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Massacre d’une découverte dans les Vosges

Si Gérardmer est devenue depuis quelques années déjà la cité de la peur et de l’effroi avec son festival du film fantastique, les Vosges se sont cette fois-ci illustrées d’une bien triste et scandaleuse des manières du côté de Damblain. En effet, alors qu’une immense zone logistique est actuellement en cours d’aménagement, une découverte exceptionnelle y a été faite l’année dernière. Retour sur le massacre d’un magnifique patrimoine … à la tronçonneuse dans cette terre de forêts et de bûcherons.

Une villa antique et un secteur balnéaire d’une incroyable beauté, datant des IIème et IIIème siècles après Jésus-Christ ont été découverts sur le site de l’ancienne base aérienne, où se créée la plate-forme logistique de Damblain. Cette découverte a fait l’objet de cinq mois et demi de fouilles en 2008 et de deux mois et demi en 2009, le tout effectué par l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP), avant que le site ne soit finalement détruit en juillet 2009. Ce véritable trésor, composé de splendides thermes a ainsi été malheureusement perdu, coulé sous des tonnes de béton. Pourtant les thermes de Damblain étaient dans un état de conservation exceptionnel. Ce fut d’ailleurs l’un des plus beaux sites qu’il eu été donné à voir en Lorraine aux archéologues. C’est tout dire. Ce qui était remarquable à Damblain, c’était le chauffage par le sol, ou hypocauste, qui était entièrement conservé. La mission archéologique a ainsi déclaré que de « toutes les villas fouillées en Lorraine, le secteur balnéaire de Damblain était un petit bijou », ce qui laisse encore plus de regrets et d’amertume après que l’ensemble des bâtiments ait été rasé. Certaines pièces pourront néanmoins être intégrées à des musées. Mais il aurait été ô combien plus intelligent et remarquable, en particulier pour un territoire qui se réclame touristique dans les paroles, mais pas dans les faits et les actions accomplies, de conserver ce patrimoine exceptionnel, afin de créer un site similaire à celui de Bliesbruck en Moselle (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/index.php?s=bliesbruck et album photo sur notre site). D’autant plus que des synergies apparaissaient évidentes dans la promotion touristique et le développement économique de cette partie de la plaine des Vosges avec les sites de Grand (amphithéâtre, mosaïque gallo-romaine,…), de Soulosse-sous-Saint-Elophe et le musée archéologique de Lifol-le-Grand. C’est vraiment n’importe quoi ! Une occasion complètement gâchée et en plus de manière stupide de valoriser le patrimoine lorrain tout en créant de la richesse et des animations sur place, quitte à geler une partie de la future plateforme logistique et d’en revoir légèrement la copie.

Le pire, c’est qu’un sondage avait bien entendu été réalisé avant l’aménagement de l’ancienne base aérienne de Damblain. Ce diagnostic préventif archéologique avait ainsi permis de mettre en évidence, le tout sous la houlette du conseil général des Vosges, les vestiges d’une occupation gallo-romaine et médiévale sur une superficie de 5 hectares. Il apparaît dès lors incroyable et même complètement irrationnel que le département n’ait pas révisé son projet de zone logistique en y intégrant de manière harmonieuse et réfléchie cette découverte exceptionnelle. 

Rappelons que le décapage du site avait permis la découverte de l’habitation du maître au sein d’un grand domaine agricole. Le bâtiment, de grandes dimensions et dont certains murs faisaient encore plusieurs mètres de haut, avait été dégagé sur la totalité de son emprise. Organisé autour d’une cour rectangulaire il se déployait en trois ailes en U sur une longueur de 55 m et une largeur de 50 m. La dissymétrie des corps du bâtiment et la présence d’un long mur de clôture prolongeant l’aile orientale conféraient à cette villa un plan atypique, résultant probablement d’un programme architectural inachevé. Si les ailes orientale et septentrionale ont été partiellement endommagées par les travaux d’aménagement de la base aérienne, l’aile occidentale était remarquablement bien conservée. Terminée par une abside, elle s’ouvrait sur la cour centrale par l’intermédiaire d’une galerie de façade.

L’ensemble balnéaire était quant à lui composé de quatre pièces, dont trois chauffées par hypocauste. Les sols en béton de tuileau supportés par des pilettes en dalles de grès et de terre cuite ainsi que les caniculi (cheminées en terre cuite) d’évacuation des fumées chaudes étaient également fort bien conservés. A l’Est du bâtiment principal, se trouvait un ensemble de constructions correspondant à la pars rustica du domaine, autrement dit les dépendances artisanales et agricoles. Une voie empierrée, suivie par les archéologues sur près de 300 mètres, limitait la villa au Nord. En direction de l’Ouest, elle passait près d’un petit bâtiment gallo-romain de plan rectangulaire, construit sur fondation de pierre. La présence au sein de cette construction d’un soubassement empierré rectangulaire et d’un dépôt composé de vases en verre et d’ossements animaux évoquait une fonction cultuelle ou funéraire du lieu. Enfin, au Nord-Ouest de la villa, les archéologues ont découvert une nécropole de 18 inhumations datées par le mobilier funéraire du VIIème siècle après J-C.

De toutes ces descriptions et de ces trouvailles, il n’en ressort qu’un immense gâchis et une occasion unique de développer et de mettre en valeur un site historique exceptionnel. Bravo mesdames messieurs du CG 88 et merci pour les Vosges et la Lorraine. Totalement inconscients, vous manquez vraiment d’imagination. Et votre territoire n’en peut plus de souffrir !

 

Plus d’informations et de déception en visionnant ces vidéos :

http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Decouvrir/Audiovisuels/Les_derniers_reportages/p-2485-Une_i_villa_i_antique_dans_les_Vosges.htm

http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Actualites/Actualites-des-decouvertes/Les-dernieres-decouvertes/2009-2008/p-2682-Une-villa-gallo-romaine-a-Damblain-dans-les-Vosges.htm

(Source : INRAP Lorraine)

 

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7 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 10 février 2010 15:13

    Merci pour l’information et le petit film, passionnant
    Vosgien d’origine, je connaîs assez bien l’admirable site de Grant (où Constantin en personne se serait rendu plusieurs fois en pélérinage), je n’avais pas entendu parler de la découverte de Lamblain.
    Si j’ai bien compris, la loi du béton va s’imposer
    Un témoignage important d’une période si riche et si méconnue va disparaître
    Quelle misère !


    • sobriquet 10 février 2010 16:41

      C’est un gâchis navrant, mais une conséquence logique de la volonté de croissance à tout prix.

      Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que ça se produit, hélas.


      • jef88 jef88 10 février 2010 17:29

        Salut au vosgien ZEN !
        Moi aussi je suis choqué ! Personne n’en a parlé. Pourtant dans les Vosges, avec les disparitions d’industries il y a de la place pour construire de multiples sites logistiques.
        Mais dans notre monde, le fric est roi...


        • Didier 67 Didier 67 10 février 2010 20:21

          Bonjour,

          Effectivement, ne pas valoriser ce site semble être un grand gâchis....
          Comme les autres posteurs, je découvre ce sujet trop tard.
          Et vous-même, BLE, auriez-vous pu mobiliser en amont ?

          On souhaiterait ici même une explication du Conseil Général.


          • Reinette Reinette 11 février 2010 11:36


            bonjour aux bloggers lorrains engagés

            doc intéressant (à décrypter)  smiley

            Diagnostics archéologiques des lignes à grande vitesse :
            RFF (Réseau ferré de France) et l’Inrap signent une convention de partenariat

            à propos de RFF :

            RFF est propriétaire et gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire et a pour mission l’exploitation et l’entretien du réseau ferré national, son aménagement et son développement, ainsi que la gestion et la mise en valeur de son patrimoine. Deuxième propriétaire foncier le plus important après la Défense nationale, il possède environ 108 000 ha, dont la plus grande part correspond aux surfaces supportant les plates-formes des voies du réseau ferré national (94 000 ha). Les 14 000 hectares restants ont vocation à répondre soit aux besoins ferroviaires actuels et futurs, soit à ceux des collectivités locales pour leurs projets urbains.

            http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Actualites/Communiques-de-presse/Les-derniers-communiques/Communiques-nationaux/p-8955-Diagnostics-archeologiques-des-lignes-a-grande-vit.htm



            • Reinette Reinette 11 février 2010 12:20

              découverte archéologique  smiley 

              16 juillet 2003 L’OPPOSITION DES ARCHÉOLOGUES VUE DANS LA PRESSE FRANÇAISE
               
              Les députés ont voté le texte... le projet de réforme de l’archéologie préventive, qui prévoit l’ouverture à la concurrence des opérations de fouilles.

              L’UMP a voté pour, l’UDF s’est abstenue, le PS et le PCF ont voté contre.

              Ce projet de loi « répond à une volonté de pérenniser l’archéologie préventive dans le respect conjugué de la recherche scientifique et des réalités économiques », Jean-Jacques Aillagon. Cette réforme est « indispensable pour la survie de l’archéologie préventive nationale », a-t-il affirmé.

              L’UDF a exprimé ses craintes « des effets pervers d’une concurrence économique entre le public et le privé » et critiqué « un projet qui n’est pas à la hauteur des enjeux ».

              Le PS a dénoncé une réforme qui « remet en cause fondamentalement le grand service public de l’archéologie préventive que l’on nous enviait à l’étranger ».

              Le projet de loi modifie la loi du 17 janvier 2001 qui confiait le monopole des opérations archéologiques à un établissement public, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), financé par deux redevances, au mode de calcul complexe.

              Le projet présenté par M. Aillagon prévoit une redevance unique, sans lien avec les diagnostics archéologiques. Députés et sénateurs se sont accordés pour que cette redevance soit perçue sur tous les chantiers d’aménagement supérieurs à 3.000 m2.
              En première lecture, le Sénat avait fixé ce seuil à 1.000 m2 et les députés à 5.000 m2.

              Les fouilles ne seront plus le monopole de l’INRAP et seront ouvertes aux services régionaux d’archéologie ou à des opérateurs privés, agréés par l’Etat.
              Cette nouvelle redevance financera les diagnostics et l’exploitation des recherches, mais les fouilles seront à la charge des aménageurs, qui passeront des conventions avec des opérateurs.

              http://www.archeodroit.net/Textes/Flash/presse.html


              • Groupe BLE Lorraine Groupe BLE Lorraine 9 juin 2014 14:05

                La villa gallo-romaine de Damblain entre au Musée départemental d’Epinal

                Faute de pouvoir valoriser le site sur place, la villa gallo-romaine mise au jour sur l’ancienne base de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) à Damblain, dans les Vosges, fait l’objet d’une présentation dans l’écrin du Musée départemental d’art ancien et contemporain d’Epinal.

                Les vestiges de cette villa dotée d’un ensemble thermal dans la totalité de son emprise sur 5 hectares étaient bien préservés. Une rareté. Des murs hauts d’un mètre, des bains en élévation dans un ensemble de salles, des traces du chauffage par le sol (hypocauste), un pavage de pierres colorées, une mosaïque fragmentaire et des dizaines d’objets métalliques (monnaies, fibules, outillages, etc.) ont en effet été retrouvés par les archéologues. La période d’occupation de la demeure s’étend de la seconde moitié du Ier siècle au IIIème siècle après J-C.

                L’ensemble des découvertes est valorisé au Musée départemental d’Epinal. La salle chaude (caldarium) des thermes de l’édifice est notamment présentée. Une reconstitution du site en 3D réalisée par les étudiants de l’école d’architecture de Nancy complète le parcours de visite antique.

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