigner le cauchemar d’avoir à Calais un continent uni. L’élargissement à l’est rend une Europe politique de Tallin à Gibraltar impossible.

Coté sud, la globalisation n’a jamais été maitrisée par Bruxelles, comme elle l’a été par les Etats Unis. Le laisser faire, laisser passer, a été la règle d’or, aussi bien dans le domaine des importations de pays semi esclavagistes que dans celui de l’immigration où, à force de chercher des bras pour payer les retraites des quinquagénaires, on a construit des sociétés qui pratiquent l’auto-ségrégation, totalement à l’inverse des Etats-Unis où l’immigrant est pris dans un système à fabriquer des américains.


Dimanche dernier, les plus grands abstentionnistes ont été les ancien pays de l’Est, des Baltes à la Croatie, pour lesquels l’admission dans l’Union Européenne a été la plus grande promotion à laquelle ils auraient jamais pu réver. Ëtre arrivés si haut si vite ne les a pas rendu plus européens ! Comment expliquer cette aberration ? La première émotion passée, l’ Europe n’a plus été qu’une mine d’or à exploiter. Le cas de l’Ukraine est typique : en face d’un gouvernement qui demandait des milliards pour adhérer, le Président Hollande n’avait il pas sagement déclaré que l’Europe n’était pas aux enchères ?

Les plus européens, ceux où la majorité électorale a confirmé sans état d’âme le scrutin de dimanche, sont ceux qui ont su tirer leur épingle du jeu en faisant de la machine bruxelloise une arme pour gagner.

La « furia francese » de l’égalité à tout prix a offert l’industrie française sur un plateau à ses voisins en cassant une compétitivité déjà à bien éprouvée par un « modèle social » populiste. Les « trente cinq heures » ont fait sourire la planète entière. Elles ont couté très cher en terme de chômage sans autre avantage que d’élargir l’audience de la télévision et des jeux vidéo ( 4 et 2 heures par jour respectivement). Trop de loisirs, aussi, créent l’ennui.

Depuis les razzia françaises sur la politique agricole commune qui a été pendant des années un immense pactole pour notre agriculture et notre industrie agroalimentaire, la France n’a plus tiré grand-chose de l’UE. Par contre,en l’absence de système social européen qui aligne tous les taux et toutes les aides, nous sommes victimes du tourisme social. C’est en France que le naufragé de Lampedusa trouve le pays le plus généreux. L’ anglophone qui arrive en Grande Bretagen est obligé de travailler dur. En France, il apprend d’abord les 35 heures puis les meilleurs trucs pour recevoir les indemnités les plus variées et les moins controlées. Et pourtant nous ne manquons pas d’eurocrates français ! Mais ceux que je connais le mieux mettent leur point d’honneur à rester neutres, ce qui n’était pas le cas d’ autres qui doivent rendent des comptes à leurs administrations d’origine.

Mal connue, mal comprise, mal exploitée, l’Europe, de source de croissance, s’est transformée en boulet pour la France. Les politiciens de tout bord en on fait leur tête de Turc en la rendant responsable de tous les maux du pays. Le poison, lentement instillé depuis trente ans, a fait son œuvre, transformant un pays profondément européen en eurosceptique.

Que peut-on faire aujourd’hui ?

Il faut surtout ne pas céder à cette panique dont nos dirigeants viennent de nous donner d’éloquents exemples. Oublions au plus vite les discours de notre Président et de son Premier Ministre qui ont perdu leur sang froid, première qualité d’un homme d’Etat. Ce piètre spectacle, relayé par une opposition à terre, fait partie belle aux extêmes de droite comme de gauche qui sans autre slogan que « Non » encombrent l’espace public de propos obscurantistes. Il faut ré expliquer ce qu’est l’Union Europénne à des Français qui ne le savent plus. Personne n’a fait de pédagogie pendant une campagne focalisée sur nos querelles internes. En même temps, il faut agir à l’Assemblée europénennne et à la Commission pour que les insuffisance les plus criantes soient corrigées :

-arréter les élargissements de l’UE 

-revoir les procédures de Schengen pour que les Etats contrôlent les mouvements migratoires

-entamer un rapprochement des systèmes sociaux des pays membres

-enlever les béquilles aux pays qui sortent de la crise pour économiser de l’argent

-mettre Bruxelles à la diète , au même titre que les pays membres

C’est déjà un programme copieux, qui prendra des années. Dans le même temps, en France, nous ne pourrons pas économiser une thérapie de choc comme celles que se sont imposés nos voisins allemands, anglais, scandinaves et maintenant italiens et espagnols. Il est maheureusement clair pour tous que l’éxécutif actuel en est incapable, rongé par les divisions qu’engendre l’indécision, poursuivi par les fantasmes idéologiques d’une époque disparue. Rien à espérer donc avant 2017.

Nous avons donc trois ans pour préparer la rénovation de cette République à la dérive. L’Italie semble nous montrer une voie. La débacle actuelle a au moins l’avantage de permettre à nos concitoyens de prendre conscience des dérives entamées il y a trente ans. Indispensable avant le sursaut. L’indifférence fait le jeu des extrêmes. Il faut que nous, citoyens, cessions d’être spectateurs et redevenions acteurs.

Christian Mégrelis

Auteur de Danger protectionnisme (Calmann Lévy ) et Keys for te Future (Lexington Books)


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7 réactions à cet article    


  • César Castique César Castique 14 juin 2014 10:47
    Que de lieux communs ! Ils défient la réfutation. Je n’en retiendrai que deux :

    « En 69 ans de 1945 à 2014, rien, que de l’ennui. »

    Auriez-vous déjà oublié la Guerre froide et ses « divertissantes » tragédies - Berlin 1949, Berlin-Est 1953, Poznan et Budapest 1956, Berlin encore 1961, Prague 1968, Berlin - qui a protégé l’Europe de la « Guerre chaude » entre 1945 et 1989 ?

    « . L’Italie semble nous montrer une voie. »

    La voie italienne, c’est beaucoup de paroles et de gesticulations d’une part, l’augmentation continue des impôts et des taxes, du chômage et de la dette, des faillites d’entreprises et du recul de la consommation, d’autre part.

    Renzi qui, chaque jour qui passe*, rappelle qu’il a remporté 40 % des suffrages lors des européennes (24,06 % des inscrits, puisque le relativisme urnaire est à la mode) omet de préciser que sa large victoire électorale repose sur une diminution de 80 € des prélèvements sur les salaires les plus bas.

    Alors, d’ici à l’automne, les Italiens s’apercevront que le Ducetto n’a en rien freiné la dégradation de leur niveau de vie et de leur bien-être, et sans même les faire rêver de gloire militaire comme dans la première moitié du Ventennio, et la chute dans les sondages promet d’être flambyenne.

    Maintenant, pour ce qui est de l’Europe, si l’euroscepticisme n’a pas progressé de manière à perturber profondément la mécanique bruxelloise, ce n’est que partie remise. Il faudra bien revenir devant les électeurs en 2019, si l’Union tient jusque-là, après cinq années supplémentaires de stagnation économique et de dictature de la commission.

    Parce que la démocratisation de l’usine à gaz est une chimère. Il a été démontré qu’une U.E. démocratique est condamnée à la stagnation, et qu’elle empêcherait l’oligarchie de la mener là où elle veut, c’est-à-dire à la remorque de la locomotive états-unienne, sorte de tender du Nouvel Ordre mondial, incluant les pays balkaniques, y compris les Etats voyous, la Turquie et peut-être bien du Maroc. Dans une première phase, dans une première phase...

    * Hier, la formule du jour était : « Je n’ai pas pris 40 % pour végéter... »

    • César Castique César Castique 15 juin 2014 00:44

      «  Hier, la formule du jour était : « Je n’ai pas pris 40 % pour végéter... » »


      Celle de samedi, rapportée par le quotidien du PD (prononcer PiDi), l’Unità, était : « Nous ne devons pas trahir les espoirs des 40,8 %... »

    • César Castique César Castique 16 juin 2014 00:43

      Suivi de l’information 


      La référence du jour aux 40, 40,8, 41 % - c’est du cas par cas. A propos des querelles au sein du PD (prononcer Pidi) - parce qu’il y a des querelles au sein du PD :

      « Avec les 41 % aux européennes, le problème n’est pas s’aligner sur les préoccupations de minorités, mais de répondre aux citoyens. »

    • foufouille foufouille 14 juin 2014 12:54

      « Trop de loisirs, aussi, créent l’ennui. »

      si tu sait rien faire d’autre que bosser, je te plains


      • pens4sy pens4sy 14 juin 2014 13:18

        Il faut enlever vos oeillères, auteur.
        « ....
        Être arrivés si haut si vite ne les a pas rendu plus européens ! Comment expliquer cette aberration ? »

        La grande majorité des populations d’Europe de l’est intégrées dans l’UE ne se sentent certainement pas « arrivées si haut ».


        • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 14 juin 2014 13:43

          @L’auteur.

          Billet intéressant. peut-être devriez-vous approfondir votre analyse, notamment au regard des commentaires de César.
          Pour le reste, vérifiez votre citation et soignez votre orthographe.Ces désordres nuisent à votre texte, ce qui est dommage !


          « bottes de sept lieux ». Lieues serait préférable.
          « qui plait tant  ». Plaît.Accent circonflexe sur le « i ».
          « L’ile Europe ». L’île.Idem.
          « et convainct la France ». Convainc.Le « t » est superflu.
          « Coté sud ». Côté. Accent circonflexe sur le« o ».
          « maitrisée par Bruxelles ».Maîtrisée.
          « jamais pu réver ».Rêver.
          « ne les a pas rendu ».Rendus.
          « Elles ont couté  ». Coûté.« 
           »Par contre,en l’absence« . En revanche.
           »controlées.« Contrôlées.
           »arréter les élargissements« . Arrêter.
           »économiser une thérapie de choc comme celles que se sont imposés nos voisins allemands",
          Cf. la question de l’accord du participe passé dans les formes pronominales.http://www.etudes-litteraires.com/grammaire/accord-participe-passe-pronominaux.php

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