Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Info locale > Conte de Noël - 80 ans plus tard... le bateau retrouve son port

Conte de Noël - 80 ans plus tard... le bateau retrouve son port

Un cotre, né en Bretagne en 1926, retrouve son chantier de construction après 80 ans de vagabondage. Avec deux naufrages, un piratage en Tunisie, 13 propriétaires dont Charles Vanel, un tournage de film par Jean Cocteau et une série télévisée, il mérite une retraite bien gagnée. Son retour à Roscoff (Finistère) est le fruit de la volonté de quelques-uns de ses anciens propriétaires et de passionnés de bateaux à Roscoff. Début janvier, il fera un nouveau voyage entre le Lavandou et la Bretagne, où il « racontera » ses histoires de mer et de vedettes de cinéma.

Décembre 2004

En décembre 2004, Le Vagabond, cotre aurique de 12,50 mètres, construit en 1926, coule dans le port du Lavandou - Var.

Ce bateau n’ a rien d’exceptionnel, sinon une histoire. Le Vagabond est sorti des chantiers Kerenfors (Roscoff - Finistère) en avril 1926. Baptisé à l’époque Nethou, c’est le dernier bateau à sortir des chantiers Kerenfors, à Roscoff. Depuis le XVIIe siècle, ce chan­tier avait lancé des frégates corsaires, lougres, voiliers de plaisance, des cordiers à voûte de la famille du Reder Mor... En France, c’est dans ses murs que le seul clipper trois mâts a été construit. Il s’agissait d’une goélette chasseur de Terre-Neuve. Des bateaux lancés par les chantiers Kerenfors, il ne reste plus que Le Vagabond.

Commandé par un capitaine de la marine marchande, il a été construit pour la plaisance, selon les formes d’un bateau pilote. Maintenant, il appartient à un professeur belge à la retraite. Ce qui est intéressant, c’est que toutes les péripéties de la vie de ce bateau sont connues. Il a fait naufrage en Méditerranée lors de son voyage inaugural, et a été sauvé in extremis. Il a passé la deuxième guerre mondiale, a été coulé dans le port d’Alger pour éviter sa réquisition, a été arraisonné par des pirates en Tunisie alors qu’il faisait la pêche au corail. En 1953, il est amarré devant la Croisette, où Charles Vanel, son nouveau propriétaire, vient chercher son prix pour Le Salaire de la Peur, palme d’or. Son nouveau port d’attache devient Saint-Tropez. Michèle Morgan, Gérard Philipe, ou encore Julien Duvivier navigueront sur le Nethou. Quelques années plus tard, Jean Cocteau, attiré par la forme particulière du petit cotre, lui consacrera un court-métrage, intitulé Devoirs de Vacances...

En 1992, ce fut au tour de Mireille Darc, Pierre Cos­so et Pierre Vanek de tirer des bords sur le voilier pour les besoins du feuilleton de TF1, Les coeurs brûlés. Ce bateau a eu treize propriétaires.

Décembre 2005

Le propriétaire actuel, âgé de soixante-dix ans, a réussi à le sortir de l’eau, et à le caler sur le chantier du Lavandou lors de son naufrage, voici un an. Il n’a pas les moyens financiers de le sauver. Dans les premiers jours de janvier 2006, un des derniers vieux gréements français sera menacé de disparition, peut-être détruit par une pelle mécanique, si aucune solution n’est trouvée !

Quelques personnes, connaissant bien ce bateau et son propriétaire depuis quelques années déjà, ont lancé un S.O.S. par voie de presse, à la mi-décembre 2005. Sur place à Roscoff, ce S.O.S. a été entendu « 5 sur 5 » par quelques amoureux des bateaux, de l’histoire de leur ville ou de l’histoire du bateau avec son volet « cinéma ». Ils sont intervenus auprès du maire, et l’ont persuadé de l’intérêt de cette opération. Ils déposent aussitôt les statuts de leur association « Nethou - Vagabond - Roscoff » pour la sauvegarde du petit cotre. Le propriétaire, très heureux de voir son bateau survivre, le vend pour un euro symbolique à l’association qui se charge de le sauver, de le protéger des intempéries.

Aujourd’hui, les nouvelles du Vagabond sont bonnes. Il sera rapatrié dès le début du mois de janvier par convoi exceptionnel à Roscoff - Finistère, où il deviendra en quelque sorte le symbole du patrimoine maritime de la ville. En urgence, il sera protégé des intempéries.

Quel est l’intérêt de ce bateau, dont tout le monde tombe amoureux ? Premièrement, il est la dernière unité à être sorti du chantier Kerenfors (deux siècles d’histoire dans le port de Roscoff). Ensuite, par miracle, Le Vagabond, construit pour une durée de vie de quelques dizaines d’années, a survécu de 1926 jusqu’aàaujourd’hui (où il est très fatigué...) Enfin, parce que chaque étape de sa vie tumultueuse est connue. On connaît presque toutes les destinations de ses nombreuses navigations, ses quatre différents gréements, ses treize propriétaires successifs qui sont tombés, tous, sous le charme de ses qualités tant esthétiques que marines. Et enfin, il existe des documents écrits, photographiques, et cinématographiques de toutes ces époques...

La suite de l’histoire reste à écrire. La toute jeune association va appeler vers elle tous ceux qui aiment la mer et les bateaux, l’histoire de ce port finistérien, Roscoff, et les amoureux du cinéma.

Le Nethou - Vagabond est sans doute trop « âgé » pour retourner à la mer. Mais, c’est un ancien qui peut servir de témoin et de modèle pour une nouvelle naissance maritime. Chacun pourra contribuer à sa manière à redonner vie à ce bateau. Certains travailleront directement à le soigner, d’autres iront, ici et là, rechercher tous les documents le concernant pour lui redonner son histoire, d’autres encore aideront financièrement à la prolongation de cette belle histoire...

Si, d’une manière ou d’une autre, ce bateau vous intéresse, si vous disposez d’un fragment de sa mémoire, n’hésitez pas à prendre contact avec l’association.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (15 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • (---.---.52.105) 27 avril 2006 14:03

    Bonjour,

    Très jolie histoire.A-t-on des nouvelles depuis ?

    Merci à vous .

    ROCLA


    • choumik 11 juillet 2010 16:52

      Roscoff le dimanche 10 juillet 2010. Le Vagabond est réduit à un amas de bois calciné rassemblé sous une bâche blanche en plastique, à une encâblure de la chapelle Sainte-Barbe, derrière une haie, sur le terre-plain au pignon de la maison qui fait angle au carrefour, près de l’hôtel Brittany. Triste fin pour un côtre héroïque ! Mais que s’est-il passé au juste, comment le voilier a-t-il été réduit à un ta


      • Piotr Piotr 11 juillet 2010 20:03

        Malheureusement, les histoires, même belles ne se terminent pas très bien.

        De cette aventure, il restera des écrits, des photos, quelques pages de l’histoire de ce bateau et du chantier naval « Kerenfors » de Roscoff où il fut construit.

        Que s’est-il passé ?

        Une fois arrivé à Roscoff, ce bateau n’a pas trouvé de place définitive où avec une protection contre les intempéries, il pouvait attendre quelques années, pour se refaire une santé, non pour naviguer ( c’était trop tard ) mais comme témoin de la longue activité maritime de la ville.
        Malgré de nombreuses démarches, il n’a pas été possible de trouver 50 m² qui serait devenu un chantier temporaire pour y entreprendre des travaux de restauration.
        Devant ce constat, nous avons chercher pendant deux bonnes années des passionnés ( particulier ou association ) qui puissent continuer cette belle histoire. 
        Au début de cette année, 2010, un jeune charpentier de marine a eu le coup de foudre pour le « Vagabond ». Il se donnait une dizaine d’années pour « refaire » ce bateau à partir de l’ancien. Il avait entrepris le travail, déposé le moteur. Pour l’équipe qui avait souhaité sauver ce bateau de la destruction, ce fût un grand soulagement. 
        Mais, lorsque les manoeuvres de déplacement ont débutées, il est apparu que les trois années passées à l’extérieur avaient bien affaibli ce vieux bateau. Il a commencé à « craquer ».
        Le jeune charpentier a réalisé que sont projet n’aboutirai pas.
        Devant ce bateau qui ne pouvait plus se déplacer, qui était provisoirement sur un terrain privé pour une durée limitée, il n’y avait plus de solution.
        La décision de destruction a été prise la mort dans l’âme. Il n’était pas possible de laisser à cet endroit un bateau sans projet.
        Il n’a pas été brûlé, mais démonté pièce par pièce.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès