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Entre agacement et émerveillement

Festival de Loire d'Orléans

Le flux et le reflux 

Comment raconter par le menu la première journée de notre Festival en rendant objectivement les sentiments et les observations, les anecdotes et les petits détails qui font le charme de la fête ? Je crains que la tâche soit impossible et qu'une fois encore on me reprochera le prisme déformé de mon regard. C'est le risque à prendre que j'ai toujours assumé et qui me place nécessairement en porte à faux …

Au matin, j'attendais mon fameux groupe de quatrième qui devait arriver par le tramway accompagné par le directeur. J'eus la surprise de voir surgir deux jeunes filles qui avaient décidé de faire le mur. Elles avaient supposé que nous leur aurions refusé cette sortie, elles se l'a sont offerte d'elles mêmes puisqu'elles n'ont que leur bon plaisir comme ligne de conduite. Je vais avoir bien du mal avec elles tout au long de l'année …

C'est un petit groupe qui arriva quelques minutes plus tard. Trois autres avaient fait le même choix. L'absentéisme pour convenance personnelle est la règle dans ce groupe qui fonctionne ainsi depuis son arrivée en sixième. L'école se montre impuissante face à des mômes dans la toute-puissance . L'enseignant dans sa classe est bien seul face à ceux qui ont pris le pouvoir et ne craignent désormais plus rien !

Toujours est-il que les dix élèves restants n'avaient jamais effectué de sortie scolaire depuis leur arrivée au collège. Le comportement des absents, la honte d'un groupe insupportable avaient rebuté tous mes prédécesseurs. Ceux qui arrivaient sur le quai étaient excités comme des puces, c'était si nouveau pour eux. Comment parvenir à leur transmettre quelques informations dans ce contexte ?

Pourtant, ils ont écouté à leur manière si instable. Ils ont regardé, posé des questions, se sont étonnés, enthousiasmés, interrogés. Ils furent attentifs par petits fragments avant que de s'éparpiller comme des oisillons avant que de retrouver un semblant de calme quelques minutes après. Exaspérant et significatif d'une hyper-activité qui rend si difficiles les heures de concentration imposées en classe.

Au bout d'une heure trente d'efforts, je décidai de les laisser filer vers l'allée des convoitises marchandes. Ils en avaient trop envie, ils piaffaient d'impatience à cette perspective promise dès le départ. L'un d'eux néanmoins me glissa en aparté que j'étais le premier à leur avoir permis de découvrir l'histoire. Belle récompense certes mais comment exploiter par la suite ce moment rare avec les cinq absents qui n'en auront strictement rien à faire ? Un coup d'épée dans l'eau, rien de plus …

Je pouvais maintenant retrouver une posture de marinier. La suite allait sans doute être plus facile. Je me trompais un peu. Ayant refusé le jeu de l'inscription et du badge, désirant vivre ce Festival en toute liberté, je me trouvais confronté à la logique d'une grande organisation. J'étais installé sur un bateau à passagers, racontant une histoire quand une responsable me demanda qui j'étais et me pria de sortir de là. Il n'y avait donc pas ici de possibilité de pratiquer ce que je fais toute l'année sur ce quai. Le Festival est moment trop important et trop sérieux pour qu'un bonimenteur fasse le guide drolatique sur la rivière. Je l'avais très mauvaise !

J'en étais à mes ruminations quand je vis quelques incidents sur le chenal qui m'interrogèrent. Il est vrai qu'il y a beaucoup de bateaux et qu'il n'est pas simple d'obtenir un peu d'ordre et un semblant de discipline à cette fourmilière hétéroclite et joyeuse. C'est cependant la curieuse impression d'observer des provocations stupides de l'un des hommes chargés de la régulation qui me vint en tête. Est-ce ma réserve à son encontre qui me faisait penser ainsi ? Des propos entendus sur le pierré renforçaient hélas ce sentiment. Un marinier ulcéré me demanda même de narrer par le détail un incident dont il avait été victime sur la rivière. J'avoue ne pas pouvoir le faire tant son récit paraîtrait improbable à qui veut rester raisonnable.

Heureusement, il y a tous les autres mariniers venus de la Loire et d'ailleurs. Nous n'avons de cesse d'admirer nos amis italiens avec leurs gondoles. Leur geste à la rame est une pure merveille d'une incroyable efficacité. Ils se jouent de la Loire et de son courant, ils glissent sur l'onde en une chorégraphie gracieuse. C'est si beau que l'on en vient à penser que cela doit être facile. Fausse interprétation naturellement, l'entraînement, la coordination, les années de pratique s'effacent pour offrir ce mouvement collectif harmonieux et magique. Merci les amis !

Sur le quai des rencontres se font autour d'un verre ou d'une gourmandise. Le partage est la règle tandis que chacun apporte une part de son expérience et de son savoir-faire. Ils sont nombreux à parler technique, la construction des bateaux constitue une confrérie particulière de passionnés pointilleux. Je les écoute, vaguement déconcerté par cette adresse qui ne sera jamais mienne. J'avoue ne pas toujours comprendre leurs propos de spécialistes.

Il y a eu aussi des chants de marin. Ils sont repoussés à la périphérie, sur un bateau scène. La Loire et ses traditions ont beau être au chœur du programme, le folklore marinier ne peut trouver qu'une petite place. Je sais un groupe réputé, convié à toutes les fêtes marines en France et ailleurs, qui n'apprécie que très moyennement ce manque de considération.

Les artistes ont droit à un passage calibré. Trente minutes et pas une minutes de mieux. Il n'y a pas de place pour que je vienne dire une fable avec mes amis. Le temps est trop précieux. Je ronge mon frein, la place à l'improvisation est la portion congrue de cette grande machine complexe. Je m'essaie cependant à une harangue au bord du canal. Quelques personnes écoutent cette tentative un peu pathétique.

La soirée fut magnifique. Elle n'est pas de celles qui se racontent par le détail. Il faut savoir garder pour soi de tels moments de grâce. C'est ici la magie de ce Festival, bien loin des réceptions officielles et du programme formaté. Ce sont ces moments qui poussent chaque fois les mariniers à revenir malgré les agacements inévitables de cette grande mécanique. Je vous laisse imaginer un peu nos dérives nocturnes ...

Confusément vôtre.


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5 réactions à cet article    


  • Radix Radix 20 septembre 2013 11:06

    Bonjour Nabum

    J’ai vécu une expérience un peu similaire à la tienne avec « Loire pour tous » une association angevine.
    A l’occasion de la fête annuelle sur la Loire, ils avaient invité des mariniers portugais avec leurs « barcos rabelos » barque à fond plat qui servaient a acheminer le vin jusqu’à Porto.
    (http://www.youtube.com/watch?v=wwLpuc0hxcQ)

    Leur intention était de leurs faire découvrir la Loire en les faisant naviguer sur une courte distance de Nantes vers l’estuaire.
    Un ami, membre de l’association, me demanda si je pouvais accompagner les marins Portugais dans ce court voyage car j’avais souvent navigué à la voile sur cette partie de la Loire.
    J’ai accepté car si j’avais pu admirer ces bateaux à Porto je n’avais jamais pu naviguer dessus.

    Malheureusement, je ne sais qui en avait eu l’idée, nous fûmes accompagné par un pilote du port de Nantes dont les compétences en matière de pilotage de cargo allaient se révélées très discutables sur ces voiliers à fond plat !
    Comme il ne connaissait de la Loire que le chenal il nous y a maintenu alors qu’il aurait fallu profiter du très faible tirant d’eau de ces bateau pour négocier au mieux les méandres.
    Comme le vent était faible, nous étions très peu manœuvrant et ces voiliers dépourvus de dérives... dérivaient énormément !
    Cela nous donna l’occasion de visiter en détail la berge droite puis la gauche avant de revenir à la première pour nous dégager des buissons à force de gaffes !

    Le retour fut plus calme, remorqués par le Léchalat (http://www.peniche.com/32bc_lechalas.htm) jusqu’à Nantes nous avons pu nous reposer après cette descente épuisante !

    Radix


    • oncle archibald 20 septembre 2013 14:51

      Bonjour Nabum. J’ai vu un peu de votre fête au JT de 13h sur la 2 et ma foi ... Bien sûr ça fait bien « gros machin » mais quand même, il y a quelques personnes sur des bateaux qui ont l’air d’être très attachées et à leurs bateaux et à leur fleuve .. J’ai trouvé ça plutôt sympa dans l’ensemble ... Et il y avait aussi quelques enfants avec leurs maîtres accompagnateurs qui paraissaient très contents d’être là ... En plus il fait beau .. Alors bonne journée !


      • Prudence Gayant Prudence Gayant 20 septembre 2013 15:10

        Si on cherche C’est Nabum dans le festival de Loire, on le reconnaîtra facilement. C’est celui qui harangue la foule, une ou deux personnes en gros.

        J’ai pu voir également au JT de J.P.P. quelques secondes de ce festival de Loire.
        Vous êtes de ceux qui ne rentrent pas dans le conformisme, pas de marche au pas de l’oie. 
        C’est tout à votre honneur, mais parfois, n’êtes-vous tout de même pas l’empêcheur de tourner en rond ? celui que l’on a envie d’enduire de plumes de canard et de fourrer dans un tonneau de mauvais vin et de le jeter dans le fleuve, juste pour voir s’il va s’en sortir seul.
        Profitez d’un festival que beaucoup ne verront pas.


        • oncle archibald 21 septembre 2013 09:34

          Y répond à personne le Nabum, y l’a ramené ses mioches au bercail, y l’est revenu sur les quais et y a fait la fête toute la soirée ... Y cuve son Vouvray sur un sac dans un recoin de gabare ...

          Ad’taleur ...

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