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Accueil du site > Actualités > Info locale > Hayange : berceau et tombeau du fer

Hayange : berceau et tombeau du fer

Berceau du fer, Hayange s’est développé sous le regard protecteur et bienveillant de la Vierge qui surplombe la vallée, ainsi qu’à l’ombre nourricière et vrombissante de l’usine, intégrée depuis 300 ans à la ligne d’horizon (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/07/07/patrimoine-memoire-et-histoire-a-hayange/).

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Hayange s’est développé grâce à son complexe industriel (Crédits photo : L’Essentiel)

Hayange, c’était un petit Paris. Une ville prospère. Les rues étaient noires de monde, les gens venaient de partout. Le samedi, les trottoirs étaient saturés. La Rue Foch, la grande artère commerçante de Hayange, tenait lieu de Champs-Elysées. Il y avait des boutiques de luxe, comme Betty Coutur qui s’étendait sur neuf étages et Petit Lit Blanc, magasin de meubles et de jouets pour enfants, dont les vitrines étaient une invitation à un rêve hors de portée. La mairie, construite dans le plus pur des styles des années 1950, a un vrai potentiel de classement aux Monuments historiques. Certains y voient un bel immeuble art déco, d’autres un austère bâtiment d’inspiration stalinienne. La ville est encore belle, peut-être même plus qu’avant, mais désormais, elle est vide. 

La fermeture annoncée des deux hauts fourneaux du Patural (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2011/09/11/siderurgie-arcelormittal-sacrifie-la-filiere-liquide-lorraine-sur-lautel-des-profits/), le troisième définitivement condamné étant en cours de démontage, ravive cette angoisse et cette peur du vide. L’arrêt du P3 et du P6 a néanmoins eu pour vertu de reformer le triptyque « politiques, commerçants et sidérurgistes ». Ensemble, ils ont organisé au début de l’année une action « vallée morte ». 40 000 tracts ont été imprimés avec la volonté de toucher le plus possible les 29 000 foyers que compte la vallée de la Fensch entre Uckange, Fameck, Serémange, Florange, Nilvange, Knutange, Algrange et Fontoy. Hayange reste l’épicentre de cette vallée qui a vécu du fer. Et en a souffert aussi (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2012/05/19/lorraine-les-fantomes-du-passe-industriel/).

Au temps de la splendeur, la ville comptait 22 000 habitants. Elle en a 15 550 aujourd’hui. Hayange était une ville bien plus jeune que la moyenne française. Moyenne qu’elle dépasse largement depuis. Elle a perdu son dynamisme. La sidérurgie reste le cœur de métier de la ville, même si 50 % des habitants de moins de 40 ans travaillent au Luxembourg. Il faut dire que la frontière de ce pays, parmi les plus riches du monde, ne se trouve qu’à 16 kilomètres. Dans les nouveaux lotissements qui se construisent, la proportion atteint près de 90 %.

Hayange a perdu son lustre d’antan. On ne peut en parler sans frissonner. C’est indéniable. Des rues autrefois commerçantes sont devenues désertes. Mais pas question de succomber à la sinistrose. Ici, on ne se lamente pas. On se bat.


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6 réactions à cet article    


  • Georges Yang 16 juin 2012 09:27

    « La vallée des Anges » dans les années 50 et 60 était un lieu agréable à vivre malgré les fumées des usines, il n’y avait pas encore d’écolos pour dénigrer l’industrie lourde

    Ceux qui n’ont pas connu la région y voient une sorte d’enfer industriel, mais avant les fermetures d’usine, les habitants n’étaient pas des damnés de la terre, les Lorrains souffrent plus du chômage et des délocalisations que de l’industrie et de la pollution


    • jef88 jef88 16 juin 2012 11:09

      Hayange, c’était un petit Paris. Une ville prospère. Les rues étaient noires de monde, les gens venaient de partout. Le samedi, les trottoirs étaient saturés

      Vous remplacer Hayange par n’importe quel chef lieu de canton des vallées de la Moselle et de la Meurthe, dans les Vosges, et vous avez la même image .........

      la population a diminué de moitié depuis les années 60 et les gros employeurs, maintenant, c’est les maisons de retraite......
      Mais tout le monde s’en moque !!!!


      • Axel de Saint Mauxe Axel de Saint Mauxe 16 juin 2012 17:29

        L’article est trop court... dommage on aurati aimé en savoir plus sur cette petite ville...


        • Groupe BLE Lorraine Groupe BLE Lorraine 19 juin 2012 22:26

          Un silence assourdissant se dégage des bâtiments désaffectés, mangés par la végétation, de ses usines jadis rugissantes. Les archives de ce qu’était la vallée alors animée par les machines et les hommes s’entrechoquent à la réalité. Au milieu des usines en ruine, la détresse touche la grâce. La quête d’un passé rouillé se raconte en Lothringer Platt. On peut aussi parler de Heimwek pour désigner le métal, ses fantômes et son sacrifice.

          • Groupe BLE Lorraine Groupe BLE Lorraine 5 octobre 2012 21:59

            Hayange sans haut-fourneau, ce n’est pas possible. Au temps de sa splendeur et de sa prospérité, la ville offrait des boutiques de vêtements de luxe, des bijouteries et son Prisunic aux rayons rutilants, remplacé depuis par un hard discount. Tout un symbole. Hayange comptait alors deux cinémas, le Molitor et le Palace. Le premier a fermé ses portes depuis des lustres, le second repris par la municipalité est à l’agonie. Désormais, les fermetures se succèdent : gendarmerie, inspection académique, trésorerie, tribunal, lycée technique, presbytère, etc. L’hôpital est en grande difficultés financières et vient d’être repris par le CHR de Metz-Thionville. Hayange ou l’histoire d’une ville qui se meurt.


            • Groupe BLE Lorraine Groupe BLE Lorraine 19 décembre 2012 19:33

              Il y a d’abord eu la fusion des usines d’Uckange, Saulnes, Rombas, Hayange, ainsi que la cokerie de Sérémange sous Lorfonte. Cela a alors été la mort programmée des sites de Rombas et d’Uckange. L’ensemble est passé directement sous la Sollac. Quand Uckange a fermé en 1991 (voir : http://forumdeslorrains.forumactif.com/t1676-cathedrale-de-feu-a-uckange), le personnel est parti dans des conditions acceptables mais sociologiquement difficiles. Grâce au combat syndical et à la convention générale de protection sociale, les gens sont partis en retraite à 58, puis 55 et 50 ans.

              La Solmer, marquée par la construction à la fin des années 1960 d’une immense usine sidérurgique à Fos-sur-Mer, près de Marseille, a été l’un des éléments du déclin de la Lorraine. Contrairement à Dunkerque, il n’y a avait pas là-bas de culture industrielle, encore moins sidérurgique. Une grande partie de la direction et de la maîtrise d’œuvre a donc été constituée par du personnel lorrain. C’est à partir de ce moment-là que la dégradation, psychologique d’abord, puis physique de la Tour des Tilleuls (voir : http://forumdeslorrains.forumactif.com/t1419-renovation-urbaine-a-uckange) a commencé, essentiellement habitée par des agents de maîtrise qui sont partis à Fos-sur-Mer avec famille et bagages.

              La minette lorraine, composé à 30 % de fer, a été remplacée par des minerais étrangers, d’une teneur en fer proche de 65 %. Une productivité meilleure à un coût identique, le calcul était simple. La sidérurgie sur l’eau, alimentée par les grands minéraliers, condamnait à plus ou moins long terme les belles installations des hauts-fourneaux de Hayange.

              Le site sarrois de Dillinger est cependant un contre-exemple. Il a réussi à surmonter son handicap continental grâce à l’action et à l’engagement du Land de Sarre. Le fédéralisme allemand octroie en effet des compétences beaucoup plus larges aux collectivités. En Belgique, au Luxembourg et en France, Mittal ferme des usines car il n’a pas de contre-pouvoir (voir : http://forumdeslorrains.forumactif.com/t1479-siderurgie-arcelormittal-sacrifie-la-filiere-liquide-lorraine-sur-lautel-des-profits).

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