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Paris : Glamourama de la rue Oberkampf

Agora des temps modernes pour le flux qui y déferle surtout en jours de week-end, elle se dit « branchée » pour son ambiance qui ameute des « tafeurs » plus sages que ceux des tarmacs ou des friches désaffectés. Ici la gargote et le café restent des endroits simples, du genre bistrot et brasserie, bien que l’attrait du pub anglais se risque apparemment de vouloir s’imposer.

Quand on recherche un lieu sympathique à Paris où on peut faire connaissance de gens agréables, pour séduction sentimentale ou le partage de projets artistiques, la rue Oberkampf du 11è arrondissement est toute indiquée avec cette double propension. Emplacement de drague et de ralliement de virtuoses en quête de succès, parmi tant d’autres places où se tentent les chasseurs d’âmes sœurs, elle fait tampon à l’ambiance de la Bastille, quelque centaines de mètres à l’est, et point de chute d’un public à la modernité gracieusement entretenue d’un « glam » à sociabilité typiquement française. Ici la gargote et le café restent des endroits simples, du genre bistrot et brasserie, bien que l’attrait du pub anglais se risque apparemment de vouloir s’imposer. Une fois les dessous bien prospectés, l’anglicanisme est moins mis au devant comme l’absence presque totale de faire du shoping.

L’artère qui porte le nom d’un haut lieu de bataille situé sur des reliefs allemands et celui de Christophe-Philippe Oberkampf qui a fondé la première fabrique de toile imprimée à Jopuy en Jossas, usine qui deviendra plus tard manufacture royale Jips, se qualifie par le vocable « branchée ». La perspective, d’y trouver une personne pour l’amour d’un soir ou pour l’éternité, l’emporte sur celle de décrocher un contrat pour une figuration dans un film. Elle descend du 20éme, à Ménilmontant côté nord, plus élevé d’après les ruissellements et réputé pour la forte concentration d’artistes (peintres, musiciens, comédiens et auteurs) qui l’habitent, selon les prospectus de son dispositif associatif, jusqu’au 3è qui jouit de la réputation du marais ou celle octroyée par le centre Beaubourg. Agora des temps modernes pour le flux qui y déferle surtout en jours de week-end, elle se dit « branchée » pour son ambiance qui ameute des « tafeurs » plus sages que ceux des tarmacs ou des friches désaffectés. Atmosphère qu’on retrouve à la Butte aux cailles dans le 13è arrondissement de la capitale.

L’attribut « branchée » rappelle connexion ou liaison. A l’entendre, il prescrirait un éclairage étymologique pour le définir, tant les affinités de la langue requièrent la rigueur sémiotique et une conscience aiguisée des circonstances (lieu et époque) où un mot est utilisé. Les significations varient selon les cordonnées des ères et aires où les langages humains s’apparentent à toute une communication intelligible, chaque mot traduit un concept. « Branché » se galvaude à Oberkampf sans sobriété qu’ailleurs, professant formellement une valeur artistique que le généraliste mot culture ne s’approprie pas. Le qualificatif annonce l’esprit à jour de ce qui se passe, informé des tendances et au parfum des modes de l’heure. Ironiquement un personnage du quartier, d’origine pied-noir, fervent dramaturge et observateur de la cité afin de tenter de réécrire Sophocle ou Œdipe, vous dira : « branché à la machine à coudre ». Sa boutade est fruit du constat que beaucoup de salles de commerce de boissons à consommer sur place, mettent en guise de tables, des « Singer » aux moteurs horizontaux sous l’épais cache de métal noir, fonctionnant à pédales et arborant la marque avec des lettres dorées de style gothique. Les appareils mécaniques des années 50, avec lesquelles les mamans confectionnaient elles-mêmes les habits de leurs progénitures, fières du même plaisir que les tricoteuses de jadis.

D’après un autre habitant d’une venelle transversale, de deuxième génération de l’immigration algérienne, la mue vers la prospérité a été entamée avec la fin des années 80. Belleville, plus à l’ouest, très marqué(e) par la découverte d’un bébé sur un de ses trottoirs qui allait être la diva Edith Piaf, a été nettoyé au début des années 90, selon notre interlocuteur, du trafic de l’héroïne avec l’apparition des substitues médicamenteux. Les cafés maures que détenaient des « Chibanis » (vieux maghrébins) étaient cédés pour 4 sous, après l’extinction des magouilles et la dispersion de leurs détenteurs dépensiers. Quelques comptoirs, comme « La Veilleuse » au carrefour des 4 arrondissements (9è, 10è, 11è et 20è, métro Belleville) qui date des années 20, gardent pignon sur rue et sont inondés de la clientèle la plus métissée qu’on puisse trouver en France. La communauté chinoise déferlante, ces dernières années, gonfle et grignote les espaces traditionnellement tenus par les nord-africains.

Des jeunes aux dents longues ont fait le pari de prendre en main les petits bars dont l’activité périclitait vers la banqueroute après que l’argent ne circulait plus aux alentours. Pour lancer leurs affaires, ils ont démarré avec rien. Parmi les équipements apportés aux débits qu’ils ont repris, outre les vieilles machines à coudre, chevalets récupérés et pupitres d’écoliers délabrés. Ces insolites meubles, autour desquels se réunissent des artistes en herbe avides de sortir de l’anonymat, constituent les étalages pour déguster un mets ou un apéro. Tous les attablés viennent pour la flamme de trouver leur complément humain et une place au soleil parmi le gotha des étoiles. Pour être une star d’écran, un comédien reconnu des planches, un écrivain de la veine de Saint-germain ou un musicien de la trempe de Jim Morisson dont la tombe est, à quelques centaines de mètres de-là, au Père Lachaise au même titre que celle de « la môme » à l’œuvre lyrique éternelle, il faut se rapprocher de ce monde, traîner dans le milieu. Cette rue semble luire aux alouettes motivées des deux conquêtes : l’amour et l’accès à un métier d’art.

Pourtant Oberkampf n’arbore pas la griffe de rassembler les décideurs, les consacrés et les créateurs déjà établis dans la vie culturelle. Cependant elle couve une atmosphère de regroupement de « designers » dans plusieurs domaines que ce savoir-faire puisse esthétiser. Il suffit de tendre l’oreille pour intercepter les sujets de discussion qui ont tous trait aux arts. Créé de rien, ce climat peu feutré est abrité par des bars aux noms évocateurs : le mécano, zanzibar etc., qui offrent souvent à des musiciens l’expression contre quelques modiques rétributions. Le mouvement des slameurs qui réinstaure la rencontre directe du poète avec l’auditoire, et la fête de la musique sont des réjouissances bien accommodées à ce bastion. C’est même la ligne de conduite pour que Joyé Star implante sa petite scène et invite, deux jours durant, d’autres D.J. et chanteurs du même style, en cette occasion réservée aux mélodies. Les versificateurs, souvent récompensés par un verre contre un poème déclamé, sont là comme des poissons retrouvant une meilleure eau selon une programmation souvent aléatoire.

D’une autre vocation et en perte de terrain les cafés littéraires, ne procurent pas la convivialité spécifique pour que se constatent et se fusionnent les volontés de trouver quelqu’un. La perte de vitesse de la lecture, au même titre que la drague sur la place publique ordinairement touristique ou d’un autre affairement, laisse à d’autres forums la concordance. Dans le cas de la drague la conversion va à la prise d’élixirs stimulants, vraisemblablement la timidité pousse à l’alcoolémie dans ce contexte pour libérer les conversations.

Pour le livre, à qui est due une image de marque appréciée, il est gratifié de deux librairies au standing alléchant sous l’emprunte de designs élaborés. L’une se situe à la perpendiculaire, et non moindre active, rue Saint-Maur renommée pour son allongement. Et la deuxième dont la vitrine donne sur Oberkampf redore quelque peu la présence de la matière intellectuelle. L’intuition de Daniel Picouly débarquant avec son émission « café Picouly » sur la 5, pour l’animer au « Charbon », un autre somptueux comptoir trônant à l’entrée d’une spacieuse salle, remanie beaucoup l’impression étriquée, du fief demeuré sèchement au terme « branché ». La catégorie où on classerait cette rue serait encore plus grossièrement le penchant alcoolique. C’est que la fraîche mousse déborde à flots et les « Morettos », Punchs, Scotchs ou vins sont à la première loge des consommations proposées.

Le café « Charbon » a failli fermer, il y a quelques mois pour des raisons d’hygiène d’après certaines têtes de sa clientèle, pour des raisons économiques pour d’autres et pour causes de plaintes du voisinage selon une autre 3éme interprétation. Sur sa façade sans issue, donnant une large terrasse du croisement avec la rue Saint-Maur, un panneau publicitaire de 3 sur 8 mètres. Il s’était toujours exposé à un squatte inopiné de créateurs astucieux. Ils improvisaient des performances aplaties à partir des couches de papiers qui s’y étaient superposées. Besogneux ces artistes travaillaient pendant quelques jours afin de mettre en apparence les couleurs inférieures au fur et à mesure des décollages par lacération. Finalement une association dénommée « Murs » s’en charge de cette surface murale dédiée aux tags, une gestion qui oblige l’intervenant de procéder avec les pulvérisateurs que du cutter.


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