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Histoire de la grève ouvrière de 1963 en Lorraine

La plus longue grève des mineurs du Bassin houiller lorrain se déroula du 1er mars au 4 avril 1963. Le Bassin houiller défia comme un seul homme le pouvoir central qui restait sourd aux revendications salariales et sociales exprimées entre 1957 et 1962. La grève unitaire de 1963 fit plier le général De Gaulle au bout de 35 jours de lutte.

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Mémoire ouvrière à Algrange, en Lorraine

La tension sociale s’accentuait début 1963 et la menace d’un conflit se précisait. Afin d’éviter une pénurie en charbon et l’installation d’une grève, un conseil des ministres restreint signa à Matignon un décret portant sur la réquisition du personnel des houillères des Charbonnages de France applicable dès le 1er mars dans les cokeries et dès le 4 mars dans l’ensemble des bassins miniers. Cette décision fut vécue par les mineurs lorrains comme un affront et un mépris, une provocation qui portait atteinte à leur dignité. Elle créa une véritable levée de boucliers. L’union sacrée du peuple de la mine fut déclarée entre les différentes organisations syndicales. 

Un meeting à Forbach rassembla 10 000 personnes sur la Place du Marché le 4 mars 1963. Le 13 mars, plus de 600 voitures défilèrent à Paris pour l’une des plus vastes marches du genre dans notre histoire. Le 21 mars, 10 000 personnes assistèrent à un second meeting organisé à Merlebach. Mêmes les ingénieurs et les cadres se déclarèrent solidaires des ouvriers en grève. Un fait unique à l’époque dans l’histoire syndicale des Houillères. Ce fut une véritable démonstration de démocratie et de respect du pluralisme syndical. La grève était unitaire, populaire et exemplaire. Pour la première fois dans l’histoire des mouvements sociaux en Lorraine, des femmes prirent également une part active dans le conflit. Ces épouses dévouées animèrent des piquets de grève, mirent en place des comités et rédigèrent des tracts. Elles interpellèrent à de nombreuses reprises les élus jusqu’au sommet de l’Etat français. De Gaulle refusa pourtant de les recevoir.

Par son importance, le siège de Merlebach, avec ses 6 000 salariés, était un lieu stratégique pour la réussite du conflit dans le Bassin houiller. Ce fut d’ailleurs de là que tout partit. Le quartier général du comité central de grève composé de la CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens), de la CGT (Confédération Générale du Travail) et de FO (Force Ouvrière) fut donc naturellement installé au Café de la Mairie de cette même cité. Les délégués mineurs venaient y rendre compte de la situation des différents sites en grève. Ils devaient contrôler les effectifs de sécurité chargés de la préservation des installations. Le comité central vérifiait les allées et venues des mineurs en distribuant un laissez-passer avec un cachet spécial.

Le 16 mars, les discussions s’ouvrirent entre une commission des Sages nommée par le gouvernement français et les syndicats. Le 20 mars, les mineurs lorrains décidèrent de réduire l’émission et la livraison de gaz vers la région parisienne, afin de faire pression sur le gouvernement français. Les robinets de fourniture des cokeries de Marienau et de Carling furent quasiment coupés. Le débit fut réduit à 3 500 mètres cube par heure au lieu de 21 000 mètres cube. Si bien que le 4 avril 1963, le décret de réquisition fut abrogé. Un protocole d’accord sur le relèvement des salaires, le régime des congés, l’avenir de la profession et les perspectives de reconversion fut signé.

Engagés dans un conflit de longue haleine et privés de salaires, les mineurs lorrains purent compter sur le soutien de l’opinion public pour poursuivre leur lutte. Ils ont à ce titre bénéficié de nombreux soutiens financiers. Les maires des communes minières, réunis à Forbach, décidèrent d’apporter leur aide aux gueules noires. Les commerçants accordèrent des reports d’échéances aux mineurs ayant des créances dans les magasins. Une collecte parmi les ingénieurs des Houillères du Bassin de Lorraine (HBL) permit de réunir 150 000 francs qui furent reversés aux ouvriers et à leur famille. De nombreux particuliers firent également des dons.

Reflet d’une page en train de se tourner, la grève de 1963 fut bien plus qu’un mouvement social spectaculaire. Elle fut une réaction au Plan Jeanneney qui prévoyait une adaptation des Charbonnages de France pour la période 1960-1965 par la fermeture des sièges d’exploitation les moins rentables et par une baisse inexorable de l’activité d’extraction. La lutte ouvrière s’orienta alors vers la protection face aux reconversions industrielles qui s’annonçaient. C’est la raison pour laquelle on peut trouver une certaine modernité dans le mouvement de 1963 à la lumière des préoccupations actuelles liées à la sidérurgie (voir : http://forumdeslorrains.forumactif.com/t1479-siderurgie-arcelormittal-sacrifie-la-filiere-liquide-lorraine-sur-lautel-des-profits).

Cette grève unitaire constitue encore aujourd’hui l’une des plus belles pages de l’histoire ouvrière et minière de Lorraine. Le mouvement a été unique par sa démonstration d’unité et la force morale qu’il a dégagée. L’opinion publique a compris que l’avenir d’une région toute entière était en jeu. Cette année-là, les mineurs lorrains ont gagné une grande bataille, celle de la solidarité ouvrière. Mais déjà, d’autres nuages noirs s’avançaient. La crise du charbon ne venait que de commencer…



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