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L’eau ou la revanche du bassin ferrifère lorrain

Un siècle d’exploitation dans le bassin ferrifère Nord lorrain a permis d’excaver trois milliards de tonnes de matériaux et près de 40 000 km de galeries, représentant un volume total souterrain de 500 millions de mètres cubes. L’arrêt progressif de l’exhaure des eaux de mines a immédiatement entraîné l’ennoyage naturel par infiltration de l’ensemble de ces immenses réservoirs situés à plusieurs centaines de mètres sous terre. Cette décision inédite dans le monde, à cette échelle, a ainsi bouleversé l’environnement naturel et géopolitique de cette région de Lorraine et a occasionné un réel impact sur la gestion et la qualité des ressources en eau des milieux aquatiques.

Mais, rapidement identifiés comme des stocks importants d’eau potable pour les générations futures, ces réservoirs présentent cela dit quelques défauts, dans la mesure où ils sont encore particulièrement chargés en sulfates. Cet élément chimique se retrouve ainsi à des concentrations largement supérieures aux normes en vigueur, avec un pic enregistré à plus de 2 000 mg/L au cours des premières années d’ennoyage, pour un seuil maximal autorisé de 250 mg/L dans l’eau courante. Néanmoins, certains compartiments de mine complètement isolés ne rencontrent pas ce type de pollution. C’est notamment le cas dans les vallées de la Fensch et de la Crusne. Deux techniques s’avèrent nécessaires afin d’exploiter l’eau sulfatée des autres réservoirs du bassin ferrifère lorrain. D’une part la dilution avec des eaux de sources pauvres en sulfates, d’autre part la nanofiltration. Cette dernière méthode est effectuée via un passage dans des membranes semi-perméables et entraîne un surcoût énergétique non négligeable, qui est naturellement répercuté sur le prix de l’eau au consommateur. Retrouvée dans presque tous les réservoirs des mines du bassin ferrifère, la concentration élevée de sulfate était attendue par les experts. Créé à partir de l’oxydation à l’air humide de la pyrite de fer ou de la marcassite, le sulfate d’altération s’échappait des mines. On pouvait également le trouver sous forme de stalactites cristallisées. Dès l’ennoyage des mines, ce sulfate s’est dissous dans l’eau.

Toutefois, le temps devrait faire son œuvre. Heureusement. Ainsi, le Sud du bassin ferrifère, ennoyé depuis le début de l’année 1995, avait quasiment atteint des records en matière de concentration en sulfates. Aujourd’hui, les analyses régulièrement effectuées montrent une baisse généralisée de ce taux. Divisé par trois en l’espace de 15 ans, il avoisine de nos jours les 700 mg/L. Le bassin Centre ne réagit quant à lui absolument pas de la même manière que le Sud, dans la mesure où il présente d’importantes variations saisonnières. Ce phénomène est certainement lié à des courants souterrains.

Cette partie de la Lorraine s’est également dotée d’un Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE). Celui-ci est ancré sur le périmètre des anciennes galeries des mines de fer, des aquifères et des bassins versants hydrographiques associés. Il couvre une superficie de 2 445 km², 258 communes et 380 000 habitants en Moselle, en Meurthe-et-Moselle et en Meuse. Le périmètre comprend trois bassins versants, à savoir la Chiers et ses affluents (la Crusne, la Pienne et l’Othain), l’Orne et ses affluents (la Fensch, le Veymerange et la Kiesel) et les parties lorraines de l’Alzette. A noter que notre territoire recense trois autres schémas d’aménagement et de gestion des eaux, avec ceux du bassin houiller, du Rupt de Mad Esche Terrouin et de la nappe des Grès du Trias inférieur. Bien plus profond que le bassin ferrifère, le bassin houiller n’a pas envisagé une utilisation de ses réservoirs ennoyés pour une consommation d’eau courante, mais plutôt pour un usage de la géothermie. Entre 1 200 et 1 500 mètres de profondeur, l’eau s’y trouve en effet à 50°C.

Après le fer, cette nouvelle richesse généreuse attire et attise bien entendu des convoitises, notamment du secteur privé. Mais il s’agira cette fois dans les prochaines années, pour la Lorraine et les Lorrains, de ne pas se faire entuber par la France comme avec l’exploitation des mines. Car à l’avenir, ces réservoirs quasi-inépuisables représenteront bien plus qu’un enjeu et permettront d’alimenter en eau potable tout le bassin parisien par une simple conduite. Mais pas de quoi faire frémir les réserves estimées à 100 000 millions de mètres cubes du bassin ferrifère Sud, d’autant plus que ces dernières se reconstituent à hauteur de 25 % par an. Avec un taux de sulfate aujourd’hui tombé à 700 mg/L, l’échéance de l’utilisation brute de ces eaux de mines semble d’ailleurs assez proche. En effet, la baisse suit une courbe de type exponentiel qui, si elle se poursuit, pourrait conduire vers 2021 à un taux de sulfate dans les normes, c’est-à-dire à 250 mg/L. Le bassin ferrifère lorrain tient donc avec l’eau de ses mines ennoyées sa revanche. Comble de l’ironie, simple retour de manivelle. Rira bien qui rira le dernier.


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4 réactions à cet article    


  • faxtronic faxtronic 22 mars 2010 12:28

    « de ne pas se faire entuber par la France comme avec l’exploitation des mines »

     smiley

    J adore ces regionalistes. C est pas moi, c est les francais, et cela dans toutes les regions de France.....


    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 22 mars 2010 13:03

      Bonjour,

      heureux de savoir que ces puits ne vont pas être remplis par les déchets nucléaires ou autres polluants autorisés sans filières de démantèlement. « de ne pas se faire entuber par la France comme avec l’exploitation des mines » Vous souvenez vous quand une inondation dans la région parisienne avait été attribuée à une mauvaise politique de l’eau en région nord ? Vraiment, ce bassin lorrain n’est pas rancunier.


      • curieux curieux 22 mars 2010 13:35

        Oui, les grandes compagnies des eaux se frottent les mains. Pour le taux de radio-activité, suffira de ne pas le tester.


        • Groupe BLE Lorraine Groupe BLE Lorraine 13 novembre 11:58

          Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) estime à 500 millions de mètres cubes le volume d’eau contenu dans le sous-sol du bassin ferrifère lorrain suite à l’ennoyage des mines. Celui-ci concerne 258 communes réparties en Meurthe-et-Moselle, en Meuse et en Moselle. Le pompage des eaux d’exhaure fut en effet décidé après l’arrêt de l’exploitation minière.

          Onze réservoirs miniers sont identifiés au total dans le bassin. Les deux plus grands sont ceux du centre et du Sud. La zone ennoyée y est en effet supérieure à 120 kilomètres carrés. L’arrêt du pompage commença en 1994 dans le réservoir centre, entre Bouligny et Fontoy. Si bien qu’en 1999, l’eau ressortit au niveau de la galerie du Woigot à Mancieulles. L’ennoyage du réservoir Sud, entre Jarny et Moyeuvre-Grande, fut effectué de mars 1995 à octobre 1998.

          A l’heure actuelle, ces énormes réserves d’eaux souterraines sont impropres à la consommation car trop minéralisées. Elles présentent en effet des concentrations en sulfate, magnésium et sodium supérieures aux normes autorisées. Mais, dans la mesure où elles circulent dans les anciennes galeries de mines, elles sont petit à petit remplacée par une eau plus conforme à la règlementation. Leur teneur en sulfates diminue ainsi chaque année. A tel point que ces eaux souterraines pourraient être exploitée à l’horizon 2030. 

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