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Grand Port Lorrain sur la Moselle : tout (ou presque) reste encore à faire

Alors qu’un consensus politique et économique a dernièrement été trouvé pour jouer la carte de la complémentarité sur les bords de la Moselle, le récent passage du président français a permis de réactiver un projet dont l’urgence de la réalisation n’est plus à démontrer. Car la Lorraine joue très gros sur le plan économique. Mais afin de ne pas être doublés par la concurrence européenne, les ports de Thionville-Illange, Metz et Frouard ne doivent faire véritablement qu’un, sous peine de pas pouvoir, une fois de plus, exploiter les formidables atouts logistiques de notre province, du fait de son exceptionnelle position géographique.

Aujourd’hui, le constat est là. Les ports d’Anvers et de Rotterdam réclament un hinterland assez loin dans les terres pour faire face à leur besoin. Or, les infrastructures portuaires de Trèves pour le fluvial, d’Athus pour le ferroviaire ou encore de Liège constituent des concurrents à ne pas négliger. La Lorraine a décidé quant à elle de proposer une complémentarité et une certaine continuité. Elle en a donc fini avec la polémique qui avait animé tout l’été sur le choix du futur site tri modal, à savoir fluvial, ferroviaire et routier, et qui avait opposé les projets de Thionville-Illange et Metz. Désormais, il est enfin question d’un grand port lorrain avec trois sites étalés sur plus de 50 km. Bien que la Moselle à grand gabarit européen s’arrête au niveau d’Illange, tout comme le statut fiscal international du fleuve défini par l’accord quadripartite signé en 1950 par l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France, avec Frouard, le Sud lorrain ne serait pas oublié. Ainsi, le tri modal sera réalisé aussi bien à Thionville-Illange, qu’à Metz et Frouard. Mais chaque site aura sa spécificité. Thionville-Illange se positionnera dans l’industrie et la métallurgie, portées avant tout par ArcelorMittal. L’agroalimentaire ira à Metz, tandis que le vrac et les céréales se concentreront à Frouard. Metz dispose en réalité de deux ports. Le premier, enclavé au centre ville, n’offre pas de terrain disponible, à la différence du second qui a une vocation céréalière et qui est proche de la voie ferrée et de l’autoroute. Bien équipé, il possède en outre une presqu’île de 8 hectares à aménager. Mais le commentaire précédent suscite l’interrogation. En effet, pourquoi ne pas mettre à Metz l’activité céréalière, en lieu et place de Frouard, dans la mesure où Metz est aujourd’hui le premier port céréalier de France ? Une question qui reste pour l’heure sans réponse et qui montre combien le dossier lorrain reste à peaufiner. Le port de Thionville-Illange, à vocation industrielle, offre quant à lui, un quai immédiatement mobilisable. A noter que chacun des éléments de ce grand port lorrain disposera d’une activité conteneur. 

Alors que les premières options techniques des futurs aménagements à réaliser commencent à être envisagées, le succès économique de ce projet ambitieux et capital pour la Lorraine passera par la création d’une valeur ajoutée aux activités logistiques, avec par exemple de l’assemblage, du conditionnement, de l’emballage et de nouvelles implantations industrielles. Ceci permettra également de créer de l’emploi.

Mais pour que le projet aboutisse, trois écueils devront être surmontés. Le premier concerne la place mise à disposition. Il faut en effet savoir que la moindre plateforme de stockage nécessite 25 000 mètres carrés de surface et mobilise entre 3 et 5 hectares de terrain. Rien que cela. Néanmoins, ArcelorMittal devrait mettre près de 87 hectares à disposition à Thionville-Illange, tandis que Metz devrait hériter de friches militaires. De même, les accès d’Illange par la route et de Metz par le fer restent encore à régler. Tout comme l’épineuse question de la gestion et de la gouvernance du grand port lorrain, avec des infrastructures à la fois publiques et privées. Dans cette optique, un comité de gouvernance, commun aux trois sites, pourrait rapidement être mis en œuvre.

Enfin, le projet de port lorrain se décline en trois étapes, ou plutôt trois dates clés, à savoir 2013, 2020 et 2030. D’un point de vue financier, il bénéficie d’une enveloppe globale de 234 millions d’euros qui se répartie comme suit : 122 millions d’euros pour Metz, 81 pour Thionville-Illange et 31 pour Frouard. Ce montant pourrait être porté à 340 millions d’euros en cas de réalisation du raccordement routier, avec notamment le contournement Ouest de Thionville. Mais sur ce dernier point, le débat est encore ouvert. Le port de Thionville-Illange pourrait néanmoins bien commencer son développement avant 2013, dans la mesure où de nombreux industriels se sont déjà montrés intéressés par le site, à l’instar de Recylux, entreprise de recyclage de matériel électronique, qui envisage de transporter par voie d’eau 400 000 tonnes de matériel sous forme de conteneurs. Ce projet nécessiterait 12 millions d’euros d’investissement, avec à la clé 80 nouveaux emplois. Une telle activité industrielle est pourtant réputée polluante, mais la société viendrait s’installer ici avec toutes les garanties ISO et l’intégration des normes environnementales et d’écologie industrielle. Une affaire à suivre.


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1 réactions à cet article    


  • Groupe BLE Lorraine Groupe BLE Lorraine 17 juin 2015 22:29

    La Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de la Moselle entend investir rapidement 10 millions d’euros dans la partie publique du port d’Illange qu’elle gère par l’intermédiaire de la Camifemo. Les travaux, qui devraient démarrer d’ici la fin de l’année, visent à prolonger le quai de 310 mètres à 400 mètres, à refaire les réseaux (eau, électricité, etc.), à construire une plateforme containers dans l’attente de la réalisation de la ZAC voisine et à restructurer les axes routiers et ferroviaires du site. Cette infrastructure quadrimodale est en effet desservie par la route, le rail, la Moselle et les airs avec les aéroports de Luxembourg et de Metz-Nancy-Lorraine à proximité. Le septième port industriel de France en tonnage doit en effet être prêt au moment du lancement d’ITEC Europe TerraLorraine et pour l’arrivée des premiers containers chinois. Il est certes opérationnel mais a besoin d’un bon coup de neuf. Rebaptisé Europort, le site reconfiguré devrait être livré fin 2014 début 2015. En attendant, Géport et d’autres entreprises industrielles continueront à l’utiliser quotidiennement. Parallèlement, la CCI négocie toujours avec une entreprise qui pourrait venir s’installer sur son emprise foncière.

    Rappelons que la vocation du port d’Illange est avant tout industrielle et logistique. 200 hectares adjacents ont été rachetés à ArcelorMittal pour constituer une ZAC où 100 millions d’euros d’investissements sont programmés. 

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