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Lorraine : ne plus dépendre du Luxembourg

Il est urgent et vital pour son économie et son attractivité, que la Lorraine se sorte de la perfusion luxembourgeoise (voir ici). Le rapport de force peut et doit être inversé.

En effet, même si elle contribue à limiter la casse et le chômage en Lorraine, la dépendance luxembourgeoise est perverse, et ce, pour plusieurs raisons. Selon une étude de l’Observatoire Régional de l’Emploi, de la Formation et des Qualifications de Lorraine, la forte attractivité grand-ducale crée des trous et des déséquilibres dans le marché local de l’emploi. Il en résulte alors « un processus de déqualification d’une partie de la main-d’œuvre lorraine » et une fuite des « cerveaux », ou « brain drain », extrêmement préjudiciable à l’économie lorraine. Très souvent, les personnes qualifiées et les jeunes qui font des études supérieures quittent les secteurs de Forbach, Thionville ou Longwy, voire ceux de Metz et de Nancy depuis quelques années, afin de trouver des jobs mieux rémunérés en Sarre ou au Luxembourg. On estime de même à Longwy, qu’un habitant sur deux est quasiment sûr de travailler au Luxembourg. Le pire, c’est que cet emploi frontalier « capte de la main-d’œuvre qualifiée pour des emplois qui ne le sont pas exclusivement ». Par ailleurs, le transfert de sièges de sociétés lorraines au Luxembourg touche désormais des entreprises de taille plus modeste, voire familiale. C’est en effet pour les plus petites d’entre elles, le « seul moyen de conserver leur personnel ».

En outre, depuis son spectaculaire redressement suite à la fin des mines et de la sidérurgie (pour rappel, le Luxembourg était plus pauvre que la Lorraine comparativement parlant à la fin de cette ère, on voit se qu’il en est désormais, le Luxembourg étant un Etat souverain) en raison de son caractère de petit paradis fiscal, le Luxembourg a changé. Il est devenu comme la France, arrogant et insolent. Les différentes lois ou tentatives de lois votées par le gouvernement grand-ducal en 2010 en témoignent. De la sphère économique, nous glissons donc sur le terrain sociopolitique et culturel. 

Lors de la campagne des dernières élections législatives luxembourgeoises, il a ainsi beaucoup été question d’un mystérieux « mouvement anti-frontaliers ». Les Lorrains se sont sentis particulièrement visés par des slogans ouvertement xénophobes, mais le plus souvent anonymes, qui semblaient attester d’une contamination du Grand-duché par ce que d’aucuns n’hésitent plus à appeler «  la nouvelle peste brune » en Europe. Aujourd’hui, beaucoup de Lorrains ne se sentent plus aussi bienvenus au Luxembourg que par le passé. Pire, nombreux sont ceux qui estiment désormais être en première ligne chaque fois qu’il est question de suppressions d’emplois. Car à chaque fois que les rapports s’enveniment, ce sont les travailleurs frontaliers qui paient l’addition. Néanmoins, il y a peut-être un malentendu venant du fait que les Lorrains sont très largement majoritaires dans les emplois intérimaires. Et comme c’est précisément l’intérim qui trinque le premier en période de récession, ils peuvent avoir en effet l’impression d’être en première ligne. Toutefois, de plus en plus ont du mal à supporter cette image « de travailleur immigré » que leur renvoient certains de leurs interlocuteurs luxembourgeois.

Toujours est-il que c’est bien contre une forme discrète d’apartheid que s’étaient rassemblés fin 2010 sous les fenêtres des ministères plus de 5 000 manifestants à Luxembourg. Ils avaient en ligne de mire la discrimination sociale qui touche les non « résidents » du pays. En effet, la réforme de la politique d’allocations familiales visait à supprimer les avantages des frontaliers et pas ceux des nationaux, la loi du 13 juillet 2010 instaurant de fait une discrimination entre résidents et non résidents. Cette même loi plafonne les allocations familiales à 21 ans et institue également des bourses universitaires réservées aux seules personnes résidant au Grand-duché. Malgré le caractère profondément injuste de cette mesure, il ne faut pas perdre de vue qu’un certain nombre de Luxembourgeois sont aussi concernés par cette loi. En effet, les bourses attribuées ne sont pas réservées aux ressortissants luxembourgeois, mais aux enfants résidant au Luxembourg. Nuance subtile. Les quelques Lorrains qui habitent au Grand-duché en bénéficient, mais pas les 15 000 Luxembourgeois qui habitent hors de leur pays pour avoir des logements ou des terrains à des prix plus abordables.

En conclusion, pour de nombreux frontaliers Lorrains, ces récentes crispations leur ont bien fait comprendre qu’ils ne comptaient pas vraiment pour le Luxembourg. Pourtant, ce dernier a un besoin fondamental de ces frontaliers qui occupent une place importante dans la création de richesses au Luxembourg. C’est sur cet aspect que la Lorraine devra jouer pour en finir avec la dépendance luxembourgeoise.


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10 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 31 octobre 2011 10:43

    Et les pov’cons de la Meuse et des Vosges ?
    Ils ont quelles solutions pour trouver du travail ???


    • ZEN ZEN 31 octobre 2011 11:00

      Il faut demander à Gérard Longuet et Christian Poncelet...


      • jef88 jef88 31 octobre 2011 11:05

        Pas bête il nous en ferons douze pages et ce sera clos...


      • Montagnais Montagnais 31 octobre 2011 11:09

        Comment peut-on être Luxembourgeois et avoir une âme ?


        • pingveno 31 octobre 2011 14:31

          Le modèle luxembourgeois fonctionne parce que le pays est petit et n’a pas de gros besoins en infrastructures. C’est le même modèle que Monaco, le Liechtenstein, Andorre, et bien d’autres.

          La Lorraine pourrait bénéficier du même modèle si seulement la France ne faisait pas la connerie de tout faire et tout décider à Paris. Tout faire, surtout. Car le niveau de salaire du frontalier luxembourgeois, s’il peut paraître élevé pour ses voisins vosgiens ou du massif central, n’est jamais que celui que l’on trouve à Paris.
          Faites le ratio entre un salaire à Metz et à Paris. Ensuite faites la même expérience entre Berlin et Munich pour voir...

          Les manifestants nationalistes luxembourgeois ne comprennent pas que les emplois que nous autres frontaliers leurs prenons, ont en fait des emplois qu’ils ne pourraient ou ne voudraient pas exercer.
          Ne voudraient pas, parce que quand je vois le salaire des profs luxembourgeois, j’en vois mal un faire mon travail d’informaticien en SSII.
          Et ne pourraient pas, parce qu’avec un système scolaire où on mise tout sur les langues, ils passent le bac un an plus tard avec un niveau inférieur au nôtre dans toutes les autres matières. J’en ai vu quelques uns à la fac à Metz et à Nancy, ils étaient complètement largués.
          Sans les frontaliers, le Luxembourg se limiterait aux dernières usines Arcelor.

          Fort heureusement, ils auront beau sucrer toutes les allocs possibles et imaginables pour les non-résidents, ils auront bien du mal à compenser la différence de prix de l’immobilier entre le Luxembourg et les zones frontalières, même si ces dernières sont sensiblement plus élevées qu’à Metz ou à Nancy. Et s’ils y arrivent, qu’ils ne viennent pas s’étonner que demain, le niveau des loyers au Luxembourg dépasse un jour celui de Paris.


          • ficelle 31 octobre 2011 15:06

            C’est bien sûr moins prestigieux, mais les Meusiens, les Ardennais font eux aussi leur transhumance quotidienne, vers la Belgique.

            Et pas mal d’Alsaciens « font » la Suisse ou l’Allemagne.

            Il n’y aurait pas un petit problème (j’arrive pas à penser « problèmatique ») strictement français ?

            • Jean Umber 1er novembre 2011 08:56

              Le problème est que, tout en se gargarisant du mot « régionalisation », la centralisation effective s’est encore accentuée.

              Ainsi, si les régions ont désormais le pouvoir de concevoir et de financer les dessertes ferroviaires ter, elles doivent passer sous les fourches caudines de RFF, qui est totalement centralisé.


              • Marc2m13 3 novembre 2011 20:32

                TOUTES les régions frontalières françaises sont trop dépendantes du travail frontalier. 330000 frontaliers français travaillent dans les pays voisins, alors que seulement 11000 frontaliers des pays voisins travaillent en France. Au lieu de critiquer leurs voisins, les Français feraient mieux de créer des emplois chez eux. La France se comporte dans ses régions frontalières comme un pays sous-développé : elle exporte la main d’oeuvre au lieu de créer des emplois. De plus, ses critiques contre le Luxembourg ou la Suisse puent souvent le racisme antibochiste bien franchouillard jusqu’au bout du béret. Lamentable et ridicule. (Je suis Français).


                • Groupe BLE Lorraine Groupe BLE Lorraine 9 novembre 2012 22:36

                  Dans les années 1970, le Luxembourg était considéré comme un pays rural. Du coup, les infrastructures n’ont pas été anticipées, faute d’analyse des signaux faibles et forts envoyés, d’observation des mutations socioéconomiques et d’un manque de bon sens et de pragmatisme. La concurrence luxembourgeoise est aujourd’hui plus forte que jamais, en témoigne l’exode des emplois et des talents vers le Grand-duché.

                  Dans le Nord de la Moselle, il n’y a plus de population rurale. Le village est devenu urbain en termes de besoins. Les personnes qui travaillent au Luxembourg ont un niveau de vie plus élevé et donc des exigences plus élevées. Les collectivités territoriales doivent par conséquent assumer leurs responsabilités et investir dans des équipements publics (crèches, écoles, structures de proximité pour la jeunesse, etc.). Il en résulte une qualité de vie supérieure au reste du département. Les gens sont globalement contents de travailler au Luxembourg, mais ils le sont encore plus d’habiter en Lorraine. Cette dernière perd pourtant chaque des habitants, essentiellement des actifs entre 25 et 40 ans (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2012/01/15/la-lorraine-en-mal-de-ses-habitants/). Le Nord du territoire est le seul secteur qui ne souffre pas de cette perte démographique.


                  • Groupe BLE Lorraine Groupe BLE Lorraine 15 septembre 2013 21:25

                    Dans les années 1960, 3 700 Allemands, Belges et Lorrains se rendaient au Luxembourg pour travailler. Ils représentaient 3 % de la population active totale. En 2010, ils sont 150 100 et représentent désormais 44 % de la population active. En 1960, les Luxembourgeois constituaient 79 % de la population active du pays. Un demi-siècle plus tard, ils représentent moins du tiers (29 %) des actifs et sont à peine plus nombreux que les étrangers résidents (27 %). En 2010, un travailleur frontalier sur deux est domicilié en Lorraine. Les Belges et les Allemands fournissant un quart des contingents.

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