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Méthamis, le petit village contre la logique libérale de La Poste

Alors qu’une commission vient de se réunir pour statuer, d’ici fin novembre, sur l’opportunité d’ouvrir le capital de La Poste aux actionnaires du privé, l’entreprise publique n’a pas attendu cette échéance pour appliquer une logique de maximisation des profits… 

Devant la volonté de La Poste de réduire le temps d’ouverture hebdomadaire de son bureau de Méthamis (Vaucluse), le maire, Claude Pagès, a tenu à organiser une réunion publique d’information, présentant les choix qui s’offrent désormais à ses administrés. Ils étaient une trentaine seulement, vendredi soir, à s’être ainsi retrouvés dans la salle du haut village. "Beaucoup ne sont pas encore rentrés des terres", nous confie le premier magistrat de cette commune rurale, regrettant de ne pouvoir s’adresser à un plus grand nombre d’habitants. Après un bref rappel de l’historique du bureau en question et en présence de Max Raspail, conseiller général du canton, ainsi que de Cyrille Lorenzi, son premier adjoint, Claude posa clairement les enjeux des décisions qui devront être prises en conseil municipal : si le village refuse de convertir son bureau en agence postale communale, et donc d’en assumer une partie des frais de fonctionnement, La Poste en réduira l’ouverture à deux matinées par semaine, au lieu de trois actuellement, dès le 1er janvier 2009. Une mise en demeure qui révolte d’autant plus la municipalité que cette prise en charge financière, même partielle, serait très lourde pour ce village de quelque quatre cents âmes à peine, alors même qu’il ne bénéficierait plus de l’intégralité des services postaux proposés jusque-là. La Poste verserait dans ce cas à la commune "une indemnité compensatrice" au prorata des heures d’ouverture de l’agence, évaluée ici à environ huit cents euros pour soixante heures de permanence mensuelle.

Une clause de résiliation plus que suspecte

Cependant, les termes de la convention relative à l’organisation de cette agence communale inquiètent bien plus encore. Cyrille Lorenzi, premier adjoint, souligne notamment toute l’ambiguïté, voire les incohérences de l’article évoquant les motifs de "résiliation" de ladite convention entre La Poste et la commune. Il est ainsi clairement stipulé que "le non-respect par l’un des signataires de ses obligations résultant de la présente convention autorise l’autre partie à résilier la convention..." Comment imaginer un instant que la commune pourrait dénoncer une convention qui la priverait, de facto, de services dont elle a un besoin vital ? D’autant qu’elle n’aurait même pas la possibilité de se retourner vers un concurrent de La Poste, le village n’étant de toute façon que peu "rentable". En revanche, du côté de l’entreprise publique... il est facile d’imaginer l’utilisation qui pourrait être faite de ce genre de clause. "Une situation qui interpelle quant à l’avenir de la notion même de service public", s’interroge le conseiller général du canton, Max Raspail. "Aujourd’hui, La Poste accepte de donner huit cents euros pour une agence communale, mais jusqu’à quand ? L’avenir est inquiétant, d’autant que d’une façon générale d’autres services publics se retirent de nos campagnes. Il ne s’agit pas ici de décentralisation, mais bel et bien d’un transfert de charges sur les collectivités, accroissant de fait les inégalités entre les territoires", poursuit-il.


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3 réactions à cet article    


  • HELIOS HELIOS 9 octobre 2008 23:50

    Et c’est déja en cours pour la secu


  • ZEN ZEN 9 octobre 2008 12:36

    Merci pour cet article

    C’est un exemple après d’autres de la " bruxellisation" de notre secteur public...dans le droit fil du projet de libéralisation des services .
    "L’Union européenne reste un monstre à deux visages. Côté face, les professions de foi sociales et la promesse de défendre le modèle européen. Côté pile, libéralisation et privatisation à tout crin des services publics et incitations au dumping social."

    Certains accusent la Poste d’une dégradation de certains de ses services. C’est oublier que celle-ci est le produit d’une privatisation déjà bien avancée dans les faits..._______________

    La Poste accélère sa privatisation :


    • aquad69 9 octobre 2008 13:24

      Bonjour Yannick,

      en effet... c’est une illustration très claire des conséquence de la logique libérale que nous subissons tous et que l’on nous a prôné comme incarnant les bienfaits du "progrès".

      Mais quand à définir cette logique comme venant de La Poste, cad à accuser l’entreprise, vous confondez les choses et les domaines, et vous participez à l’incompréhension de beaucoup de gens quand aux causes réelles de leurs malheurs :

      Par la définition de ses statuts, la Poste actuelle, activités courrier, financiers, et "grand public", a été définie par nos gouvernements successifs comme une entreprise, un groupe industriel. Ce groupe, même s’il n’est pas encore réputé "privatisé", cad placé en bourse et ses "parts" soumises à la propriété de qui veut l’acheter, n’est déjà plus, et celà depuis 1990, une administration.

      Il est ce que l’on appelle un "EPIC", comme jusqu’à nouvel ordre EDF, par exemple :
       
      C’est une entreprise industrielle comme les autres, soumise à la comptabilité en partie double et à la nécessité de dégager des bénéfices pour payer ses charges de fonctionnement et investir pour son développement.

      La caractéristique d’un "EPIC" étant seulement, pour simplifier, d’être une entreprise dont les capitaux sont détenus à 100% par l’Etat. C’est l’Etat qui, en tant que son "propriétaire", définit sa mission de service public. Mais ce "client" exige aussi d’elle que son bilan annuel soit globalement bénéficiaire.

      Par le fait qu’elle soit soumise, comme toute entreprise dans notre système économique, à l’obligation de rentabilité et de performance, La Poste est bien obligée de restreindre ses coûts et de ne plus accepter de travailler "à perte" ; pouvez-vous imaginer une boulangerie à qui l’on reprocherait de manquer à ses obligations de service public en refusant de servir son pain gratuitement à tous les démunis qui se présenteraient à elle ?

      En vérité, que les services publics de notre pays soient de plus en plus assurés par des entreprises de droit privés, soumises à la logique d’économie "libérale", et non par des administrations d’Etat plus orientées vers des logiques égalitaires de services rendus aux citoyens, c’est un débat politique dont vous êtes, comme chaque Français, responsable.

      C’est un vieux débat, qui a été cloturé depuis longtemps, quand on a fait circuler touts les mensonges et les images caricaturales des "fonctionnaires" paresseux, inefficaces, improductifs, budjetivores et finalement, crime suprême, vieux et parfaîtement anachroniques.

      Et dans la foulée, on accusé les entreprises nationales des mêmes vices, et on les a bradées au privé.

      Et cinquante millions d’imbéciles, à quelques exceptions près, d’applaudir vigoureusement !

      Et pourtant, je peux en témoigner, l’immense majorité des "fonctionnaires" étaient -et sont toujours- des gens travailleurs et dévoués ; car dans la jungle des règlements garantissant entre autres l’égalité des droits aux service et l’application des lois, il y avait du boulot !

      Eh bien, un monde tellement plus performant, tellement meilleur qu’avant, nous y sommes, et ce n’est pas fini ! Car, et celà nous pend au nez, d’autres domaines, au moins aussi importants, vont bientôt y passer : l’éducation, la santé, les services sociaux, les caisses de retraites, les transports, et peut-être même un jour l’équipement du pays...

      Maintenant, si nous ne sommes pas d’accord, à nous de nous manifester, de nous organiser ; et si les institutions, les pseudo-élites et les jeux soi-disant démocratiques nous apparaissent comme trop pipés, mensongers et illusoires, à nous de trouver d’autres moyens.

      Mais nous pourrions alors découvrir que les grands principes "démocratiques" et des "droits citoyens" ne sont valables que pour ceux qui, par éducation, restent "bien sages", statistiquement au centre du troupeau et font ce que l’on attend d’eux, sans jamais penser à explorer les limites de leur enclos.

      Essayez de changer réellement les choses et de modifier tant soit peu l’ordre imposé, et vous vous rendrez compte, pour peu que vous sortiez de la simple discussion associative, que vous alliez contre le courant communément admis et que vous touchiez à un enjeu significatif, que les limites sont bien définies et beaucoup plus étroites que l’on ne pense communément...

      Et vous risquez d’avoir contre vous non seulement l’Etat, mais la majorité des gens, terrorisés qu’ils seront à l’idée de casser quelque chose et de devoir se passer un jour de la chaude et omniprésente tutelle de ce système.

       Cordialement Thierry

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