• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Info locale > Paris : Pourquoi ce meurtre d’un arbre souverain ?
10%
D'accord avec l'article ?
 
90%
(33 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Paris : Pourquoi ce meurtre d’un arbre souverain ?

Eric Donfu regrette l’abattage du Saule pleureur centenaire et monumental de l’Ile Saint Louis. L’auteur rend hommage à un arbre-personnalité qui faisait partie du paysage parisien depuis plus d’un siècle et qui ne peut partir sans un bruit. Pour Eric Donfu, la mairie de Paris doit s’expliquer sur les raisons qui ont conduit à sa disparition, il y a quelques jours.

Ce soir, j’ai le sentiment curieux d’avoir perdu un ami. J’ai vu, ou plutôt j’ai aperçu tant l’image me faisait mal, son tronc tailladé à un mètre de hauteur, entouré de copeaux de bois, devant la petite pancarte « saule pleureur ». Quelques fleurs roses avaient été jetées sur son cadavre, touchant et dérisoire hommage humain à un géant abattu.

Comme tant et tant de fois, ce dimanche soir, avec cette belle lumière d’après la pluie, je m’apprêtais à le saluer, d’un regard, d’une pensée. Saluer un arbre souverain, avec un tronc large et rainé, des branches gigantesques, et de longues tiges feuillues caressant la seine en lui indiquant le vent. Oui, complice des flots comme des tours de Notre Dame, là, il était à la dimension des lieux. Et quelle dimension ! Cet arbre était le seul être vivant de la pointe de l’Ile de la Cité capable de répondre au monuments . C’était un arbre monument.

Après avoir vu ses restes, j’ai eu des larmes rentrées. C’est drôle, je n’avais jamais pensé pleurer pour en saule pleureur. Mais il avait une vraie place dans mon cœur, ne serait-ce que par sa présence. Et je sais que ce sentiment doit être très largement partagé. Imaginez, un Saule Pleureur centenaire – et sans doute pluri-centenaire – planté là, au bout de l’ile de la Cité, sur le chemin de l’ile saint louis quand on vient de la rive gauche, et ouvrant la voie quand on traverse le pont dans l’autre sens. Sa taille ? Sans doute une quinzaine si ce n’est une vingtaine de mètres de haut, et le diamètre de son tronc, plus de deux mètres. Oui, seul et calme, il était un seigneur, toujours vert à chaque printemps, avec ses branches infinies qui dansaient dans le vent le long du quai.

Depuis plus de vingt ans que je fais ce trajet avec plaisir, ces deux ponts, je l’ai toujours cru plus fort que tout. Il a résisté à la cru de 1910, à la tempête de 1999, mais il aura donc succombé à une décision des espaces verts de la ville de Paris, pourquoi ?

Le saule pleureur (Salix babylonica) , importé de Chine au XVIIe siècle, cher à des auteurs comme Alfred de Musset, aime les bords de rivières. Et notre arbre était en pleine forme il y a quelques semaines, je peux en témoigner. J’imagine que ce meurtre – appelons les choses par leur nom s’agissant d’un être vivant – a dû être commis par surprise, un matin tôt, en début de vacances. Car s’il y avait eu un débat, s’il avait par exemple fallu voter des crédit pour consolider le quai par exemple – car j’imagine la puissance de ses racines - et bien je suis sûr qu’il serait encore là aujourd’hui, car je suis sûr que cet arbre était aimé. Une bataille se serait peut-être engagée, mais jamais il ne serait tombé comme cela. Ce soir, il n’y avait rien, juste un cadavre, sans un mot d’explication, juste quelques fleurs, et ce grand, ce très grand vide autour.

Oui, je suis triste, car je sais que ce lieu qui est un des plus beaux de Paris ne sera jamais plus le même sans lui. Plus jamais je n’observerai son bourgeonnement, cette petite couleur verte sur des branches nues qui, progressivement, produisaient de l’ombre verte avec ses feuilles douces et toujours fraiches. Il n’était pas seulement imposant et puissant, mais plein, de sagesse, celle qui fait monter la sève au ciel, celle qui plonge ses racines dans le sol, avec un ancrage plus fort que le temps, et pourtant si vivant, une promesse de vie éternelle. Si les arbres ont une personnalité, alors oui, les saules pleureurs sont des arbres romantiques. Et lui était le plus grand, le plus beau des Saules pleureurs, heureux d’être là, souverain, sur un quai exposé à tous les temps, voyant sans être vu toutes les époques, l’occupation et la libération de paris, le 21ème siècle après le 19ème siècle, des générations de parisiens et de parisiennes, et combien de déclarations d’amour sous son ombre ?

Sa disparition brutale nous rappelle que les plantes, et les arbres, sont des êtres vivants, avec leur ADN végétale. Bien-sûr, ils et elles ne protestent jamais et ne bougent jamais, mais ils vivent, et sont sensibles à leur environnement. Peut-être que cet arbre avait cru trop vite devenir millénaire, peut-être ne le pouvait-il pas et que sa chute était inéluctable ? Je pense qu’un minimum d’explications s’impose de la part de la Mairie de Paris, à qui je les demande. J’espère surtout qu’aucune personnalité influente résidant dans l’Ile Saint-Louis n’a eu la criminelle idée de « dégager » sa vue… Mais de toute façon, rien ne pourra le faire revenir, ni le remplacer.

Alors, si, comme les humains, un arbre doit naître, grandir, vivre et mourir, ayons une pensée pour cet arbre. Cela peut vous sembler curieux, mais je vous assure que la population de la Seine, les riverains mais aussi les bateliers, les pompiers ou les plaisanciers habitués ont dû sentir comme un vide.

Mais, plutôt que de l’imaginer chancelant et chutant – cela n’a pas du être facile de l’abattre- je préfère l’imaginer s’envoilant. Et cette fois, plus haut, bien plus haut que les tours de Notre Dame. Alors, adieu ami arbre, et bon envol dans la mémoire de tous.

 

Eric DONFU

 

par Eric Donfu (son site) lundi 13 juillet 2009 - 69 réactions
10%
D'accord avec l'article ?
 
90%
(33 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par gondolière (xxx.xxx.xxx.175) 13 juillet 2009 10:45

    "Les êtres simplement organiques ont droit à notre respect en tant que créatures". Ce n’est pas moi qui le dit c’est Schiller.
    Il faut croire que la mairie de Paris n’a pas lu les philosophes allemands. 
    Le saule pleureur entre l’Ile Saint Louis et l’Ile de la cité, était le témoin muet d’histoires de millions de personnes depuis qu’il avait été planté...
    Personnes qui s’étaient attardées sous son ombrage, avaient caressé ses branches, aimé sa couleur vert tendre sur gris anthracite parisien...
    Mon histoire est l’une de celle là. Mon compagnon aimait éperdument cet arbre. Eperdument, avec cette intensité que possèdent ceux qui savent qu’ils vont mourir bientôt. 
    Il est mort. Et l’une des traces qui me restait de ses sentiments, de sa fougue impétueuse était justement cet amour pour cet arbre que nous partagions. 
    Cet arbre, il suffisait que je me pose sur le quai d’en face et que je le regarde, pour me sentir comprise et un peu consolée. 
    C’était une communion improbable d’humain à végétal. 
    Aujourd’hui, il n’est plus là. Je le pleure, comme je pleure encore aujourd’hui cet homme disparu. Avec un sentiment d’abandon et de solitude en plus." 

  • Par Pierre JC Allard (xxx.xxx.xxx.129) 13 juillet 2009 15:28
    Pierre JC Allard

    @ Glopglop : 


    Commençons par l’évidence que vous êtes un imbécile. Il ne vous est resté le bon sens que de choisir un pseudo évocateur de l’amibe en tout début d’évolution. 

    Ce n’est pas d’un brin d’herbe qu’on parle, ce n’est pas d’un arbre quelconque, ce qui serait déjà dommage, c’est de l’arbre qui était associé à l’un des profils de la Cité. L’arbre uni à des millions de souvenirs de millions de gens qui ont vécu là, en le regardant, un moment précieux de leur petite vie évanescente qui, comme la vôtre, n’est que la séquence de moments dont bien peu sont précieux.

    Je vous souhaite - et souvent ce que je souhaite arrive - que vous n’oubliez jamais le moment où vous avez choisi de venir affirmer ici votre inintelligence et votre insensibilité. Je souhaite qu’il soit su de tous dans votre campagne que vous êtes le lâche anonyme qui avez fait ce commentaire. Si votre campagne peut contenir les cons comme vous, elle devrait s’en sortir.

    Pierre JC Allard

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.197) 13 juillet 2009 10:31
    ZEN

    Stéphane
    Quand je pense que j’ai dragué sous ce saule pleureur , lorsque j’étais étudiant
    A pleurer... ?

  • Par Pierre JC Allard (xxx.xxx.xxx.129) 13 juillet 2009 15:01
    Pierre JC Allard

    Libreetclair : Je l’aimais aussi et je l’ai connu avant vous. Paris est le plus beau symbole de l’Occident. Détruisez Paris et on se demandera ce que nous sommes venus faire ... Égratigner Paris est un crime. 


    Je présume que quelqu’un va demander des explications, que ces explications seront fournies vite et seront sans équivoque. Si ces explications ne sont pas satisfaisantes, j’aimerais m’écarter de mon vocabulaire habituel pour demander que soit immédiatement congédié l’ordure de fils de pute d’enculé responsable de cette décision.

    Sinon je reviendrai le 13 de chaque mois pour le rappeler. 

    Pierre JC Allard

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox