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A quand un esprit lorrain ?

Les dossiers d’infrastructures et de logistiques s’empilent de plus en plus sur le bureau lorrain. Entre ceux qui sont au point mort et ceux qui appellent à la division, notre belle province stagne au lieu de briller. Car passer ces querelles stupides et intestines et au-delà de l’activité économique qu’impliqueraient les mises en chantier de la seconde tranche de la LGV Est Européenne, de la mise à 2X3 voies de l’A31 ou du canal Saône-Moselle, la Lorraine pourrait enfin prendre une place majeure dans la compétition logistique avec le projet de la plateforme tri modale mosellane. Sur un ton d’urgence et d’exaspération les BLE appellent donc les acteurs publics à s’unir enfin pour que notre province ne sacrifie pas ces opportunités et son immense potentiel sur l’autel des guerres de clochers. Dans le cas contraire, si nos politiques ne prennent pas leurs responsabilités et continuent leurs gamineries électorales et autres, ce sont tous les grands projets actuellement débattus qui pourraient nous filer sous le nez…

En effet, comme nous pouvons le lire ça et là, « la Lorraine est réellement un mystère », dans la mesure où elle dispose de tous les atouts pour être une grande terre de logistique, mais rien, mais alors strictement rien ou presque, ne décolle. La faute à un sempiternel problème de gouvernance politique. Le problème, c’est qu’en Lorraine, dès qu’un nouveau projet émerge et pointe le bout de son nez, vous avez aussitôt 50 % des acteurs locaux qui sortent un contre-projet similaire de leurs cartons. Ceci est d’ailleurs très visible pour les Parisiens qui se frottent les mains d’observer une telle désunion. Les Lorrains se décrédibilisent et se tirent ainsi eux-mêmes une balle dans le pied ! Or c’est cette même et pathétique gouvernance qui sera bientôt au cœur des enjeux lorrains. En effet, entre le fer, la route et le fluvial, les dossiers ne manquent pas. Alors que notre belle province se situe bien évidemment de manière idéale d’un point de vue géographique, géostratégique et en termes de flux et d’échanges Nord-Sud, il paraît tout bonnement incompréhensible et inconcevable qu’elle ne tire pas mieux son épingle dans le jeu logistique, au moment même où les Ports de Marseille viennent d’entrer dans le capital de la plateforme de Pagny en Bourgogne. Alors que nous sommes actuellement dans une situation d’urgence et de saturation de nos principaux axes de communication, il faut bien comprendre que c’est justement à Paris que les arbitrages se feront. Et comme d’habitude, il n’y aura aucun état d’âme pour la Lorraine.

Afin d’être enfin reconnue, de ne pas voir les compensations promises aux iniques restructurations militaires jeter aux oubliettes et pour tout simplement s’en sortir, la Lorraine devra justement se montrer unie. Une fois n’est pas coutume même si l’équation paraît des plus difficiles à résoudre. Car à présent, tout le monde a eu vent de la désormais célèbre querelle autour des gares de Vandières et de Louvigny pour ce qui est du TGV Est Européen. En ce qui concerne le transport et la logistique, les grands travaux concernent avant tout le routier, avec l’aménagement de l’A31, et le ferroviaire, avec les possibilités de développement du fret. Au niveau du fluvial, deux dossiers importants sont actuellement à l’étude, à savoir, l’implantation d’une plateforme multimodale et la guéguerre fratricide qui va bien évidemment avec, qui pourrait accueillir des conteneurs venus du port d’Anvers, ainsi que l’ouverture de la Lorraine vers le Sud avec le projet de canal Saône-Moselle. Autant de projets qu’il vaudrait d’ailleurs mieux voir validés avant le début de la lutte pour les élections régionales de 2010, sous peine de ne plus jamais les revoir...

Cela dit, deux faits sont dernièrement venus souligner les efforts de la Lorraine pour se mettre à la hauteur de sa situation géographique. D’une part, la fameuse autoroute ferroviaire Luxembourg-Perpignan, qui a acheminé ses premières remorques de matières dangereuses (produits chimiques,…). Un nouveau service qui devrait a priori augmenter le taux de remplissage des convois de 10 à 15%. De même de nouveaux clients sont venus pointer le bout de leur nez, confirmant ainsi leur intérêt grandissant pour cette infrastructure ferroviaire. Il s’agit ni plus ni moins de Sony qui apprécie la sécurité du transport ferroviaire et économise par la même occasion le coût élevé des parkings sécurisés, de l’importateur norvégien de fruits et légumes Bama, de Ford ou encore d’Ikea. En raison de ce succès, un second départ quotidien trois fois par semaine a récemment été proposé. Il s’agira de convois mixtes qui pourront charger des remorques et des conteneurs. Les exploitants de l’autoroute ferroviaire songent également à faire passer la longueur des convois à 1 000 mètres, contre 750 actuellement. D’autre part, le rehaussement en 2010 de sept ponts situés sur la Moselle en aval de Metz par Vois navigables de France, dans le but de les adapter au transport des conteneurs, pour un montant total estimé à 11 millions d’euros, fait preuve d’une bonne volonté. La première et la plus difficile de ces opérations, à savoir les travaux de la RD 60 au niveau de Richemont, a déjà été réalisée en 2007, permettant de gagner 55 centimètres. Les bateaux pourront ainsi rallier Metz avec trois couches de conteneurs 300 jours par an et deux couches tout au long de l’année. Déjà bien adaptée au transport de vrac, la Moselle sera donc bientôt mieux armée dans la course au trafic de conteneurs, même si elle pourrait cependant être fortement handicapée par ses 12 barrages et ses 17 écluses qui rallongent les temps de parcours, par comparaison à l’autoroute fluviale que constitue le Rhin.

Enfin, pour terminer notre exposé par une cerise sur le gâteau, une véritable consécration de la connerie, examinons le choix extrêmement délicat au sujet de l’implantation de la future plateforme tri modale lorraine entre les deux projets d’Illange et de Metz. Rappelons que cette dernière a pour but de servir d’hinterland aux ports d’Anvers et de Rotterdam, dans la mesure où ces derniers ont besoin de relais assez éloignés dans les terres capables de répondre à des besoins spécifiques. La plateforme lorraine pourrait ainsi recevoir des marchandises en vrac qu’elle réexpédierait par conteneurs, d’autant plus qu’il existe en Lorraine, un réel potentiel pour le trafic de conteneurs. Notre province apparaît de même particulièrement adaptée pour les échanges avec l’Asie. Seulement voilà le sujet ne manque une nouvelle fois pas de diviser nos politiques. Pour une fois que la rivalité stérile entre Metz et Nancy ne nous plombe pas, il faut que ce soit une querelle purement mosellane qui fasse craindre le pire et qui fasse tout capoter. Car au lieu d’avoir une plateforme à Metz ou à Illange, il ne pourrait si cela continu, ne rien avoir du tout. Comme cela tout le monde sera content ! Car pour les uns, une implantation à Metz rendrait la plateforme plus accessible aux entreprises du Nord de Nancy, pour les autres, une implantation à Thionville-Illange créerait peut-être des opportunités avec le Luxembourg. Il faut maintenant choisir avant que la concurrence des autres provinces ne nous grille la politesse. Déjà que notre crédibilité auprès des gens d’Anvers ne doit plus voler bien haut… Tout ce qui nous manque aujourd’hui c’est une offre coordonnée, une volonté politique commune et surtout un esprit lorrain. Les Alsaciens par exemple ne manquent d’ailleurs pas de le développer cet esprit d’union sacrée dans l’intérêt de toute leur région. Pour des raisons techniques, la plateforme lorraine devra obligatoirement se faire au Nord de Pont-à-Mousson. Mais si on veut faire avancer le projet avant qu’il ne soit trop tard, il faut décider maintenant de son emplacement ! Et pas question de construire un truc hybride, avec une partie à Metz et l’autre à Illange. Un seul dossier comme Louvigny-Vandières est déjà suffisant ! La future plateforme devra donc proposer des solutions attractives pour les monstres de la logistique et leur faire miroiter une rentabilité rapide. Eux n’ont que faire du débat entre Metz et Illange. Ils voudront pouvoir réaliser leur business. Et vite. Il faut trancher et mettre un terme à cette odieuse cacophonie. Il en va de l’intérêt de la Lorraine et des Lorrains.


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2 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 24 juin 2009 19:36

    Eh oui. Nancy et Metz se sont paralysés mutuellement. Il eût fallu choisir. On dirait une BD de Lucky Luke.


    • Georges Yang 24 juin 2009 20:44

      La querelle Metz - Nancy est plus profonde qu’il n’y parait. En dehors d’un petit côté Clochemerle, fréquent dans toutes les anciennes provinces, elle laisse poindre des différences sous sous-sous-jacentes qui ont leurs racines dans l’histoire. Car la Lorraine n’est pas l’Alsace avec ses haut et bas-rhinois. Il existe une frontière linguistique, une histoire d’occupation allemande en Moselle entre 1871 et 1918 que n’a pas connue Nancy. Sans remonter à l’époque des évêchés et de la cour de Stanislas.Et même si de nos jours ces différences s’estompent, elles reste dans l’inconscient collectif. Originaire de Moselle par ma mère, j’ai bien connu ces rivalités dans les années 60, à une époque où de nombreuses vieilles femmes ne parlaient pas français après le nord de Thionville.
      Les différence de législation, souvent favorables aux mosellans, compliquent encore le schéma relationel. Cependant, malgré le sinistre économique de la vallée des anges, des années 60 et 70 un certain dynamisme caractérise la Lorraine et tout espoir n’est pas perdu.
      Il existe une fierté lorraine, que l’on retrouve dans la chanson populaire. Si on l’appelle vilaine, c’est à dire paysanne, c’est que les lorrains ne portaient pas de sabots mais des chaussures contrairement aux bretons et ils en étaient fier. Je pense qu’ils le sont restés et qu’ils vont rebondir.

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