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Port Haliguen perdra-t-il son âme ?

De l’impact des impératifs commerciaux sur un vieux port de Bretagne...

Charmant petit port de l’est de la presqu’île de Quiberon, Port Haliguen est, depuis des temps immémoriaux, le refuge idéal des navigateurs.

Néanmoins, il faut reconnaître toutefois que l’expansion récente de la plaisance nécessite la mise en place de moyens très lourds pour permettre l’amarrage des nombreux bateaux de plaisance qui fréquentent la côte française. Le critère esthétique n’est pris en compte que depuis peu grâce aux profondes inquiétudes des citoyens qui s’interrogent sur le réel bien-fondé de la dégradation observée, voire de la destruction définitive de criques, anses et rias de nos côtes d’une part, et d’autre part de la confiscation conjointe de sites ancestraux par des organismes commerciaux et financiers sous forme par exemple de « Sociétés d’économie mixte » plus ou moins bien contrôlées pas les politiques locaux... Le corollaire de ces aménagements est souvent l’éviction sans état d’âme des autochtones de leurs lieux de vie. Ces indigènes étant rejetés de facto, puisqu’ils ne peuvent même plus mettre une simple plate dans ce port sans autorisation spéciale et discrétionnaire parce que ces organismes préfèrent retirer des bénéfices immédiats liés à la location d’un superbe yacht appartenant à « on ne sait quelle société offshore »... A cause des coûts élevés, les jeunes Quiberonnais ne pouvant même plus reprendre les biens de leurs parents sont déjà obligés de quitter le pays pour habiter là où c’est moins cher, ne peuvent même plus, en plus, entretenir une simple plate dans le port de leurs aïeux...

C’est une logique dure, économique et commerciale qui prévaut maintenant et non plus une culture altruiste et solidaire de société maritime bretonne. Si on peut payer, tant mieux, sinon il faut s’en aller ! Mais où ? 

Quant à nous, Quiberonnais de cœur et d’esprit, d’une façon plus modeste, nous nous intéressons à notre « pays » (au sens breton du terme), et donc, plus particulièrement à ce havre de paix et de quiétude qu’est Port Haliguen . Ce lieu, un peu magique auquel nous pensons tous, ou auquel nous avons tous pensé alors que nous en étions éloignés pour des raisons familiales ou professionnelles, mérite qu’on le défende. Sa lumière des petits matins d’été, ou celle des boucailles du « miz du » valent bien qu’on le protège.

Nos élus, bien que mandatés pour surveiller, en notre nom, des organismes dont la finalité est devenue surtout commerciale et qui se moquent bien de notre cadre de vie, sont étrangement absents et silencieux :. Pourquoi ? Par indifférence ? Par désintérêt ? Par timidité ? Par méconnaissance du monde maritime ? Ou alors s’agit-il de concurrence politique et d’échanges de « bons procédés » ? Quant à moi, je pense qu’il y a un peu de tout cela ! Des élections locales vont bientôt survenir, et les inconvénients rencontrés par les indigènes seront un des éléments de choix....

J’ai été élu en tant que membre du Conseil portuaire de Port Haliguen représentant des « usagers » et avec voix « consultative » . Ce conseil va être dissous dans les semaines qui viennent. Tout cela pour rester entre soi pour justement éviter que les « usagers » autochtones ne puissent se rendre compte de la manière dont ils vont être « mangés » ! Le citoyen ne doit pas savoir, ne rien dire et surtout ne pas discuter ! On pense pour lui ! On décide pour lui ! Ce genre de conseil est aussi un de ces comités « Théodule » dont les institutions sont si friandes dans ce pays quand il s’agit de camoufler des actions en cours !

C’est très instructif sur la psychologie, ce genre de conseil : Il y a ceux qui ne disent rien, parce qu’ils n’ont rien à dire ! Il y a ceux qui se taisent alors qu’ils devraient discuter, imposer, défendre, se battre. Il y a les absences remarquées pour raison d’inimitié et de concurrence politique. Et il y a ceux qui baillent. Et c’est comme cela que l’on se retrouve avec des aménagements et arrangements incompatibles avec la mentalité des gens de mer, ou encore avec des comptes de résultat très ... discutables ? Et votés à main levée... Sans doute par crainte que l’on s’y intéresse de près et que l’on accorde une attention certaine aux circuits financiers correspondants...

Ca y est, nous y sommes !

Alors, depuis le printemps dernier, des ouvriers s’activent à l’installation de corps morts dans le « vieux » port. Cela dans l’indifférence de beaucoup de gens, de l’incompréhension et la colère des Quiberonnais...

Finie la joyeuse pagaille apparente, finis les paysages et les couleurs changeant au rythme des marrées, et de la lumière du jour, finie la convivialité. C’est « l’Ordre » qui règne, c’est le « rendement commercial », qui prévaut. C’est le règne de la « Norme » ! Bref ! Ce sont les aménagements envahissants de ce monde si « moderne » et si satisfaisant.

Le pire est que ce port des Quiberonnais n’est plus pour eux ! Ni pour les autres non plus d’ailleurs.

Ce port d’accès complètement libre au marin qui le méritait ou qui le désirait, est fermé !

Il faut montrer patte blanche ! Demander l’autorisation d’y entrer - sinon gare ! - et payer ! Bien sûr ! Cela va de soi. Il faut être soumis « à la norme » ! Ce temps de liberté dans la rigueur maritime est révolu.... « Big Brother » a débarqué à Port Haliguen !

Et cela, les Quiberonnais le sentaient venir peu à peu.

Et ce n’est que le commencement ! En effet, la Société d’économie mixte, société commerciale en fait, qui gère ce port public, a jugé bon d’augmenter la capacité de ce gigantesque parc à bateaux qu’est la « marina » de Port Haliguen ! Dans l’avenir, ce sera très probablement un bassin à flot selon de vieux projets mis provisoirement de côté et qui remontent périodiquement en surface.

Des pontons vont ceinturer les vieux quais de 1850 aux pierres si soigneusement ajutées et bouchardées par des maçons habiles. Ces pontons vont jouer au rythme de la marée sur des rails en acier rivés à même les pierres de parement qui vont être sérieusement abîmées. C’est dire l’esthétique du paysage que nous aurons sous les yeux !

Ce port aménagé sous l’Ancien Régime pour recevoir les bâtiments quiberonnais qui commerçaient et pêchaient sur les côtes de France. Puis selon la tradition, un aménagement plus rationnel avait été réclamé dans un cahier de doléances de 1789 qui n’a jamais été retrouvé. Dès 1802, un projet d’aménagement de cette crique avait été élaboré. Et c’est l’ingénieur Pichot qui après la révolution de 1848 avait en peu de temps procédé aux constructions que nous connaissons. Ce port a l’inconvénient majeur de s’envaser ou de s’ensabler. Il suffit de lire le registre des délibérations du Conseil municipal de Quiberon pour en être convaincu. Et c’est en 1960, lors de travaux de nettoyage mal menés qu’un quai s’était écroulé. La municipalité de l’époque, cédant au « tout automobile », a préféré combler une partie de ce port pour en faire un parking, plutôt que de réparer. Quand on voit les efforts développés à Rochefort pour réhabiliter avec grand succès des bassins du temps du Roi Soleil, on ne peut que s’interroger !

La densification des bateaux dans ce vieux bassin sera élevée. Ce ne sera plus ce port de charme que nous avons connu. Ce vieux port à marée, établi dans cette anse de Port Haliguen, où des générations de marins se sont succédé depuis des centaines d’années pour vaquer à leurs occupations de commerce, de pêche, et de navigation sur les côtes d’Europe et d’ailleurs, va perdre son âme sous la décision de technocrates sans états d’âme. Ce paysage si souvent croqué par les artistes qui s’essayaient avec plus ou moins de bonheur à en fixer l’esprit de l’instant présent.

Un port est un espace ouvert sur le vaste monde, C’est aussi une porte vers un pays et une incitation au grand large. C’est un lieu de rencontre. Un endroit où il fait bon se réfugier après avoir « tossé » dans les houles du grand large. Cela les Quiberonnais, comme tous les Bretons, l’avaient compris implicitement depuis longtemps. Ils n’avaient pas besoin de « société de service ou de communication »stipendiées à grands frais pour le savoir ! Communicateurs choisis pour essayer de rétablir ce qui avait été détruit depuis quelques années. En tant que gens de mer, ces Quiberonnais avaient compris la nature et le fond des choses.

Dès le Moyen Age, pêchant la sardine qui, conservée par pressage et mise en barils, était vendue ou échangée sur les côtes de France et bien au-delà. Les anciens Quiberonnais étaient de fameux capitaines et navigateurs, qui n’hésitaient pas à commercer et à aller voir ce qu’il y avait au-delà de la Teignouse. Le géographe de Louis XV, Ogée ne disait-il pas que :

« La rade de Quiberon est aussi vaste que sûre, elle offre partout un bon mouillage : c’est une espèce de golfe, dont les deux caps les plus avancés sont la pointe de Quiberon et celle de Saint‑Gildas. Le seul port de Quiberon est le port Haliguen, fermé par un môle en pierres sèches et ne pouvant recevoir que des bâtiments de cent cinquante à deux cents tonneaux.
Quiberon était riche et peuplé de bons navigateurs. Des vingt-deux villages que contient la presqu’île les Anglais en brûlèrent onze, en 1746, ainsi que tous les bâtiments qu’ils trouvèrent dans les havres ou à la côte ; à peine, depuis ce temps, a-t-on pu rebâtir les villages ; et aujourd’hui la petite marine de Quiberon, réduite à trente six chasse- marrées ne reviendra de longtemps à l’époque brillante où, avec ce même nombre de chasse-marées, elle mettait en mer jusqu’à quarante bâtiments de soixante à deux cents tonneaux.

Ogée, Ingénieur Géographe
Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne
.
(sans date, postérieur à 1777, antérieur à 1789) tome II, p.388 »
.

Le tourisme, cette manne providentielle a clos cette ère-là dès après la Seconde Guerre mondiale. Sous les coups de boutoir d’un folklore maritime artificiel, et des arguments purement comptables, tout ce qui était « le maritime » réel était peu à peu chassé. Même si par ci, par là de bonnes volontés, ou des amoureux de la mer se battaient pied à pied pour ne pas laisser aux comptables, aux tabellions et aux technocrates ce tissu maritime qui faisait la richesse du pays. Ce vieux monde maritime a disparu sous les coups du modernisme débridé. Les chasse-marées, les écraseurs de crabes, les cotres, les lougres, les bricks ne prennent plus la mer.

Il n’y a plus le risque de se faire prendre dans les Béniguets par quelque corsaire de Jersey ou d’ailleurs pour être rançonné. Il n’y a plus le risque non plus de se retrouver prisonnier à fond de cale sur un ponton ancré dans le Solent parce que l’on a fait une mauvaise rencontre sous Houat. Et c’est heureux.

Port Haliguen ne craint plus depuis longtemps les descentes des « Tuniques rouges » de l’amiral Lestock qui ont mis à sac la presqu’île, pillant et saccageant tout, brûlant le reste, tout ce qu’ils n’avaient pu emporter. C’était à Port Haliguen qu’ils avaient débarqué, la crique étant déserte de ses habitants dès que les premières toiles étaient apparues sur l’horizon. Ils sont venus piller et mettre à sac ici car les Lorientais avaient eu l’habileté de les faire rembarquer à Larmor grâce à un subtil stratagème destiné à compenser une infériorité militaire. Tout cela parce que le Premier ministre anglais - William Pitts - voulait « ruiner le commerce lorientais » ! C’était en 1746...

Maintenant, les Quiberonnais accueillent les descendants de ces marins venus d’outre-Manche, ils sont en short et disent « Just looking !... » dans les boutiques.

Port Haliguen a vu mouiller le Bonhomme Richard commandé par la célébrité de la jeune marine des Etats-Unis, Paul Jones. Lamotte-Piquet, reconnaissant le pavillon des Insurgents, a salué au canon ceux qui - malgré vents et marées - sont restés jusqu’à présent nos amis.

Maintenant, les bateaux restent au port, sagement rangés dans leur anonymat tout comme une automobile dans un quelconque parc à voitures.

Oui, l’anonymat !...

Il y a peu, ce port était un endroit où - tout comme dans de nombreux ports de Bretagne - le jeune néophyte écoutait le vieux marin. Où - gratuitement ! - on entendait les conseils éclairés d’un vieux capitaine, où le vieux navigateur apprenait au gamin à gréer une ligne, à épisser un œil sur un bout... Apprenait surtout à prendre le vent d’où il venait et la mer comme elle est ! Port où des générations de marins ont appris à godiller dans un « canott’ », à pêcher le « gorlazo », à apprendre le savoir-faire et le savoir être de base du marin.

La meilleure école maritime en quelque sorte ! C’est là que de nombreuses vocations maritimes sont nées.

C’était un coin de Bretagne où le touriste, en humant l’air, était ébloui par la lumière du midi, et se disait qu’il y viendrait bien finir ses jours...

C’était ce port où le pêcheur habile débarquait ses caisses de poisson sous les cris des goélands si prompts à prélever leur dû !

Sur les quais, et c’était il y a si peu de temps, des groupes d’anciens en bleu, à bérets basques, racontaient leurs campagnes... Certains avaient « fait » la Chine, d’autres l’Indo, d’autres l’Afrique. Ils avaient embarqué sur les « bateaux gris », d’autres à bord de vaisseaux de commerce, d’autres à la Grande pêche, là-bas en Amérique. Certains mêmes étaient devenus « dissidents » pour servir la « France libre ». Tous, ils racontaient des bouts de l’Histoire de France. Et même si les discussions pouvaient être âpres à l’occasion, cela se terminait toujours - la main dessus ! - autour d’une chopine ou d’une fillette dans un des bistrots du port.

Voici ce que nous avons perdu ! Et maintenant ? Quel avenir ? Une multinationale à fonds de pension peut-être ? Eh bien, ce sera celui que nous ferons, si l’indifférence, la cupidité, l’irrespect passent par-dessus bord !

par Patrick LUCO (son site) vendredi 6 avril 2007 - 36 réactions
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  • Par Poupouille (xxx.xxx.xxx.65) 6 avril 2007 16:54

    Bon article qui met bien en exergue l’évolution que connaissent les villes de la cote bretonne, tiraillées entre profit et authencicité.

    En des temps ou on parle beaucoup du CE d’EDF GDF, il serait interessant de prospecter autour de la galaxie Sagemor dont les comptes et l’affectio societatis restent remarquablement opaques... La mode de la "corporate governance" n’a visiblement pas atteint les brillants gestionaires de la rue de St Tropez. Qui peut se vanter d’avoir lu un rapport d’exploitation digne de ce nom ?

    Bravo Mr Kergueris (Jo) qui proniez la transparence il n’y a pas si longtemps dans un programme electoral !!!

  • Par zebulon (xxx.xxx.xxx.217) 6 avril 2007 21:02

    Mon bashi-bas Commandant !

    En ces temps d’élection, votre article souffle sur agoravox un bonne bouffée d’air frais et iodé à point.

    Si Port-Haliguen était le seul port Breton à connaitre ce genre de problème ce serait déjà de trop.

    Rappelez vous du fiasco du port musée de Douarnenez !

    Rappelez vous de Trébeurden !

    Comment empêcher les élus locaux de mettre en oeuvre leurs délires d’aménagement ou les délires qui leur ont été soufflés au cul par des gens "intéressés" ?

    Cordialement.

  • Par (xxx.xxx.xxx.185) 6 avril 2007 16:54

    Je suis Parisien. Mais c’est à Port Haliguen que j’ai atrapé le virus. Tous les été, toute les vacances, j’ai silloné la baie de Quiberon. De là je suis allé voir ailleur. Ce que vous décrivez je l’ai connu. Je sais que nous le perdons. Mon fils ne me croira pas lorsque je lui dirai comment c’était. Il ne connaitra que les bateaux en plastique qui naviguent 2 jours par an et jamais une nuit en mer. C’est moche ce qu’ils nous font. Je suis triste pour mon fils.

  • Par trublion (xxx.xxx.xxx.71) 8 avril 2007 11:10

    moi aussi j’ai assisté à ces conseils portuaires ! Et à chaque fois je me marre....

    Vous êtes bien le seul à défendre PH !

    Vous comprenez pourquoi vous avez perdu votre port ?

    Votre maire Belz n’est jamais présent ! Et s il devenenait député, ce serait encore pire : il dirait à Quiberon qu’il est à Paris, et à Paris qu’il serait à Quiberon...

    En plus Les conseillers municipaux qui y participent là sont vraiment nuls ! c’est la honte pour vous les quiberonnais ! Ils ne font pas le poids : nuls à chier ! Questce que vous attendez pour les virer ? Et c’est pareil partout ou ils vous representent : ils ne font rien n’ont rien vu, rien compris et savent rien !

    Et quand ils viennent par harsard ici à Vannes on est gene pous vous ! pour eux !

    En fait les quiberonnais se font baiser jusqu’au trognon par ceux qu ils ont élus !!!!

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